LA BUE DU PUITS-QUI-1'ARLE
ledit temps il en mourait quelques-uns, il (le locataire) sera tenu y en faire mettre d'autres pareils, en temps convenable »...
Dès 1697, les loyers montent : l'abbaye de Sainte- Geneviève, propriétaire de la maison et du jardin, cède le tout à Jean Le Haribel « moyennant 120 livres de rente, payable à la Saint-Rémy »... En 1790, l'abbé et les religieux de Sainte-Geneviève louaient l'immeuble 600 livres par an à la veuve Lamarche... c'est tout; quelques chiffres, mais aucun détail.
En 1839, une amusante lithographie de Champin, d'après Régnier, nous montre le « Puits qui parle » accoté à une maisonnette formant angle avec la rue des Poules. A droite, des feuillages dépassent un mur bas flanqué de bornes de pierre ; au fond, un rideau de grands arbres; dans la rue, quatre commères tirent de l'eau du fameux puits, que protège un champignon de tuiles. Ce décor champêtre a complètement disparu. Aujourd'hui, une annexe de maçonnerie — dans laquelle est installée la conciergerie du petit hôpital — a supprimé tous ces souvenirs; et le vieux puits vide, rasé, silencieux, déchu de son antique splendeur, se creuse modestement sous l'évier du portier !
Quant à l'origine du nom, Charles Nodier assurait que la rue aurait tiré — dès le règne de Henri III — son appellation de l'écho même de son puits : « Ce phénomène de l'écho ne s'était pas encore remarqué dans un puits ; et la nouveauté a tout le privilège du merveilleux
chez les peuples qui n'ont pas le malheur d'être savants ! » Plus loin, il ajoute que, dès 1588, une autre version avait cours dans le quartier : le mari taciturne et quelque peu morose d'une épouse à la langue trop bien pendue, excédé des caquets incessants dont, du matin au soir, retentissait son ménage, aurait, dans un moment de légitime impatience, précipité sa femme dans le puits. Cette leçon, sévère mais juste, n'avait pas cependant corrigé l'intarissable bavarde; c'était son éternel babillage qui, des profondeurs mêmes du puits continuait à sévir et à se faire entendre! . . . Mais ce sont là mauvais propos, indignes d'être recueillis et que je m'excuse de rapporter.
Dans sa prime jeunesse, mon maître Sardou ('), dont le père dirigeait un pensionnat au coin de la rue d'Ulm, à quelque cent mètres de la rue Amyot, connut et aima ces ruelles antiques alors fleuries comme un jardin de curé. « Tout le quartier, a-t-il écrit, n'était qu'habitations clairsemées au milieu de vergers, potagers, treilles, basses-cours, bosquets e* grands parcs plantés d'arbres séculaires... De ma fenêtre, rue d'Enfert, place de l'Estrapade, impasse des Feuillantines, je ne voyais autour de moi, à perte de vue, que profusion de feuillage... » Que les temps sont changés!
(1) Victorien Sardou, Préface des Coins de Paris, par Georges Gain, librairie Flammarion.