‹ Le long du chemin [microforme]Chapitre 23 sur 50 · FIN DE JOUR · texte numérisé non relu

FIN DE JOUR

Je rentre d’une longue Promenade, j'ai respiré le printemps à pleins Poumons, j'ai vu la joie des grands et de: petits Cueillant, au hasard dec vitrines mirifiques, de merveilleux oeufs de Pâques, j'ai vu tant de visa- &es heureux me Sourire, j'ai tant pensé à la joie des mignons que mes modestes emplettes rendraient heureux, j'ai savouré intensément le plaisir qu’éprouverait raa petite aimée d’une délicieuse trouvaille faite au fond d’un nid Pascal ; et je rentre, très heureuse du bonheur de la nature en fête et de l'humanité en liesse. Pâques joyeuses, Pâques fleuries, votre venue fait la vie toute jolie, toute vibrante, et les coeurs des humbles, comme les coeurs des Puissants, vous

il parfume toutes les effluves printanières: dans un coin s’entassent les Postales d’amies ; ceux qui m’aiment sont venus avec le printemps, laisser leur bonjour affectueux... . et je trouve ton, infiniment, toute cette affection : et ma pensée très tendre enveloppe, dans une infinie gratitude, toutes ces amitiés très chères et très vives. Merci, joli Printemps, qui me vaut cette manifestation de sensibilité et de bonté! Douillettement, je m'installe, pour mieux penser à toutes ces gâi :ries charmantes. Un léger toc-toc m'éveille en plein rêve, et Claudine entre de son pas léger, son pas qui glisse. Claudine est une petite amie de vingt ans, jolie à croquer, futée comme Pas une, maligne comme un. disons un petit singe qui a beaucoup d’esprit, et capricieuse! Clau-

dine a des défauts qu’elle recornaît d’ailleurs, qu’elle réclame Presque, tant elle a la fierté u: SOn moi, mais telle qu’elle J'aime Claudinette Parce qu’eue est june et enthousiaste, Parce qu’elle est bonne et sincère, parce que, si elle est capable d’une folie, elle Peut aussi s'élever jusqu’au sublime. En tout cas Claudine me plaît absolument, et jusque dans ses défauts, ses emportements, je lui découvre une qualité, une grâce, et je lui Pardonnerais tout... si ce n’est d’aimer uu bellâtre. it sans que je puisse me Pexpliquer, Claudine, ma belle et fière et intelligente petite amie, est éperdument éprise d’un imbécile. Et le pis est, c'est à ne pas y croire, elle se rend Exactement compte de Pintelligence, — à un degré négatif, — et de la Frétention, — à un degré absolu, — du type. Mais cela n’empêche qu’elle l'aime! C’est idiot, mais c’est comme Sa. Pourvu que sa bêtise l'empêche d’ap- Précier les rares qualités de ma petite amie, souhaitai-je tous les jours, avec une belle ardeur.

Et Claudine, après avoir fait toc-toc, s'effondre dans un fauteuil, et se met à pleurer sans plus de cérémonie. Je la regarde, abasourdie, devinant bien la cause de ce désespoir, et ne trouvant Pas un mot pour latténuer, le consoler. En dedans une voix chante: Alleluia ! Aïleluia !

—Ma grande amie, si Vous saviez comme je souffre fit-elle.

Je ne trouve rien, rien à répordre, et rien encore tandis qu’elle sanglote :

—Plaise à Dieu que votre mignonne ne souffre jamais ce que j'endure!

J'ai un grand geste, et de mes deux mains jointes je conjure l’horrifiante perspective.

—Petite Claudine, taisez-vous de grâce, et ne pleurez plus. Surtout ne m’en voulez pas de sourire à votre détresse, car je suis contente qu’il s’en aille loin de vous cet être vulgaire et inintelligent, indigne de votre délicatesse et de votre intellectualité. J'ai tant redouté votre union avec un homme qui vous aurait été trop inférieur pour ne pas vous causer un jour Jes déceptions les plus déprimantes, celles qui, non seulement tuent l'amour, mais l’empoison-

Claudine me regarde avec des ÿeux que je ne lui connaissais pas, et se relevant, fâchée, rageuse, elle lance: “Vous non plus, pas même vous, ne me comprenez! Il est inutile que vous en disiez davantage, je m’en vais et je ne vous ennuierai plus jamais du spectacle d’une douleur que vous ne voulez pas comprendre.”

Cette petite que j'aime comme une soeurette, cette enfant fine, droite, vaillante, cette jeune fille gracieuse et belle me quite, sans comprendre que la raison seule parle par ma voix. Peut-être plus jamais je ne retrouverai l’enthousiasme de cette affection rafraîchissante et douce que me donnait Claudine, et dans la fin du jour qui se meurt, sans déploiement d’ors et de clartés, je me sens lasse de toute la détesse dont sanglote la fine petite créature de lumière et de beauté qui a nom Claudine.

Et je pleurerais peut-être à mon tour, si deux bras caressants n’encerclaient mon cou, tandis qu’une voix chérie

murmure: “le petit Jésus de Pâques va tantôt venir, petite mère; les cloches chantent, écoute la belle chanson qu’elles ont apprise, les cloches de Saint-Jacques, pendant leur grand voyage”

Je ne vois plus rien au-delà du sourire de l’enfant extasiée qui écoute sonner Matines.

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