PIERRETTE
Mademoiselle Pierrette, vingt ans, des yeux magnifiques, un teint éblouissant, a la mine soudain rêveuse, la lèvre désabusée, pour proclamer du ton des grands désenchantements :
—Et pourquoi vivre?
Ses jeunes amies la regardent avec une sorte d’enthousiasme, admirant cette belle jeune fille qui prêche ainsi le désintéressement suprême, le détachement de cette vie qui ne vaut peut-être pas la péine d’être vécue, mais à laquelle tout de même, elles ne renonceraient pas avec une telle désinvolture. Etonnante cette Pierrette, tout de même! s’avouentelles intérieurement. Et, parce qu’elle n’a plus ni leur. goût pour la vie, ni leur attachement aux choses terrestres, les amies de Pierrette se mettent tout bêtement à la considérer comme un être supérieur, et à lui faire une réputation d’intelligence extraordinaire.
Et je vous affirme, pourtant, que Pierrette est une bonne petite perruche souverainement éprise de la vie, non pour les exquises sensations intellectuelles que son esprit borné ne connaîtra jamais, mais pour les mille et mille joies que procurent un bal réussi, une toilette très chic, une coiffure seyante. Car de la vie, Pierrette, élevée pourtant à une école plutôt sérieuse, n’a pu retenir que res choses: se faire belle, élégante, être la petite carte de mode, la poupée bien mise qui fait se pâmer d’aise ou de dépit, être le mannequin compliqué et savant qui donne le ton, et fait s’écrier : “Vous savez que ces affreux chapeaux sont très beaux, Mademoiselle Pierrette en porte un monstrueux!” L'article est classé,