‹ Le logement de l'ouvrier et du pauvreChapitre 25 sur 44 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

TENTATIVES QUI ONT ÉTK FAITES DANS QUELQUES VILLES DE PRO- VINCE EN FRANCE, EN VUE d'amÉLIORER LA CONDITION DES LOGEMENTS d'oUVRIERS.

LILLE, AMIENS, REIMS, SAINT-QUENTIN, LE HAVRE, ORLÉANS, LYON, BORDEAUX, NANCY, ROUEN, NIMES.

Depuis loiiglemps déj;'i, la question des habitations ouvrières est résolue pour ce qui concerne les gi-oupes de population qui travaillent dans les usines établies hors des villes. La plupart des exploitations minières et métallurgiques ainsi que les grandes usines rurales, lilatures, tissage, etc., qui emploient régulièrement un nombre considérable douvriers, ont pour annexes les habitations nécessaires à ces ouvriers et à leurs familles. Ces cj'éa lions de villages, que Ton observe dans les régions industrielles du Nord, de lEst et de l'Ouest, t'ont partie des dépenses de l'outillage et de la main-d'œuvre. Les patrons ont intérêt à attirer (1)

(1) Vdii" plus Juin le chapilrc ({ue nous avons consacré aux habitations construites en Allemagne par les chefs d'industrie pour leurs ouvriers.

et à lixcrà proximité des élablisseiiR'iit.s industriels les imvriers dont ils ont besoin et ;i les installer diin^ des conditions l;ivoi-alde> à leur hygiène, à leiiti'etieu nioi'al et iu;tl<'i'iel de leiii- famille. C'est 1 intérêt bien entendu de lindustrie (|ni a ei'éé ces groupes dlialdtations ouvrières et <|ui assure l'extension de ce systi-me partout où la nature et liniportanee de rétablissement !•' rendent a[)])lieable.

11 me reste à donner ((uelques renseignements sur cê<|ui a ('ti' fait i-n j»ro\ inee. Il e>l assez diflieilc de réunir des informations abondantes. J'ai eu recours à robligeanee de corri'spondants îles départements, et je ra|tporterai prescjue lexluellemenl le> termes de leurs réponses. Cela donnera un peu plus d<' variété.

On veri-a (|ue dans quelques \ illes la province a singulièrenu-nt devancé la cai)itale. (|uil y a eu des tentatives fort intéressanies. dont certaines ont eu nu jdein succès. Les plus anciennes ont été inspire.es par rexem[»le de ce qui setait fait à Mulbouse: ce sont des Alsaciens c<minie M. Siegfried, qui. s expatriant après l annexion, ont importé linstilution de cités ou\ rières au lla\re. On verra ([uc ilans une ou deux circonstances la municipalité est venue eu aide uncc une garantie d'intérêt. Daufre part, à Orléans, l'initiative est partie d'ouvriers eux-mêmes.

Imi <•(' moment. M. Picot et sc^s amis ont eu-

trepris courageusement une croisade en province pour propager les idées qu'il a émises dans son livre et pour populariser l'exemple de l'Angleterre. Lille.

Plus que beaucoup d'autres cit('S manufacturières, Lille appelait une réforme dans les logements. On se souvient de l'impression produite par la description, éloquente à force d'être navrante, que fit M Blanqui, des caves dans lesquelles était entassée ou plutôt enfouie toute une population d'ouvriers (1). A cette époque (il y a environ quarante ans) Lille était limité dans l'étroite enceinte de ses fortifications, et son industrie toujours grandissante, en même temps qu'elle provoquait rimmigration d'un nombre croissant d'ouvriers, réclamait pour ses xisines la plus grande part de l'espace disponible : llmbitation humaine était sacrifiée à l'installation des filatures et des tissages. La démolition des fortifications et l'extension de la ville permirent de chercher un remède à l'ancien état de choses, qui

(1) Voir ]o raiiport di'-jà cité de M. Lavolléo ainsi qu'une liisloirc de la Compagnie imnioldlière de Lille éLTite par M. Violette. Voir sur rétat actuel des habitation? ouvrières de Lille dans la revue hi liéforme sociale des t.-i mars, 1" et t.") avril 1887, trois articles par M. Alfred lienouard. On ne saurait dire que la situation d'une grande partie de la population ouviièrc sous le rapport du logement soit l)ieii brillante ; elle vit entassée dans des eliaiiil)rcs mal aérées, mal tenues pt qu'elle paie fort cher.

32fi Ol'KSTION ItKS LOGEMK.XTS

était devenu pres(|iie un scandale public, et tous les dévouements concoururent avec l'intérêt municipal pour hâter l'amélioration du logement. En 18C).j fut projet(''0 une Société, an capital de 2 millions « dans le but de construire, avec le concours de la ville, des maisons exclusivement destinées aux ouvriers. »

La constitution de la Société dépendait du concours de la ville. Ce concours ne fit pas défaut, plusieurs fondateurs de la Société, entre autres M. Violette et le pr<^sident actuel, M. Dequoy, faisant partie du Conseil municipal. Par une délibération en date du 14 juillet 1865, la \ ille déclare garantir à la Société, pendant sa durée de cinquante ans. un intérêt de 5 p. 100 sur le capital emplové aux constructu)ns jusqu'à concurrence de 2 millions.

La Compagnie Innnobilière de Lille fut ainsi constituée par acte du 7 novembre 1867, au moyen d'une souscription d(> 600,000 francs, somme qui fui jugée suffisante pour commencer les opérations, et à laquelle s'ajouta une subvention de 100,000 francs à titre graluit, accordée par l'empereur.

Dès 4873. la Socit'b', cpii s'é'tait rendue propriétaire de deux grands lots de terrain dans la zone annexée, avait construit 233 maisons. Depuis cette époque, un troisième lot a été acheté, ce qui purle ?i 318 le nombre des maisons que la

Société a mises à la disposition des ouvriers, dans des quartiers salubres, avec des aménagements bien appropriés et à des conditions de location ou de vente qui sont avantageuses. Le prix de location d'une maison à un étage, pouvant loger une famille, est de 17, l'A) à 20 francs par mois. Les logements loués en ville par les ouvriers ne se composent le plus souvent que d'une chambre, dans des conditions très insuffisantes à tous les points de vue et au prix de 8 à 12 francs par mois. La population des trois groupes de maisons s'élève à 1810 personnes. Deux maisons seulement sont habitées par des célibataires; tout le reste est habité par des familles plus ou moins nombreuses. D'après les chiffres ci-dessus, la moyenne d'habitants par maison serait entre cinq et six. La plus grande partie des maisons est occupée par des ouvriers des filatures de lin et de coton; puis viennent quelques ouvriers du bâtiment et des ateliers de construction, et enfin des employés de l'octroi, des chemins de fer et des tramways. Non seulement il n'y a jamais de maisons inoccupées, mais encore la proportion des locataires qui deviennent acquéreurs est toujours croissante. En 1873, sur 23.3 maisons, 32 étaient vendues et le reste était habité par des locataires. Actuellement, sur 318 maisons, 201 sont vendues à ceux qui les occupent. D'après les statuts, les maisons ne peuvent être vendues par la Société

•328 Ol'ESTION DES LOGEMENTS

quau prix de revient, et elles sont payables un dixième d'avance, avec les frais d'enregisl renient et le surplus, par fractions, au mois ou à la (juinzaine, pendant une période de ijuinze ans au maximum et avec faculté d'anticipation. Le nombre considérable des achats prouve (jue le l^rix (3,000 francs) pour les maisons ordinaires est en rapport avec les ressources quune famille d'ouvriers peut économiser sur le salaire quotidien. Pour que ces maisons conservassent le caractère et l'aiTectation spc'ciale qui leur étaient attribués au profit des ouvriers, il fallait stipuler qu'elles ne seraient revendues ou sous-louées par les acquéreurs que sous certaines réserves et moyennant des conditions plus ou moins restri<'tives. D un autre côté, l'on pouvait craindre que les mutations de propri«'t<*s s'elfectuant nécessairement après décès ou par suite de vente volontaire ou forcée, ne vinssent jeter quelque trouble dans l'ensemble de l'opération et (b'uaturer quelque peu l'œuvre primitive. Depuis la foiulation de la Société, douze maisons ont été revendues, sans (ju'il en l'é'sullàt le moindre inconvénient pour le fonctiouni inent général du système.

La Société' avait connnencé ses opérations avec un capital sousciil de (iOO.OOO francs et avec une subvention de 100.000 francs. Il est stipulé' dans les statuts ([ue les actions de 500 francs recevront un intérêt annuel sur les produits nets résultant

du produit des locations et des intérêts dus par les acquéreurs de maisons, sous déduction des Irais d'administration et d'entretien, et du service des emprunts éventuels. Quant au surplus des bénéfices et au produit des ventes de maisons, ils sont destinés, d'après les statuts, au remboursement successif des actions de .jOO francs, le Conseil d'administration conservant toutefois la faculté d'appliquer le produit des ventes à de nouveaux achats de terrain et à de nouvelles constructions. Depuis l'origine de la Société, l'intérêt annuel de o p. 100 a été régulièrement payé aux actionnaires, sans qu'il y ait eu lieu de recourir à la garantie de la ville, et s'il n'a pas été remboursé d'actions, c'est que le conseil d'administration a usé de la faculté d'emploi qui lui a été réservée par les statuts, en construisant de nouvelles maisons au fur et à mesure qu'il recevait le produit des ventes(l). C'est ainsi que, sans émission d'actions

il) Les conditions de vente et de loealidu soiil des plus simples. Le prix de Idcjilion est calculé à raison de 8 p. 100 snr le |iiix de vente : sur C(^s 8 p. 100, '6 p. 100 sont allribuf^s aux aciiunnaires et 3 p. 100 affectés aux Irais d'assurances, d'impôts divers, entretien, réparations et dépenses de gestion. Le payement do quinze annuités de loyer donne au locataire la possession de la propriété qu'il liahite, mais l'ouvrier peut tout d'abord s'en déclarer acquéreur dès (ju'il a ])ayé en loyer le dixième du prix de la construction : dès [ors le prix de son loyer est succes- >ivement réduit à .'i p. iOO de la somme restant à payer,

330 OLESTIÛN 1H:S LOGEMENTS

supplémentaires, sans emprunt, il a pu construire successivement, avec le capital primitif de 000,000 francs renouvelé pai* les ventes, pour 1,140,000 l'r. trimmeiibles. Le remboursement des actions n'esl, d'ailleurs, exposé à aucun risque en présenci' de l'actif immobilier qui demeure la

cl il [iL'ut iiii'iiii' abrt'gvr la tUiréf de son bail par des payements anticipés et partiels.

Le tableau suivant établit d'une façon précise les conditions de vente :

l'remiei'

acompte :i

payer il(>

l'ayements à effectuer succes-

sivemeut pour devenir

propriét.iirc.

21 par mois ppu<laiit l^ianstî mois.

Prix de

suite

vente par

(plus les

maison.

frais d'acte).

MAISONS fr.

fi-. fr

à t étage 2.700

plus grandes à 1 étage. 4.200

— — 4.r.oo

— — i.OOII

460 dô

à 1 étage, avec caves. 5.000

ù 2 étages, avec caves. H. 000

SOO 70

Les conditions de location sont exaclement stipulées

dans un second tableau que voici :

l'rix annuel Mode île payement

du loyer. du loyer.

M.VlSO.NS fr. fr.

à i étage, 208 17 jO par uiuis ou !* fr. par quinzaine,

à 1 étage. 216 IH par mois,

plus grandes à I étage. 33« S4 par trimestre.

à 1 étage, avec caves. 400 100 — —

à 2 étages, avec caves. 640 160 — —

propriété de la Société : il est simplement ajourné, du consentement des actionnaires.

M. Lavollée fait remarquer que le but des fondateurs a été complètemout atteint, lu nombre relativement considérable de familles d'ouvriers sont logées dans des conditions de salubrité et de bien-être qui étaient inconnues il y a vingt ans. L'babitation dans tous ses détails s'est sensiblement améliorée à Lille : l'exemple donné a trouvé des imitateurs. Il y a eu un grand service rendu, et il est très important d'ajouter qu'il ne coûte rien à personne. Au contraire, au point de vue financier, l'entreprise rémunère convenablement.

Cependant le dernier groupe (110 maisons dont la réception n'a été faite qu'eu 1881), moins bien situé que les autres et comprenant des maisons d'un prix de revient plus élevé, ne donne pas les résultais qu'on en attendait et le conseil ne sent pas la nécessité de continuer à édifier de nouvelles habitations (1).

Le bureau de bienfaisance de Lille a bâti un groupe important de maisons, pour lesquelles la réduction de loyer est appliquée à titre de secours. C'est de l'assistance publique en faveur des ouvriers indigents.

{[] Uii cL'iLuia iiombie d'ouvriers devenus propriétaires préfèrent se retirer dans une habitation plus modeste et louer heur maison à d'autres ouvriers, souvent à des débitants de boisson.

'5.3:2 OIKSTION IJI'IS 1.0(1 KMKNTS

Edifié en IHliO, ce tiroiipe a porté d'abord le nom lie ('ih' Na|)ol('()ii, il sappollo aujourd'lmi (•it('^ pliilaiithropiquo. Jl l'oriiu' eiilre <|iialre rues el en pleine ville nu immeuble im[)orlanl érigé sur près d'un liectare de terrain, comprenant 27() chambres, louées par mois TJ l'r. frez-de-cliaussée), 43 fr. 50 (]" étag-e), 45 l'r. (2" étage), 35 fr. 80 (3" étag(^), ceux-là seuls sont admis dans la cité qui sont inscrits sur la liste des indigents et ceux (jui peuvent prouver de rinsuflisance du salaire hebdomadaire en raison du nombre de leurs enfants. L'administration considère qu'il y a insuffisance matérielle, lorsqu'en additionnant le chiffre des salaires du père, de la mère et des enfants |)eiulant une semaine et en divisant le total par le nombre des membres de la famille, elle ne trouve pas un quotient égal à 5 fr.

Le ministre de l'intérieur a accordé une subvention de 100,000 fr. en 1800, le préfet du Nord envoya une somme importante pour acheter des meubles. D'après M. Alfred Renouard, secrétaire gé'uéral de la Société industrielle de Lille (1), la

(l) Dans lu Réforme sociale du 15 avril 1887, ou trouvera dos détails Irî's iusliuollfs sur loO maisons ouvrièros bàlios à Lous par MM. Thirioz, Mlalcurs. 11 y a notanuuonl des maisons à 10 ïv. ;iO luir mois mayaldes pai- iiuinzainr ."i tr. 2'.V) oonsli'uitcs sur un lenain do 4 m. 40 de largour ('[ il) MiMi'os de piol'oudour, avec eavo, roz-de-ohaussoe avec une fAiande pièce ol petite cuisine, premier étafïoavoe

physionomie extérieure de la cité est des plus riantes. Les chambres sont suffisamment grandes et bien agencées.

On peut estimer que la cité philanthropique permet de loger environ 1.000 indigents. Le chiffre des indigents inscrits au bureau de bienfaisance de Lille va en augmentant (1877, G, 148 familles, 2i. 017 individus; 1880, 6,951 familles, 29,243 individus; 1886, 7,113 familles, 31,098 individus), un tiers environ en dix ans.

L'immeuble a coûté 700,000 fr., il rapporte 1 p. 100 qui est régulièrement absorbé par les réparations, contributions, frais de gaz, honoraires du concierge. M. Renouard trouve qu'au point de vue moral le but est atteint en raison du grand nombre de candidats à la location des chambres. Les habitants actuels, craignant de se voir dépossédi's de leur demeure, observent le règlement à la lettre, mais il est évident pour tons, ajoute ^L Renouard, qu'en raison du petit nombre de personnes auxquelles linimeuble permet de subvenir, la construction a coûté beaucoup trop cher et ne saurait être prise comme modèle.

A mon avis, c'est un exemple à éviter. Il confirme les préventions des économistes contre la

deux cliambix'3. La retenue du loyer est faite sur la paye do quinzaine.

construction par l'Etat (puisque les plans ont été ap])rouvés par l'autorité, après examen île la coinniission des bàlinienls civils).

Quant à l'eflet ilémoralisant de la gratuité de secours, voici un exemple typique donné par M. Renouard :

Le service médical est assuré. Un médecin donne des consultations tous les jours et visite les malades à toute réquisition. Les médicaments, bandages, etc., sont délivrés gratuitement par le Bureau de bienfaisance. A ce propos nous ferons remarquer que tout récemment on a dû stipuler que l'abus des médicaments serait au nombre des causes d'expulsion. Pour donner une idée de ce qui advenait à ce sujet, nous mentionnerons que les distributions de vin de quinquina, par exemple, ne servaient dans certaines familles qu'à organiser une petite fête le dimanclie avant le café (ce qui a amené les médecins à remplacer ce a in par le vin de gentiane, trop amer pour qu'on puisse songer à en faire un régal), que l'huile de ricin était surtout utilisée pour allumer les lampes ou pour oindre les souliers des ouvrières des filatures de lin au mouillé, etc. Bien plus, dans ces derniers temps, on avait constaté dans le voisinage la présence d'une épicerie, qui se chargeait d'acheter à bas prix aux ouvriers les médicaments pour les revendre à son tour avantageusement à titre de droguerie.

On trouve encore à Lille la cité Saint-Maurice fondée en 18o4 par un certain nombre d'industriels et de propriétaires des faubourgs de Fives et de Saint-Maurice, afin d'assurer aux ouvriers un logement convenable et à bon marché. L'acte de société remonte au M juin 1855, il constate un apport de 400,000 fr. l'ait par une société anonyme, représenté par 4,000 actions de 100 fr. ; ses locaux ont été mis à la disposition des ouvriers en 1856.

Le nombre actuel des locataires est de 101, représentant une population de 400 âmes. Les 64 maisons se divisent en 37 maisons à 15 fr., 6 à 16 fr., 2 à 17 fr., 4 à 18 fr., 6 à 23 fr., 6 à 32 fr., un corps de bâtiments contenant 48 chambres au prix de 3 à 10 fr. par mois.

Le résultat financier est nul, les actionnaires n'ont jamais touché un dividende, la majeure partie des revenus passe en réparations, frais divers de gestion, éclairage, contributions.

Société anonyme Saint-Quentinoise à Saint-Quentin.

Cette Société a été fondée dans le but de créer des habitations d'ouvriers ; elle construit des maisons pour une seule famille ; elle les loue ou elle les vend avec toute facilité de payer un amortissement, variable selon les moyens de l'acquéreur, ajouté au prix du loyer. Un premier groupe de

.'{.'il) OL'I^^^TIO.N DES LOfiEMblNTS

seize maisons a vïr mis en vente ou eu location avec pronu'ssc de Acnle; cliaciine île ces maisons est. bâtie entre cour et jartlin, sur un terrain d'une contenance d'environ 123 mètres carrés, se compose d'une cave, de deux pièces au rez-de-chaussée, d'un grenier, lieux d'aisances et d'un petit appentis. Le prix des maisons sans mansardes est de 2,.j00 francs, avec mansardes [M francs de plus.

Société anonyme des maisons ouvrières à. Amiens.

A Amiens, il s'est constitué, il y a plusieurs années, une Société anonyme des maisons ouvrières, au cai)ital de 300,000 francs. En 1881, les neuf dixièmes du capital étaient remboursés, et l'on évaluait à 13,000 francs le bénéfice final de la Société, bénéfice qui résulte, il est vrai, de la plusvalue des terrains et qui doit être d'ailleurs affecté à des travaux d'utilité générale pour les maisons d'ouvriers. L'emploi fructueux de ce capital de 300,000 francs a procuré à des familles d'ouvriers le bénéfice de meilleurs logements et la faculté de devenir propriétaires de leur foyer, grâce aux conditions de payements fractionnés et échelonnés qui sont inscrites dans les contrats. La Société d'Amiens avait acheté 160,000 mètres à 3 fr, SO et à 4 francs le mètre. Les maisons construites n'ont occupé que 8 à 40,000 mètres, et chacune

d'elles, vendue aux ouvriers, n'a été grevée, quant au terrain, que du j)rix d'achat; mais la Société, en créant un quartier nouveau, en perçant des rues, a donné une grande plus-value à la portion de terrain qui restait disponible, et elle a pu vendre 10, 13 et même 20 francs le mètre ce qui avait coûté 3 et 4 francs. De là le bcMiéfice. Cette opération a été conduite avec autant d'intelligence que de désintéressement. Le capital engagé ne s'est réservé que l'intérêt de o p. 100 jusqu'à remboursement ; le profit de la revente avantageuse d'une partie des terrains demeure destiné à l'amélioration des habitations ouvrières. L'Etat et la ville retirent de la création de cette propriété immobilière un supplément d'impôts. Cette dernière considération a son importance.

Reims. — Union foncière.

Au Congrès de Reims, en 1881, M. Eustelle a donné des renseignements sur le fonctionnement de l'Union foncière, fondée en 1870 par des employés et des ouvriers de la ville. Société coopérative de construction de maisons pour les ouvriers, elle a commencé ses opérations en 1873. Non seulement elle a édifié des maisons sur de vastes terrains acquis par elle dans les faubourgs, mais elle construit aussi sur des terrains appartenant à ses sociétaires; elle achète d'uncienues maisons

338 QUESTION DKS LOGEMENTS

dans la ville, los met en état, s'il y a lieu, et les revend; elle transforme et répare les habitations; en un mol, elle s'ellorce de procurer des logements sains, économiques et agréables. 11 faut, pour faire partie de la Société, verser une mise d'entrée de 3 francs, non remboursables, et acquitter une cotisation annuelle de 25 francs au minimum, rapportant d'ailleurs 5 p. 100. La Société reçoit en outre des dépôts à conditions débattues entre le préteur et l'administration. Une disposition des statuts permettant, dans le cas où il n'y aurait pas de demandes de maisons émanant des sociétaires, de disposer des fonds en caisse pour tout autre genre de construction et sur bonne garantie, a donné un curieux résultat : l'Union foncière a construit une crèche pour le compte de la Société protectrice de l'enfance, présentant le spectacle d'une société coopérative ouvrière venant en aide à une Société pliilanthropique bourgeoise, dans une création destinée aux enfants des ouvriers. La Société possédait i8 maisons, ayant coûté clicune de 4,.j00 à 6,000 francs et ayant toutes des jardins. L'annuité à verser pour devenir propriétaire en vingt ans varie entre 350 et 430 francs. En 1881 l'Union foncière comptait 450 membres possédant environ 180,000 francs. Tout sociétaire peut retirer le montant de son avoir sur sa simple demande, tout en conservant le droit de le reverser quand cela lui sera possible, ce qui

Ex\ FRANCE. 339

lui permet de trouver dans la Société une banque de dépôt. Celle-ci est en même temps une caisse d'épargne, car elle se charge d'aller recueillir à domicile la moindre économie (minimum 1 franc). Enfin une caisse spéciale de secours annexée à la société permet de venir en aide aux sociétaires qu'un événement imprévu ou un accident empêche de pouvoir verser leur anuuité.

Il m'a paru intéressant de faire connaître l'existence de cette sociét('; rémoise qui mérite vraiment d'attirer l'attention.

Société anonyme rémoise pour l'amélioration des logements à bon marché.

Fondée par l'initiative privée avec des actionnaires de bonne volonté, sans aucune subvention ni faveur, pas plus de la Ville que de l'Etat, opérant avec ses seules ressources, à ses risques et périls, elle a pour objet de créer ou d'améliorer de petits logements selon les prescriptions de 1 hvgiène et de donner à ses locataires, aux mômes prix que dans les maisons de cette catégorie de la ville, le nécessaire d'un logement sain, aéré, avec l'isolement absolu de chacun ; d'y établir les divisions réclamées par la propreté et la morale. Pour éviter les effets de la spéculation et assurer la continuité de leur œuvre qui est de faire mieux que les spéculateurs, pour employer les termes

340 OUKSTION DES LOGEMENTS

d un (les proniolciirs, les aclioiinaires se sont engageas à ne pas préhnor plus de 4 p. 100 de dividende, aiix(|uels on ajoulera Tinipôt foncier, l'assurance, le l)alayage. le ramonage, la vidange des fosses, puis 2 p. 100 du capital employé pour lentrelien, les non-valeurs et les frais d'adminisi rat ion.

La Société rémoise a un capital social de 500,000 francs. Elle loue et ne vend pas. Elle a fait construire aux deux extrémités de la ville, dans des terrains lui appartenant, avenue de Betlieny 80 logements, chemin de Bezannes 24 logements. Les pavillons sont de 8 logements complètement indépendants avec entrées distinctes, sans aucune communauté que la fosse d'aisances, dont la vidange est faite par le propriétaire ; mais chacun a son closet chez lui.

On m'écrit que, malgré le loyer très peu élevé, la Société a des désagréments avec la plupart de ses locataires : payements en retard, même expulsions judiciaires, plaintes contre les capitalistes, mauvais esprit chez heaucoup qui n'eussent pu prétendre à un pai'eil comfort. On a des désagréments en guise de remerciements. Eu [)résence de la crise industrielle, la Société a haissé ses prix, il y a un an; cependant il y a des vacances, alors que Reims contient tant de logements insalubres. Les prix varient de 10 à 15 francs ])ar mois.

La Société compte 158 actionnaires avant versé

375,000 francs. En 1884, il n"a rien été distribué comme intérêt.

L'industrie des tissus à Reims subit le contrecoup de la crise.

Nancy. — Société immobilière.

J'ai reçu de Nancy la lettre intéressante que voici : « La municipalité de Nancy n'a rien fait pour améliorer les logements des ouvriers et des pauvres, sauf les travaux d'assainissement tels qu'égout et fontaines servant à tout le monde. Il y a douze ans une Société immobilière s'est constituée au capital do 200,000 fr, pour construire des maisons destinées à être vendues aux ouvriers et payées par annuités, selon la métliode usitée à Mulhouse. La Société a construit environ ."i.j maisons contenant chacune de 4 à o pièces et coûtant de 4, ,500 à 7.000 fr. selon les quartiers. Elles sont à rez-dechaussée ou à rez-de-chaussée et étages pour les plus chères. Toutes ces maisons ont été achetées par des ouvriers ayant déjà fait quehjues épargnes et pouvant disposer d'une certaine somme en prenant possession de ces immeubles. La Société a toujours donné a p. 100 à ses actionnaires. Depuis li'ois ans elle a cessé de construire, parce que la crise qui sévit à Nancy comme ailleurs a déterminé une diminution assez sensible dans la population ouvrière, qui jusque-là s'était régulièrement

34i2 OL'ESTIO.V DES LOGEMENTS

accrue chaque année. D'ailleurs plusieurs entrepreneurs avaient également construit des maisons ouvrières et le besoin ne s'en faisait plus sentir aussi ^•ivement que pendant les années (pii suivirent la guerre de 1870. Ces maisons n'étaient pas destinées aux pauvres. A moins d'abandonner presque complètement la rémunération ilu capital, la question est à peu près insoluble. Les pauvres non seulement payent difficilement leur loyer, mais encore déti-riorent rapidement les logements qu'ils occupent. Les réparations sont incessantes et absorbent rapidement les faibles produits des immeubles. Il n'y a qu'un moyen pour leur venir en aide, si l'on n'a pas de grosses sommes à perdre, c'est de créer une caisse des loyers qui vient ajouter quelque chose aux sommes que les ouvriers consentent à y verser, soit quotidiennement, soit à chaque paye. C'est un puissant encouragement à l'épargne que d'ajouter 1/4, soit môme 1/10 des sommes que les ouvriers ont consenti à remettre à la caisse pour leur loyer mensuel.

« L'obstacle le plus grave à l'acquisition des maisons par les ouM'iers est principalement Ténormité des frais <le contrat. Pour ces maisons ils s élèvent à près de 1,020. Comme les mutations de propriété sont })lus fréquentes chez les ouvriers que chez les propriétaires plus aisés, il arrive que ces frais rendent à peu près impossible cette acquisition dans les villes. Partout où ces sociétés ont

KN FRANCE. 343

réussi, à Mulhouse par exemple, c'est que les patrons faisaient des sacrifices sérieux soit en intérêt, soit en capital, soit par l'achat de terrains en gros ; le hénéfice dû à la plus-value de ces terrains venait diminuer d'autant les sommes à payer par les ouvi-iers. L'œuvre n'a pas réussi à Nancy, parce que ces conditions n'ont pas été remplies. Les impôts dont sont grevées les maisons à Nancy sont également très élevés. Lorsqu'à l'intérêt du prix d'acquisition il faut ajouter l'impôt foncier, l'impôt des portes et fenêtres, l'impôt mobilier, l'impôt pour l'usage des égouts et l'assurance, on arrive à une somme inabordable non seulement pour les pauvres, mais pour la plupart des ouvriers qui ne sont pas l'élite, et il ne leur reste d'autres moyens, pour se loger, que de s'entasser dans des maisons à plusieurs étages avec une ou deux chambres au plus, ou bien dans des quartiers aussi mal famés que malsains. »

Le Havre. — Société Havraise des cités ouvrières. Une délibération du conseil municipal.

Au Havre, une société anonyme, la Société Havraise des cités ouvrières, s'est formée en 1871 au capital de 200,000 francs, sous l'influence directe de Mulhouse. Elle a construit 117 maisons, représentant une dépense dépassant 500,000 francs. Au .31 décembre 1884, les maisons de la cité havraise

vendues |tar actes notariés s'élevaient à 56 et sur ce nombre 38 sont entièrement payées. La créalion (le la cif('> Des Maillières est de date trop récente pour (|ue (|U('l([ues-iins des locataires aient pu faire l'acquisilioii des maisons qu'ils occupent. Il faut (juc le tiers de la valeur d'une maison ait été payé pour qu'on soit en droit de demander l'acquisition par acte notarié.

Le ty})e des maisons est bien choisi, elles sont deux à deux pour profiter d'un mur mitoyen, elles ont quatre chambres, deux au rez-de-chaussée, dont une servant de cuisine et de chambre à mander, deux au premier étage, un jardin sur le devant et une petite cour derrière, qui sert de débarras. Le terrain est revenu au Havre à 5 francs le mètre, tandis (juil n'avait coûté qu'un franc à Mulhouse. Les constructions sont aussi plus chères en Normandie qu'en Alsace, et les maisons, tout en y étant plus petites, coûtent 3,000 à 3,600 francs ; les acquéreurs ont la faculté de se libérer à leur choix suivant un tableau d'amortissement indiquant la quantit('' des versements à eflectuer pour solder le [iiix dune maison de 3,000 francs dans un délai variant de I à 20 ans à la volonté de l'acquéreur (1).

(1) Je dois CCS rLMisL'igiieiiR'uts à l'obligeance de M.Jules Siegfried, déi)uté et ancien maire du Havre, auteur d'un livre sur la Misère, couronné par l'Iiislilut do France i^Acadéniie des sciences morales i.

Voici ce tableau clamortissement :

Termes

Versement

Yerspnient

Proportion par

de libération.

anuuol.

mensuel.

JOO fr. et pur an.

i an.

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