‹ Le long du chemin [microforme]Chapitre 37 sur 50 · PIERRICHE · texte numérisé non relu

PIERRICHE

C'était une toute petite fille, née aux champs là-bas, tout loin, contre les belles Laurentides. Elle s'appelait bien Rose, mais comme son père se nommait Pierre, elle devint Pour tous les braves rustres qui vivaient- alentour : la petite Pieri she. Et jolie et menue elle était la pauvrette, ayant hérité cette faiblesse de la mère, morte toute jeune de ce mal étrange que l’air doux des résines n'avait pu guérir, alors que de tout partout venait une théorie d’épuisés se blottir au pied de ces grosses montagnes d’où descendait, disait-on, de la vie. Et ce qui guérissait les autres avait peut-être fait mourir la maman de Pierriche..…

L'homme le croyait, et c’est rageusement qu'il cognait dur les arbres de la montagne, accomplissant son métier de bûcheron avec une ardeur vengeresse.

Il aurait voulu tous les abattre ces géants qui donnaient un baume guérisseur à tant d'étrangers, et qui avaient refusé, les brutes, à sa mignonne aux grands yeux bleus, à sa toute tendre créature, quelques années encore pour aimer son Pierre et sa Pierriche.

Et du même mal allait aussi mourir sa petite fille, il le croyait bien à la voir si pâle, si blonde. Ah! s’il avait pu toute la tuer cette forêt qui le narguait de sa Sauvage splendeur.

Mais d’être autant haï, le bois se fâcha, et sous un chêne gigantesque anéanti, on trouva, un soir de grisaille, le pauvre Pierre mutilé, hideux, mort.

Pierriche, alors, n'eut plus de parents, plus de maison. Personnè n’osa garder cette petite qui n’avait que le

souffle, car personne ne pouvait se payer le luxe du bibelot ‘ fragile et joli qu'était Pierriche.

L’hospice la recueillerait, et la petite exilée s’en irait bien loin de la montagne couronnée de cette crête bleuâtre qui peut-être bien touchait le ciel, alors qu’à ses pieds, tout humblement, dormait le cimetière des pauvres gens du village.

Pierriche passa le mauvais songe de ces jours affreux sans mourir, mais il semblait bien pourtant que quelque chose en elle ne vivait plus. Auprès de son père étendu dans le lit, où avait autrefois dormi la jolie défunte, Pierriche resta, et grave, accroupie sur ses talons, ne proférant pas une prière, ne versant par une larme, les yeux vagues, elle semblait regarder très loin, très loin, dans l'inconnu et dans le Douloureux. Le matin des funérailles une bonne femme ramassa ce pauvre petit chiffon éploré et le blottit contre son coeur dans une caresse apitoyée. Et la petite alors se mit à pleurer de lourds sanglots.

—S$i ça ne fait pas pitié! disait la vieille consolatrice, en essuyant ses yeux.

- Alors, on s’occupa de Pierriche; M. le curé apprit bientôt aux voisins que la petiote intéressait, qu’un grand orphelinat de Montréal recevrait la délaissée.

Un jour on l’enbarqua pour l’étranger, sans qu’elle sut trop ce qu’on voulait d’elle, seulement quand elle ne vit plus la grande ligne bleue du ciel qui auréole les Laurentides, elle se mit à pleurer doucement, à petits hoquets gênés, comme une grande personne. Et tout son corps amaigri frissonnait de douleur et d’anxiété.

CRC

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