‹ Le long du chemin [microforme]Chapitre 3 sur 50 · SL XII · texte numérisé non relu

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forme; l'intérêt en est soutenu et des états d’âme qu’elles dévoilent sont d’une douloureuse vérité.

C’est ici le moment de se demander ce que Madeleine pense de la femme et du féminisme. A dire vrai, elle ne fait guère allusion à ce dernier. Elle parait l’ignorer. Peut-être même s’en écarte-t-elle par une répulsion instinctive. Mais il y a deux sortes de féminismes, le bon

et le mauvais, ‘‘comme il y a de bonnes et de mauvaises

fluxions de poitrine””, ajoutait René Doumic; et il est toujours difficile à une femme de ne pas exprimer, fut-ce indirectement, ses opinions sur un pareil sujet. Elle n’en dirait rien que d’autres se chargeraient de les formuler à sa place.

Encore qu’elle en apprécie l'élégance et la gracieuse frivolité, Madeleine n’aime pas la femme-bibelot dont la pensée amère est de porter, au sein des fêtes perpétuelles, des manches courtes sur des bras déplorablemert amaigris. C’est une faiblesse: il y en a de pires. Elle se sent attirée par l. femme aimablement sérieuse, forte de son honnêteté et confiante en la sincérité à son amour. Elle exprime cela très bien à propos des vieilles filles qui donner. aux autres ce qu’elles n’ont pas pu dépenser d’affection pour elles-mêmes ou qui choyent les petits oiseaux. … parce qu’il faut bien aimer quelque chose, Dans le ma-

me

riage, la femme doit être pour l’homme une compagne amie, un guide, un soutien, une associée: elle partage ses peines, ses ambitions, ses rêves; elle le repose de la vie. Si la crise survient qui menace le foyer; si l’homme, un instant détourné, s'échappe des liens qu’il a pourtant choisis, la femme trouvera dans la maternité-la raison profonde, la force sublime du rardon. Ainsi Madeleine se rencontre avec les romanciers et les dramaturges modernes que le problème de la famille avait un instant affolés.

Une seule fois, elle pose le problème féministe dans un petit propos fantaisiste: Au bord de la source chantante. Pierre aime Rosette mais ne lui pardonne pas d’avoir un jour livré un peu de sa pensée au publie dans un article

, de journal. Quelle erreur fut celle de Rosette et comme

ce Pierre est d’esprit généreux! Les deux amoureux se querellent au bord d’une source. Rosette défend ardemment sa foi. ‘‘Nous appartenons à deux époques ennemies, dit-elle, et nous sommes tous deux des intransigeants.... Je sais que nous avons une façon différente de sentir et de comprendre; nous sommes des intuitives, des sensibles, des mystiques souvent; vous êtes des logiciens nés, des penseurs, des philosophes; mais chacun à

notre facon nous résolvons les problêmes et notre finesse

XIV Su

native ncus sert mieux souvent que votre bon sens appris.’ On ne saurait dire mieux. C'est la formule de Legouvé, plus algébrique, ‘l'égalité dans la différence.” *r Les nécessités de la vie moderne ont enlaidi l’existence. La femme a dû quitter le foyer et abandonner sa famille. Elle a pris le chemin de l'atelier et de l’usine. Elle s’est proclamée l'égale de l’homme sans songer qu'elle se déclarait de ce même instant son ennemie et qu’elle se jetait dans une lutte sans égards. Les revendications féministes, si justes soient-elles, ne doivent pas éteindre le respect dont l’homme n’a pas cessé de faire hommage à la femme. Il le faut, pour le bien de l’humanité et pour que subsiste en ce monde, déjà si dépourvu, un peu de désintéressement, de grâce et de beauté.

Ainsi Madeleine reste dans la tradition de ces ‘mères saintes”” que nous a données la France. Notre patriotisme leur avait été confié: elles l’ont réchauffé de tout leur amour. Elles ont gardé la race; et peut-être, sans elles, eussions-nous vu s’éteindre l’ardeur qui nous anime. La modestie librement acceptée de leur sacrifice ajoute , encore à la beauté de l'oeuvre de dévouement pur qu’elles ont accomplie, majestueusement.

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