GENÈSE DU LOBE FLOTTANT EN GÉNÉRAL
19 La Théorie de la constricton, la première en date, incrimine une action mécanique : celle du corset et des vêtements trop serrés. Quand cette dernière s’exerce en pleine zone hépatique, le foie pris comme dans un étau s’aplatit transversalement. D’ordinaire, il s’allonge dans le sens vertical, déborde les fausses côtes dont le rebord va imprimer sur sa substance un sillon plus ou moins profond. La partie du lobe droit sous-jacente à ce sillon peut se mobiliser et figurer une sorte de lobe surnuméraire, le lobe de constriction.
En outre, la vésicule, sous l’effet de la compression, est pincée transversalement et projetée en avant. Le canal cystique se trouve souvent étiré, voire écrasé. [Il en résulte de la stase biliaire, du catarrhe, puis une ectasie de la vésicule avec, pour ultime conséquence, la précipitation de calculs (Herrer, Borrcincer, MarcnanD, HoPpe-SEYLER et l’Ecole de Krer).
Telle est la théorie. Elle fut combattue jadis par quelques auteurs dont Grénarp. Elle n’est plus soutenable aujourd’hui. Comme le dit le PT Fressin- GER : « Depuis l’époque où les corsets serraient la taille, la cause de ces déformations a disparu et cependant les mêmes déformations se retrouvent cliniquement et anatomiquement. Il faut donc admettre. que le
corset n’est cause de déformations hépatiques que dans des cas exceptionnels ; le plus souvent 1 faut incriminer une autre raison ».
20 Théorie de l’hypertrophie hépatique. — Franrz GLÉNARD voyait dans le lobe flottant, une « hypertrophie ptosée ». En effet :
10 le lobe aberrant présente une certaine dureté (ce qui est loin d’être constant) ;
20 son bord interne, c’est-à-dire le bord inférieur du foie, est notablement épaissi (on le donne plutôt comme tranchant) ;
30 Quand il accompagne la cholélithiase, 1l se développe en général aux dépens du lobe carré (en règle 1l siège sur le lobe droit) ;
40 Chez 4 malades, il fut le résidu d’une hypertrophie totale.
Les arguments de GLÉNARD ne prouvent pas à l'évidence la réalité du processus hypertrophique. En outre, si hypertrophie 1l y a, pourquoi affectet-elle exclusivement le lobe droit ou le lobe carré ? C’est ici qu'intervient la théorie de l’indépendance des lobes hépatiques. Au triple point de vue anatomique, physio-pathologique et clinique, le foie serait divisé en 3 territoires relativement distincts : le lobe droit, le lobe gauche et le lobe carré (lobe moyen ou cholécystique de GLénarp). Ils seraient tributaires : le premier de l'intestin, le second de l'estomac et le dernier de la vésicule biliaire. La
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théorie repose sur un grand nombre de recherches dues en particulier à GLÉNARD, à Moncour et à Sérécé. Il n’est pas dans nos intentions d’en retracer l’histoire (1), cela nous entraînerait trop lom. Contentons-nous d’en indiquer quelques-unes des principales conclusions :
10 Il existe dans la veine porte un double courant sanguin : l’un iléo-dextro-colique, pour le lobe hépatique droit ; l’autre, gastro-spléno-sinistro-colique, pour le lobe gauche.
20 Le lobe droit est draîné par la branche droite d’origine du canal hépatique ; cette branche courte, volumineuse et rectiligne est la plus accessible.
30 L'indépendance morbide des lobes du foie est attestée par les nombreux cas de cirrhose monolobaire, et par la localisation au niveau du lobe droit des abcès hépatiques d’origine appendiculaire.
40 L’hypertrophie du lobe gauche est liée aux affections de l'estomac (gastrite éthylique, par exemple) celle du lobe droit est le fait des affections gastro-intestinales. La déformation du lobe carré, enfin, dépend de la cholélithiase.
Certains travaux (GILBERT et ViLLArET, BAUER, Dévé), ne confirment pas le bien-fondé de la théorie. Sans doute, celle-ci peut-elle convenir à quelques cas de lobes flottants, mais elle n’en expose pas clairement la genèse. |
(1) On la trouvera résumée dans la Thèse de LéPez (Lyon 1918) et dans l’article de Cane et CmevarriEr (J. de Méd. de Lyon, 1928 p. 473). Ces ouvrages donnent toutes les indications bibliographiques
utiles.