‹ Le long du chemin [microforme]Chapitre 28 sur 50 · SIMPLE HISTOIRE · texte numérisé non relu

SIMPLE HISTOIRE

A Madame Louvigny de Montigny.

“Ma chère petite amie,

et nous comptons bien VOS vacances.

: serons du passé qui nous et mon mari et moi nous évoquerons les doux “souvenirs qui vous Parleront de vos aimés.

“Vous n'aurez Pas peur de no “ce pas, et vous nous ferez l’au

“venir qu “les vieux Noëls.

“A bientôt donc,

“Mon mari et moi no “vieille amie,

petite, car vous viendrez, n'est-ce pas?

US vous embrassons tendrement, Votre qui fut aussi celle de votre mère,

“MARIE MRésors,”

Dans la petite chambre où elle nichai

de sa modeste pension, Hélène Renaudin 1 de la vieille dam

t, au dernier étage ut et relut la lettre e avec une émotion indicible. Elle, c'était

ment, lui avait brisé son jeune coeur. Hélène toute frémissante revivait ces tristes moments: son père venait de mourir, frappé en pleine santé par un mal terrible: elle le revoyait, son pauvre papa tant aimé, mort en lui souriant, en tendant les bras vers sa petite adorée... Alors elle était restée seule, sa maman depuis longtemps était partie pour les cieux. Elle se rappelait l’empressement de M. et Madame Mirebois, leur sollicitude, leur tendresse pendant ces durs moments. Et dans son coeur elle retrouve aussi un | autre souvenir, douloureux, déchirant, plus cruel encore que la mort... Celui qu’elle aimait, Maurice Mirebois, l’ami d’enfance, le compagnon de sa jeunesse, le seul aimé, celui qui lui avait pris tout sou coeur... il passait, ombre douloureuse, et Hélène pleurait sans fiert{ sa pauvre vie détruite.

Lorsque la succession de son père fut irrévocabl..ient close, M. Mirebois avait déclaré à Hélène interdite, que les comptes payés, il ne resterait rien... De malheureuses spéculations avaient anéanti la fortune de M. Renaudin et il . était à présumer que des revers violents avaient provoqué Paccident fatal.

Madame Mirebois, très calme, assistait à l'entretien, Hélène se tourna vers elle, prête à se jeter dans Îes bras qu’on lui tendrait. Mais la vieille dame ne voulut pas voir ce mouvement, et froide, la voix presque dure, elle parla à la jeune fille d’un avenir créé dans le travail. Et le nom de Maurice, qu’on lui disait souvent comme celui du fiancé bien cher, ne fut même pas prononcé.

Hélène comprit tout de suite que si Mademoiselle Renaudin riche avait eu l’honzzeur d’être recherchée par le fils unique de ce vieux couple ambitieux, Hélène Renaudin pauvre n’avait qu’à oublier son beau rêve. Et sans une

Maurice, après

épousé la femm héritière que l’on disait jolie et c

Coeur repasé, sé douloureux.

détruit, n°

e et étrangère mais ne devaitui, elle irait, et

Pauvre coeur, si

à - SO *X x Chère Madame,

“Votre lettre affectueuse m'a remuée profondément “parce qu’elle me parlait de mes Pauvres disparus. Merci,

“chère Madame, de rappeler vers vous la petite amie qui “depuis. six ans a ignoré l'affection, et ne l’a pas cherchée “Je passerai Noël avec vous, Noël seulement, car la tâche “que je me suis imposée pour gagner ma vie ne me permet “pas de plus longues vacances.

“Dites à Mademoiselle Lemartin que depuis six ans je “n’ai pas chanté, mais je ne refuserai pas de dire, dans ma “chère vieille église, les airs de Noël, si toutefois elle trouve “toujours que ma voix en est digne.

“Lorsque j'aurai prié sur mes tombes, chère Madame, “lorsque je vous aurai remercié, de votre bon souvenir, je “reviendrai à mon labèur, plus forte, plus vaillante. . .”

Hélène revoit, à travers le brouillard de ses lar:nes, le petit village où elle a vraiment vécu, et elle entend à peine les chaudes paroles de bienvenue que lui adresse M. Mirebois.

Maintenant elle est rendue dans la maison de ses vieux amis, et elle écoute, toute gênée, les protestations affectueuses de Madame Mirebois. La vieille femme la regarde fixement comme si elle voulait lire derrière les prunelles qui se dérobent le mystère du coeur qu’elle a autrefois sacrifié. Elle installe la jeune fille dans une coquette chambre, lui rend mille petits soins, linterroge discrètement sur sa vie, son travail... Elle veut savoir, sans doute, si Hélène s’est consolée... mais incapable de feindre et trop fière pour laisser lire dans son âme, la jeune fille se tait .

Soudain la vieille femme l’attire sur son coeur, elle prend dans ses mains qui tremblent la tête de la petite amie,

et les yeux dans les yeux d'Hélène, elle avoue:

—Ma pauvre petite, j'ai été bien crue'le, jadis je vous ai séparée de mon fils dont vous étiez tout l'amour... Je croyais qu’à votre âge l'oubli était facile, il n’en était rien... J'ai bien souffert, moi aussi, petite, bien regretté... et souvent j’ai pleuré s1r mes folles ambitions. Ne me parlez pas encore Hélène, ne me regardez plus avec des Yeux implacables, un jour peut-être, vous pardonnerez à la mère qui n’a pas su créer du bonheur à son enfant.

Puis, effleurant le front de la jeune fille d’un baiser, la vieille femme s’ensauva sans ajouter un mot.

—Mon Dieu, mon Dieu, soupira Hélène, que je vais donc souffrir. Pourquoi suis-je venue?

La jeune fille dîna entre les deux vieillards prévenants et tendres. Ils semblaient heureux, les Pauvres, de réparer en une fois les années d’indifférence, et Hélène était trop délicate et trop douce Pour ne pas discerner leurs naïfs remords dans leurs avances affectueuses, Puis elle sentait s’amollir sa rancune dans cette atmosphère du chez-soi qu’elle respirait avec délices. En ce moment elle oubliait sa souffrance dans la douceur des choses reconquises. Elle fut heureuse de se retrouver dans le petit salon où les deux

cien dont l'ivoire avait encore jauni, puis elle écouta sa voix monter dans le silence de la pièce familière, s’étonnant de l'émotion intense qui faisait trembler sa main et battre son coeur.

—Grâce à toi, petite, nous Passons une belle soirée de Noël... Ahl!il y avait longtemps... :

Et l’excellent M. Mirebois finit sa Phrase d’un gros soupir.

deux, dans notre chambre, demande la vieille dame, vous jouerez, Hélène, vous chanterez encore, le voulez-vous ?

Puis ils s’en vont tous les deux, la laissant seule dans la jolie pièce qu’elle explore maintenant de ses jeux avides... Ce qu’elle cherche, mon Dieu, elle le peut bien sans mal faire, c’est le souvenir de l’absent, et c’est aussi Pautre, celle qui lui a pris son bonheur! Soudain, elle les voit dans un cadre, souriants tous deux, et pourtant... il lui semble que les yeux de Maurice sont tristes et creusés. Elle est vraiment jolie cette jeune femme, et en regardant la tête fine de sa rivale, Hélène n’a même plus l'illusion d’avoir été regrettée. Elle se détourne, ne voulant plus songer, car elle sent encore la rancune d'autrefois lui remonter au coeur plus amère que jamais, et pourtant elle veut out oublier, tout pardonner...

“Chantez”, lui a dit tout à l'heure Madame Mirebois. Elle se remet au piano, et à voix contenue et douloureuse, elle dit les vieux Noëls chers à son coeur de chrétienne, et la douceur de ces chants !a console et l’apaise. Et ses doigts blancs voltigent sur les notes tandis que, les --zux levés vers là-haut, Hélène chante la venue du Bel Enfant. Soudain elle frémit toute à un appel murmuré tout bas, là, près d'elle: “Hélène f”

Elle ne se retourne pas... elle ne veut ni voir, ni entendre.

—Hélène, c’est moi, reprend la voix anxieuse, moi, Maurice, ne voulez-vous pas me regarder ?

La jeune fille fait signe que non, Non, elle ne veut pas le voir, et inconsciemment ses yeux se ferment, et sa

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de. eee

tête se détourne. “Mon Dieu” répète-t-elle encore intérieurement, pourquoi suis-je venue!

—Hélène, Hélène, ne vous détournez pas ainsi, Si Vous avez souffert par nous, j'ai bien souffert par vous, si vous saviez!... Je vous ai tant aimée! + Je vous aime tant encore!

La jeune fille bondit sous loutrage :

—Monsieur, on délaisse une femme Pauvre, on ne l'insulte pas!

Et elle veut passer, mais il lui barre résolument la route,

—Hélène, je vous en prie, écoutez-moi, ne prolongeons pas le malentendu de notre vie. 11 y a six ans, si j'avais été ici, vr-:s ne seriez Pas partie et je n’aurais pas cru à votre

infidélité.

—Qu’importe ce que vous avez cru jadis, Maurice, aujourd’hui il est trop tard pour des explications qui me blessent et me diminuent. Laissez-moi passer !

—Non, petite amie, vous ne Passerez pas, parce que je vous aime et que j’ai encore le droit de vous le dire.

Hélène, pâle à mourir, montre d’un geste la photogra- Phie de la jeune femme.

—Hélène, croyez-vous que je serais ici?

—Alors, fit la jeune fille défaillante, elle est.

Maurice incline gravement la tête.

—Oui, elle est partie, la Pauvre enfant, presque heureuse de mourir, et ses derniers mots ont été pour nous

- Hélène...

—Pour nous?

—Elle savait tout; qui lui avait raconté notre vie? Je n’en ai rien su. Mais c’est elle qui m’a tout dit: votre conduite, le rôle joué par ma mère... tout enfin. Et avant de

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s’en aller, le sourire aux levres, elle disait encore: “Va vers elle l”?

—Et je suis venu, Hélène, parce que je vous aime encore plus qu'avant. Dites, me repousserez-vous, devrai-je m'en retourner tout seul là-bas, et ne plus songer au bonheur? Pourtant petite amie, depuis un an qu’elle est partie la pauvre enfant, j'ai bien questionné mon coeur, allez, et je n'y ai trouvé que vous et les souvenirs éclairés par votre sourire. Venez avec moi, Hélène, ne me renvoyez pas... je vous aime tant, si vous saviez. Donnez-moi la chère petite main qui me guidera désormais, oublions que six ans ont passé sur nous, retrouvons-nous jeunes, heureux. Oui, heureux, Hélène, l’un par l’autre! Laissez-moi lire, dans vos Chers yeux l’aveu que vos lèvres me refusent encore; ne dites rien très chère adorée, restez silencieuse 1à, tout près de moi, et savourons receueillis l'ivresse de cette minute où nos âmes se reprennent pour toujours.

Vers le fauteuil de la vieille mère, Hélène se penche, anéantie par l'émotion. Maurice est là à ses genoux, les lèvres sur ses petites mains enfin reconquises.

—Oh ! chérie, chérie, nous serons si heureux!

Et comme les yeux d'Hélène instinctivement cherchent la photographie de la morte, Maurice gravement proteste :

—11 ne faut pas troubler le repos des morts de nos vaines jalousies. Vous penserez à celle-là, comme à l’amie qui vous désire heureuse, et sa mémoire vous deviendra douce, presque chère.

—Vous ne m'avez Pas encore dit que vous m'’aimiez, Hélène, et voilà que les cloches de Noël commencent à chanter la joie universelle. Ne me le direz-vous pas ce mot que j’espère, ce mot qui doit sceller notre avenir, notre bonheur ?

—$i je vous aime, M2: ce) Est-il besoin que je vous le dise? Ouvrez mon Cc£ur, ami, vis n'y trouverez qu’un nom, qu’une pensée, c ur souven ". Et pour ne pas vous revoir, Ô mon bien-aim£ j'avais fermé ma vie à toute espérance, je vivais seule, Join de toute joie, comme une vieille femme que le malheur aurait brisée.

—Je te rendrai ta jeunesse, 6 mon aimée! Je te la rendrai si radieuse et si belle que tu oublieras ce qui ne fut pas notre amour.

—Et me Pardonnerez-vous, Hélène, demande la vieille mère, en s’approchant.

—O maman! sanglote la jeune fille qui pleure bienheureusement sur l'épaule de son fiancé,

Et les cloches chantent dans Ja nuit étoilée, légères et

douces, l’immortel Cantique de la joie et de Pespoir. Sur sa

couche de Paille, l’Enfant-Dieu sourit au pardon, à l’amour !

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