‹ Le Lobe Flottant Droit Du Foie Dit Le Lobe De RiedelChapitre 37 sur 57 · II. — Lobe de Riedel et splanchnoptose abdominale · texte numérisé non relu

II. — Lobe de Riedel et splanchnoptose abdominale

Cette association ne présenterait pas d'intérêt chnique si elle n’exposait à des erreurs de diagnostic. En effet, la déformation du foie affecte sa forme

(1) Reel. — Erfahrungen über die Gallenstein-Krankheït. Berlin, 1892.

la plus simple. Les troubles imputables à la ptose sont d'ordinaire d’une extrême banalité : dyspepsie

du type hyposthénique, constipation, signes de dys- :

tonie neuro-végétative. Parfois, en cas de ptose rénale associée, ils consistent en douleurs lombaires irradiant vers la cuisse droite et en petits troubles urinaires : pollakiurie, dysurie, fixant l'attention sur le rein.

Comme chez tous les ptosiques, il existe de lamaigrissement et souvent un habitus qui risque de faire penser au pire, en présence d’une masse de nature indéterminée.

Ainsi, O’ Conor (1) porte chez Mme M... le diagnostic de néoplasme du rein droit. Sa malade, âgée de 52 ans, se plaignait de douleurs dans l’abdomen et dans les lombes gauches, apparues 2 ans auparavant, à la suite d’une opération pour hémorroïdes. Les douleurs, mal définies, jamais aiguës, étaient calmées par la pression et semblaient en rapport avec une constipation périodique. Deux faits, enfin étaient à retenir ; il existait : 19 des mictions fréquentes, 6 à 10 le jour, 4 à 6 la nuit, avec des urines normales, sans trace de pus ni de sang ; 2° un amaigrissement de 8 kg. depuis le début des douleurs.

Lors de son examen, l’auteur est frappé par la maigreur de la malade et par son teint jaune-sale contrastant avec des sclérotiques claires. Il découvre dans les lombes droites une grosse masse lisse, librement mobile, légèrement sensible à la pression bi-manuelle et dont le pôle supérieur est distinct et en partie accrochable (?). Le rein gauche palpable, n’est ni augmenté de volume, ni sensible.

(1) O’Conor. — Journ. of Urology, 1920, IV, p. 97-105.

Il n'existe pas de point douloureux costo-vertébral, Le rebord hépatique descend à deux travers de doigt audessous des côtes ; il apparaît régulier et sans rapports avec la masse sentie plus bas.

On pratique une radioscopie qui montre une ptose des côlons ascendant et transverse et un cathétérisme urétral au cours duquel la sonde droite s’arrête à 22 em. et ne ramène pas d'urine. De ce côté, le liquide opaque ne passe pas, tandis qu’à gauche l’urétéro-pyélographie ne montre rien d’anormal.

C’est avec le diagnostic de cancer du rein droit qu’on intervient. On trouve alors un foie abaissé, avec un lobe flottant qui atteint l’épine iliaque antéro-supérieure ; deux reins normaux et en bonne position ; une vésicule normale, sans trace de processus inflammatoire ; mais une viscéroptose très marquée avec notamment un cæcoascendant très large et très mobile ; l’appendice atrophié est enlevé.

La malade guérit parfaitement.

Dans un cas de Wicnezmr (1), c’est une ptose rénale avec rétention pyélique qui cause tout le mal :

Mne K..., 63 ans, présente périodiquement depuis 30 ans, une sensation de gonflement post-prandial localisée à l’épigastre et accompagnée d’une impression de ballonnement abdominal. Depuis peu, elle a des mictions fréquentes, de l’incontinence d’urine. Ii s’agit d’une malade plutôt maigre.

L’examen fait découvrir dans le côté droit du ventre, une grosse masse lisse, mobile, s'étendant du rebord costal à la crête iliaque ; à l'inspiration on en accroche le bord inférieur ; la radioscopie la situe « au-dessus » de l’estomac.

(1) Wizmezmi. — Riedel’s lobe simulating nephroptosis. Journ. Americ. Med. Assoc. Chicago, 1923, LXXX, 1755-57.

Un cathétérisme urétéral montre que la sonde est arrêtée à 6 em. du méat droit ; la pyélographie ascendante révèle une ptose du rein droit dont le bassinet est distendu et une image d’hydronéphrose d’ailleurs partiellement voilée par les gaz du côlon et par la crête iliaque. Sur le cliché, se remarque, dans le flanc droit, une légère ombre linguiforme descendant du rebord costal. Pourtant seul le rein ptosé retient l'attention. L'intervention prouve qu’on avait affaire à un lobe de Riedel cachant un rein droit prolabé et atteint de distension pyélique.

Une néphropexie amène la guérison.

Chez une malade de Gérarp-MarcnanT, dont l'observation est rapportée par Juper (1) puis par Pezier, tous les troubles semblent provenir d’une

ptose hépatique. En effet :

11 s’agit d’une femme de «9 ans ayant fait sept grossesses dont une gémellaire et qui, depuis janvier 1901, aceuse de l’inappétence, des digestions pénibles avec quelques vomissements, un amaigrissement progressif, un arrêt des règles d’une coloration jaunâtre de plus en plus marquée des téguments. Les selles restent colorées ; jamais de coliques hépatiques.

A l'examen, le 20 mai 4901, l’hypochondre droit paraît légèrement bombé; le foie déborde de trois travers de doigt. Il est manifestement abaissé (sa limite supérieure est dans le 6e espace) et augmenté (il atteint 17 em. de hauteur, un peu en dedans de la ligne axillaire). En continuité avec lui, existe une masse arrondie qui, à gauche, atteint la ligne médiane et en bas dépasse le niveau de l’ombilic de trois travers de doigt ; elle descend jusqu’à la fosse iliaque.

(1} Jupgr. — De l'hépatoptose et de son traitement par l’hépaçopexie. Rev. de Gynécol., 1992, vol. 6, p.,131-148.

or OUER

En dedans, elle est pourvue d’un bord tranchant qui longe la ligne médiane. En dehors, elle remplit la fosse lombaire. On la soulève légèrement, mais surtout on la déplace dans Je sens transversal ; elle est ferme et résistante. Sa matité se continue sans aucune modification avec celle du foie.

En présence de ces signes, on pose le diagnostic de kyste hydatique du foie et peut-être de cancer.

L'intervention, pratiquée le 24 mai 1901, par le D? Gérarp-MarcHanT, montre un foie prolabé et une hypertrophie localisée du lobe carré qui forme une saillie séssile du volume du poing. Hépatopexie.

Revue au mois d'octobre suivant, la malade dont le foie et la «tumeur» sont restés en bonne place, a repris de l'appétit et du poids (10 kg.) ; ses règles sont revenuss ; son teint jaune a disparu progressivement.

III. — Forme associée à une tumeur d’un organe adjacent au foie

Rrepez en a observé un cas dont voiei la relation

succincte.

Mn B {1)..., 32 ans, après un avortement remontant à

8 mois, se sent une tumeur dans le côté droit du ventre ; . cette masse ne détermine d’ailleurs que de petites douleurs gastriques et lombaires.

Depuis 8 à 10 semaines, la tumeur qui grossit à vue d’œil sans occasionner de fortes douleurs, s’accomapgne de fièvre vespérale et d’asthénie. Pas de signes urinaires.

Le 4 février 1888, l'examen trouve un gros foie, une languette arrondie, repoussée en avant par une tumeur sous-hépatique grosse comme une tête d'enfant. Cette

{1) Voir p. 131, planche IIL, fig. 7.

fu, rs

masse, un peu mobile, est bossuée, fluctuante, à peine sensible.

L'opération (5 février 1888) montre que derrière la languette hépatique évolue une pyonéphrose droite

dont l’incision donne issue à du pus et à des calculs.

Le 17 mars, des douleurs apparaissent qui forcent à pratiquer une néphrectomie, d’ailleurs mouvementée. Malgré une plaie intestinale accidentelle, reconnue seulement 8 jours plus tard, la malade guérit parfaitement,

En juin, la languette n’était plus perceptible au palper.

Cette observation est, à notre connaissance, Île seul exemple de lobe flottant droit développé au contact d’une tumeur d’un organe autre que la vésicule.

Schütz a rapporté un cas de languette du lobe gauche adhérant à une tumeur de la face antérieure de l'estomac.

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