LUCIENNE
a “Elle s'endormit Aussi, mais bien avant le soir.”
Avant le soir elle s’endormit sans avoir goûté à la souffrance; tout doucement elle s’anéantit dans la grâce de son
beau rêve, et tandis qu’autour d’elle vibrait toute la douleur hnumaine, son sourire s’éclairait radieuses encore que
une plainte, sans un regret, elle cessa de vivre,
t encore terni n d’aurore, et
et de beauté. Heureuse la petite amie qui, ferma ses grands yeux de lumière et de tendresse avant d'avoir appris la souffrance que l’on reçoit, la souffrance que Fou donne, ignorante de toute autre chose que de la douceur mer ; oui “ienheureuse l’en-
se, eut un geste de frayeur devant cet Inconnu où l’attendait peut-être la
l’autre matin,
reuse, les yeux clos et les mains jointes que la macabre a passé, tant elle s’est faite douce, presque tendre, pour toucher à cette belle fleur de vie sift morte que née. Et si vous pleurez ce n’est pas de voir ce beau lys fauché dans son printemps, puisque le lys revit dans l’immortelle Beauté, c’est de la douleur qui vibre silencieuse, mais terrible, derrière les portes closes de la maison funèbre. Ce
silence absolu, cette solitude désolée, parlen: plus de pleurs et de regrets que toutes les paroles, tous les sanglots..
Au retour de cette dernière visite à la jeune fille, dont j'aimais la grâce et la bonté, en passant devant la Chaumière attristés où les fleurs embaumaient, à ces plantes jolies je jetai: “Plus jamais la petite main que vous aimiez ne caressera vos longues tiges souples, car la petite main si douce s’est froidie ; vous n’entendrez plus le son aimé de cette voix tendre qui disait votre beauté et votre grâce, vous ne recevrez plus la tiède haleine de ces lèvres qui vous baisaient; non, petites fleurs rieuses et fines, penchez plus bas vos corolles vermeilles, car elle est couchee dans un grand cercueil blanc celle que vous avez connue aussi fraîche que la rose; elle est morte à notre admiration, morte à l'amour. de sa mère, belle fleur de vie fanée en pleine éclosion, alors que toute la nature revit dans son immense enchantement”. J'eus la tentation de les cueillir ces fleurs nées là où ell: avait coulé les meilleures heures de sa toute petit. jeunesse, et de jeter sur la tombe de la fillette amie, à côté des fleurs somptueuses, ces pauvrettes bien humbles, c’est vrai, mais qu’elle avait connues, soignées, chéries. Ma pensée les cueillit toutes, dévastant le parterre où, pour la première fois, l'été ne la ramènerait plus, voulant que sa tombe gardât la fraîcheur de ces fleurettes nées à l'ombre de la Chawmière qui jamais pius ne s’égayerait de son rire frais, ne s’éclairerait de sa printanière douceur... Morte, l’enfant chérie que vous avez bercée de votre caresse, feuilles jolies que j'entends chuchoter, morte la toute petite qui essaya ici ses premiers pas dans les allées silencieuses, qui jeta ses premiers mots à vos échos, morte! Et comme, attendrie, je songeais, le grand jardin s’illumina souds in de mille scintillements, et éblouie, je vis les
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libellules saluer ce tombeau où s’ensevelissaient tant de promesses, tant d'amour, tandis que le soleil n’éclairait plus que: de rayons mourants notre petite campagne voilée de deuil.
A Madame Adolphe Robillard.
Votre douleur, Madame, a éveillé dans tous les coeurs maternels de douloureuses sensibilités. Et si, de savoir votre désolation comprise et partagée, peut alléger la lourdeur du chagrin que vous portez en votre âme brisée, vous recevrez la consolation de l’unanime sympathie qui se tourne vers votre peine, désireuse d’atténuer quelque peu, par sa douceur, la rudesse de votre épreuve.
Les anges, voyez-vous Madame, ne peuvent longtemps babiter la terre, ils ont l'invincible nostalgie du beau firmament bleu, et Lucienne est retournée vers le Ciel qui tout grand s’ouvrait, emportant des lambeaux de votre coeur, tuais laissant à votre foi la force des héroïsmes qui font se résigner devant les douleurs surhumaines !
19 juillet 1900.