PREMIÈRE PARTIE
de la mer, les arrivées et départs de navires, les sinistres, les prises, etc... Des correspondants lui envoient des courriers réguliers des principaux points du monde.
C’est alors — dans le deuxième quart du xvim® siècle — que l’on assiste à une spéculation effrénée, résultant d’une déviation fâcheuse de l’idée d'assurance : on ne se borne plus à souscrire des contrats maritimes, on assure tous les risques et on en arrive peu à peu à une exagération déplorable en ce qui concerhe leur nature. On joue littéralement sur la survenance d’un événement incertain, on assure la vie ou la mort d’un personnage, la naissance d’un fils ou d’une fille, etc... Ces contrats, appelés wager policies sont moins fréquents de nos jours mais n’ont pas totalement disparu. De 1914 à 1918 on à beaucoup assuré la fin ou la continuation de la guerre pour ou au-delà d’un terme donné.
Ces paris — car il n’ÿ a pas autre chose dans ces soidisant contrats — ont pourtant établi la réputation du Lloyd’s mieux que les plus importantes et les plus sérieuses polices qu'il a pu souscrire. Ils n'en constituaient pas moins des abus que les clients de l’avisé cafetier de Lombard Street voulurent réprimer.
Et nous arrivons à une date fondamentale dans l’histoire du Lloyd’s qui établit à ce moment une organisation presque définitive. En 1771, dans le but que nous venons de signaler, 79 assureurs constituent, sous la présidence de Van Mierop, un cercle dont ils confient l’adminis-
tration à un Comité de 9 membres. Chaque assureur devait verser un droit d’entrée de 100 £ et une cotisation annuelle de 20 £. Le cercle s’installe d’abord à Pope’s Head Alley, puis, en 1774, se transporte dans les locaux du Royal Exchange qu’il a toujours occupés depuis. Pour conserver les traditions acquises, on installe une salle publique rappelant le Lloyd’s Coffee, à côté de salles privées de délibérations, et on conserve à certains employés le nom de wanters.
S'ouvre alors une période à la fois néfaste et triomphale, qui s’étend de 1775 à 1815. On y enregistre un nombre formidable de sinistres qui atteignent une importance considérable ; les naufrages et les prises se multiplient avec les guerres incessantes ; l’exemple classique est celui de la perte de la « Lutine » (10 octobre 1799) renfermant 25 millions d’or monnayé (1). Mais on enregistre aussi la facilité et la loyauté avec lesquelles le- Lloyd’s opéra les règlements qui lui incombaient. Cette période décide de sa popularité et de sa fortune : c’est maintenant un organisme — ayant une autorité officielle indépendamment de sa puissance financière — qu’on consulte sur les graves questions intéressant le commerce, sur les traités à conclure avec l'étranger.
D'ailleurs son organisation intérieure, qui péchait par trop de lacunes, est codifiée en 1811 ; il est alors régi par
4 ® ee voit encore au Lloyd's des débris de ce bateau, ainsi que la cloche u bord.