‹ Le long du chemin [microforme]Chapitre 21 sur 50 · LUE · texte numérisé non relu

LUE

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donnée aux enfants des oiseaux, elle est refusée aux petits des humains quand ces petits-1à n’ont pour la payer que la chanson de leur âme, cette chanson qui dit:

Oh! la fatalité d’être une âme candide

En ce monde menteur, flétri, blasé, pervers, D’avoir une âme ainsi qu’une neige aux hivers Que jamais ne souilla la volupté sordide!

D’avoir l'âme pareille à de la mousseline

Que manie une soeur novice de couvent,

Ou comme un luth empli des musiques du vent Qui chante et qui frémit le soir sur la colline! D’avoir une âme douce et mystiquement tendre Et cependant, toujours de tous les maux souffrir Dans le regret de vivre et Peffroi de Mourir,

Et d’espérer, de croire... et de toujours attendre.

La mousseline de l’âme douce et mystiquement tendre s’est déchirée brutalement, et aujourd’hui le poète immobilisé contemple l'horizon muet en murmurant peut-être dans sa folie poétique :

Vous êtes morte tristement Ma muse des choses dorées, Et c’est de vous qu'est mon tourment.

Si Emile Nelligan fut né plus tard, dans un siècle plus vieux, il eût réalisé son rêve sans faire sourire les gens pratiques, car elle viendra aussi chez nous l’époque où les vers ne seront plus dédaignés comme une inutile marchandise. Seulement notre poète est venu au monde trop tôt, et il s’en est retourné bien vite, là où il ne souffre plus.

Emile Nelligan a écrit Pour sa mère des choses charmantes, lisez plutôt combien il sait Paimer :

Quelquefois, sur ma tête elle met ses mains pures Blanches, ainsi que des frissons blancs de £uipure. Elle me baise au front, me parle tendrement, D’une voix au son d’or mélancoliquement.

Elle a les yeux couleur de ma vague chimère,

O toute poésie, 6 toute extase, Ô Mère!

À l'autel de ses pieds, je lhonore en bleurant,

Je suis toujours petit pour elle, Quoique grand.

Plus loin il chante le berceau de sa muse:

De mon berceau d'enfant, j’ai fait l'autre berceau Où ma muse s'endort dans des trilles d'oiseaux, Ma muse en robe blanche, 6 ma toute maîtresse! Oyez nos baisers d’or aux grands soirs familiers Mais chut| j'entends déjà la mégère Détresse

A notre seuil faisant Craquer ses noirs souliers.

Toujours ce pressentiment de la fn qui le hante et lui fait mal.

Il est mort disions-nous, son âme, mais la lumière peu chaude jaillira peut-être en puissante,

Il fait bon d’espérer encore en un tel talent.

Parce que la nuit s’est faite en t renaître et de sous la cendre core une flamme généreuse et

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