‹ Le Lord bohémienChapitre 17 sur 25 · DU CO.HTE DE GAGLIOSTRO · texte numérisé non relu

DU CO.HTE DE GAGLIOSTRO

Si deux philtres oOraient aux fiUe» de la terre Inaltérable amour, beauté que rien n'altère, Combien préféreraient, servant la Tautté, A l'éternel amour l'éternelle beauté!

Il y avait cercle nombreux , jeu et 'concert chez M. de Miromesnil; maisàpeîne les nobles invités accordaient-ib une attention distraite aux accens des virtuoses; le pharaon même avait réuni tout au plus quatre ou cinq per-

sonnes autour de la table chargée d'or. La foule n'avait de regards et d'oreilles que pour un homme âgé de quarante ans environ , aux yeux expressifs, à la contenance assurée , au langage éloquent et légèrement italianisé. On se pressait afin de le voir, de l'entendre; auprès dQ lui pâlissait la beauté des femmes , l'éclat des diamans. Accoutumé à une existence théâtrale, aux luttes de la controverse, aux transports d'admiration, il ne s'étonnait ni de l'incrédulité , ni du fanatisme ; ses détracteurs et ses adeptes semblaient être aussi bien venus de lui les uns que les autres. Infatigable dans ses improvisations et sachant mettre la science à la portée des gens du monde, il répondait à toutes les questions, expliquait tous les systèmes, et se prêtait même à interroger les lignes des blanches mains qu'on lui présentait pour connaître l'avenir.

« Eh bien ! s'écriait le marquis de Ségur,

notre moderne Merlin fait des merveilles. Avions-nous tort de proclamer sa victoire sur ses ennemis?

— J'ignore, dit en souriant M. de Miromesnil, si ses oracles sont plus sûrs que ceux de Calchas ; mais certainement sa conduite à Strasbourg a dû lui concilier Teslime générale. Visitant les hôpitaux, se courbant sur le lit des souffrans, il a rendu à la santé, à la vie, des milliers de malades. . Eh! mais, qu'estce que lui demande le chevalier de Savorny , cet adversaire déclaré des sciences occultes ?, . Son horoscope, sans doute... »

Mus par la curiosité , les deux gentilshommes s'approchèrent.

Le siïence s'était établi dans le salon comme par enchantement, les dames n'agitaient même plus leurs éventails. On avait ménagé un vaste espace pour le chevalier et le comte de Cagliostro.

Celui-ci consulta longtemps le front et la paume de la main droite de M. de Savorny, qui, prenant une attitude de défi et laissant un sourire dédaigneux errer sur ses lèvres, paraissait jouir à l'avance de la confusion du

célèbre Sicilien. Cependant Cagliostro était devenu grave et rêveur. Au froncement de ses sourcils, à l'inquiétude de ses gestes, on eût pu aisément deviner qu'il regrettait de s'être engagé dans cette épreuve.

« Monsieur, dit-il , tenez-vous à voir cette opération se terminer?

— Si j'y tiens ! répondit le chevalier d'un ton moqueur; beaucoup. Vous m'obligerez en voulant bien continuer. Peut-être avezvous à me prédire une carrière glorieuse avec la formule qui termine tous les contes de fées!...

Cagliostro hocha la tête, et, baissant la voix : « Ne vous a-i-on pas provoqué en duel?

— C'est vrai, dit M. de Savorny avec indifférence... Un hobereau de province, un sot... Il n'est pas sûr que je lui fasse l'honneur de croiser mon épée avec la sienne.

— Vous agiriez sagement.

Plusieurs personnes s'écrièrent : — Messieurs, vous manquez à la règle, aux conventions : nous devons tout entendre.

L'étranger promena autour de lui un regard empreint d'une indicible expression, et, repoussant la main du chevalier, dit : Une autre bouche que la mienne doit parler en cette occasion. Je pourrais n'être pas cru. Et pourtant les nuages de l'avenir se sont écartés ; le livre , écrit par les anges eux-mêmes , s'est ouvert à une page terrible, et m'a montré des lettres flamboyantes... J'invoquerai le témoignage d'une pupille.

— Une pupille?

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