IN COIN DE SALON A L HOTEL FERSEN
Richard et Bourdon, phot.
Balthazar Sapel (J), cocher de M. le comte de Fersen, voyait avec surprise cette voiture étrange entrer dans les écuries de son maître, faubourg Saint-Honoré, à quelques mètres de la rue Matignon. La veille du départ, Fersen avait surveillé lui-même le chargement compliqué de la berline, ne négligeant aucun détail, s'occupant des bagages, des malles, des sacs, installant précieusement le linge de corps et les hardes de la Reine qu'il avait eu tant de peine à sortir chaque soir, pièce par pièce, du palais des Tuileries surveillé comme une geôle, contrôlant les passeports, s'assurant si les fugitifs, bien munis d'argent, avaient encore sous la main la monnaie nécessaire aux payements des relayages. Ce complice prévoyant avait poussé la précaution jusqu'à
posant le Monsieur que lui avait annoncé ladite dame baronne de Korff, et que le déposant a su s'appeler le comte de Fersen, lequel remit l'échantillon choisi au déposant...
Observe le déposant que le vingt-six du mois de mars la baronne de Korff a soldé au déposant ladite voiture, montant à la somme de 5.944 livres.
Bimbenet. Fuite de Louis XVI à Varennes. Pièces justificatives, pièce 40.
(1) Balthazar Sapel, cocher de M. le comte de Fersen, dépose que le samedi après-midi ou le dimanche matin, il a vu arriver dans l'endroit où étaient les remises et les écuries de M. le comte de Fersen, grande rue du faubourg Saint-Honoré, à peu de distance de la rue Matignon, où demeurait ledit sieur comte de Fersen, une grande voiture neuve dite berline que lui déposant a fait mettre sous l'une des remises.
Eugène Bimbenet. Fuite de Louis XVI à Varennes. Pièces justificatives, pièce 40.
HOTEL DE M. DE FEKSEN
réuair les provisions de bouche : « cinq bouteilles une bouteille de Champagne non mousseux, un ceau de bœuf à la mode et une pièce de veau froid », permettront d'éviter tout dangereux arrêt aux auberges ; on mangera « sur le pain » , dans la voiture, pendant que les chevaux galoperont.
La berline attelée de quatre chevaux avait été essayée le samedi 4 juin, lourdement chargée et montée par cinq voyageurs ; on l'avait conduite de Paris à Ghâtillon... («)
d'eau, mor-
UNE CHEMINÉE EN l'hÔTEL FERSEN.
Richard et Bourdon, phot.
(1) La berline livrée dès les premiers jours de juin fut conduite de la rue du Bac au domicile particulier de Fersen.
Celui-ci jugea prudent de s'assurer par lui-même de la solidité de cette lourde machine... Il y attela six forts chevaux et la lança sur la route de Vincennes à toute vitesse.
Le hasard voulut qu'il fût rencontré par le duc d'Orléans qui se
Le même jour, la Reine choisissait chez Mme Elofle deux grands sacs de taffetas gris et vert, sans doute en vue du voyage projeté ; le lendemain, la baronne deKorff s'était fait délivrer un passeport signé : Montmorin. C'est ce passeport qui servira pendant le voyage dont la dernière et sinistre étape sera l'épicerie du sieur Sauce, à Varennes!
Le lundi, 20 juin 1791, la famille royale dîne comme d'habitude à une heure et demie. A cinq heures, la Reine se rend en voiture au jardin Routin, rue de Clichy, où elle fait goûter ses enfants. De son côté, M. de Fersen achète une chaise de poste pour Mmes Rrunier et Neuville, femmes de service, qui doivent suivre le carrosse, et loue le fiacre qu'il conduira lui-même, déguisé en cocher de remise. A dix heures et demie du soir, ledit fiacre s'arrête devant une haute porte vitrée de la cour des Princes, sur le Carrousel. Mmc de Tourzel, le petit Dauphin costumé en fillette (petite robe de toile et bonnet de linge) (J) et sa
promenait là avec Mme de Buffon. Le duc reconnut Fersen.
— Êtes-vous fou, mon cher comte? lui cria-t-il. Vous jouez là un jeu à vous casser le cou.
— C'est que je ne veux pas que ma voiture rompe en route, répondit Fersen en s'arrêtant.
— Pourquoi donc est-elle si grande ? Nous enlèverait-elle tout un chœur d'opéra ?
— Non, Monseigneur, je vous le laisse.
— Adieu, bon voyage.
Paul Gaulot. Un ami de la Reine, p. 172.
(1) Les enfants croyaient qu'on allait jouer la comédie parce qu'ils étaient déguisés.
Louis Blanc. Histoire de la Révolution française, t. VJ, p. 325.
l'hôtel de m. de fersen
sœur y grimpent hâtivement. Fersen fouette, la voiture quitte la cour encombrée du Carrousel sans éveiller l'attention... A travers les vitres d'une chambre obscure, la Reine a vu Fersen emporter ses enfants... Un peu ras-