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Pendant que la barque de Louison suit doucement le courant, le pêcheur songe à son aveu d’amour si difficile à formuler.
Soudain, une voix fraîche retentit dans la nuit: “Bonne pêche, ami Louison?” II saute près de l’adorée qui est là, toute blonde, dans la clarté douce de la lune. Ce soir il la trouve un peu songeuse, un peu triste, et veut savoir...
—C’est vrai que j’ai du chagrin, avoue Marthe; oh! un chagrin d’enfant. Aujourd’hui, j'ai donné un concours d'histoire du Canada à mes enfants, je leur ai expliqué combien il fallait aimer la patrie; c’était plaisir de voir l’enthousiasme de tous ces chéris qui répétaient les airs nationaux que je leur ai appris. J'aurais voulu leur montrer un drapeau aux trois couleurs, et leur dire que ce tricolore français est aussi le leur, et qu’ils doivent bien l'aimer... Mais point... Et mon modeste traitement m'interdit de pavoiser
mon école pour la Saint-Jean-Baptiste, J'aurais été si contente de mettre des d
rapeaux, comme au couvent, c'était si beau!
Et rêveuse, Marthe revoit dans le lointain bien clair, les fêtes anciennes. Louison songe à ce drapeau qu’il ne connait pas, et vers lequel son âme i il n’est pas nécessaire d’avoir un drapeau à baiser pour aimer ces trois couleurs do Ceau canadien |
Tantôt, il a reconduit Marthe, et dans le silence de sa chambre, de sa plus belle écriture il adresse une lettre qui Partira demain pour Québec. Et sur ses doigts, Louison compte les jours. :
—Très bien, tout arrivera à temps. Dors, jolie Mar- » dit-il en envoyant un gros baiser v
C’est le soir du 23 juin.
chez Louison, le matin même.
La brunante venue, Louison paquets sous le bras.
Une grosse boîte est arrivée
descend à la grève, ses
t son ami parti en mer ; elle ensuite elle monte à sa roche, Soudain sa petite main
Et la jolie tête de Marthe s’enfouit dans les trois couleurs, toute pleurante de joie, d'amour.
— ft —
Louison est à ses pieds ; il lui dit sa tendresse grande, infinie comme l'Océan qui s'aperçoit là-bas. Et quand îl parle de son infériorité, Marthe lui ferme la bouche. :
—Inférieur, vous!... allons donc!... Je vous aime ainsi, dit-elle gravement, et je serai fière d’être votre femme.
—Mais il me semble que ce serait un vol. Vous, si belle, si bonne, si instruite, si demoiselle, je vous volerais à un autre mari, à un monsieur... comme vous!
La charmante tète de Marthe disait non aux paroles du grand garçon qui lui avait pris tout son coeur.
Ils se fiancèrent, ce soir-là, sur la grosse roche qui regardait fièrement l'Atlantique tout loin.
Marthe avait jeté sur ses épaules le morceau d’étoffe, et c’est ainsi parée des couleurs de France que la vierge canadienne promit d’aimer toute la vie.
Le grand drapeau, Marthe veut le mettre ce soir même sur la barque de Louison. Ensemble, ils le hissent, et bientôt il claque dans l’air parfumé de salin la première caresse de ses plis glorieux.
—C’est ma toilette de fiançailles, dit Marthe en montrant le drapear.
—Et je n’aurai pas d’autre linceul, murmure Louison prophétique, regardant la mer qui sous son calme sourire semblait cacher une perverse pensée.
: —Taisez-vous! fit Marthe frissonneuse.
; —Pour un pêcheur, c’est la plus belle mort, amie. La j mer nous prend tout doucement, et ce doit être une joie pour Ï nous qui l’aimons tant, de mourir dans ses bras... Dans ! tous les cas, ma belle blonde, j'espère bien que l'heure de boire un coup d’eau salée de trop est encore très loin.
Rassérénés, ils s’en vont décorer Ja maison d’école : ils Sarnissent la grande classe de tous les petits drapeaux donnés par Louison. Les amoureux, en attachant les trois couleurs, forment des projets d'avenir, On se marierait en octobre. Louison était sûr du consentement de sa mère,
e vieille vénérée dans
vieille femme que Marthe gardait av sement sidait à la décoration, Pansions d’antan, où un Louiso Et ses pauvres mains sèches drapeaux dont elle ignorait le » Quand tout fut fini,
—Merci!
Mais dans ce mot-là,
ec elle, et qui silencieu- Songeant à par elle, aux exn lui avait dit : Aimons-nous | $e promenaient sur les petits puissant symbole:
Marthe dit simplement à Louison :
il y avait le don complet d’une vie.
Depuis trois mois les petits élèv saient les trois couleurs ; belles heures d’a
Sur
S, et l’on s’en retournait vers le logis, heureux après les heures d’i
nexprimable crainte.