CHAPITRE V
TKiNTATIVES QUI ONT ÉTÉ FAITES DANS QUELQUES VILLES Dt PRO- VINCE EN FRANCE, EN VUE d'amÉUORER LA CONDITION DE3 LOGEMENTS d'OUVRIERS.
LILLE, AMIENS, REIMS, SAINT-QUENTIN, LE HAVRE, ORLÉANS ^ LYON, BORDEAUX, NANCY, ROUEN, NIMES.
Depuis longtemps déjà, la question des habitations ouvrières est résolue pour ce qui conci-niu les groupes de population qui travaillent dans Igs usines établies hors des villes. La plupart des exploitations minières et métallurgiques ainsi que. les grandes usines rurales, filatures, tissage, clc, qui emploient régulièrement un nombre considérable d'ouvriers, ont pour annexes les habitations nécessaires à ces ouviders et à leurs familles. Ces créations de villages, que Ton observe dans les régions industrielles du Nord, de l'Est et de FOuet^i, font partie des dépenses de l'outillage et do la main-d'œuvre. Les patrons ont intérêt à attirer (1)
(1) Voir plus loin le chapitre que nous avons coTi&acrê aux habitations construites en Allemagne par les choF:^ d'industrie pour leurs ouvriers.
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et à fixer à proximité des établissements industriels les ouvriers dont ils ont besoin et à les installer dans des conditions favorables à leur hygiène, à l'entretien moral et matériel de leur famille. C'est rintérêt bien entendu de l'industrie qui a créé ces groupes d'habitations ouvrières et qui assure l'extension de ce système partout où la nature et l'importance de l'établissement le rendent applicable.
Il me reste à donner quelques renseignements sur ce qui a été fait en province. Il est assez difficile de réunir des informations abondantes. J ai eu recours h l'obligeance de correspondants des départements, et je rapporterai presque textuellement les termes de leurs réponses. Cela donnera un peu plus de variété.
On verra que dans quelques villes la province a singulièrement devancé la capitale, qu'il y a eu des tentatives fort intéressantes, dont certaines ont eu un plein succès. Les plus anciennes ont été inspirées par l'exemple de ce qui s'était fait à Mulhouse; ce sont des Alsaciens comme M. Siegfried, qui, s'expatriant après l'annexion, ont importé l'institution de cités ouvrières au Havre. On verra que dans une ou deux circonstances la municipalité est venue en aide avec une garantie d'intérêt. D'autre part, à Orléans, l'initiative est partie d'ouvriers eux-mêmes»
En ce moment, M. Picot et ses amis ont en-
trepris courageusement une croisade en province pour propager les idées qu'il a émises dans son livre et pour populariser l'exemple de l'Angleterre. laue.
Plus que beaucoup d'autres cités manufacturières, Lille appelait une réforme dans les logements. On se souvient de l'impression produite par la description, éloquente à force d'être navrante, que fit M Blanqui, des caves dans lesquelles était entassée ou plutôt enfouie toute une population d'ouvriers (1). A cette époque (il y a environ quarante ans) Lille était limité dans l'étroite enceinte de ses fortifications, et son industrie toujours grandissante, en même temps qu'elle provoquait l'immigration d'un nombre croissant d'ouvriers, réclamait pour ses usines la plus grande part de l'espace disponible : Ihabitation humaine était sacrifiée à l'installation des filatures et des tissages. La démolition des fortifications et l'extension de la ville permirent de chercher un remède à l'ancien état de choses, qui
(1) Voir le rapport déjà cité de M. LavoUée ainsi qu'une histoire de la Compagnie immobilière de Lille écrite par M. Violette. Voir sur l'état actuel des habitations ouvrières de Lille dans la revue la Réforme sociale des lo mars, i" et 15 avril 1887, trois articles par M. Alfred Renouard. On ne saurait dire que la situation d'une grande i)artie de la population ouvrière sous le rapport du logement soit bien brillante ; elle vit entassée dans des chambres mal aérées, mal tenues et qu elle paie fort cher.
était devenu presque un scandale public, et tous les dévouements concoururent avec l'intérêt municipal pour hâter lamélioration du logement. En 1865 fut projetée une Société, au capital de 2 millions « dans le but de construire, avec le concours de la ville, des maisons exclusivement destinées aux ouvriers. »
La constitution de la Société dépendait du concours de la ville. Ce concours ne fit pas défaut, plusieurs fondateurs de la Société, entre autres M. Violette et le président actuel, M. Dequoy, faisant partie du Conseil municipal. Par une délibération en date du 14 juillet 1863, la ville déclare garantir à la Société, pendant sa durée de cinquante ans, un intérêt de S p. 100 sur le capital employé aux constructions jusqu'à concurrence de 2 millions.
J^a Compagnie Immobilière de Lille fut ainsi constituée par acte du 7 novembre 1867, au moyen d'une souscription de 600,000 francs, somme qui fut jugée suffisante pour commencer les opérations, et à laquelle s'ajouta une subvention de 100,000 francs à titre gratuit, accordée par l'empereur.
Dès 1873, la Société, qui s'était rendue propriétaire de deux grands lots de terrain dans la zone annexée, avait construit 233 maisons. Depuis cette époque, un troisième lot a été acheté, ce qui porte h 318 le nombre des maisons que la