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puisque Mademoiselle Pierrette pose une de ces horreurs immenses sur les cascades d’or qui auréolent sa jolie tête.
Et ces succès suffisent à Pierrette qui n’a d’esprit.et de coeur que pour les chiffons, qui emploie tout ce que la nature lui a dispensé d’intellect à combiner une robe presque savante, qui dispose de toutes ses ruses pour dérouter les soupçons curieux de ses amies; tout cela remplit jusqu’au bord l'existence de cette petite fille qui n’a d’autre souci sur terre que d’être bien habillée. Lire l’énerve et l’ex.ède, cependant elle dévore les revues de mode: elle, dont la mémoire est nulle, possède au plus haut point le talent des mots barbares qui distinguent les nouvelles teintes. Pour être juste, il faut que j'ajoute que là ne se borne pas son ambition. Vous comprenez que Pierrette ne se pare pas ainsi uniquement pour son miroir ; elle a la passion des soirées, du théâtre, des réceptions, et elle se trottine d’une place à l’autre, éternellement souriante, contente du coup d’oeil malin que lui jettent au passage des amies moins heureuses dans l’art de combiner une toilette.
Cependant Tierrette, l’heureuse enfant que la fortune comble, que la societé gâte, que la mode grise, Pierrette s’est écrié d’un ton lugubre:
—Et pourquoi vivre?
Elle a perdu son entrain, ma petite amie Pierrette, — car j'ai la faiblesse d’avoir de l’amitié pour ce petit bibelot de femme, et je me demande si l’avoir aimée toujours est une raison suffisante pour excuser le sentiment que je pourrais mieux placer, il me semble, — enfin je ne renie pas Pierrette, si nulle, si prétentieuse soit-elle, et je suis sûre qu’elle m'aime autant que son petit coeur d’oiseau peut aimer ; et cette affection m’a valu le mot de la profonde déses-
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pérance qui agite toute l'existence de Pierrette. Je vous le livre avec un sourire : les petites manches!
Oui, ces fourreaux qui nous enserrent les bras, enlèvent toute grâce au mouvement, gênent tous les gestes, les petites manches désespèrent pauvre Pierrette qui vous a deux horreurs de petits bras maigres, maigres.
.—Songez donc, n’est-ce pas assez pour me rendre malheureuse! avoue la petite monstre, avec une mine d’enterrement.
Et dire qu’à côté de ces sottes Personnes il ÿ a tant et tant de femmes exquises qui luttent, souffrent et meurent, fidèles à leur apostolat d'amour et de dévouement, prêtes au martyre pour la cause chère à leur foi et à leur coeur, des femmes grandes et nobles qui passent souvent incomprises, dédaignées; et, tandis que les Pierrettes sont adorées et choyées, elles s’en vont au sacrifice qui chaque instant recommence.
Pourtant, sur les lèvres de ces femmes vous ne trouverez jamais l’implacable interrogation :
Et pourquoi vivre ?
Celles-là savent bien!