‹ Le logement de l'ouvrier et du pauvreChapitre 27 sur 47 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

tA QUESTION DU LOGEMENT EN GÉNÉRAL, VUES DE l'aUTEUR, QUI

sciM ÉGALEMENT CELLES DE MM. Leroifbe'iuUeUy dc MoUfiaH, Léon Say, Picota Yves Guyot^ etc. objections contre l'inter-

VE.STION directe DE l'ÉTAT OU DES MUNIQPALITÉS. IL n'y A PAS HE PANACÉE, PAS DE FORMULE UNIQUE : L^AMEUORATION NE PEiri PROVENIR DE l'ÉTAT OU DES MUNICIPALITÉS CONSTRUISANT ET FOUR /HISSANT A BON MARCHE DES LOGEMENTS AUX OUVRIERS, MAIS DE l'action SIMULTANÉE d'uNE SÉRIE DE FACTEURS, INTÉRÊT i^KCUKIAIRE, ACTION DE LA CHARITE, SELF-HELP DE L*ÉLITE DKS OUVRIERS.

K^t^AIS FAITS A PARIS SOUS l'eMPIRE POUR LOGER LES OUVRIERS.

— M, Cacheux et ses maisons a bon marché. La Société de Pas^y-Auteuil.

LRS PRflJETS SOUMIS AU CONSEIL MUNICIPAL DE PARIS.

JViî examiné jusqu'ici la législation française ii€tiielle sur les logements insalubres, la législatiofi sur les garnis à Paris; j'ai passé en revue Tébt des habitations à Paris, j'en ai indiqué le nombre ol le loyer, j'ai esquissé en passant le budget tipproximatif des classes ouvrières ; il me reste à présent à montrer les mesures qu'on a employées dans le passé, celles qu'on a proposé d'employer

dans le présent, les tentatives qui ont eu lieu alin traméliorer la situation. Lorsque j'aurai terminé ce qui concerne la capitale, je résumerai ce qui a été fait dans cet ordre d'idées en province, dans 4juelques grandes villes.

Personne ne nie les inconvénients physiques et moraux des logements insalubres, habités par les classes ouvrières et les indigents. La condition misérable de leurs habitations, Tencombrement qui y règne avec son cortège de maladies de tout ordre, avec son accompagnement de crimes et de vices, les dangers permanents qui en résultent, qui menacent la santé et l'ordre public, ont été bien des fois mis en lumière. En Angleterre, depuis quarante ans, on s'est efforcé d'y porter remède à l'aide démesures législatives, de règlements de salubrité et avec le secours de la charité ; des progrès ont été accomplis, mais il n'a pas été possible de transformer les logements des ouvriers et des pauvres (je parle de la grande masse du prolétariat) en chambres propres et confortables ; surtout il n'a pas été possible d'augmenter les ressources, les salaires des malheureux dans une proportion suffisante ni par des moyens artificiels. Le nœud de la difficulté, c'est la pau\Teté même de ceux qui vivent entassés dans des bouges infects, — ignorants ou peu soucieux des exigences de l'hygiène, de la pudeur et de la décence. Cette pauvreté peut être le fait des circonstances ou pro-

288 QUESTIOIV DES LOGEMENTS

venir de mauvaises habitudes, de Tintempérance, de la paresse. Cela n'y fait rien.

Toutes les descriptions poignantes que nous avons lues et que nous avons pu vérifier ont pour objet de rendre plus pressante la solution du problème : « Comment améliorer les logements des ouvriers et des pauvres? » Il est admis que la condition actuelle en est déplorable au point de vue de la santé, non seulement de ceux qui les habitent, mais de la ville entière, parce que ces logements insalubres sont des foyers d'épidémie; la misère qu'on y endure fait des ouvriers et des pauvres une proie facile pour les propagateurs d'idées subversives ; c'est le danger social, à côté du danger physique.

La question du logement du pauvre est l'une des plus compliquées et l'une des plus difficiles à résoudre ; elle forme une branche de la question sociale tout entière, à l'égal de la nourriture et du vêtement. Les mêmes règles et les mêmes principes s'appliquent à cet ensemble de problèmes, avec quelques restrictions toutefois indiquées par le bon sens.

Le rôle de l'État ou des municipalités est clairement indiqué : ils ont le devoir d'empêcher la vente d'aliments insalubres, et comme leur mission est avant tout une mission d'hygiène et de police, de faire la guerre aux logements malsains, mais en subordonnant cette action à certaines réserves indispensables.

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On ne saurait en tout cas demander à l'Etat de fournir soit des logements, soit des aliments gratuitement ou au-dessous du prix courant, sous peine de commettre une injustice vis-à-vis de ceux qui ne participent pas à ces faveurs, et sous peine de démoraliser les classes indigentes. Ces aliments et ces habitations à bon marché entraînent une perte pour TEtat, qui est obligé de recourir à Fimpot pour y faire face.

Cette augmentation d'impôt retombe sur toute la nation ; elle pèse le plus lourdement sur les pauvres. Les subventions de TEtat ont en outre un inconvénient : elles découragent l'initiative privée, l'industrie des particuliers. Si l'État construit ou fait construire des maisons dont le loyer est plus bas que ne le comportent les circonstances, il entrave la construction des maisons et obtient un résultat opposé à celui qu'il espérait. L'insalubrité provient de l'entassement prodigieux d'êtres humains dans des pièces qui ne sont pas faites pour contenir un si grand nombre de personnes, de la négligence absolue des règles sanitaires, de la saleté accumulée. Des maisons et des quartiers entiers sont devenus des foyers permanents de contagion. Les causes de cet entassement sont, comme je n'ai cessé de le dire, la pauvreté extrême des habitants, qui ne leur permet pas de chercher des logements plus salubres, plus vastes et surtout plus chers, et qui empêche un grand nombre de

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ft clurgrier de Tendroit où ils gagnent leur existence, — laiigmentation de population due aux naissances dtîlhïnl, puis à Finimigration constante d'ouvriers iiltiif^s des campagnes ou des villes de province \iTs la capitale, enfin la démolition de quartiers liiiliitps par les ouvriers et qui ont disparu pour faire place à dès rues nouvelles, à des gares, à dt's entrepôts ou qui ont été déblayés par raison dv salubrité. Contre la pauvreté extrême, il n'y a jKi^ {\v remède : le paupérisme est inguérissable. fioul lé les mauvaises habitudes des habitants sous 1 V vu pport de la propreté, il faut s'armer de patience ; I iis;!',^*^ de l'eau et du balai finira peut-être par devenir plus commun et plus fréquent. C'est une (Jduciilion à faire.

A Tiiide d'une surveillance active et énergique des autorités locales, on peut, dit-on, s'opposer à lexislence de logements insalubres, forcer les propriètiiires à tenir leurs immeubles dans un meilleur état; on peut surveiller davantage la construction (les maisons neuves, exiger qu'elles répourleiil il un certain minimum de salubrité. Mais il jie fuut pas oublier que, dans beaucoup de pays, les lois et les règlements de police n'ont pas fait tiélaiit, les armes ne manquent pas dans l'arsenal admiitistratif. Malheureusement elles sont restées .^niis Lipplication dans bien des cas.

Ce qui est nécessaire avant tout, c'est une opinion publique éclairée qui puisse exercer une

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pression bienfaisante sur les individus comme sur les autorités locales. Le devoir de tous ceux qui se préoccupent des questions sociales est de contribuer à former cette opinion publique.

Je me sépare sans regret de ceux qui voient dans l'intervention directe de l'Etat ou de la commune un moyen de porter remède à cet état de choses. Je suis absolument convaincu qu'il est absolument impossible, à moins de s'exposer au plus mauvais résultat final, de faire construire des logements à bon marché par l'Etat ou par la commune, comme le demandent les socialistes français, et j'aurai l'occasion tout à l'heure d'exposer les plans divers qu'ils ont expliqués au conseil municipal de Paris.

La municipalité peut améliorer sérieusement l'état général de salubrité par la construction d'égouts et en procurant l'eau à bon marché. On sait dans quel état alTreux le choléra a trouvé les villes les plus riches du midi comme Marseille ou des cités militaires comme Toulon.

A l'Académie des sciences morales et politiques, la question du logement de l'ouvrier a donné lieu à d'intéressantes discussions dans ces dernières années. L'Académie s'était souvent préoccupée des dangers physiques et moraux résultant de logements insalubres et encombrés ; elle avait entendu en 1848 M. Blanquier lui faire une description hideuse de l'état des habitations, elle chargea M. Villermé d'étudier ces questions, et l'on n'aura

:292 QUESTION des logements

pas oublié les mélancoliques et éloquents tableaux tracés par M. Jules Simon dans T Ouvrière. Au mois (le décembre 1883, M. Picot présenta à TAcadémie deux brochures du D' Du Mesnil {Étude sur r habitation du pauvre à Paris et Note sur une rue du faubourg Saint-Afitoine en i8S3) dont, au mois de mai 1882, M. Jules Simon avait déjà signalé les travaux.

Le rapport verbal de M. Picot fut le point de départ d'une discussion à laquelle prirent part MM. Léon Say, Leroy-Beaulieu, Frédéric Passy, Jules Simon. Tout le monde fut d'accord sur l'étendue du mal, sur la nécessité de faire tout ce qui sera possible pour l'atténuer, sinon pour le supprimer, personne ne préconisa de remèdes héroïques qui peuvent être pires que le mal.

M. Jules Simon a clos le débat en prenant la défense du sentiment, qui a un rôle à jouer dans les améliorations sociales, et que la science aurait tort de dédaigner. Il doit se soumettre à la règle, mais c'est lui qui donne l'élan. M. Jules Simon considère l'insalubrité des logements comme un mal redoutable, mais non pas invincible : témoin les progrès accomplis depuis quelques années dans certaines de nos provinces où l'insalubrité et la malpropreté des habitations étaient naguère encore proverbiales. Ce n'est pas une question d'argent : les logements salubrès ne coûtent pas plus cher que les taudis malsains; c'est une affaire d'édu-

cation. Il faut apprendre aux ouvriers et aux paysans à aimer la propreté, à s'en faire un besoin, à en comprendre les conditions. Il faut peut-être aussi apprendre leur devoir à certains propriétaires d'immeubles dont Tincurie et Tavidité sont un malheur social.

La Société d'économie politique de Paris s'est occupée à diverses reprises de la question des logements. Les discussions ont été fort intéressantes, et je me permettrai d'indiquer quelques-uns des arguments invoqués.

On a répondu à ceux qui demandaient l'intervention de la ville de Paris sous une forme ou sous une autre, que dès que les projets furent connus, tous les entrepreneurs qui avaient commencé à construire arrêtèrent leurs travaux, comptant les reprendre lorsqu'ils pourraient profiter des avantages promis aux constructeurs des maisons du nouveau modèle ; au lieu de s'arrêter, la crise n'en fut qu'aggravée.

M. Yves Guyot a fait remarquer que la hausse des loyers, dans une ville dont la population s'accroît incessamment comme à Paris, est un fait inévitable à moins qu'on ne trouve moyen d'agrandir la ville, ce qu'on peut faire de deux façons : en hauteur et en superficie. En hauteur la limite maximum est atteinte, mais en superficie il y a encore bien de la marge, surtout si on supprime les fortifications. En tout cas on peut encore cous-

trilire bien des maisons, soit dans les quartiers excentriques, soit dans la banlieue, seulement il est indispensable en même temps de multiplier les moyens de transport à bon marché, et de tous ces moyens, le plus puissant serait sans contredit le chemin de fer métropolitain.

M. Leroy-Beaulieu a repoussé l'assimilation qu on a prétendu établir entre la garantie de Tintérêt que l'Etat accorde aux compagnies de chemins de fer et celle qu'on a demandée pour les prôts du Crédit foncier à des entrepreneurs de bâtisse. Quand il s'agit de construire des lignes reconnues nécessaires, et destinées à rester longtemps improductives, TEtat donne sa garantie ou bien les lignes ne se feraient pas. Les logements à bon marché ne font pas aussi défaut qu'on le dit. M. Leroy-Beaulieu a confirmé le fait que le jour où la ville de Paris a ouvert aux entrepreneurs la perspective d'une subvention directe ou indirecte, les travaux se sont arrêtés net ; ils ont été repris dès que cette perspective s est évanouie et toutes les fois que la collectivité nationale ou communale intervient en matière de production, elle crée la disette au lieu de l'abondance. 1) un autre côté, en supposant que l'on réussît par des arrangements quelconques à multiplier les petits logements à bon marché, il faudrait du temps pour cela, et i on s'exposerait à ceci : que la population, qui s est accrue à Paris d'une façon anormale sous

Tinfluence de causes anormales, se trouverait avoir diminué lorsque les constructions seraient terminées. Pour le moment, ce ne sont pas, quoi qu'on en dise, les terrains qui manquent; il en reste beaucoup dans les quartiers excentriques, qui se couvriraient de constructions si les maisons avaient chance de trouver des locataires. Quant aux moyens de transport, s'ils sont insuffisants, à qui la faute? pourquoi y a-t-il des droits si élevés sur le fourrage ? pourquoi le droit de 1500 francs par voiture d'omnibus ?

En somme M. Leroy-Beaulieu pense que le seul mode légitime et efficace d'intervention de l'État ou de la ville pour amener la baisse des loyers, c'est la modération des impôts par la diminution des dépenses. Une économie annuelle de 200 millions, qu'il eût été possible de faire depuis 1880 et qui eût été appliquée à la réduction de certaines taxes, favoriserait mieux que toutes les combinaisons socialistes la multiplication des logements à bon marché et l'essor de l'industrie française (1).

(1) Le vrai progrès est, en somme, dans les progrès de l'hygiène, dans sa vulgarisation et aussi dans une meilleure économie publique et privée, dans la suppression des travaux et des dépenses inutiles, et par suite dans l'allégement des impôts, notamment de ceux qui frappent les matériaux de construction et les transports. Il conviendrait aussi, dans l'intérêt des petits locataires, de réformer certaines prescriptions légales ou du moins

M. Wilson a exprimé l'idée que le concours (le rÉtat peut se traduire utilement et sans atteinte portée aux principes économiques par des exemptions ou des modérations temporaires de taxes au profit des propriétaires de maisons construites dans certaines conditions déterminées.

J ai eu moi-môme l'occasion de dire que les arguments des hygiénistes et des socialistes ne m'avaient pas converti au dogme de l'intervention de l'État, à moins qu'elle ne se traduit par des réductions d'impôts, notamment de l'impôt des portes et fenêtres, qui semble avoir été inventé tout exprès pour empêcher les propriétaires d'aérer et d'éclairer leurs immeubles. Si les socialistes ne sont pas embarrassés à résoudre le problème du logement, s'il suffit de construire aux frais des riches des logements spacieux, sains et d'y loger les pauvres, sinon gratuitement, au moins moyennant un loyer très réduit, ce n'est que la moitié du problème. Autre chose est de créer des logements à bon marché, autre chose de pourvoir à toutes les exigences de l'hygiène publique et de l'hygiène privée. Les logements en général sont ce que sont ceux qui les habitent. Des gens misérables,

certains usages : par exemple, celui qui oblige les locataires à ne payer leur loyer que par trimestre, alors qu'ils pourraient plus aisément le payer par mois ou par semaine (M. Leroy-Boaulieu. Comptes rendus de TAcadémie, 4-4-° année, d884, page 147).

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désordonnés, malpropres, auront bientôt fait de transformer en un bouge infect le local coquet que vous leur aurez donné ; la propriété et la salubrité sont choses essentiellement subjectives.

Il ne faut pas perdre de vue que la législation contre l'insalubrité exige, pour être efficace, un appareil compliqué et coûteux d'inspecteurs perpétuellement en mouvement, — que l'application des règlements dépend moins des fonctionnaires ou des magistrats que des habitants eux-mêmes : ceux-ci sont plus disposés à s'y soustraire qu'à s'y conformer.

Si les misérables habitent des greniers, des caves, des recoins sans air ni lumière, dans des maisons mal bâties et mal tenues, c'est parce qu'ils n'ont pas trouvé de meilleurs gîtes au prix qu'ils peuvent donner, et ils aiment encore mieux loger dans ces taudis que de ne loger nulle part. On est ainsi ramené à ce problème d'une solution au moins très difficile : une grande ville étant donnée, fournir à la population pauvre qui vient s'y entasser des logements propres, spacieux, aérés, pourvus de toutes les commodités désirables, et cela bien entendu aux prix les plus modérés. Mais supposons qu'on ait trouvé une solution utopique. Comment s'y prendra-t-on pour empêcher les malheureux qui habiteront ces logements à bon marché de les transformer en bouges? Mettez une famille de chiffonniers dans le local le plus propre et le plus confortable: elle y entassera les détritus, les rebuts

qui font lobjot de son commerce ; père, mère, enfants, vivront au milieu de tout cela, comme ils oiit riiabitude de vivre, c'est-à-dire sans nul souci possible do la propreté ou de Thygiène. Voilà dans la maison un foyer d'infection. Chasserez-vous ces chiffonniers? 11 faut pourtant bien qu'ils se logent, qu'ils s'abritent quelque part.

Le problème ne comporte pas de solution radicale. Il n'y a ni formule unique ni panacée. C'est surtout des progrès de l'aisance, de l'éducation morale, de l'instruction pratique des classes laborieuses qu'on doit attendre l'amélioration graduelle des conditions hygiéniques des centres populeux. L'administration peut sans doute faire exécuter des travaux utiles, elle peut établir des règles générales pour la sauvegarde de la santé publique, mais il faut y regarder à deux ou trois fois avant de la faire intervenir même au nom du salut public dans le domaine de la vie privée.

II ne faut pas oublier que toute infraction à la liberté du contrat porte en elle-même les germes de son châtiment. Si l'exemple n'était pas trop étranger au sujet, je pourrais invoquer ce qui s'est passé en Irlande avec la législation agraire de M. Gladstone, qui a rendu plus difficile la situation. Essayez de protéger l'ouvrier contre l'exploitation du logeur par l'intervention de la loi, et vous verrez les conséquences redoutables auxquelles vous vous exposerez.

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Des résultats satisfaisants ont été obtenus dans une certaine mesure par la construction de maisons modèles, de cités ouvrières. La portion la plus aisée des ouvriers, celle qui a de salaires réguliers, a pu s'y loger en partie, et par conséquent c'est autant de personnes de moins pour faire concurrence aux autres.

C'est l'affaire de l'industrie privée, des entreprises philanthropiques, de l'association des ouvriers eux-mêmes de fouriiir de meilleurs logements. Si les immeubles affectés à l'habitation des ouvriers rapportent un bon revenu, on est sûr d'en voir le nombre s'accroître. Mais je le répète, ce n'est que par contre-coup qu'il faut espérer atteindre ce que les Anglais appellent le residuiim^ la lie de l'indigence. Il faut travailler par couches successives ; offrir des logements relativement confortables, sains, avec la possibilité, le cas échéant, de devenir propriétaires, c'est fort bien, mais vous ne vous adressez comme clientèle qu'à l'élite des ouvriers ou aux petits employés (ces derniers sont tout aussi intéressants que l'ouvrier et plus à plaindre, parce qu'ils sont tenus à plus de dépenses).

Il ne faut pas vouloir non plus imposer des règlements trop sévères pour les maisons modèles : vous retarderez d'autant leur popularité légitime. Est-ce qu'à Londres comme à Bristol, il n'y a pas eu pendant longtemps une certaine antipathie contre les model dwelling hoiises ?

N'oublions pas que les frais si élevés d*enregistremeut sont un obstacle à la mutation fréquente de la propriété^ qu'ils augmentent considérablement les dépenses d'acquisition. L'exemple de Afulhouse est là pour prouver que bien des logements occupés au début par dos ouvriers qui les avaient achetés à la Société des cités ouvrières ont été revendus par eux avec bénéfice et sont occupés par une classe légèrement supérieure.

J'ai probablement l'esprit mal fait si je vois aussi vivement les objections à une intervention gouvernementale, et si je compte sur une amélioration progressive due à un ensemble de facteurs, au nombre desquels figure l'initiative privée, soit animée par l'idée du gain, soit inspirée par un désir de noble philanthropie. Je reconnais autant que personne les bienfaits d'un logement salubre, surtout lorsqu'il est la propriété de l'habitant. Il est nécessaire surtout de provoquer cette pression salutaire et constante de l'opinion publique, qu'il faut entretenir et ne pas laisser s'endormir. L'exemple de l'Angleterre est des plus instructifs pour la France : l'œuvre de miss Octavia Hill, qui agit elle-même, qui accomplit une mission généreuse en se mettant en contact avec les pauvres, qui moralise par sa présence et qui en môme temps part de l'idée de faire les frais de U entreprise commercialement^ doit donner à réfléchir et exciter l'émulation.

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Toute une série de petites réformes peuvent être introduites, même dans le mode de payement des loyers, — les recueillir par semaine au lieu de les encaisser par trimestre, etc.

Il est déplorable que l'attention du public se porte seulement à des époques irrégulières, à des intervalles plus ou moins considérables vers la question du logement de l'ouvrier et du pauvre. Il y a parfois comme un réveil de la conscience générale ; on est frappé du spectacle des misères humaines, et Ton éprouve plus vivement encore le contraste de la richesse, de l'aisance et de la pauvreté. A l'approche des grandes épidémies ou bien dans des moments de crise, lorsque les revendications des prolétaires se font avec plus de vivacité, lorsque les affaires languissent, lorsqu'il s'agit de flatter le populaire, quelques-unes des grandes questions sociales reviennent sur le tapis. Elles forment l'objet de discussions animées dans la presse et dans le parlement. Une loi peut sortir de ces débats, loi malheureusement bientôt inappliquée. Au bout de quelques années, tout est retombé dans l'oubli, jusqu'à la prochaine alerte. Lorsqu'on vit sous le régime du parlementarisme tel qu'il est compris et pratiqué dans un pays livré à la démocratie à outrance comme la France, on finit par perdre confiance dans l'efficacité de la machine législatrice. Le progrès doit venir de l'élite des gouvernés agissant par eux-mêmes. Pendant ces

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périodes d'apathie et d'indifférence, des philanthropes ou des économistes, des réformateurs ou des capitalistes poursuivent leurmission volontaire et cherchent à faire l'éducation des classes riches et aisées, à les rappeler au souvenir des devoirs sociaux qu'elles ont à remplir. Il y a quelque chose de fécond dans l'idée de l'assistance publique telle qu'elle fonctionne dans quelques grandes villes d'Allemagne, Elberfeld, Francfort : le patronat direct du pauvre par le riche, le patronat individuel. Il ne manque pas en France d'hommes intelligents qui comprennent les nécessités de l'heure présente, et comme j'aurai à le faire voir lorsque je parlerai de ce qui a été accompli à Orléans, à Reims, l'initiative part souvent des intéressés les plus directs, des ouvriers eux-mêmes. M. Georges Picot, membre de l'Institut, s'est mis en quelque sorte en tête d'une croisade contre les logements insalubres.il a publié l'an dernier un petit volume écrit avec une chaleur communicative : Un devoh* social et les logements d*onvriers^ dans lequel il expose en détail tout ce qui a été accompli en Angleterre. Il a visité l'Angleterre, et il en est revenu convaincu que seule l'initiative privée doit remédier aux maux causés par les logements étroits et insalubres.

Depuis lors, on n'a cessé de se préoccuper de la question. Elle a trouvé sa place à l'Exposition d'hygiène de 1886 (caserne Lobau), où M. Cheys-

son, ancien directeur des usines du Creusot, viceprésident de la Société des habitations ouvrières d'Auteuil, professeur à l'École des Mines, a fait une conférence des plus instructives sur la Question des habitations ouvrières en France et à l'étranger, La situation actuelle^ ses dangers et ses remèdes (1 vol., chez G. Masson, 1886). M. Cheysson, chez lequel le cœur est à la hauteur de l'intelligence, s'est fait avec M. Picot le promoteur d'une enquête d'initiative privée que la Société d'économie sociale, fondée par M. Leplay, a entreprise.

La Société d'économie sociale, sous l'influence de MM. Picot et Cheysson, tente une enquête d'initiative privée. Elle a publié dans la Réforme sociale^ son organe, et dans la presse, une circulaire faisant appel aux hommes de bonne volonté : elle €t élaboré un questionnaire montrant les points sur lesquels elle veut attirer l'attention.

Il s'agit, dans une première partie intitulée « Description des petits logements », d'étudier le logement actuel de l'ouvrier, ses insuffisances, son insalubrité, ses dangers pour la morale et la santé, l'élévation de son prix, en un mot de réunir dans un tableau d'ensemble, précédé d'une analyse de détail, l'état vrai des habitations ouvrières en

Dans la seconde partie, sous le titre « Amélioration des petits logements », le comité a eu en vue de provoquer d'abord la recherche des solutions

déjà appliquées^ de quelque initiative qu'elles émanent (ouvriers, patrons, sociétés philanthropiques, spéculation). « Après ces constatations de Tétat actuel qui constituent Tenquête proprement dite, nous vous serions reconnaissants de vouloir bien consigner dans le paragraphe des solutions proposées vos idées personnelles sur les moyens à employer dans votre localité pour remédier au mal révélé par Fenquête. »

Il n'est donné ni à un gouvernement, malgré les moyens dont il dispose, ni à un comité, malgré rinspiration qui Tanime, de faire réussir une enquête ; le succès dépend exclusivement des correspondants dont on imoque la bonne volonté.

« L'enquête aura surtout pour objet de mettre en lumière des résultats : notre ambition est de les multiplier; elle notera les progrès accomplis :-nous voulons stimuler les initiatives et hâter les améliorations. Notre enquête n'est pas seulement une étude; elle aspire à être une action.

Le comité est composé de : Georges Picot, président; E. Cheysson, A. Delaire, Claudio Jannet, René Lavollée, Jules Michel, D' Jules Rochard, membres du Comité; Pierre de Coubertin, J.-A. des Retours, secrétaires.

Il paraît aussi que les organisateurs de l'Exposition de 1889 sont disposés à réserver une place aux questions qui concernent l'économie sociale et à ouvrir une enquête pour rassembler tous les ré-

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sultats obtenus tant en France qu'à Tétranger.

Il a été fait à Paris plusieurs essais pour loger les ouvriers. Le plus ancien est dû à M. Valladon, qui vers 1848 fit établir le passage Valladon et le borda de petites maisons qu'il vendit par annuités. Aujourd'hui le passage ainsi créé est devenu une rue ; les maisons ont été surélevées et elles n'appartiennent plus à des ouvriers.

En 1852, le gouvernement impérial donna dix millions pour améliorer les habitations ouvrières. Six millions servirent à construire les asiles de Vincennes et du Vésinet. Deux millions furent absorbés par la construction de dix-sept maisons à étages, boulevard Diderot; mais, d'après M. Cacheux, dont on ne saurait nier la compétence, elles ne sont pas aménagées convenablement pour loger des ouvriers. Seize de ces maisons ont été louées récemment en principale location pour 106,000 francs , Des personnes très aisées y demeurent.

Deux millions (1) enfin ont été fournis à titre de subvention à des constructeurs d'habitations ouvrières. Sur ces deux millions, 1,200,000 francs ont été distribués à Paris à titre de subvention, à raison de un tiers de la dépense, et ont servi à construire des habitations ouvrières valant 3,600,000 francs. Dans toutes ces constructions.

(1) Trois cent mille francs, donnés à la Société des habitations ouvrières de Mulhouse, ont facilité sa création.

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le prix de la location du mètre superficiel devait varier entre 7 et 8 francs. Eu tenant compte de cette clause et de toutes les conditions imposées par Tarchitecte du ministère, les propriétaires subventionnés tiraient à peine 5 p. 100 net de leurs logements d'ouvriers. Ils n'obtenaient un rendement supérieur qu'en louant les rez-de-chaussée comme boutiques au prix de 13 francs le mètre. On construisit en tout dix-sept maisons, dont l'une était destinée à loger des ouvriers célibataires. MAI. Pereire firent rue Boursault, à l'aide de cette subvention du tiers des dépenses, une maison comprenant 204 chambres; mais à cause de la sévérité du règlement, 67 seulement furent occupées, et le gouvernement dut accorder la permission de transformer l'hôtel en maison à petits logements. Un hôtel garni pour ouvriers fut construit au compte de l'Etat boulevard Mazas. Géré par un particulier, la maison aurait pu donner des bénéfices, assure M. Cacheux. Le loyer devait être de 5 francs par quinzaine.

Napoléon III (1) fit construire à Paris quarante et une maisons, avenue Daumesnil. Il offrit de les

(1) Napoléon 111 avait ou connaissance des tentatives faites en Angleterre où, en 1842, le prince Albert avait accepté la présidence d'une société fondée pour l'amélioration du logement des classes laborieuses. Le gouvernement fit traduire en 1850 un écrit important de M. Robarts, architecte anglais, contenant des plans et des devis.

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donner à une Société composée d'ouvriers, à la condition que les membres de cette Société souscriraient mille actions de cent francs. Cette condition fut remplie par la Société coopérative immobilière des ouvriers de Paris, et la donation fut faite. Pour augmenter le chiffre de ses opérations, la Société emprunta 200,000 francs au Crédit foncier ; elle construisit des maisons à étages à Grenelle et la villa des Rigoles à Belleville. Dans les deux cas, la Société ne tira pas 5 p. 100 de son argent.

Les heureux résultats obtenus à Mulhouse encouragèrent plusieurs constructeurs à opérer de la même manière. A Clichy-la-Garenne, M. Jouffroy-Renault a fait construire 96 maisons, toutes louées ou vendues. M. Blondel a construit pour le compte d'une Société immobilière une vingtaine de maisons, groupées par deux, sur la route de Charenton ; elles ont été vendues par annuités. La guerre de 1870 f|frêta Textension du projet comprenant deux grands boulevards, de belles maisons sur les voies principales et de réserver les fonds pour les maisons d'ouvriers.

Nous croyons superflu de retracer tous les essais fait^ à Paris depuis trente ans. Les résultats ont été peu sensibles eu égard à l'immensité des besoins, mais on n'est pas resté oisif. M. Cacheux a réussi à loger sainement et à un prix modéré de nombreux ménages d'ouvriers. Il possède entre autres une maison construite en 1848 pour loger

cent ménages. « Jamais il n'y a de vacances dans cette maison ; elle rapporte 23 000 francs par an chaque année, et je perds à peine de 300 à 300 francs par an par suite de non-valeurs ; \\ est vrai que mes logements ne sont pas loués cher et les locataires craignent d'être renvoyés s'ils se conduisent mal. » M. de Madré possède 83 maisons ouvrières, saines et convenables, contenant plus de 7,000 locataires. M. Cacheux a été un véritable pionnier sur ce terrain des logements à bon marché ; c'est le collaborateur de M. MuUer, l'architecte qui a construit les habitations de Mulhouse et l'auteur de nombreux ouvrages. Mù par le désir de faire du bien aux classes ouvrières et par le légitime besoin do faire fructifier ses capitaux, il a créé dans divers quartiers de la capitale, et même aux environs, des maisons qu'il a vendues par annuités, ou bien même il a avancé aux acquéreurs de lots de terrain les trois quarts de la somme nécessaire pour construire et en leur accordant un délai de quinze ans pour se libérer. « J'ai opéré on combinant le système de Mulhouse avec celui qui est employé par les building societies en Angleterre. Mon opération aux Lilas^ près Paris, portant sur 9,000 mètres de terrain, a réussi au point de vue pécuniaire. »

Impasse Boileau, il a fait édifier dix maisons contiguës comprenant chacune trois pièces et une cuisine, ayant comme dépendances une cave et

un jardin. Elles ont coûté 36,000 francs (i). M. Cacheux les a cédées au prix coûtant à la Société de Passy-Aiiteuil pour les habitants ouvriers. M. Cacheux est partisan de la vente par annuités de petites maisons. Le propriétaire de l'immeuble auquel le locataire acquéreur a versé une certaine somme a en main une sorte de garantie. L'acquéreur profite de la plus-value acquise chaque année par les immeubles, plus-value certaine. Le locataire, certain de devenir propriétaire de sa maison, en prend soin.

M. Cacheux, qui a obtenu de si bons résultats sur une petite échelle, a fini par céder à l'ambition de voir faire grand. Se laissant entraîner sur la pente fatale du socialisme d'Etat, il a adressé une pétition au gouvernement pour demander qu'il fût accordé aux constructeurs sérieux soit une subvention de 2,000 francs par logement complet d'ouvriers, soit 4,000 francs à titre de prêt pour chaque habitation au taux de 3 p. 100 Pan, 'ladite somme remboursable en trente ans. Cette proposition, inoffensive en apparence, est dangereuse : elle impose un sacrifice pécuniaire à l'Etat, elle encouragerait les revendications socialistes, et une fois engagé dans cette voie il serait

(1) M. Cacheux calcule que des maisons isolées reviennent à 6,000 francs au minimum; lorsqu'on les groupe, on peut les obtenir à un prix moins élevé.

impossible de refuser aux villes de province les subventions dont l'État aurait gratifié les communes. M. Cacheux avait essayé de se procurer des capitaux plus considérables par un appel au public, en fondant un crédit foncier populaire^ qui aurait consacré la moitié de son capital à acheter des terrains et à construire quelques maisons; il aurait émis des obligations de 100 francs, rapportant 5 p. 100, qui auraient été prises et libérées par les acquéreurs des terrains et des maisons au moyen de petits versements. L'appel n'a pas abouti.

D'accord avec MM. Jean Dolifus, fondateur des sociétés ouvrières de Mulhouse, Emile Millier^ ancien président de la Société des ingénieurs, architecte des cités ouvrières de Mulhouse, Jules Siegfried, fondateur de la cité havraise et des cités ouvrières de Bolbec, etc., M. Cacheux cherche à fonder la Société parisienne des habitations économiques, qui construira des habitations à bon marché (5,000 francs par maison, vendues par 14 annuités de 500 francs ou 20 annuités de 400 francs). Les statuts limiteront à 4 p. 100 le produit des actions.

Au moment où j'écris, la seule tentative positive qui ait été tentée récemment, c'est celle de la Société anonyme des habitations ouvrières de Passij'AuteuiL Ce qui est précieux dans cette œuvre, c'est le caractère, la qualité des adminis-

trateurs et des actionnaires qui se sont associés pour lexeniple, pour la propagande autant que pour le succès.

C'est l'application du système consistant à construire des maisons que les ouvriers peuvent acquérir par annuités.

Les bases de cette Société ont été jetées par cinq personnes, M. de Plasman, M. Meyer, M. Dietz-Monin, M. Paul Leroy-Beaulieu, et le docteur Blanche, à la fin de 1880. Elle a pour objectif l'élite des ouvriers et ne s'adresse pas comme locataires aux couches inférieures.

Fondée au capital de 200,000 francs, elle a limité à 4 p. 100 par an l'intérêt maximum de son capital. Elle peut donc fixer à un prix peu élevé le loyer de ses maisons, loyer qui varie de 438 à 480 francs (amortissement compris) outre une somme de 500 à 1,000 francs à payer en entrant. Elle a construit à Passy-Auteuil de petites maisons comprenant cave, bûcher, trois pièces avec cuisine; elle les loue, en comprenant dans le prix du loyer un amortissement qui permet au locataire de devenir propriétaire au bout d'un certain nombre d'années (1).

(1) M. LavoUée exprime des doutes sur le système des maisons isolées et sur le système de l'ouvrier de Paris propriétaire. Ce qui est praticable à Lille et à Mulhouse r»^st peut-être moins à Paris. Alors que, par suite de la rareté et de la cherté des terrains, les classes aisées se rési-

31 i2 Ot'ESTlON DES LOGEMENTS

Nous arrivons maintenant aux divers projets dont le conseil municipal de Paris sest occupé dans les dernières années et dont le plus récent remonte à I880. Ces projets, pour des raisons trop longues à énumérer, n'ont pas abouti : quelquesuns portent sur leur figure, si je puis m'exprimer ainsi, les causes mômes de leur insuccès : ils sont purement et simplement absurdes.

Mais avant cela, je voudrais indiquer une suggestion faite par M. Langlois, dans une étude intéressante publiée dans la Revue le Correspondant. Il demande que TEtat prête sur l'argent des caisses d'épargne aux sociétés anonymes ou aux particuliers, qui construiraient des habitations ouvrières, jusqu'à concurrence des deux tiers de la valeur de chaque immeuble. De cette façon il rendrait service aux constructeurs sans imposer aucun sacrifice aux contribuables et ses avances

guent forcément à Tétat de locataires, il y a quelque témérité suivant lui à croire que l'ouvrier de Paris pourra aisément, en vertu d'une combinaison quelconque, devenir propriétaire. L'ouvrier de Paris n'a point, comme l'ouvrier d'une lilature ou d'une mine, la perspective d'un travail continu dans la môme résidence, il n'a pas le même intérêt à se fixer, il est même obligé à des déplacements plus ou moins fréquents. Ce n'est que par exception qu'il pourra devenir propriétaire (Voir un rapport fait à la Société d'encouragement pour l'industrie nationale par M. Lavollée en 1882).

ne courraient aucun risque, puisqu'elles seraient inférieures à la valeur de Timmeuble.

Cette proposition avait été faite dès 1882 par M. Paul Leroy-Beaulieu, qui ne cesse d'attirer l'attention sur les inconvénients de laisser absorber par l'État les deux milli^ards de petite épargne déposés dans les caisses d'épargne; le Trésor en est le banquier et les fonds servent à grossir la dette flottante. On pourrait donner un emploi utile à une petite partie de ces sommes, en les rendant à la circulation sous forme de crédit aux constructions ou à l'agriculture.

Le conseil municipal de Paris, où l'élément démocratique prédomine presque exclusivement et qui est entaché d'idées socialistes, s'est occupé à diverses reprises depuis trois ans de la question des logements. Une commission administrative a été nommée, en janvier 1883, par le préfet de la Seine, afin d'étudier les questions relatives à la création, à Paris, de logements à bon marché. Voici la liste des propositions et pétitions qui ont été adressées au conseil municipal :

1. M. Manier^ conseiller municipal. — Expropriation, au profit de la ville de Paris, du sol compris dans l'enceinte fortifiée, en indemnisant les propriétaires au moyen d'obligations communales hypothécaires amortissables.

2. Républicains communalistes du XIV^ arrondissement, — Pétition demandant la mise

a l'ordre du jour de la proposition précédente.

'4, M. Fiaux^ conseiller municipal. — Construction, par la Ville de Paris, de maisons sur les iiHTiiins de la zone militaire, y compris les fortili cations de l'enceinte continue, qui seraient démolies.

L M. Decamp. — Démolition de Tenceinte fortiiiee et création d'un boulevard circulaire sur son (*!ii|»lacement.

.'k m. Plainchamp. — Remplacement du mur (1 enceinte de Paris par une nouvelle limite plus i''lt'iidue, création d'une nouvelle ligne de bouli^Mirds extérieurs, et vente des terrains avec nhliyation de ne construire que des maisons d'un modèle déterminé et, au besoin, fixation d'un iiHiximum des loyers par étago et par quartier. ^ Etablissement d'un chemin de fer métro- |iolitain.

(k m. Le Rouge. — Construction, par la Ville, tlu maisons de trois étages, sur les terrains qui Inugent les fortifications intra muros, au moyen ilos ressources provenant : 1° d'un emprunt de :i()0 millions; 2" d'un impôt de 2 francs par tête SIM' toute personne qui vient à Paris d'une distance de plus de 25 kilomètres.

7. 3f. Lalanne, — Emprunt de 16 millions, à \ p. 100, par la Ville au Crédit foncier, dans le Imt d'acheter huit terrains de 1 million chacun, vi de construire sur chacun de ces terrains un

groupe de maisons de 1 million de francs. — Mise en adjudication, par la Ville, de la location, pour quarante ans, des terrains communaux à raison de 5 p. 100 de la valeur du terrain, sous condition de construire des habitations ouvrières.

8. M. Amouroux^ conseiller municipal, au nom du Comité radical socialiste du XX^ arrondisse^ ment, — Construction, par la ville de Paris, de maisons ouvrières sur les terrains communaux, au moyen de ressources financières provenant d'un emprunt. — Faculté donnée aux locataires de ces immeubles d'en devenir propriétaires par l'amortissement du capital engagé au moyen du payement des loyers.

9. Réunion de citoyens du XI V^ arrondissemeiit, — Établissement de services publics inaliénables d'habitations à l'usage des travailleurs, sur les parties du sol appartenant encore aux communes, à Paris, notamment, sur celui que la ville possède dans tous les quartiers et sur celui qu'elle peut acquérir.

10. Parti ouvrier socialiste. — Propositions de r Union fédérative du Centre. — Affectation de l'excédent du budget en préparation, à la construction, par la ville de Paris, de logements destinés aux ouvriers. — Etablissement d'un impôt de 20 p. 100 sur les logements restés inoccupés pendant plus d'un mois.

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