‹ Le logement de l'ouvrier et du pauvreChapitre 35 sur 47 · BERLIN · texte numérisé non relu

BERLIN

Berlin est Tune des capitales européennes dont la population s'est le plus rapidement accrue. En 1840, elle ne comptait que 300,000 habitants, en 1850 elle en avait déjà 600,000, 826,000 en 1871, 966,000 en 1875. Aujourd'hui elle en renferme 1,300,000. C'est une progression annuelle d'environ 4 p. 100, qui dépasse celle de Londres et de Paris. Sur ce chiffre, 40 p. 100 seulement des habitants sont nés à Berlin même ; l'accroissement de la population est le résultat de l'émigration incessante de la province. Celle-ci a été stimulée par la transformation de Berlin en capitale de l'empire, par la concentration des grandes administrations de l'État, par le développement du commerce et de l'industrie. Le nombre des fabriques va en grandissant et le contingent de la population ouvrière est excessivement considérable. On sait que le parti socialiste y dispose d'une grande masse d'adhérents*

QUESTION DES LOGEÉENTS EN AlLEMAGNE. 401 ,

L'attraction des grandes agglomérations d'hommes est un fait connu. On afflue vers la capitale dans Tespoir d'y trouver de l'occupation et un gagne-pain plus facilement qu'en province, et, une fois qu'on s'y est établi, on se décide malaisément à s'en retourner, même si la lutte pour l'existence y est aussi pénible qu'à la campagne ou dans les petites villes. La proportion de ceux qui quittent Berlin chaque année est très faible. Une capitale n'est pas moins recherchée par les éléments dangereux et fainéants d'une nation. Le voleur, la mendiant de profession et la fille y trouvent des ressources qu'ils n'auraient pas ailleurs; aussi, n'y a-t-il rien de surprenant dans le chiffre de 21,000 personnes ayant subi des condamnations, connues de la police et vivant à Berlin, que donne le rapport de la présidence de police pour 1880. Ce chiffre a dû augmenter dans l'intervalle. Il y avait également 1,200 personnes vivant à Berlin et soumises à la surveillance de la police. Celle-ci connaissait le domicile seulement du tiers, et cela malgré le système perfectionné de l'inscription des locataires, qui fonctionne en Allemagne. Tout propriétaire, tout locataire principal, toute personne ayant des domestiques, est tenu de faire inscrire au bureau de son district le nom, l'âge, etc., de quiconque loge dans sa maison ou dans son appartement. Ces renseignements sont centralisés dans un ser-

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vice de la présidence de police, où, moyennank 25 centimes, on peut se renseigner sur l'adresse de quiconque habite Berlin. La contravention, la non-inscription, çst punie d'une amende de 37 fr. 50 au maximum. Le service de la sûreté est rendu plus facile par cette obligation imposée aux habitants. Mais cela n'empêche pas les gens qui ont intérêt à se cacher, de dissimuler leur présence. Il leur suffit de trouver asile chez des amis qui ne les fassent pas inscrire à la police, de changer souvent de logement, de sortir le soir ou la nuit, et le monde du crime à Berlin n'agit pas autrement sous ce rapport que celui des autres capitales. Il est impossible d'évaluer le nombre de voleurs, d'escrocs, de gens à existence louche qui vivent dans une grande ville. La statistique exacte est impuissante à en faire le recensement. On connaît approximativement le nombre des gens qui ont subi des condamnations, celui des filles inscrites ; il est de 4,000 à Berlin. Pour le reste, on en est réduit aux conjectures. Il est tout aussi difficile de réunir des informations précises sur les mœurs, sur l'organisation du monde du crime. De temps à autre, un procès retentissant vient jeter de la lumière sur les habitudes, les accointances des malfaiteurs, ou bien un écrivain en quête de pittoresque, accompagne une descente de police dans un bouge mal famé, et livre U lendemain une description plu§ ou moins ty-

EN ÀUEMAONE. 403

pique à un journal ou à une revue. Il n'y a guère qu'un homme de la partie, un juge d'instruction ou un employé de la police, qui soit en mesure de fournir au public un tableau exact des dessous de la société.

Un auteur qui connaît admirablement la matière dont il parle, évalue à environ 30,000 le nombre des malfaiteurs de toute catégorie « de la haute et de la basse pègre ». On connaît à Berlin peu de familles criminelles, composées de parents qui élèvent systématiquement leurs enfants pour le vol. Cela n'empêche certainement pas l'influence de l'hérédité de se faire sentir; si les enfants tournent mal, la faute en est au milieu bien plus qu'aux enseignements directs, qui sont fort rares.

Berlin souffre de l'insalubrité et de l'encombrement des logements pour le moins autant que les autres capitales d'Europe et d'Amérique, et cela malgré la vigilance de la police et un grand nombre de règlements concernant l'hygiène, la construction des maisons. 75,000 logements à Berlin, abritant 270,000 personnes, se composent d'une seule pièce. La densité de la population sur certains points est énorme; elle est fort nuisible à la santé morale et physique des habitants. Les descriptions faites par M. le docteur du Mesnil, M. d'Haussonville et M. Maxime Du Camp, des quartiers misérables ^e Pçiris s'appliquent égalç-

ment à Berlin : c'est la même saleté, le même dénùment. Peut-être plus qu'en France trouve-ton en Allemagne Thabitude de prendre un ou deux coucheurs à la nuit, qui s'étendent par terre ou pai*tagent au besoin le lit du mari et de la femme.

Ces bouges servent de logement à la population pauvre, à l'ouvrier honnête et à sa famille, au voleur de profession. L'influence moralisatrice de l'école est très souvent impuissante à combattre l'effet corrupteur de ces habitations encombrées, où toutes les promiscuités existent. Le vice et la débauche, la brutalité s'y apprennent tout seuls. A Berlin, le nombre des adolescents qui pratiquent le vol est très considérable. Les gamins enlèvent les objets, jouets ou friandises, dans l'étalage des boutiques, s'emparent de pigeons ou de chiens. Les petits sapins qu'on vend à Noël, pour en faire des arbres de Noël, exercent une fascination extraordinaire sur les voleurs précoces. A côté de la mansarde démeublée et du ruisseau, certains cabarets mal fréquentés servent d'académies du crime. Berlin abonde en débits de boissons de toute nature, plus de 6,000, soit 1 pour 200 habitants. Ici, comme ailleurs, la profession de débitant est le dernier refuge pour des gens qui n'ont pas réussi et qui préfèrent un métier facile. Comme les malfaiteurs ont besoin de communiquer entre eux, c'est au cabaret qu'ils se

rencontrent et se donnent rendez-vous. La classe inférieure fréquente de préférence les débits d'eaude-vie. La police en tolère Texistence, parce qu'il lui convient que les classes dangereuses aient des lieux de réunion connus d'elle. Le cabaretier lui sert parfois d'auxiliaire, le plus souvent il est muet et ne sait rien. C'est tout au plus s'il y a à Berlin deux douzaines de cabarets dont la clientèle se recrute exclusivement dans le monde du crime. Ces cabarets sont tous dans le sous-sol, ils n'ont pas d'écriteau flamboyant, et le soir la lumière arrive au dehors, tamisée par des rideaux. Les habitués sont des voleurs de profession, des indicateurs de coups à faire ou des receleurs. Tout ce monde s'entretient à voix basse, boit et joue au cartes. Les disputes sont rares ; dès qu'une querelle risque de devenir bruyante, les voisins interviennent pour empêcher tout scandale. Parfois, la porte s'ouvre, une tête se glisse et crie : « Lampen! » A ce mot, un sauve-quipeut général par toutes les issues ; l'hôtelier ramasse rapidement les verres, et, lorsque la police arrive, le local est vide. A Berlin comme à Francfort, les cabarets de cette catégorie ont une chaîne d'avant-postes ; ce sont de pauvres diables qui, pour quelques sous, montent la garde et préviennent en courant qu'il y a des gens suspects à l'horizon. Lorsque la descente de police est combinée de manière à ce que les issues soient cer-

nées et quW saisisse quelque malfaiteur contre lequel un mandat a été lancé, celui-ci se rend d^ordinaire sans opposer de résistance. Il obéit tranquillement à Tagent de police. Il est bien rare qu'il se défende à coup de couteau. La violence n'est d'ailleurs pas habituelle aux malfaiteurs berlinois : ils préfèrent la ruse et l'adresse. Les meurtres sont rares dans la capitale. Ces cabarets ont d'ordinaire une chambre sur la cour dans laquelle on se livre parfois à des orgies, et , où le Champagne n'est pas inconnu.

Les gens sans asile trouvent à se loger à Berlin, moyennant 12 c. 1/2, mais quels logis! sous terre, dans des caves, ou dans d'anciennes remises. C'est là que les voleurs de profession viennent recruter des apprentis, auxquels on commence par abandonner certaines besognes faciles : faire le guet par exemple, emporter le butin. Peu à peu, si l'apprenti fait preuve de bonnes dispositions, il avance en grade. En même temps il est affublé d'un sobriquet, qui remplace son véritable nom.

En soixante-quinze ans, de 1810 à 1886, la population de Berlin s'est accrue de 162,000 à 1,312,000 habitants, à la disposition desquels il existe 26,293 logements. A Paris, en 1884, on comptait, pour 2,239,000 habitants, environ 80,000 maisons avec 755,000 locaux d'habitation. La densité de la population par immeuble est singulièrement plus considérable dans la capitale de

la Prusse, où elle dépasse 66 personnes, qu'à Paris, où elle est moitié moindre. A New-York, où elle est considérée comme très forte par les Américains, elle n'est que de 16 personnes ; à Philadelphie, de 7 à seulement. Ces chiffres ne donnent qu une notion très peu précise, car on additionne toutes les maisons, celles des ouvriers et les hôtels de la classe riche. La moyenne obtenue peut servir d'indication générale, à la rigueur, mais elle ne tient pas compte de l'encombrement qui existe.

En 1864, Berlin ne comptait que 633,000 habitants. En vingt-deux ans, le nombre en a doublé, principalement par l'immigration, dont nous n'avons pas à faire ressortir les causes, tant elles sont connues (avantage de la situation géographique, développement des voies de communication, de l'industrie, centralisation de la vie politique, commerciale, intellectuelle dans la capitale). De 1881 à 1886, près de 130,000 personnes sont venues s'établir à Berlin. L'augmentation due aux naissances est à Berlin un facteur considérable, car le taux (42 par 1,000 de la population) dépasse celui de Paris et de Vienne. L'excédent des naissances sur les décès est de 12 par 1,000 à Berlin.

L'activité des constructions ne semble pas très considérable à Berlin. En 1872, il a été édifié 309 nouvelles maisons; en 1874, 608; en 1875,

717 ; — de 1876 à 1881, le chiffre s'en est successivement abaissé de 670 à 523, SOS, 3S8, 248, 214; en 1882, il est remonté à 278 ; en 1883, à 306. A Paris, en 1883, l'Annuaire de la Ville indique 2,501 constructions nouvelles. La population dans la capitale de TAUemagne, progresse plus rapidement que le nombre des locaux d'habitation. Pour que les démolitions, les reconstructions, les déménagements puissent se faire sans gêne dans une grande ville, il est nécessaire qu'il y ait un certain nombre de locaux inoccupés, qui soient à louer. A Berlin, dans les dernières années, ce nombre est allé en décroissant. En 1879, 7 p. 100 des logements étaient vides ; en 1880, 6 p. 100; en 1884, 3 p. 100; en 1886, 2 p. 100. Certains règlements municipaux sur les constructions, de nombreuses grèves de maçons, l'arrêt pendant longtemps de la spéculation, ont contribué à cette stagnation. On se plaint vivement à Berlin dû nombre peu considérable de logements nouveaux pour les ouvriers et les petits employés. Le grief me paraît beaucoup plus justifié qu'à Paris, où la population augmente relativement dans des proportions plus faibles et où, de 1879 à 1884, le nombre des petits logements s'est accru de 42,901 (8 p. 100). On construit à Berlin surtout pour la classe moyenne.

A plusieurs reprises, la disette des logements est devenue aiguë ; en 1856, il a fallu ouvrir la

caserne Witling à 800 familles; en 1873, 163 familles campèrent hors de la porte de Cottbus et s'y construisirent une cité de planches.

Le phénomène qu'on constate dans la plupart des grandes villes : la migration de la population du centre vers les extrémités, la transformation des maisons du centre en magasins et en bureaux, se rencontre à Berlin. Certains quartiers, notamment ceux de Touest, sont occupés par les gens aisés ou riches, tandis que les ouvriers et les indigents habitent quelques autres parties, notamment les faubourgs. Il n'y a pas de quartiers ouvriers proprement dits. Un signe distinctif, auquel on reconnaît en quelque sorte les districts les moins riches, c'est la prédominance des souslocations et, avant tout, des logeurs à la nuit. Beaucoup de ménages pauvres prennent des pensionnaires à la semaine ou à la nuit pour diminuer* les charges du loyer. En 1880, sur 256,000 ménages, près de 40,000 (soit plus de 15 p. 100) avaient des locataires à la nuit ; la plus forte proportion s'en trouvait dans les quartiers de Stralau , de là Louisenstadt, dans les faubourgs de Rosenthal et d'Oranienbourg. On comptait des ménages avec 34 sous-locataires, avec 11, 10, etc. Plus de 6,000 ménages avaient 1, 2 pensionnaires. Cette coutume a de graves inconvénients, lorsque, par exemple, dans une pièce, couchent le père, la mère, les enfants et quelques étrangers.

Tandis que les logements souterrains, les caves, ont presque disparu à Paris, à Londres, qu'ils y forment l'exception, il en est autrement à Berlin; 100,000 personnes logeaient dans 23,000 caves ou souterrains. La police et les autorités municipales ont édicté divers règlements concernant ces locaux malsains, de manière à les garantir autant que possible contre ITiumidité et à assurer une certaine hauteur. Dans la majorité, la hauteur du plafond variait entre 2 mètres et 2",50. Quelques-unes de ces caves sont à une grande profondeur sous le niveau de la rue.

En 1880, dans 3,230 logements, on ne pouvait faire de feu; ils abritaient 10,000 personnes; dans 127,509 logements d'une pièce, renfermant 478,000 personnes, on pouvait allumer du feu; 67,000 logements renfermaient deux pièces chatiffables et 302,000 personnes. 100,000 personnes logeaient dans 23,000 caves, 161,000 au rez-dechaussée, 15,000 à Fentre-sol, 214,000 au premier. 214,000 au second, 19,700 au troisième, 128,000 au quatrième, 39,000 sous les toits.

Beaucoup de maisons ne répondent pas aux exigences actuelles des hygiénistes ; elles sont sombres, sales, mal aérées; le nombre des locataires est trop considérable ; une seule maison renfermait en 1882, 487 personnes, — dont 170 enfants, — réparties en 141 ménages. Dans les dernières années, les rapports des médecins

t'f'^^ZS^''

de TAssistance publique constatent cependant une amélioration.

En 1886, les 20,428 maisons avec 322,172 locaux d'habitation et autres, dont 315,000 étaient loués comme logements, représentaient une valeur locative de 192 millions 1/2 de marks (240 millions de francs), ce qui représente un loyer moyen de 611 marks (763 fr. 75). Comparativement à 1876 (744 marks), il y a une diminution assez considérable dans la moyenne. D'autre part, nous voyons que, depuis 1840, les tout petits loyers ont une tendance à disparaître; en 1840, 18 1/2 p. 100 des logements se louaient jusqu'à 112 fr. 50 par an; en 1860, seulement 7 p. 100 et, en 1880, 3 1/2 p. 100. De même, les loyers entre 112 fr. 50 et 187 fr. 50 se sont réduits de 31 à 13 p. 100 du total; ceux de 187 fr. 50 à 375 fr. ont augmenté de 24 à 37 p. 100 ; ceux de 375 à 750 francs, sont allés de 14 à 22 p. 100, dans Tintervalle de 1870 à 1880. Les loyers au-dessous de 375 fr. représentaient près de 55 p. 100 de la totalité (150,000 logements sur 274,000), alors que, en 1884, il y avait à Paris 472,000 logements au-dessous de 300 francs, d'après M. Yves Guyot. En 1886, à Berlin, sur 322,000 habitations, 175,000 se louaient jusqu'à 375 francs, 65,000 entre 375 et 750 francs. On sait que, moins le revenu est élevé, plus forte est la proportion absorbée par les dépenses indispensables du logement et de la nourri-

lure.Xe budget de l'ouvrier est grevé d'une dépense pour le loyer, qui varie entre le quart et le cinquième du revenu annuel. Il arrive même que l'habitation absorbe plus de 25 p. 100 du salaire. C'est là une des raisons qui déterminent les ménages ouvriers à chercher des sous-locataires, sur lesquels ils se déchargent d'une partie de cette dépense (1).

(1) Le salaire des femmes varie de 10 à 11 marks par semaine. On en rencontre de plus bas, notamment dans la fabrication des gants, 7 à 8 marks. Les salaires moyens les plus élevés, 14 à 17 marks, sont rares dans l'industrie du métal et dans Tindustrie textile. — plus fréquents dans la confection et la mode. •

On compte à Berlin 60,000 ouvrières dont plus de la moitié travaillent dans Tindustrie du vêtement, 5,000 dans rindustrie textile, 4,000 dans Tindustrie du papier, autant dans celle du cuir et autant dans le commerce, 3,000 dans les débits de boissons et hôtelleries. Pour l'industrie du vêtement, le salaire moyen est 12 m. (15 fr.) par semaine.

Les salaires de l'ouvrier sont plus élevés, — si une ouvrière en lingerie gagne 12 m., l'ouvrier en gagne 20 à 22,

— lorsque l'ouvrière gagne 7 1/2 ou 9 marks, l'homme touche 15 marks.

Si nous feuilletons les statistiques publiées par la municipalité de Berlin, nous voyons, dans l'industrie de la pierre, le sculpteur gagner 50 fr. par semaine, le compagnon tailleur de pierre 37 fr. 50, le simple ouvrier 20 fr.

— l'ouvrier bijoutier gagne entre 25 francs et 75 franc», un contremaître chez un argentier gagne ^50 francs par mois, — dans le |)ronze, le contremaître gagne 200 francs par mois, le simple ouvrier 100 jfrancs.

D'après les budgets d'ouvriers publiés à diverses re-

M. Berthold indique quelques-unes des causes de la difficulté du logement; ce sont les mêmes qu'à Paris, Londres et New- York. La population se presse vers les grands centres où elle espère trouver du travail ; les démolitions d'anciennes maisons qui font place à des gares, à des magasins, à de grands édifices publics ou particuliers, les embellissements de la ville, la percée de rues larges, de places, sont des facteurs importants, qui diminuent le nombre des habitations à bon marché. A Berlin, on ne construit que fort peu de logements nouveaux d'un prix modeste. La question du logement passable ou mauvais est une

prises par la municipalité, nous voyons un ménage sans enfant, l'homme est ouvrier dans une fabrique de lampes, la femme va en journée,

ouvrier, salaire hebdomadaire 15 m. . . 780 m.

femme 474 m.

Ils dépensent 462 marks pour la nourriture, 100 marks pour le vêtement, 370 marks pour le logement, 81 marks pour le feu, 26 marks pour la société de secours mutuel, etc. Ce sont des gens sobres (ils prisent), ils mettent de côté 155 marks par an.

Un ménage qui fait des cigares, gagnant 24 marks par semaine et 1 ,352 marks par an ensemble, dépense 720 marks de nourriture, 230 marks de vêtement, 192 marks de logement, 80 marks de feu (avec 3 enfants).

Voir pour plus de détail Paul Ballin, der Haushalt der Arbeitenden Klassen»

question de salaires ; beaucoup d'ouvriers sont hors d'état de se loger d'une façon plus confortable, faute de ressources. Un autre inconvénient, c'est que le travailleur ne sait jamais s'il conservera son logement; les locations se font à Berlin pour les grands logements à un an, pour les petits au mois ou à la quinzaine. L'encombrement est considérable : plus d'un cinquième des habitations ouvrières renferme un trop grand nombre de personnes. En 1880, plus de 200,000 personnes se trouvaient dans le cas de coucher à 4 ou 5 dans une seule pièce.

La municipalité de Berlin et l'État n'ont pas cru qu'il fût de leur compétence de construire des logements à meilleur marché. La ville s'est bornée à la création d'asiles de nuit qui ont reçu, en 1880, 117,000 individus; en 1881, 140,000; en 1883, 71,000. Mais l'État et la municipalité ont cru qu'il leur appartenait de venir en aide aux habitants en développant les moyens de transport, — chemin de fer métropolitain, tramways, lignes d'omnibus, billets à très bon marché pour les ouvriers. Dès 1871, l'autorité locale, dans un Mémoire adressé au gouvernement, insistait sur la nécessité urgente de faciliter les communications. Cependant, la population a moins profité qu'on ne l'avait espéré de ces facilités. Les ouvriers sont retenus par le voisinage de l'atelier, par le meilleur marché 4es q-rtiçles de co^sommatio^

quotidienne, par la possibilité de prendre leurs repas à domicile, ainsi que par Tattraction qu'exerce toujours une grande ville avec ses nombreuses distractions à la portée de toutes les bourses. Dans un centre populeux, la femme de l'ouvrier trouve le moyen de gagner un salaire, qui sert à compléter le budget commun, en allant en journée ou en prenant de Touvrage chez elle ; elle doit y renoncer, si elle vit trop loin du centre.

La municipalité de Berlin s'est préoccupée de conserver à la ville ses promenades; au fur et à mesure que l'on y bâtissait davantage, les cours et les jardins ont disparu ; les maisons se sont serrées les unes contre les autres. Avec une louable activité, la municipalité a fait l'acquisition de terrains qu'elle a convertis en squares, en jardins publics, de manière à assurer aux habitants des emplacements où l'air circule, où les enfants prennent leurs ébats. La canalisation souterraine de la ville a été poursuivie avec persévérance : en 187S, 57 maisons seulement communiquaient avec l'égout; près de 16,000, en 1884, étaient reliées à l'égout et tenues d'évacuer par cette voie les eaux sales et le reste. Avec les progrès de la canalisation, la santé générale est devenue meilleure. En 1885, plus de 18,500 maisons recevaient l'eau de la ville. Une bonne canalisation et de l'eau en abojïdwce 3ont deux éléments puissants d'essai-

416 QUESTION DES LOGklIENTS

nissement. Jusqu'en 1883, la Ville a dépensé près de 50 millions de francs pour la construction des égouts, 13 millions pour Tachât de terrains destinés à l'irrigation et 6 millions 1/2 pour l'installation des canaux, pompes, etc. De 1874 à 1884, les dépenses totales se sont élevées à 65 millions de francs, qui ont été couverts par des emprunts. Les dépenses annuelles pour l'entretien des canaux, le payement des intérêts et amortissement sont de 5 millions 1/2 de francs environ. Comme nous le disions plus haut, les travaux de canalisation souterraine ont diminué dans une proportion sensible de chiffres des décès dus à la fièvre typhoïde.

Les efforts, tentés par des Sociétés plus ou moins philanthropiques pour construire des logements à bon marché, n'ont pas produit de résultats sérieux à Berlin. Il semble que ces Sociétés ne sont pas suffisamment inspirées de principes commerciaux et de vues pratiques. Une Société possède 24 maisons avec 242 logements et 28 ateliers; l'autre, 130 logements et 28 ateliers.

En 1886, il s'est fondé à Copernick, près de Berlin, une Société de construction qui veut bâtir des logements salubres et à bon marché pour ses membres, notamment pour ceux qui sont ouvriers. Les actions de 250 francs se libèrent par des versements de 50 centimes par semaine. Le bénéfice résultant de la location sera distribué aux membres.

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Ceux-ci pourront obtenir des avances hypothécaires de la Société (1).

(1) Nous trouvons dans le volume de L. Forraey, médecin du Roi et Oberstaats medicus « Versuch einermedicinischen typographie von Berlin », (Berlin, 4796, p. 73), un tableau du logement à la fin du siècle dernier. « Les misérables habitations que Thomme du peuple occupe à Berlin contribuent beaucoup aux maladies des classes ouvrières, et les nombreuses constructions à Berlin sont un véritable malheur pour celles-ci. Quiconque abat une vieille maison habitée par des ouvriers, édifie à la place une belle maison et l'installe en vue de logements pour les gens aisés. C'est pour cela qu'il y a à Berlin de grands appartements à profusion et à bon marché ; les petits logements deviennent de plus en plus rares et coûteux ; le pauvre trouve avec peine un abri pour lui et les siens. Il se restreint donc de plus en plus et se contente d'une pièce dans laquelle il exerce son métier, dans laquelle il vit et dort avec toute sa famille. Vu le prix élevé du bois à brûler, il bouche avec soin en hiver toutes les ouvertures qui pourraient donner accès à l'air extérieur, et ces personnes vivent dans une atmosphère qui menace d'asphyxie tous ceux qui entrent dans une semblable chambre. » Foley recommande la question à l'attention de ses concitoyens.

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