‹ Le long du chemin [microforme]Chapitre 34 sur 50 · ERNEST LAFORTUNE · texte numérisé non relu

ERNEST LAFORTUNE

Mourir, quand les lilas vont embaumer, revit et chante... Ironie!

’apprendre le trépas d’un jeune homme une affection toute fraternelle- 3 | € est mort hier, âgé de guère plus de

un bien beau talent. |

On vient de m Pour lequel j’avai:

Ernest Lafortun

Quand la nature | |

eur de sa patrie,

Caractères aussi bien trempés, aussi heureusement

doués, se font rares, hélas! Pourquoi faut-il que nous ayions la douleur de les perdre si tôt.

Souvenir de ce jeune homme,

temps, avec au Coeur des richesses pou

restera infiniment doux à tous ceux qui ont reçu le très précieux don de son amitié, qui ont subi le très fin, de son Captivant talent.

Mai 1908, —

Le médecin lui a

Vait dit: “Le

ts à venir, et, tendant ses petites Mains déchar. nées vers la fenêtre, elle Suppliait : Un Peu de soleil, 6 Monsieur Printemps

Elle était jeune, dix-huit ans à jolie, de

cn ce fameux soir de ker.

» Magnifique sous l’'épaulette, il avait dit à Ja ravis- Sante Japonaise qui tendait vers Jui

une tasse de thé fleue .

mou e Conquérante, er coup foudroyée, Petite Nora, Menue comme Un bibelot de Madam Chrysantème, tomba amou la pôvre!

Car il se Qué l’enthousi

trouva que Je beau Militaire, qui avait Provoavait donné $On coeur tout ent déçue lorsqu’après bien

plaisante Jui souffla: «7, …. Il est fiancé à noue avons admirée

Nora ne Sourcilla pas, m:. "! au fond de sa poitrine un grand remue-ménc oi {. mit toute ‘ible, presqu’aveugle.

C'en était fait! Patr: ive, Je Comme un sou }

voir,

rien, c'était l'automne sombr joué cet affreux tour. Mais je me r ’ombre peruse.”

du bon petit jeune homme qui voulait lui donner du bonheur. Il souriait, un peu naïf, un peu ému, dans son cadre d'argent, celui qui aimait. Pourtant l’Autre avait soir cadre ciselé au coeur de Nora...

“La vie est bête”, se répétait la petite mourante, ‘“j'aurais tant su être heureuse. si j’avais pu...” Et son corps fragile se glaçait, ses lèvres bleuissaient, son coeur s’affolait, et elle serait morte, un beau soir, de trop penser, si le doux médecin, un poète, qui l’amenait tranquillement vers la fin : ne lui avait sans cesse répété: “Espérez en Pâques et le printemps !”

Et aujourd’hui, c’est Pâques! Sa chambre est toute fleurie de beaux lys; celui qui aime a voulu parer la chambre de l’élue Ce soir, peut-être, elle sera morte, et il veut qu’elle emporte jusqu’au paradis le parfum de son intense tendresse,

Elle vient de s’éveiller, et, frileuse dans la blancheur des draps, elle écoute chanter la cloche pascale. Elle accueille Matines avec émotion, puis les yeux tournés vers la fenêtre elle espère le rayon d’or qui s’y posera. C'est à peine si elle peut soulever sa tête lourdement couronnée de ses beaux cheveux noirs, et elle sent par tout son être un mortel alanguissement. Mais elle ne s’effraie pas, elle regarde le jour qui paraît et elle attend, confiante, l’Alleluia céleste, et pieusement elle parle su Dieu qui ressuscite.

Puis ses petites mains diaphanes se tendent dans un tragique effort vers le Levant, tandis qu’elle murmure par une vieille habitude:

“Un peu de soleil, ô Monsieur Printemps !”

Et le soleil à cet appel ardent entre à flots pressés dans la chambre blanche, et auréole de mille ors le front char-

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mant de Nora, morte d’on ne sait quoi, de Nora qui passa à côté de l , et qui ne sut rien de la vie.

Les anges là-haut, très doucement, accueillent la petite âme tendre de Nora, au chant de leur Alleluia, tandis que le magicien du printemps, magnifique et chaud, fait ressembler la jolie morte à l’une de ces petites saintes de vitrail, brillantes et belles, que l’on prie à genoux.

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