MARCELLO
lUARCELLO.
0 rêve de bonheur, de gloire et de fortune , Qui me poursuit partout et toujours m'importune ( N'ai-je donc pas assez pour tes biens décevans Livré mon pauvre cœur et ma jeunesse aux vents, Et n'as-tu pas assez à ma vue abusée Fait briller ta lueur, faux or, vaine risée ?... Que de fois tu m*as pris et soudain rejeté Dans le gouffre sans fond de la réalité !
La chapelle du couvent des Augustins , à Pise, venait d'être complètement restaurée, et par l'éclat des tentures, des étendarts, des armes enlevées aux Sarrasins et disposées en trophées , elle rivalisait avec l'admi-
rable église du Dôme. Des marbres de nuances variées avaient remplacé , au bas des piliers, le simple revêlement de chêne sculpté. Une rampe de pierres précieusement évidées protégeait le maître-autel, au dessus duquel deux statues d'anges peints et dorés faisaient , mains jointes , leur éternelle prière. Aux bas côtés de la nef, des fresques rappelaient les passages principaux des saints Evangiles. C'était une brillante église que cette chapelle de couvent ! Là s'agenouillaient chaque jour les nobles seigneurs de la république, et , au retour des grandes fêtes , l'entrée en était accordée à la multitude qui franchissait avec joiele portiquesacré. Midi avait sonné ; la chapelle se trouvait dé s ère. Un homme, cependant, placé sur un échaufadage, s'occupait à peindre une fresque; cet homme avait un de ces visages pâles , allongés et profondément tristes ,
qui accusent tout un passé pénible. Ses yeux noirs se portaient souvent vers le ciel, l ne pensée , sans doute amère , contractait ses lèvres. La pauvreté avait-elle produit chez Tartiste cet air de souffrance ? On eût pu le présumer , à voir son surcot de serge noire fatiguée , ses chausses de drap commun et son capuchon de grosse laine. Son pinceau n'avançait que lentement et se posait sur la muraille avec une sorte d'indécision... 11 vint un moment où, accablé par ses réflexions, il fut forcé de quitter sa palette et de descendre de son échafaudage. Il parcourut l'église à grands pas; mais enGn le calme et la sainteté du lieu le rappelèrent à lui-même. Se prosternant la face contre terre, il murmura une prière, rosée ineffable pour les lèvres altérées... Soudain l'artiste se releva le front radieux ; sa voix, tout à rheure si languissante , avait à pré-