BIBLIOTHEQUE DE L'ANCIEN COI.LECE DES JESUITES DE REIMS
1G85 f Aujourd'hui hng mt d e 1 H6pLl C. n »r»l >
« Il me tarde de voir, ce qui Vous occupe dans ce moment ici, ef je Vous dirai après tout franchement, ce que j'en pense.
« Je ne sais pas de quoi il s'agit, mais je suis sûr d'avance, que Vos réfutations seront justes, et que nous autres Italiens goûteront plus aisément les Coups de pattes que Vous donnerez.
« D'ailleurs le jugement des Allemands est souvent baroque, quoique mêlé d'Esprit. Un auteur qui n'a pas excellé dans la Tragédie, en fit représenter une à Berlin, en dernier lieu, que l'on ne goûta point. Il disoit à un autre, la scène est en Cappadoce, il faut se transporter dans ce pays là et entrer dans le génie de la nation, pour bien juger de ma piecer. Vous avez raison, repondit ce second, franchement je crois qu'elle n'est bonne qu'à être jouée sur le Lieu 1 . C'est une signification équivoque, car en Allemand on peut le tourner comme l'on veut. Lorsque j etois à Trieste, un Grec et un Allemand disputoient de l'Excellence de leur nation. Le Grec pour preuve que la sienne surpassoit toutes les autres, disoit : que c'étoit de la Grèce que tous les Sages et les philosophes étoient sortis. Il est vrai, repondit l'Allemand, car on n'y en trouve plus. Je vois parroître de tems en tems des brochures sottes, et spirituelles, écrites souvent par un seul auteur, il semble qu'on veuille sommer la critique, pour avoir le plaisir de repondre mieux qu'on n'y pense.
« Nous sommes ici dans un deuil profond, à cause de la mort du fils du Roi et de la Reine douairière. Il durera jusqu'en Juillet. Cela m'est égal, car les plaisirs de ce pays ici, sont de nature qu'ils ne m'amusent point. En Carême j'irai en Suabe, et s'il est possible plus loin, pour être à la fin de Juin à Carlsbad,et avoir le plaisir de vous embrasser en Août à Toeplitz. Donnez-moi cependant toujours de Vos nouvelles ici. Notre Gouverneur prince de Wirtemberg, qui a fait divorce avec la princesse Czarterinsky, vient de se remarier avec une princesse de Nassau Weilbourg.
« Je Vous envoyé la Lettre ci-jointe qui m'a fait plaisir, et dont je Vous remercie. Les Autrichiens depuis Vu jusqu'17 passé ont été fort malheureux en Italie, ils furent obligés de se retirer à Ala, avec une perte très considérable. Cependant un Corps de i5/m hommes, détaché sous les ordres du gênerai Provera, est parvenu à se frayer un chemin sur Mantoue, et l'on assure, qu'il s'est réuni avec le G 1 Wurmser. Par Conséquence on attend tous les jours des nouvelles fort intéressantes de ce côté là.
« Je ne vous parle pas d'autres Evénements en politique, car je suppose que Vous en êtes instruit par les Gazzettes.
1. Sie haben Recht, gewiss, ich glaube, das Stûck ist wert am Platze gegeben zû wcrden.
)jo LE LIVRE
« Dans ce moment, on vient me dire, qu'une Lettre de Vérone en date du 18 du passé mande, que le G 1 Provera avec son Corps, a du se rendre prisonnier au General Serrurier, si cela se vérifie, je prévois des Evénements très funestes.
« A Dieu ne plaise pas.
« J'ai lu dans un des papiers françois, les vers suivants, qui m'ont fait rire.
L'autre jour au marche passant, J'entendis un propos plaisant; J'en ai conservé la mémoire.
Et vous l'adresse incontinent.
— Oh I oh! que m'a-t-on dit? — Messieurs du Directoire Dans deux mois vont tirer au sort ; (Disoit une Poissarde à l'autre.)
— Ma Joie est égale à la Vôtre;
Ouï ma Commère, un d'entre eux sort.
— Ce sera donc comme une Lotterie?
— Ouï ma Commère, et j'en ris fort.
— Oh bien, dans ce Cas, ma Voisine De bon Cœur je forme un Souhait; Qu'avons nous besoin d'un Extrait?
Plût à Dieu qu'il sortît le quine!
u Adieu mon Ami, ne m'oubliez pas. Je suis votre
« Kœnig. »
Bayreuth, ce i5 mars 1797.
a Mon cher Ami,
« Je reponds tout de suite à Votre Lettre du i5 que je viens de recevoir, quoique je crains, d'après Votre Calcul, qu'elle ne vous trouveraplus à Dresde, en ce cas, celui, chez qui elle est adressée, aura le soin de Vous la faire parvenir. Mon départ n'est pas filé, et pas encore bien sur, je crois toujours, que mes pas seront plutôt dirigés vers Vous, qu'en Suabe. Je n'aime pas les voyages inutiles, j'en ai fait assez. Envoyez moi donc, ce que j'attends depuis long tems avec grande Impatience. M 11 * de Schuckmann, quoiqu'Elle en fait un mystère, je sais de bonne main, qu'EUe ira rejoindre Mad* de Krudner à Lausanne, vers la lin du mois prochain, pour n'en revenir plus, à ce que je crois. Touttes les Lettres que je reçois de Venise à présent, sont d'une vieille date, et qui pis est, on garde un silence profond sur les Evénements en politique. Vous aurez appris par les Gazzettes, la paix que le pape a fait avec les françois et à quel Condition? Il n'y a pas de doute, que les Vénitiens sont très mal à leur aise, et qu'à la fin, malgré toutte la sagesse possible, ils seront obligés de céder au plus fort. Ce ne sont que les Anglois qui se moquent des autres, et qui se tirent les mieux d'affaire. Jugez d'après la Bataille sur mer, qui a eu lieu le 14 du mois passé, entre l'admirai Jervis, et
CASANOVA INÉDIT jji
Don Cordova, Commandant de la flotte Espagnol. Celle ci étoit forte de 27 vaisseaux de Ligne et plusieurs fregattes, et l'angloise n'en avoit que i5. Sur la flotte Espagnole il y eut au delà de 2,000 pièces de Canons, et les Anglois n'en eurent que i,2o3, quelle disparité! Le Coup étoit hardi, il est vrai, lisez la notte officielle de l'admirai Jervis, mais II a réussi, et tout est dit. Quattre Vaisseaux ont été pris, 2 de 112 Canons, un de 90, et un autre de 74. L'Action eut lieu sur la hauteur de Saint-Vincent, près de Cadix, et le dit Admirai fut nommé d'abord Lord Saint-Vincent. La Campagne s'ouvre incessamment, elle décidera du sort de l'Allemagne et de l'Italie. Il y a hélas! tout à craindre, et rien à espérer. Comme j'ai dit, je n'ai pas des nouvelles directes, mais le bruit avoit courru, que la Republique de Venise se proposoit de prendre une part active à la Guerre, et qu'en Conséquence, elle alloit rassembler des forces considérables, tirées de la Dalmatie. Quelque précaire que soit dans ce moment la situation de cette Republique, il est à présumer qu'elle ne se départira pas de sa neutralité. La Crise où elle se trouve, va être sans doute encore augmentée par les nouveaux Chocs qui vont avoir lieu entre les parties belligérants sur son territoire. L'on apprend d'un autre coté que la régence d'Alger est sur le point de déclarer la guerre aux Vénitiens, à cause de différentes difficultés qui sont survenus; et que le soi-disant prince de Nassau, s'est offert pour commander leur Trouppes de Terre et sur Mer. Les Jacobins de l'Italie ne sont pas contents du traité de paix, qui vient d'être conclu avec le pape; ils remarquent avec raison qu'il n'y est nullement question de leurs Republique Transpadane, et Cispadane, et que les provinces cédées à la France par ce Traité, semblent devenir une propriété absolue de cette dernière et non une aquisition destinée à faire partie des Republiques susdites. L'on en conclue que les gouvernements françois se reservent in petto à prononcer sur le sort de toutes ces conquêtes et que les Evénements ultérieurs influeront pour beaucoup sur leur détermination. Les dernières Gazzettes de Paris contiennent des Articles fort plaisans, en voici deux.
« Dans un moment où le bon peuple parisien pousse jusqu'à la fureur le goût de la danse, un de nos journalistes propose plaisamment pour les Elections prochaines le Citoyen Vestris. Je pense (dit-il) que d'après nos disposition actuelles, nous ne saurions être plus agréablement représentés que par cet admirable danseur, qui vaut infiniment mieux, par Exemple, que le Citoyen Louvet, lequel fait très-souvent de faux pas, et nous donne continuellement des crocs en jambes. Jedesirerois en gênerai, que nos meilleur danseurs fussent tous appelles à la représentations nationale. Cela formeroit une Contredanse législative, pour la quelle nous payerons les violons avec plaisir, et à la quelle nous nous reunirions pour danser de Concert; ce qui donneroit à l'univers le spectacle d'un petit ballet de 25 millions d'hommes
Jjl LE LIVRE
« Lorsque le tirage qui exclut la moitié des Exconventionels fut terminé, nous disent quelques Journeaux, les spectateurs crièrent : bis, bis. Lonvet étant exclu, Mad. Lodoiska sa femme écrit un Billet à Daunon, et dont voici un petit Extrait : * Mon mari est incosolable, et il me tourmente comme une Ame damnée. Ces Boissy, me repete-t-il continuellement, ces André-Dumond, ces Lanjuinais, ces Mailhe, ces Maulde, et tant d'autres clichiens à la dévotion de Louis XVIII, seront reélus par les Agens de la contrerevolution, tandisqu'un homme comme moi... La Colère le suffoque... II dit souvent : Quantum mutants ab illo! Je n'entends pas le Latin : mais je présume que ce mutatus ab illo signifie un home ému par la bile.
a Est ce que le Comte de Waldstein est toujours à Vienne? Donnez moi des nouvelles en tout genre de Dresde.
■ Je viens de recevoir une Lettre de Venise en date du 8, dans la quelle l'on ne me mande rien d'intéressant, excepté, que les derniers jours du Carnaval, les officiers de l'Etat major au service de la Republique, ont donné a leur Quartier General Al Lido aux Dames de la première Classe de Venise, des Bals, après Topera de la Phônix. Voilà dans cette saison, quelque Chose de nouveau, et extraordinaire. On écrit de Strasbourg du 1 1 du Courant, ce qui suit, et dont j'ai de la peine à le croire, « Le désir de la paix est si vif à Paris, que Ton accueille avec empressement tout ce qui paraît en donner l'espoir. Hier, l'on disoit que le ministre de Prusse avoit fait au Directoire une déclaration très sérieuse, et dans la quelle il l'cngageoit a se prêter enfin à des voies conciliatoires qui fissent cesser l'effusion du sang. L'on ajoutoit que la Cour de Berlin avoit été engagée k cette démarche par le nouvel Empereur de Russie, qui est résolu dit-on, de s'interposer puissament pour l'effectuation d'une pacification générale. Aujourd'hui l'on répand le bruit, qu'il étoit descendu à l'hôtel de Modéne, faubourg Saint-Germain, un Courier venant de Vienne, et qui est chargé de préparer des logements pour deux Envoyés qui doivent arriver par Bâle.
« Je Vous ai parlé assez de politique. Adieu, conservez Vous en bonne santé, et à moi Votre Amitié.
n KlENIG. »
Bayrcuth, ce 11 avril 1797.
i Cher Jacques,
« J'ai reçu Vos Lignes datées de Dresde du premier du Courrant le 3; jamais une Lettre ne m'est parvenu si vite de cet endroit là, que celle ci. et deux jours après, les Brochures, que Vous eûtes la bonté de m'envoyer. J'ai remis d'abord l'un, à M"* de Schuckmann, et je me suis beaucoup amusé, en lisant l'autre. L'on y trouve, même trop fréquemment, que Vous êtes vieux et on a de la peine, à se persuader, par l'énergie que Vous y mettez.
« Rendre un sujet mesquin, par une réfutation intéressante, en même tems qu'utile, et agréable, voilà le vrai talent, et ce que l'auteur Vous en sera redevable. Je suis charmé d'ailleurs, que Vous ayez fait usage souvent, des mots, qui ne sont pas les plus usités, quoique point additionels, mais crées dans son Origine, parcequë, c'est tout ce que le Sieur Snettlage auroit à se venger, et Vous serez obligé alors, de nous fournir, d'un autre Ouvrage digne de Vous. Grand merci, mon cher Ami, pour Votre cadeau.
« La paix est à l'ordre du jour, on attend à tout moment qu'elle soit adoptée, avec Impatience.
« Si l'armée de l'Arciduc étoit dans ce moment ci plus forte, un des plus grands Coups seroit porté sur toutte l'Armée des françois, car ceux-ci se retirent, depuis que Loudon et Kerpen les ont chassés du Tyrol, dans le Frioul Vénitien, et peuvent très aisément être coupés, par ces divisions, qui ont étés postés jusqu'ici à Salisbourg. Bonaparte n'oseroit pas non plus se porter plus en avant il sait mieux que nous, ce qu'ont éprouvé Moreau et Jourdan l'Année passée, mais malgré cela, oggidi, tutto sembra voler conginrare, à danno dé" Tventurati.
« Si l'on doit croire à une lettre de Milan, après une proclamation de Francesco Battagia, Sopraproveditor' aile Armate, les Vénitiens, avec leurs Dalmatiens et Sclavons auroient repris les Villes qui s'étoient révolutionnées, et ammenées les Chefs à Venise, pour les juger. Je n'ai pas des Lettres, et je doute que cela soit vrai.
a Adieu, mon ami, le tems ne me permet pas de Vous écrire davantage, pour aujourd'hui. A une autre fois; en attendant donnez moi des
Vos nouvelles, et soyez tel que je suis.
« Votre fidel Ami
« Kœnig. »
Bareith, ce 27 may 1797.
« Mon Cher Ami,
« Tout nouvel Essay, est inutile. Je n'ai reçu Votre Lettre du i5, par la Voie de Dresde, qu'avant hier. Ainsi il faut avoir patience. Je suis fâché de ne pouvoir pas m'arranger avec le Gazettier d'ici, faute de n'avoir trouvé jusqu'à ces jours le moyen de correspondre dans l'autre Monde. Si Votre Lettre m'étoit parvenue de quelque(s) jour(s) plutôt, j'aurois pu Lui en parler; c'est donc un nouveau malheur, sans compter la perte réelle que je fais, en la personne de cet homme, unique dans son genre.
a M 110 de Schuckmann nous a quitté au comencement de ce mois, on dit qu'Elle est de retour en Mecklenbourg chez son père; ce que M™' de Reck pourra Vous apprendre plus précisément. D'ici en trois semaines j'irai à Carlsbad, où je logerai, comme l'Année passée, im Wallfisch ver-
balement, dans la Baleine. Mon projet est de Vous embrasser dans le Mois d'Août, si le Ciel voudra bien m'étre propice. En Juillet, Carlsbad sera rempli des personnes aimables de ma Connoissance; Vous devriez accroître le Nombre. Tachez de faire d'abord la Connoissance à Toeplitz, de Mnd" de Stadion, et sa famille, lorsqu'Elle parroitra, Elle doit être fort intéressante, et je n'en doute nullement, car je connoîs toutte la famille de Wambolt, dont Elle est née, qui mérite bien une distinction particulière, et pour la quelle, j'avoue, d'avoir un tendre et respectueux dévouement.
a Le Sort de Venise et de la Terre ferme sera décidé, à l'heure qu'il est. Mes Lettres de cet endroit, sont toujours datées, à leurs arrivée ici, de 3 à 4 semaines. Tout étoit le 29 du mois passé dans le plus grand allarme, le Sénat esperoit cependant d'arranger les Affaires avec Bonaparte, à l'amiable, et à cet effet un rendez Vous étoit donné, à Malghera, dont j'ignore l'Issue. Les papiers publics parlent déjà, que la Constitution a été changée en démocratie, que le doge avoit quitté, que partie de la Terre ferme, savoir le Frîoul, Treviso, Padoue, Vicenza, Vérone, Bassano etc. auroit l'Empereur, que l'Istrie et la Dalmatie formeroit une Republique à part, et Venise seroit comprise dans celle qu'on nomme Cispadane, c'est à dire, dî quà del po, et que la Lombardie, ou republique Transpadane recevroit dans son sein, les Villes de Brescia, Bergamo, et Crema etc. Je Vous avoue, mon cher Ami, que tout ceci me parroit un Conte bleu ; j'ai trop de peine à y ajouter foi ; en attendant, l'Armée Impériale se trouve postée à l'heure qu'il est, aux frontières de l'Etat de Venise, et on ne doit plus étonner si de telles monstrueuses révolutions aurions lieu dans un pays quelconque. La Gazzetta de Milan, que je viens de lire, contient ce qui suit. « On a oublié ici le 8 un « manifeste du General en Chef Bonaparte, daté du Quartier-général de « Palmanova le 3 may. Cette pièce contient une longue recapitulation « des griefs de la republique françoise, contre le gouvernement Vénitien. « Le General termine en ordonnant au Ministre de Fronce à Venise de « quitter aussitôt cette Ville; il enjoint aux agens de la republique de a Venise dans la Lombardie et la Terre ferme Vénitienne, d'en sortir u dans les 24 heures. Ordre à tous les Généraux de divisions de traiter a comme ennemies les troupes Vénitiennes, et de faire abbattre dans « toute la Terre-ferme le Lion de Saint-Marc. Ce fut après la publication « de cette proclamation, que Bonaparte consentit à accorder un armis- * tîce au gouvernement Vénitien. Les députés chargés par ce dernier de « négocier un arrangement définitif, sont Mocenigo, Donà, et Zustïnian. « Le Sénat a fait arrêter, dit-on, les trois Inquisiteurs d'Etat, accusés a d'avoir été d'intelligence avec les insurgés qui massacrèrent les frana çois à Vérone; on doit instruire leur procès. Les députés susdits ont •t aussi, à ce qu'on assure, des pleins-pouvoirs pour convenir d'une
CASANOVA INÉDIT jj$
« reforme dans le gouvernement Vénitien. Des Lettres de Venise, en date « du 3 s'expriment ainsi : Tout est ici dans la plus grande Confusion : « Le granci Conseil a remis son autorité à un Comité de 3o personnes a (Consulta); pendant cet acte, des Canons étoient braqués devant les « portes du Sénat. Nous sommes entièrement investis du côté de Terre, et « Bonaparte nous menace. Ce General a demandé la suppression du « Sénat, du Conseil de Dix, l'Arrestation des 3 Inquisiteurs d'Etat, du « proveditor de Venise et du Commandant du Lido, qui fit tirer sur un « Vaisseau françois; la mise en Liberté de tous ceux qui sont détenus « pour opinion politique; et le desarmement de la Ville. C'est ce soir « que Ton doit faire une réponse;. suivant toutte apparence, notre gou- « vernement consentira à tout. »
« Le Journal des patriotes de l'Italie dit, il est très certain que l'Arbre de la Liberté a été arboré à Venise sur la place de Saint-Marc. Padoue et Vicence demandent formellement leur reunion avec la Republique Lombarde. Voici quelle est maintenant la position des troupes françoises. Le General Massena est à Vicence, Foubert à Bassano, Serrurier à Sacile, Augereau à Padoue, et Victor à Vérone.
Des frontières de l'Italie, du 9 may.
« Le Sénat Vénitien a cru devoir prendre les mesures les plus extrêmes pour conjurer l'orage qui le menaçoit. Le 1" de ce mois, tous les Nobles se rassemblèrent au nombre de plus de 600, pour délibérer sur les demandes faites par le General en Chef Bonaparte, et dont l'une portoit sur un Changement absolu dans la forme du gouvernement. Il y eut 593 Voix pour l'Etablissement de la démocratie; et 7 pour le maintien de l'Aristocratie; les autres n'opinèrent point. Aussitôt après, le doge se démit de son autorité, et l'on envoya 3 députés au gênerai Buonaparte pour l'instruire de la décision. Une des suites de cet Evénement, a été le Licentiement de la milice Vénitienne et le desarmement des Vaisseaux. Suivant des Avis ultérieurs de Venise en date du 9, l'on y attendoit les françois, et lors de leur entrée, l'arbre de la Liberté devoit être élevé dans cette Ville.
du i5 may.
a On assure généralement, que le gênerai Augereau est entré à Venise avec 800 hommes de troupes; aussitôt après son arrivée, l'arbre delà Liberté a été planté au milieu de cette Ville, et il a été fait d'autres dispositions tendantes à l'Etablissement du régime démocratique. Le General en Chef Buonaparte doit se rendre, dit-on, a Padoue, où il recevra les 3 députés du Sénat, et leur prescrira ce qui reste à faire pour l'acheminement à un arrangement définitif. L'on croit qu'il se relâchera d'une partie de ses prétentions. Il est certain que dans ces conjonctures cri-
tiques, le Sénat ne pouvoit faire d'avantage que de renoncer à la Sou raineté et de se mettre à la discrétion des françois.
« 11 parroit, au reste, certain que les Vénitiens devront fairejdes grai sacrifices pécuniaires, ainsi que la Cession d'une grande partie de ter toire. Dans touttes les Villes de Terre-ferme, il y a maintenant des g nisons francoises, des municipalités, des juges de paix, etc. Les ha tans doivent tout fournir aux soldats : pain, viande, vin, fourrage: habillements. Les Nobles ont dû remettre leurs Chevaux, voiture: autres objets de Luxe. Il y a dans ce moment beaucoup de troupes au chiennes à Trente, Valsugana, Roveredo. »
« Vous voyez, mon cher Ami, que touttes ces nouvelles, par l'end] où elles partent, sont un peu suspectes, et sujettes à caution. Je suis i curieux par là, ce que Zaguri Vous mandera. Je Vous prie de m'en fi pan tout de suite, mot pour mot. Si je recevrai aussi des nouve sures, je vous les manderai d'abord.
a Je suis à même de vous communiquer des nouvelles plus fraict que je viens de recevoir du Tyrol, et que je fais inserrer tout de si dans la Gazzette d'ici, d'aujourd'hui; les voila, par extrait. C'est un mes cousins qui m'écrit de Milan, le i3 may, Enfin les députés Vf tiens sont arrivés pour négocier la paix avec Bonaparte. Les Condiii sont, que la terre ferme apartiendra aux françois pour en disposer, fort au Lido sera occupé par des trouppes françoise; La rep. de Ver payera 80 millions des Livres de france, et mettra en Liberté tout c qui sont détenus, pour des opinions différentes en politique. La foi du gouvernement sera changée, le Conseil de X, et le Sénat aboli, p dant qu'une Administration provisoire aurait lieu.
« Les 3 Inquisiteurs seront arrêtés et attendront leur puniti
de Venise le 13 may.
« La Ville est dans le plus grand allarme. Les trouppes de E matie ont été renvoyées chez eux, quelque soldat a commis av de nous quitter par ci par là des vols. Le vent leur etoit favorable, pouvant pas appareiller, ils vinrent mettre pied à terre, et se permit toutte sorte d'excès. Aujourd'hui le grand Conseil donnera une ai forme de Gouvernement à la republique, le Sénat remettra son auto au peuple, comme il y a 5oo ans. Le peuple en attendant s'est soûl en masse, et voulant démontrer son attachement à son souverain, al d'abord chez le Libraire foglierini, qui debitoit des manifeste en fr cois, contre notre Republique. Sa Boutique et sa maison fut pillé et ra Le même succéda des maisons du marchand Pierro Zorzi, du march Spada, et de l'avocat Gallino, qui fut en même tems blessé. Un Lugt gher fut trainé entre les Colonnes de Saint-Marc, où on lui faisoit gi de la vie, en l'envoyant à la Galère de Venise le i3 may, Hier dan
Conseil il a été décidé, que la Régence sera démocratique, et qu'on priéroit les françois d'entrer en Ville pour rétablir les Choses en ordre. Jusqu'aujourd'hui à midi tout étoit tranquille, mais après qu'on a affiché la publication de la municipalité, sur le pied françois, le peuple joint aux Sclavons, s'emparèrent de l'Arsenal, armèrent des barques Canonieres, et les postèrent aux avenus de Venise, du Coté de la Terre ferme; malgré cela, la maison de l'Envoyé de France demeura intacte. « L'oncherchoit le Doge, afin de le forcer de reprendre sa dignité et ses fonctions, mais on ne le trouva pas.
de Venise le 14 may.
« Hier les troubles et les Inquiétudes durèrent jusqu'à minuit. On a pillé avant hier encore d'autres maisons, par exemple celle de foscarini, et de l'avocat Cromer. Aujourd'hui on parroit plus tranquil. Le ponte de Rialto est garni des Canons, et il est défendu de le passer a quiquonque. Les maisons pillées, sont ruinées, du fond en comble. Le doge n'a pas parru encore. Notre présente situation, ressemble à une Enigme difficile à deviner. Ce qu'il y a de sûr c'est, que notre Republique ne sera plus, ce qu'elle a été depuis 1400 années : d'ailleurs on travaille tant en cachette, qu'il est impossible de pouvoir transpirer la moindre Chose. Malheureusement que les françois ont comme par tout, ici, une multitude des Attachés et bons amis. Une Armée de 40/mille hommes, Autrichiens, se trouve sur nos frontières.
d'Inspruck le 17 may.
« Des nos frontières nous venons de recevoir la nouvelle que les trouppes Impériales se sont emparées, du Frioul, Vicenza, Verona, Brescia et Bergamo. Dans ces deux provinces, Laodon trouva de la résistance, mais a la fin les Insurgés se sont rendus.
« Que dites vous de tout ceci? Curti ne manquera pas d'en profiler.
Adieu.
« Voire Kœnig. »
Bayreuth ce 3i octobre 1797.
« Depuis la fatale Révolution de Venise, cher ami, je n'eus pas un moment de repos. On m'a conseillé d'abord de me défaire au mieux possible de tout ce qui m'appartiens dans ce pays là; La perte fut fort considérable, mais nécessaire, pour ne pas risquer le tout. Il ne me reste à présent, qu'une maison, dont le Loyer est au profit de la Caisse nationale, pour une année et demie. C'est comme cela, que j'ai été recompensé des torts soufferts sous le Gouvernement anéanti, par celui d'aujourd'hui. Ajoutez à cette Catastrophe un procès de divorce que je mène avec ma femme, et qui sera décidé j'espère dans peu, alors il vous est aisé de concevoir, de quelle manière j'ai été tracassé, dépuis mon séjour x. 22
de Carlsbad, et combien je le suis toujours, pour ne penser qu'à régler mes affaires, s'il est possible. Voilà en peu de mots, la raison qui justifie mon silence. J'ai senti pourtant vivement, la privation des vos nouvelles; ainsi jugez le plaisir que, m'a fait Votre Lettre du 23. la quelle cette fois ici, m'est parvenue, en 5 jours.
« Mandez moi tout ce que le Cit, Zaguri vous écrira, sur Venise et ses habitans, car les Choses qui se passent dans cette malheureuse Ville, ont un grand intérêt pour moi, surtout dans ce moment ici, que la paix avec l'Empereur est faite.
a Je suis très curieux de savoir, quels en seront les Conditions, et quel est votre projet, dont il en est question dans votre Lettre ? Il est bon d'ailleurs de vous prévenir que dans ma situation présente, j'abonde plus en bonne volonté, qu'en fait d'argent.
« Le 12 de ce mois, on a arrêté plus de 70 personnes à Venise, la pluspart des Ex-nobles, des Curés, et même des Municipaux; à ce qu'on veut faire accroire, ils voulurent livrer la Ville à l'Empereur; nommément :
MUNICIPALISTI
Iavovich.
Spada, Gio? Andréa.
Marconi, Salvador. Mocenigo, Aloise.
Zustinian, Lunardo.
Bembo, pierr' Antonio.
Bulla, paolo.
Signoretti l'Abbale.
Chiorco.
Calegari, Antonio.