‹ Le livret d'opéra français de Lully à Gluck, 1675-1779Chapitre 4 sur 6 · SCÈNE XIV · texte numérisé non relu

SCÈNE XIV

La Nouveauté, La Cascade

La Cascade (chantant)

La la si ut la ré. — Ah ! Madame la Nouveauté, il y a longtems que je vous cherche sans pouvoir vous trouver.

La Nouveauté Vous n'êtes pas le seul. Et qui êtes vous?

La Cascade.

Grand maître de musique, grand compositeur d'opéras, et je me nomme M. de la Cascade.

La Nouveauté

Vous travaillez pour l'Opéra ? Ah ! je ne m'étonne plus si vous avez tant de peine à me rencontrer ; il y a longtemps que j'ai quitté ce pays-là. — Mais enfin, que voulez-vous de moi? En quoi puis-je vous être utile?

La Cascade

Je voudrais que vous m'aidassiez à faire passer une nouvelle idée qui m'est venue.

La Nouveauté

Voyons votre idée.

La Cascade

La voici. Comme depuis longtems on attribue la chute de tous les opéras nouveaux aux poèmes, je voudrais les retrancher et faire représenter un opéra sans paroles.

La Nouveauté

Eh ! vous croyez qu'on pourrait rester deux heures et demie à n'entendre que de la musique?

La Cascade

Pourquoi non? Il y a des gens qui l'aiment assez pour cela!

La Nouveauté

Mais enfin ! que feraient vos acteurs sur le théâtre ?

La Cascade

Us chanteraient seulement les notes et gesticuleraient comme s'ils disaient les plus belles choses du monde, et cela vaudrait mieux que de mauvaises paroles qu'on n'entend point.

(Suit un exemple de ce nouveau genre d'opéra : Caracalla et la Vestale).

Mais voici qu'à la scène suivante, le librettiste vient, à son tour, épancher sa bile contre lo musicien. Nous allons avoir, naturellement, la contrepartie des opinions de la Cascade.

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