L.-O. Merson, Gazette des Beaux-Arts, septembre
En 1790. Escalier des artistes sous la porte Saint-Germain, à gauche.
Au premier : atelier et logement de M. Brennet, peintre, maître à écrire des Enfants de France ;
Ateliers et logements de : MM. David, Fragonard, Machy, Vernet fils, peintres ; Glerissau, écuyer de la Reine de quartier; Collet, Monnet, Lagrenée l'aîné, peintres ; Lagrenée, valet de chambre ordinaire de la Reine. — {Archives de V Art français, 2 vol., p. 147.)
l'atelier DE DAVID 155
Ce fut une première alerte... Les monarchiques locataires du Louvre achevaient à peine de s'en remettre lorsque l'armée révolutionnaire de la Commune des Arts envahit les locaux du palais et s'y installa à son tour, terrorisant les anciens occupants qui n'osaient pas trop protester... (*) L'Académie n'existait plus et le tout-puissant David, député à la Convention, avait répondu sèchement à Renoult, l'avertissant que son tour de corriger les élèves était arrivé à « l'École des modèles »... (2)
— Je fus autrefois de l'Académie !...
Avec une telle population, le Louvre était devenu une sorte de phalanstère odieux, mal tenu, et le palais, malpropre, deshonoré, livré aux lessives familiales, aux cuisines nauséabondes, aux jeux des enfants, semblait une véritable sentine. Un détail précisera la puanteur
(1) Évacuation des logements du Louvre, destinés désormais à des artistes et fonctionnaires publics. 12-13 août 1792.
L'ordre donné aux personnes logées dans le Louvre, d'en sortir, ne s'étend point aux savants, gens de lettres et artistes, qui ont obtenu leur logement à ce titre. 16 août 1792. — (Bulletin des Lois, 1789 à 1814, F. M. Louvre.) — Procès-verbal de V Assemblée nationale du 16 août 1792.
« Les artistes qui ont un logement au Louvre viennent
remercier le Corps législatif de leur avoir conservé cet asile honorable en distinguant leur cause de celle des hommes pervers qui ont violé le sanctuaire des sciences en se rendant coupables d'un crime atroce; ils sont admis aux honneurs de la séance »
(2) David avait été élu, le 17 octobre 1792, député à la Convention par l'Assemblée électorale de Paris. Il fut « mis en arrestation » le 14 thermidor an II (1er août 1794), comme « ami et complice du traître Robespierre ».
qui y régnait : « Près des grands murs noirs adossés à la Colonnade des espèces d'immenses éviers servaient de latrines toujours ouvertes, d'où s'exhalait un air infect qui ne se renouvelait qu'avec peine ».
Gela dura jusqu'en 1806. Il ne fallut rien moins qu'un ordre formel de Napoléon pour nettoyer ces écuries d'Augias et y installer le plus beau musée du monde !
Un soir, Napoléon passait à pied par la rue des Orties, une ruelle sordide bordant le Louvre dans l'intérieur du Carrousel : il aperçut cette grouillante population vaquant à ses petites affaires... « Qu'est-ce que cela? » demanda-t-il au maréchal Duroc dont il était accompagné. Duroc le mit au courant...
— Qu'on me fasse partir tous ces b...-là! Ils finiraient par brûler mon musée... mes conquêtes !
Quinze jours plus tard (le 18 mai 1806), tous les b... précités avaient délogé... Quelle leçon!
Le samedi 8 août 1829, vers minuit, les bons Parisiens qui — par une chaleur étouffante — écorchaient des glaces ou absorbaient des limonades fraîches aux terrasses des cafés du boulevard Montmartre, furent fort surpris de voir peu à peu les larges trottoirs envahis par des curieux dont le nombre augmentait de minute en minute... La foule se massait surtout devant la maison portant le numéro 10 : cinq étages bien connus des flâneurs et que l'on avait surnommés « la Boîte aux Artistes », à cause de la quantité de musiciens et de gens de théâtre qui y avaient dressé leurs pénates... C'est aujourd'hui le passage Jouffroy.
Les femmes portaient la toilette de théâtre, la robe blanche d'organdi ou la redingote en mousseline des Indes, brodée, doublée en « satin vapeur » ; presque toutes s'enveloppaient de pèlerines en batiste plissée ou d'écharpes en gaze, de couleur cerise ou blanche. Les coiffures s'agrémentaientd'un bouquet defleurs naturelles, d'une chaîne d'or ou d'une rangée de perles traversant le
front; tous les peignes étaient en écaille à haute galerie. Les hommes, en chapeau claque, arboraient le cos-