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LA CHARGE DE LAMBESC AUX TUILERIES

Moreau le Jeune, Jel.

A sept heures, le Roi, vêtu de violet, la Reine qui avait beaucoup pleuré et dont les yeux « étaient rouges

Descourtis, sculp.

jusqu'au milieu des joues » (j), sortaient des Tuileries pour n'y plus rentrer... ils allaient chercher asile au sein de

(1) Roederer. Chronique de quarante jours.

l'Assemblée nationale. Ils traversèrent les jardins déjà jonchés de feuilles sèches que le petit Dauphin « s'amusait à pousser dans les jambes des personnes qui marchaient devant lui »...(*). Quelques minutes plus tard, on enfermait Louis XVI et sa famille dans la loge du « logotachygraphe », sorte de sténographe chargé de recueillir les débats de l'Assemblée. C'est derrière les grilles de fer séparant cette étroite logette de la salle des séances que Louis assista à sa déchéance... Pour la dernière fois ces malheureux avaient traversé le parc des Tuileries!

Pendant la Révolution, le jardin déserté ne se remplissait que les jours de fêtes populaires.. . (2). On y dansa la « Carmagnole » ; on y chanta le Ça ira ! et, en 1793 (3),

(1) L. Blanc, t. VIII, p. 181.

(2) COMMUNE DE PARIS Le 16 Messidor,

L'an deuxième de la République française une et indivisible. Le Maire de Paris, Aux Membres du Comité civil de la Section de Beaurepaire. Vive la République !

Les soldats de la patrie ont remporté de nouveaux avantages signalés sur les satellites des brigands. Le port d'Ostende et Tournay sont au pouvoir de la République, les esclaves fuient à l'approche des républicains ou sont exterminés par eux.

Faites annoncer à l'instant au son de la caisse cette grande nouvelle au peuple ; dites-lui que la Convention nationale vient de décréter que le soir il y aura au jardin national une fête populaire. Que les républicains se réjouissent : la République est victorieuse partout. — Lescot Fleuriot. (Collection Georges Cain.)

(3) Documents autographes sur la Révolution française (Charavay, libraire, 1682), p. 196.

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sur la proposition du vertueux et bucolique Anaxagoras Chaumette, on planta, — avec ostentation, — des pommes de terre dans les « anciens parterres de la Tyrannie », le long de la terrasse des Feuillants... (4) Elles seront d'ailleurs utilisées, ces pommes de terre symboliques : les élèves de l'École de Mars, — à l'étrange costume dessiné par David, — les déterreront et les mangeront pendant la nuit du 9 thermidor, alors qu'appelés en toute hâte par la Convention terrorisée, ils défendront, contre l'invasion des bandes robespierristes, les abords du « Temple des Lois »... (2).

(1) Le 4 septembre 1793, Robespierre étant président de la Convention, Chaumette se présente à la barre au nom de la Commune de Paris :

« Nous demandons que tous les jardins des biens nationaux à vendre soient mis en culture utile; nous vous prions enfin de jeter vos regards sur l'immense jardin des Tuileries... Ne vaut-il pas mieux y faire croître des plantes dont manquent les hôpitaux que d'y laisser des statues, fleurs de lis ou buis et autres objets, aliments du luxe et de l'orgueil des rois? »

Dussault : « Je demande que les Champs-Elysées soient en même temps que les Tuileries convertis en culture utile. »

Moniteur du 18 fructidor an II.

(2) On voit aujourd'hui, sous les bosquets, deux petites pelouses parallèles, allongées, en contre-bas, ornées chacune de trois statues et d'un banc circulaire en marbre blanc. Ces bancs étaient, au 20 prairial, une nouveauté ; ils venaient d'être dressés sur les dessins de David, pour la circonstance. C'était de l'antique. On appelait ça des hexèdres, et l'on assurait qu'ils étaient semblables « à ceux où les philosophes grecs aimaient à discourir ». Quant au bassin de la grande allée, le plus voisin du château, il avait reçu pour décoration spéciale la statue « du monstre désolant de l'Athéisme, entouré de l'Ambition, de l'Égoïsme et de la Discorde, et portant sur

Que de choses nous resteraient encore à conter sur ce jardin où se déroulèrent tant de faits glorieux ou tragiques de notre histoire nationale ! On y fête l'Être suprême et l'on y magnifie les mânes de J.-J. Rousseau. Napoléon y passe des revues et la Restauration y donne des fêtes... (d). Louis-Philippe s'y fait acclamer par la garde nationale, et le prince impérial, — avant d'aller se faire tuer au Zoulouland, — prend des leçons de «vélocipède» sur la terrasse du bord de l'eau. — Le 4 septembre 1870, les grilles dorées des Tuileries sont enfoncées par la ruée du peuple demandant la « déchéance » ! et, pendant le

le front cette inscription : Seul espoir de l'étranger ». Le fond du tableau était formé par les longues façades grises du palais des Tuileries, enguirlandé et pavoisé, auquel on avait accolé un immense escalier de planches à deux rampes qui montait jusqu'à la hauteur du premier étage et sur lequel avaient pris place les musiciens et les femmes choristes de l'Opéra, vêtues de blanc et couronnées de roses. Plus loin encore, au-dessus des toits des Tuileries, apparaissait, juchée sur les combles du vieux Louvre, une machine étrange, déconcertante : une sorte de croix dont les bras possédaient de singulières excroissances. Bien peu de Parisiens savaient ce que c'était. Cet appareil était baptisé d'un nom bizarre, le télégraphe, et devait servir sous peu, disait-on, à faire des signaux aux armées, ce dont les incrédules riaient, en clignant de l'œil, d'un air malin. — T. G. La Petite Histoire. {Le Temps, 4 juillet 1907.)

(1) Les quatre cygnes dont la ville d'Amiens a fait présent au premier Consul lui ont été présentés avec des plaques d'argent àppendues au col et portant gravées en lettres d'or l'une le mot Arcole, l'autre Lodi, la troisième Marengo et la dernière Amiens. Ils se promènent déjà dans le beau bassin des Tuileries. — Gazette de France. Paris, 15 messidor an XI. — Aulard. Paris sous le Consulat, t. IV, p. 216.

siège de Paris, les artilleurs campent dans le grand jardin dévasté !

Puis, c'est l'effondrement, la ruine; la Commune met le feu au palais des rois de France; une nuit d'incendie anéantit trois siècles d'art... (*) Mais trois jours auparavant, le dimanche 21 mai 1871, — au moment même où les troupes de Versailles pénétraient dans Paris par la porte de Saint-CIoud, — un grand concert se donnait dans la salle des Maréchaux, « au profit des veuves et orphelins de la République... Mme Bordas - chanta la Canaille, Mme Agar dit le L'\on blessé, de Victor Hugo (2).

C'est tout cela qu'évoquent, de très loin, les multiples «exhibitions » ornant actuellement, — si j'ose dire,

(1) Dans la nuit du mardi au mercredi 24 mai 1871, Raoul Rigault allait demander asile à un ami. Rigault sortait de Sainte- Pélagie, où il avait fait fusiller Gustave Chaudey.

L'appartement, un cinquième, avait un balcon. Appuyé sur la balustrade, il contemplait le terrifiant spectacle, les gigantesques panaches de flammes, les tourbillons de fumée semés de trous d'or...

— Tiens, cria-t-il brusquement, les Tuileries qui foutent le camp...

Ce que Rigault venait de voir, c'était la coupole de la salle des Maréchaux qui s'abimait dans les flammes.

11 était exactement une heure un quart après minuit.

Maxime Vuillaume. Mes cahiers rouges au temps de la Commune , p. -285.

(2) Mai 1871. Dix heures du soir. Jardin réservé des Tuileries, qu'on appelait toujours le jardin du Petit Prince. Foule énorme. Les massifs illuminés par des lanternes rouges accrochées aux arbustes. Des lampions rouges en bordure des corbeilles et des pelouses. Des draperies rouges à l'estrade des musiciens qui jouent

notre vieux jardin des Tuileries... Les étrangers assoiffés d'émotions fortes qui, sous la Terreur, venaient, du haut des terrasses, contempler de près le spectacle des guillotinades, sont aujourd'hui remplacés, — avantageu-

des airs patriotiques mélangés à des ouvertures d'opéras populaires.

... Il y a concert dans la salle des Maréchaux.

... Nous franchissons le portique du pavillon central, le pavillon de l'Horloge. A gauche, deux fédérés, le coude appuyé sur le fusil, gardent l'entrée d'une vaste salle où tout le monde entre sans la moindre difficulté. Nous entrons. Sur toute la longueur, une table longue, longue. Des verres à la centaine, des bouteilles, des canettes pleines de bière blonde, des montagnes de brioches, des biscuits en paquets

Nous montons. La porte de la salle des Maréchaux. Une buée de chair brûlante. Les lustres énormes suspendus à la coupole resplendissent... Près de nous des femmes, emprisonnées dans un flot de citoyens, halètent et s'épongent

Bourdonnement d'impatience. Là-haut, dans la galerie qui court autour de la coupole, un homme, l'écharpe rouge en sautoir, se penche vers l'assistance. Il remue les bras. Il parle. On n'entend rien. Le rideau se lève. Silence.

Sur la scène est apparue une forte femme. Péplum blanc traînant derrière elle. Ceinture rouge à la taille.

Gris. Hurlements. On trépigne. On bat des mains. La femme chante. Son nom vole sur les banquettes. C'est la Bordas. Elle dit, elle mugit le chant qui l'a déjà rendue célèbre. Au refrain, c'est le délire. Toute la salle a repris en chœur :

C'est la canaille, Eh bien ! j'en suis !

Je pousse Vermersch du coude :« — Tu ne dis rien? — Moi? je regarde les maréchaux... »

Maxime Vuillaume, Mes Cahiers rouges : Par la Ville révoltée (pp. 232, 233, 234). (Passim.)

sèment, — par de jolies femmes moulées en des fourreaux Directoire; souriantes, elles boivent le thé de cinq heures en regardant défiler les autos encombrant la place de la Concorde, et, du haut de son pupitre de chef d'orchestre, Rodolphe Berger verse des valses lentes en leurs oreilles charmées !...

L'ATELIER DE DAVID

au Louvre.

I'éminent directeur des musées nationaux avisait der- 1 nièrement le musée Carnavalet qu'il mettait à la disposition des collections historiques de la Ville de Paris un vieux fauteuil et un poêle de fonte usagé... Hâtons-nous d'ajouter que ces deux documents très intéressants provenaient de l'atelier occupé au Louvre par le grand peintre Louis David.

Aussi, déférant avec joie à l'invitation de M. Homolle, grimpions-nous l'autre matin les interminables étages donnant accès aux cabinets de MM. les conservateurs, où se trouvent le poêle et le fauteuil. Tous deux sont bien typiques et d'une incontestable authenticité; le fauteuil « forme chaise curule », avec ses lignes rigides et son dossier de cuir, porte la griffe du peintre de Brutus, et le poêle, décoré d'attributs, est exactement celui qui figure dans le tableau exposé au Salon de 1814 par Mathieu Cochereau : Intérieur de l'atelier de David, accroché aujourd'hui, salle des « sept cheminées », audessous du Sacre de Napoléon Ier.

Il est charmant ce tableau de Cochereau, et bien précieux pour l'histoire de l'art au xixe siècle : l'atelier, noyé d'ombre, n'est éclairé que par un rais de lumière filtrant entre deux volets entr'ouverts et une baie de jour à demi voilée d'un rideau. L'interstice des volets laisse apercevoir les marches du pont des Arts (construit en 1802) et le quai du Louvre ; au fond se profile l'angle du bâtiment où se trouve la galerie d'Apollon. Cela nous permet de situer cet atelier au coin du quai et de la place Saint-Germain-l'Auxerrois, sur l'emplacement qu'occupe aujourd'hui le palier du grand escalier conduisant au musée égyptien. Le maître avait son atelier particulier directement au-dessus de celui de ses élèves ; on l'appelait : « l'Atelier des Horaces », parce que le célèbre tableau les Horaces^) y avait été exécuté. David possédait un deuxième atelier : « l'atelier des Sabines », donnant sur le quai vis-à-vis de l'Institut (2).

(1) Dans le Journal des Hommes libres du 29 frimaire an VIII (10 décembre 1799), fut publié cet avis : le citoyen David prévient ses concitoyens que l'exposition de son tableau des Sabines commencera décadi 30 frimaire an VIII et continuera les jours suivants depuis 10 heures du matin jusqu'à 4 heures du soir dans la salle de la ci-devant académie d'architecture au Palais national des Sciences et des Arts, l'escalier à droite en entrant par la rue du Bac. Les billets d'entrée avec un livret explicatif se distribueront à la porte de ladite salle et coûteront 1 fr. 80. — Aulard. Paris sous le Consulat, t. I, p. 61.

(2) C'est dans cet atelier que David exécuta les Sabines. Dans celui de l'angle nord-est, il peignit les tableaux de Brutus, de Marat, de Lepeletier de Saint-Fargeau et quelques portraits, entre autres celui du Premier Consul. Pour le Serment du Jeu de Paume,

l'atelier DE DAVID 143

Les nombreux élèves de David occupaient plusieurs locaux superposés dans l'espace qui forme aujourd'hui la cage du grand escalier à l'angle de la colonnade et de la façade nord. Leur illustre maître demeurait avec sa femme et ses quatre enfants, non loin de Sedaine, aux environs de la salle à présent dite d'Auguste.

On gagnait les ateliers de David par un escalier en hélice, obscur, étroit, s'ouvrant à l'angle du quai et de la place. Cet escalier, inutilisé aujourd'hui, débouche dans la salle égyptienne où sont exposés les quatre superbes vases canopes en terre émaillée bleue, provenant du tombeau de Ramsès II. Les ateliers surplombaient le jardin de l'Infante; celui des élèves était nu comme une immense cellule de couvent, par-ci par-là des toiles retournées contre le mur, des chevalets, des boîtes à peindre. Le curieux tableau de Cochereau nous montre une douzaine de jeunes gens — dont Schnetz et Pagnest — dessinant ou peignant d'après un solide modèle qui pose nu près du fameux poêle. Saluons, en passant, la mémoire de Louis XVIII qui eut la bonne idée d'acheter, en 1825, cette toile charmante et documentaire, 3.600 francs. A cette date David, frappé par la loi exilant

il eut à sa disposition l'église des Feuillants, près des Tuileries, qu'il quitta lors du percement des rues de Rivoli et de la Paix ; mais il obtint en compensation l'église de Gluny, où il mit la dernière main au Couronnement de l'Empereur, commencé aux Feuillants ; il y exécuta aussi la Distribution des Aigles. Le Léonidas fut commencé et achevé dans l'atelier des Sabines.

de France les conventionnels régicides, achevait de mourir à Bruxelles! (4)

Voici donc notre poêle identifié : il chauffait l'atelier des élèves; quant au fauteuil, il décorait certainement l'atelier du maître. Une phrase des Souvenirs de E.-J. Delécluze, élève de David, nous édifie pleinement (2) : « Au lieu des deux bergères d'usage, on voyait d'un côté une chaise curule en bronze, dont les extrémités des deux X se terminaient en haut et en bas par des têtes et des pieds d'animaux et de l'autre un grand siège à dossier en acajou massif, orné de bronzes dorés... Les chaises courantes, en bois d'acajou sombre et couvertes de coussins en laine rouge, avaient été copiées sur les

(1) Il est mort le 29 décembre 1825. On avait fait plusieurs fois des efforts depuis 1816 pour faire rentrer David en France. Lorsque Charles X alla visiter la coupole de Sainte-Geneviève, Gros, son élève le plus constamment occupé de sa rentrée, encouragé par le succès de son ouvrage, demanda au Roi le retour de son maître. Il lui fut refusé, ainsi qu'à Mme Récamier.

A la mort de David, Gros et ses élèves eurent l'idée de se rendre au Palais des Pairs, où étaient les tableaux des Sabines et de Léonidas afin d'y attacher une couronne et un crêpe, comme cela se pratiquait lorsque l'on transportait les ouvrages d'un peintre illustre du Luxembourg au Louvre. Les portes du Luxembourg furent fermées aux artistes et l'on assura que la cour avait défendu que les tableaux de David fussent mis dans la grande galerie du Louvre. — Souvenirs inédits de Delécluze. Nouvelle Revue Rétrospective, t. X, p. 172.

(2) E.-J. Delécluze, qui a laissé de très précieux Souvenirs, était l'un des élèves favoris de David. Un détail donnera la mesure de ses préférences artistiques. Il occupait une partie de ses loisirs à relire Ossian, en anglais!

L ATELIER DE DAVID

vases dits étrusques par Jacob, le plus habile ébéniste d'alors ». Notre fauteuil avait sa place en ce logis plutôt sévère ! Pas un canapé, pas une draperie, pas une fleur... Quand David évoquait les Horaces, Brutus ou les

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