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CHAPITRE X

UNE FORME NOUVELLE DE l'lMTLMIVE PRIVÉE EN MATIÈRE DE LOGEMENT.

LK (« MANSIO.N HOUSE COUiNCIL ON THE DWELLINGS OF THE POOR. » LES ASSOCIATIONS POUR l'iNSPECTION SANITAIRE DES MAISONS.

Il me paraît que chez les Anglais et les Américains du Nord il existe à un plus haut degré qu'ailleurs une sorte d'esprit public qui trouve dans le groupement, l'association des forces individuelles, le moyen de s'attaquer pratiquement aux questions les plus difficiles, et parfois celai de les r('soudre. Nous avons vu les résultats admirables obtenus par la réunion des petits capitaux, par roj'ganisation et le fonctionnement des Sociétés de construction et d'avances dans la Grande-Bretagne et dans quelques Etats de l'Amérique du Xord. Xous avons vu comment ces Sociétés ont •-U trouver une forme originale et appropriée au genre de services qu'elles devaient rendre à la portion de la classe ouvrière qui économise et ([ui veut posséder son propre foyer. A côté de cela,

iOi QUESTION DES LUCEMENTS

des Soeiclés pour la conslruciiou de log»»monts saliibres cà bon marché foncb'os et administrées en vne de la réninnération du capital ont prospéré et étendu dans (rénormes proportions le champ de leurs opérations. Dans une certaine mesure donc, les besoins de l'élite de la classe ouvrière ont pu être satisfaits sous le rapport du logement. Elle a dn y mettre naturellement du sien et développer les ([ualités d'épargne, de sobriété, de respect et d aide de soi, à Taide desquelles elle a pu prolîter des avantages qui s'offraient. l*our la catégorie inférieure, pour celle qui est plus pauvre, qui n"a pas d'habitudes de propreti';, les entreprises dans le genre de celles que miss Octavia ITill a inaugurées sont d'un grand secours. Elles cherchent à améliorer sur place le logement du pauvre et à élever le niveau moral de l'habitant, et cela sans sortir du cadre de la rémunération du capital engag(\ sans tomber dans l'aumône et l'assistance gratuite.

Mais il y a place pour un autre mode encore d'initiative privée, c'est celui au(|uel s'est attachée la Société de New-York pour améliorer la condition du pauvre et que, depuis bientôt quatre ans. a adopté le ('omité de Mansion Ilouse, formé' pour s'occuper du logement des classes pauvres [M(fHsion Honse Council on thc Direllings of tlie poor). Il n(^ s'îigit plus de construire des logements salubres à bon marché, mais de lutter contre Tinsa-

EN ANGLETERRE. iO^i

lubrité des logements existants, dappi-endre anx lial)itants de ces bouges leurs droits et leurs devoirs, de répandre parmi eux les notions les plus élémentaires dliygiène, dinspecter les maisons où ils logent, d'en signaler les défectuosités aux propriétaires ou aux locataires principaux, de chei'cher à obtenir que ceux-ci y remédient, et à défaut d(* cela, de porter les faits à la connaissance des autoriléslocalescompétentes, d'insister auprès (le cellesci pour (ju'elles usent de b'urs pouvoirs de poliee; si elles s'y refuseut, de signaler le mal el l'apalliie. la négligence de l'autorité locale à l'aulorité centrale. C'est la mission que s'est donnée le Conseil de Mansion Ilouse; il poursuit un triple but : faire [éducation des babitants, ol)liger les propriétaires et les autorités locales à se conformer aux lois existantes. Enfin, il entretient un courant d'opinion publicpn toujours en éveil et ne permet plus à la ipiestionde retomber dans l'oubli.

hQ Mansion House Council est né du mouvement qui a sui^•i la publication des tableaux navrants, [)résentés par le Rév. iMarnes dans le Bitter Cry of outcast London. Il a été nommé dans une conférence tenue à Mansion Ilouse, le 11 décembre 1883 ; il comprend un comilé exécutif présidé par le loi'd mayor, et dont font partie lord W. Compton, lévéque (IcBedford. plnsieurs aldermen, des membres du Parlement, M. J. Peck, de la Howard Society, leD^Longstaff, M. Mocalta, M. Keitb Young,

20r> OL'F-SÏIDN ItES LOGEMENTS

architecte et im comité central d'assistance sanitaire, présidé par le D' Lonj^slalT, et qni compte dans son sein plusieurs dames (miss Toyn])ee, miss CiOhen, Mrs P(»well j, des membres du clergé, des nn'clecins. 11 a formé» des comités locaux, qui se sont partagé la capitale. Jl en existe aujourd'hui une trentaine composés chacun de douze à vingt personnes, qui ont entrepris la tâche de découvrir, soit par elles-mêmes, soit en se mettant en rapport avec les personnes qni visitent les pauvres," l'état des logements et de leurs ha h i tant s.

Ces comités locaux travaillent conforiiK'meut à un plan uniforme; ils sont en communication avec le fonctionnaire exécutif du Conseil, le docteur Longstaff, un expert en matière de sanitatmi, et tous les mois un ra[)port d'ensemble est présenté au Conseil, montrant, le nombre de cas en main, la mc'thoile de traitement et le résultat obtenu.

L'objet principal du Conseil est de faire exécuter les lois existantes, qui ont ti'ait à la salubrité des logements. Tout en se dé'vouant à cette œuvre, le Conseil a la conscience très nette d'une chose, c'est que tous les efforts faits en vue d'améliorer la condition du pauvre doivent tendre avant tout à éveill(M' le sentinu-nt de selfresprct, de selfrestraint, l'amour de la (b'cence et de l'ordre chez les gens eux-mêmes. 11 est formellement entendu qu'aucune distribution de secours ne doit èli-e faite au nom des comités locaux ni duConseilde Mansion llouse.

Des imprimés indiquant d'une manière générale les défectuosités sanitaires sont mis en circulation, et l'on invite les hal)itants des maisons à signaler les plaintes qu'ils peuvent avoir à formuler. Ces plaintes sont vérifiées par les soins des comités locaux; si elles se trouvent être fondées, elles sont transmises aux autorités compétentes. Est-il fait droit à la réclamation, la chose en demeure là; sinon, le secrétaire du comité local fait un rapport au comité central qui s'est réservé le pouvoir de poursuivre, s'il y a lieu, l'affaire et de recourir aux voies légales. L'expérience a prouvé qu'il fallait être prudent dans le choix des memhres des comités locaux, qu'il était indispensahle de s'adresser à des personnes ayant l'hahitude de travailler à l'amélioration du sort des pauvres, de les mettre en garde contre les excès de zèle et de ne pas harasser les pauvres par un trop grand nombre de visiteurs différents.

Le Conseil de Mansion Ilouse a profité de l'Exposition d'hygiène de 1884 pour inaugurer une série de trois journées de conférences, suivies de discussions. Ces conférences avaient trait à des questions d'Iiygiène, aux difficultés de l'administration sanitaire, à la construction de logements salubres, etc. Elles ont été imprimées et font partie d'un beau volume de 430 pages [Healtli in the dwellhifj. Conférences. Dicellinys for the poor, the mnilary construction of houses., promotion of social

science, t-hcz William Clowes and Sons. Londres. 1884).

Alin dY'vitoi' aux locataires dos logements insa- Inbrcs les conséquences fàclieuses qui pourraient iM'sultci- pour eux d'une dcMionciation (mise à la porte, renchérissement du loyer), les plaintes sont traitées de la fac'on la plus discrète; les comités locaux gardent secret le nom du [daignant et agissent en leur propre nom soit auprès des propriétaires, soit auprès des autorités locales.

Les comités locaux reçoivent les plaintes, les examinent, clierclient de leur côté à découvrir des cas d'insalubrité (encombrement, ventilation défectueuse, insuffisance d'eau, mauvais état des cabinets, du drainage, des citernes), ils informent les locataires principaux, sous-locataires, de leurs droits et de leurs obligations; ils doivent coopérer avec les autoriti'S locales et leurs fonctionnaires, entrer en rapport avec les visiteurs du school boanî, surveiller les constructions nouvelles, afin de voir (juelles sont conformes aux exigences b'gales.

Le conseil central a reçu des demandes de personnes désireuses d'acheter des maisons insalidires et de les convertir en logements convenables, sur le système Octavia Hill, et des demandes de pro- ])riélaires désireux de vendre. (Test à l'aide île souscriptions volontaires et ^\\\ tb'vouenient de personnes désireuses de travailler au bien de la communauté, que cette (cuvre inlt'ressante fonctionne.

L'inlUiciice indirecte du Conseil a élé considérable, il a stimulé les autorités locales. Quelquesunes ont augmenté le personnel de leurs inspecteurs, presque toutes se sont montrées plus énergiques. 11 a rencontré de la résistiince et il n'a pas craint d'entrer en contlit avec elles. Mais tout cet enthousiasme rist[ue de n'être qu'un feu de paille, s'il n'est pas surveillé et alimenté. Il est nécessaire de réformer l'organisation municipale de Londres qui est absolument insuffisante, les vestries sont audessous de leur tâche. Il est vrai que l'inditférence des contribuables, leur négligence à s'occuper des affaires locales est tout aussi blâmable.

En 1884, le Comité central et les comités locaux ont eu à s'occuper de deux mille cinq cents cas d'insalubrité, dans l'année 1883 le chiffre s'en est élevé à près de six mille. Un certain nombre se sont trouvés insignifiants ou non fondés ; d'autres ont été remédiés par le propriétaire lui-môme; dans un grand nombre, on a constaté que l'insalubrité était le fait du locataire lui-même, de ses habitudes de malpropreté et de destruction. Il n'en restait pas moins une forte proportion qui avait échappé à l'inspecteur du vestry^ ou qui ne lui avait pas été signalée de crainte d'encourir le déplaisir du propriétaire.

Le conseil s'est heurté à la résistance de deux autorités locales, qui ne tinrent aucun compte des faits signalés; le veslry de Clerkeiuvel ne lit rien

:2I() OL'KSTION nKS LOC.EME.NTS

pour l'tMiKMlR'i- à l'iiisalul»i'il('' ilr pri-s do oiiKj conls logements, il ne prit même pas la peine de iM'pondre aux Icllres du (Conseil. Le vestnj de Mile End 01(1 Tuwn imita cet exemple. Celte résistance passive détermina le Conseil à user des recommandations contenues dans le rap[)ort de la Commission extra-parlementaire sur le log(>ment des ouvriers. Il s'adressa au secrtUaire d'Etat de l'intérieur et réussit à obtenir inie enquête publique. Li' ministre d(dégua M. Cubitt Nicbols, qui présida une Commission formée de deux membres du vestnj de Clerkenwell et de quatre représentants du Conseil de Mansion House. L'inspection des nuûsous défectueuses occiqia une semaine, l'enquête orale deux jours. On procéda de même pour Mile End Old Town. Les rapports de ces deux enquêtes ont été publiés. L'etl'et iuuuédiat a été excellent; les deux autorités locales sont sorties de leur létbargie et se sont efforcées d'améliorer la condition sanitaire de leurs districts.

Il paraît qu'à Londres quelques propriétaires peu scrupuleux ont cberclié à allécher des locataires pour leurs immeubles construits contrairement à toute règle d'hygiène, en les parant du nom de maisons ?nodèics. Le Conseil s'est inquiété et grAce à ses efforts on a fermé plusieurs ;}5e«(/o model dwellings, et obligé les propriétaires à faii-e les modifications indispensables.

Eu outre, usant de la faculté que donne la loi

lie 1883, le Mmision House Co/icUr intenté des poursuites devant les petites assises des juges de paix, au lieu de s'adresser aux magistrats de police de district, dont les audiences sont encombrées.

Je ne sais dans quelle mesure on pourrait transplanter sur le continent l'œuvre entreprise par le Conseilde Mansion Ilouse (1). Les mœurs publiques s'y prêteraient peut-être moins. Quoi qu'il en soit, l'entreprise mérite d'être connue. On voit l'initiative privée sefîorcer de suppléer par son activité à l'insufiisance des organes de l'autorité gouvernementale ou communale.

A côté de cette tentative destinée surtout aux classes ouvrières et aux indigents, il existe d'autres associations qui entreprennent l'inspection des immeubles de la classe aisée, qui s'efforcent de décou- A'rir les défectuosités qu'elles présentent au point de vue hygiénique et qui indiquent les moyens d'y remédier. Leur nombre augmente. Citons la Londoii and Siiburhan sanitary siirvetj Association, la Sanitary Assurance Associatio7i, la Lo7icton Sanitary Protection Association. Elles sont la mise en vigueur (kl proverbe : // y ou loant a thing cloing^ do it yourself. (Si vous voulez qu'une chose se fasse, faites-la vous-même.)

il) Pour les détails voir : Mansion House Council on the

dwelU'igs of the people. Reports for 1884, 188j, deux volumes.

Bureaux du Conseil, 14, Cléments Inn, Strand, Londres.)

•2\'2 Ull':STI(tN llKS UtHKiMENTS KiN ANGLKTKHlUi:.

Lu London Similar!/ I^rotoction Associ(ft/on (I) ;i leiiu deniièremoul^ sasixièiiic l't'niiiion iiniuicllosoiis la ]tr(''si(l<Mico de Lord Chelmsford. Elle compte aiijoiiiil liiii près de douze cents membres. Le nombre (le maisons inspectées par les ingénieurs de lassociatioM en 1886 a été de :i98; TJO 0/0 ont été trouvées plus ou moins défectueuses. Ce cbillVe est plus élevé que la moyenne des années précédentes. Le nombre des maisons inspectées depuis la formation de la Société s'est élevé à 2,210. Dans la plupart d'entre elles, on a perfectionné, on a aiui'lioré les arrangements sanitaires. «Le conseil de l'association a lieu de croire (pu» le rc'sultat obtenu ne se borne pas à ces maisons. On a employé, pour y introduire les changements nécessaires, des patrons qui ont appris beaucoup de choses et qui mettent à profit cette instruction. Neuf hôpitaux et écoles ont élé inspectés durant l'année. »

L'jiide par soi-même est décidément plus efficace et }»lus économiipie pour améliorer l'état sanitaire des logements de toute condition que l'appareil d(>s autorités locales ou nationales, fonctionnant a\('c les ressources des contribuables.

il) On s'alxiiiiic au scivici' tl'iiispi'clion sanilairo iiovir une soiiiHio uni varie avrc ta valiiii' de la maison; lo ])rix (le rabonncinciil aiiiiurl est ciilrr \',\ (v. cl l\2 i'r. ;>(>. l.a pivinièro insjii'clioii loùlc de :i() I'r. -l'.') à l.'iT ïv. .">(•.

T.cs l'analii[iies tl(^ la sfiDÙtation voudraii'iil iiMiilrt' rt> scivirc uhligaloire pour les écoles et les hùlils.

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