IV. — Le lobe flottant recèle parfois une tumeur hépatique
a) Ce peut être une gomme. BASTIANELLI en découvrit une dans le lobe qu’il réséqua en 1895. Elle n'avait donné lieu à aucun symptôme particulier.
Un cas analogue fit faire à Munro une erreur de diagnostic dont voici l’histoire (1) :
Une « veuve d’un certain âge », chez qui la syphilis n’a jamais été soupçonnée, se plaint de douleurs dans le côté
(1) Muxro. — Gumma of the liver as a surgical disease. Neiv- York State journ. of Med. april 1908 ; vol. 8, n° 4 ; p. 1835.
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droit du ventre. Ces douleurs, continues depuis 2 mois, s’accompagnent d’un amaigrissement de 10 kilogrammes et d’une constipation alternant avec de la diarrhée. Au niveau du cæcum on découvre une tumeur sensible, nodulaire et mobile qui a tout à fait l’aspect d’un cancer du cæcum. |
A l'opération : lobe de Riedel typique présentant au niveau de son sommet deux gommes isolées, chacune de la taille d’un petit œuf. On les excise. Par ailleurs, aucune tumeur ne peut être sentie. Pas de caleuls vésiculaires. Guérison par traitement anti-syphilitique.
b) Ce peut être une tumeur d’origine syphilitique.
En août 1901, le Pr Lecuro (1) opère à l'Hôtel-Dieu une femme de 51 ans entrée pour douleurs abdominales accompagnées de perte de forces. Dans les antécédents de cette malade, on relève des crises d’épilepsie depuis ‘âge de 18 ans. Il y a 20 ans : ictère et crises de coliques hépatiques qui ne se sont jamais reproduites depuis. Bien qu’elle nie tout accident syphilitique, et qu’elle n’ait pas présenté d’éruption suspecte, la malade a perdu ses cheveux, a fait des céphalées nocturnes ; enfin, 1l y a deux ans elle a été traitée pour une tumeur de la partie antérieure du cou par des frictions mercurielles et une médication iodurée.
Depuis 5 ans, elle se plaint de douleurs de l’hypochondre droit, coïncidant avec des périodes de mictions difficiles.
L'examen révèle l’existence de deux reins mobiles ; devant le rein droit, il existe dans la région vésiculaire, une tumeur lisse, régulière, arrondie, peu douloureuse
(4) Lecueu. — Deux cas d’hépatectomie pour syphilis. Congrès Français de Chirurgie. Paris 1901, tome 14, p. 607-641.
au toucher, se déplaçant avec les changements d’attitude mais conservant toujours son point d'attache dans la région hépatique comme si elle y était fixée par un large pédieule. Cette tumeur semble faire partie intégrante du foie ; aussi le P* Lecuev pense-t-il avoir affaire à une vésicule biliaire dilatée ou kystique.
L'opération est pratiquée le 9 août 190! ; on tombe sur un lobe flottant, relié à la partie droite du lobe du foie par un large pédicule. La vésicule est normale, À la face inférieure du lobe flottant existent deux épais noyaux fibreux ressemblant à des noyaux de cancer. Le PT LxE- GuEU pense à la syphilis ; 1l procède à leur ablation.
Suites simples. L'examen histologique confirme qu'il s'agissait bien de syphilis hépatique.
c) Certains lobes flottants peuvent être le siège d’une dégénérescence cancéreuse. L'observation de Roux (1) en est un exemple :
Marie F..., 54 ans, très bien portante jusqu’au printemps 1895, commence à perdre les forces et l’appétit. L'’amaigrissement fait de rapides progrès.
En décembre, elle se découvre par hasard une tumeur abdominale, mobile, grosse comme un œuf et que son médecin prend pour un rein flottant. Bientôt apparaissent de violentes douleurs en ceinture.
À son entrée à l’hôpital, le 26 février 1896, on constate au niveau de l’hypochondre droit, l’existence d’une tumeur large de quatre travers de doigt, et dont le bord gauche touche à l’ombilic, tandis que sa limite inférieure dépasse de 3 centimètres la ligne bi-épineuse. La masse suit es mouvements respiratoires ; elle est mobile transversale-
(1) Roux. — Revue médicale de la Suisse Romande, 1897, XVII, p. 114.