‹ Le long des ruesChapitre 9 sur 62 · A RUE TAII,LE-PAIN · texte numérisé non relu

A RUE TAII,LE-PAIN

P. Vouillemont, phot.

celui de Vincennes et le chemin par lequel se font les entrées des ambassadeurs, des princes étrangers... »

Rue Taille-Pain. — Engageons-nous dans la rue Taille-Pain — qui, comme la rue Brise-Miche, doit son nom à une boulangerie du chapitre de Saint-Merri et au pain qu'on y « taillait » pour les chanoines. — Il y a quelques semaines encore, une porte cochère du xvnc siècle, encadrée de bornes cerclées de fer et endettées par les heurts séculaires des charrettes, encombrait l'angle de la rue Taille-Pain et de la rue Brise-Miche ; aujourd'hui la porte est abattue, mais cette suppression permet d'apercevoir au fond d'une vaste cour l'étrange silhouette d'une haute maison moyenâgeuse avec tourelle, escalier extérieur, fenêtres à meneaux. Le large toit qui la coiffe est à l'heure actuelle à peu près éventré; par les trous béants, les poutres apparaissent comme les côtes d'un squelette. Combien de jours serat-il loisible aux Parisiens d'apercevoir encore cette pittoresque ruine? Je ne sais, mais je crois qu'il conviendrait de se presser.

Rue Brise-Miche. — Traversons la rue Saint-Merri et suivons la rue Brise-Miche (*), parfait spécimen des

(1) La rue Brise-Miche n'a été ouverte qu'au commencement du xv° siècle ; jusque-là il n'y en avait qu'une, représentée aujourd'hui par la rue Taille-Pain ; elle aboutissait à la rue Neuve-Saint-Merri ; il y avait une porte à chacune de ses extrémités.

Sauvai a conjecturé que le nom de Brise-Miche pouvait venir de

ruelles de jadis. Ici tout a vieilli, mais rien n'a changé. Les 25 mètres de masures noires dont les gouttières zigzagantes semblent des attaches destinées à empêcher les murs de s'effriter davantage, les boutiques aux devantures obturées par de larges barres de fer, les façades peintes en rouge vinasse, l'aspect prison de ces bâtisses lugubres, tout, jusqu'aux vestiges des anneaux de fer scellés dans le mur, « reste de ces chaînes que le quartenier faisait tendre tous les soirs pour la sûreté publique ». — encore visibles aux numéros 29 et 28, — évoque le plus naturellement du monde l'image ruinée d'un passé disparu.

Hue Pierre -an- Lard. — Bâtie de guingois, la rue Pierre-au-Lard — qui date du xme siècle et joint par une sorte de demi-cercle la rue Brise-Miche à la rue Saint- Merri — offre le même curieux spectacle : grands murs fleuronnés de moisissures, coupés de fenêtres, aux vitres pour la plupart brisées. Masures sombres, hôtels meublés, gîtes effroyables à « six sous la nuit ». Par-ci, par-là, entre deux barres de fer, émerge un piston qui,

quelqu'un des devanciers d'Etienne Brisemiche, curé de Besons, oui mourut en 1515.

Je crois plutôt que ces noms de Brise-Miche, Tranche-pain, Taille-pain et Brise-pain ont été donnés à l'endroit où se faisait la distribution des pains de Chapitre, qu'on donnait, suivant l'usage, aux Chanoines de la Collégiale de Saint-Merri.

Jaillot. Recherches critiques sur Paris, t. Il, p. 8. — Quartier Saint-Martin-des-Champs.

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