‹ Le lotus de la bonne loiChapitre 161 sur 283 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

vasîbhâvappattô, en parlant des dix forces dont il dispose en maître , on ne veut pas dire qu'il soit parvenu à l'état de sujétion , mais au contraire on entend exprimer le plus haut degré de sa puissance ^ De même encore, parmi les mérites attribués par les Buddhistes du Sud aux Disciples accomplis, on trouve l'expression tchêtôvasippattd , «ceux qui ont « obtenu l'empire sur leur esprit, ou sur leurs pensées 2. «J'avoue cependant que ce terme, où ne reparaît plus le verbe bhu, fait penser à un substantif abstrait , tel que vaçî, auquel il faudrait nécessairement donner le sens de «domination, empire. » Mais ce mot est emprunté à un manuscrit très-incorrect, surtout par omission, et il n'est pas certain qu'on ne doive pas lire tchêtôvasilhâvappaltâ , ou même tcJiétôvasilhâvappattd. L'épithète de vaçîbhûta est attribuée au Buddha Çâkyamuni par le Lalita vistara

Sachant lout] Trois manuscrits lisent le mot que je traduis ainsi, ^isi-iâ; ou ^sFra": ; leçons entre lesquelles il n'est pas facile de décider, parce que dans l'écriture sanscrite du Népal , la voyelle e n'est d'ordinaire que très-faiblement marquée. Mais le manuscrit de la Société asiatique lit seul aTsT^sw. , en reportant le r des autres copies à la fin du mot précédent ^fojMfnn^. Si l'on admet cette dernière leçoji , il ne doit plus être question ici d'un dérivé du mot râdjan, « roi, » comme pourrait être râdjanya ou râdjanéya, ainsi qu'on serait tenté de le supposer d'après "nos trois autres manuscrits. Ce qui démontre l'exactitude de la leçon donnée par le Saddharma de la Société asiatique, c'est qu'on trouve dans une énumération des titres religieux et philosophiques d'un Buddha, le mot même qui nous occupe en ce moment , accompagné d'une autre qualité qui sera indiquée dans la note suivante. Voici ce passage: Adjânêyatchitta ityatcliyatê maJiânâga ityutcliyatê ^. Le Lalita vistara de la Société asiatique lit le mot en question âyânêyalchitta , leçon qui est certainement fautive. Il résulte toujours de la comparaison de ce passage avec le terme obscur du Saddharma, que c'est âdjanêyâih , ou mieux âdjânêyâih qu'il faut lire. A s'en tenir au Dictionnaire de Wilson , on devrait traduire ce mot par « cheval de bonne race, » sens qui est justifié par cette stance de i'Açvaianlra, citée dans le Trésor de Ràdhâkânt Dêb:

<' Parce que les chevaux, quoique tombant à chaque pas, le cœur déchiré par les lances, « reconnaissent encore leur nom , on les appelle âdjânêya ^. » Ce distique nous montre cependant que ce n'est pas du radical djan, « engendrer, » comme semblerait l'indiquer le sens de « cheval de bonne race, » qu'il faut tirer le dérivé âdjânêya, mais bien de djnâ, « connaître. « Cette circonstance m'a décidé en faveur du sens que j'ai choisi. Je m'y suis trouvé encore confirmé par la version tibétaine qui traduit l'adjectif âdjânêya par tchangches-pa, « sachant ou comprenant tout. » L'idée de totalité est probablement exprimée par la préposition â qui ouvre le mot. Ce terme se trouve également en pâli , où il est écrit âdjafina; il figure dans une des épithètes d'un Buddha, celle de purisâdjaiina, laquelle

' Voyez ci-dessous ce terme cité dans la note sur * iaZifa zjwtara, f. 22 1 a de mon man. A; f. 22 3 6

le fol. 16 a, st. 67. du man. de la Soc. asiat.

^ Djina alaihkâra, f. 2 4 6 de mon man. ^ Râdjâ Râdhâkânta Dêva, Çabda kalpa drunia,

^ Lalita vistara, f. 220 è de mon man. A. t. I, p. 2^7, col. 2.

NOTES

suit immédiatement les trois titres de buffle, lion, éléphant, qu'on va voir, par la note suivante , attribués à Çâkyamuni. C'est le Djina alamkâra qui nous donne cette série de titres , où chaque terme exprime au moyen d'animaux connus par leur vigueur, l'éminence et la supériorité du Buddha ^ Il en résulte que pnmafZ/a/i/m signifie, « qui est parmi les hommes « comme le meilleur cheval parmi les chevaux. » Enfin je trouve ce mot sous sa forme pâlie cité incidemment et orthographié d'une manière inexacte adjanna, dans la traduction d'un texte de Buddhaghôsa par Turnour 2. Il faut corriger ce mot d'après le Djina alamkâra et le Dîgha nikâya, qui donne aussi parisâdjanna comme épithète du Buddha -^.

Semblables h de grands éléphants.] Le mot dont se sert ici le texte est nâga; et l'on pourrait être en doute sur la signification spéciale qu'il faut lui assigner ici. Il ne peut être question dans ce passage des Nâgas , ces demi-dieux serpents qui habitent les régions situées sous la terre. En effet, ces êtres sont considérés par les Buddhistes, ainsi que par les Brahmanes, comme des créatures imparfaites et nuisibles. Ce n'est pas à des êtres de cette sorte qu'on aurait comparé des Religieux aussi accomplis que ceux dont parle notre texte. Le mot nâga doit être pris ici dans le même sens que les mots rîchahha, « buffle, » simha, « lion, ■> et que quelques noms d'animaux admis comme symboles de la force et de la supériorité physiques. Dans cette supposition , il faudra le traduire par éléphant. C'est de cette manière que l'entend la version tibétaine qui remplace mahânâga par glang-po tchhen-po, a grand « éléphant. » L'ouvrage pâli consacré à l'énumération des perfections du Buddha , qui a pour titre Djina alamkâra, admet parmi ses qualités les trois suivantes : purisâsabhô , purisasihô, purisanâgô , « le buffle, le lion, l'éléphant parmi les hommes'^. » Les formes sanscrites correspondantes à ces termes sont purucharchabha , puruchasimha et puruchanâga. La réunion des trois mots par lesquels est déterminé puracha, partie constante de ce composé, ne laisse aucun doute sur le véritable sens de nâga. Comme les Buddhistes du Sud, ceux du Nord donnent également au Buddha le titre de Mahânâga^.

Accompli ce qu'ils avaient à faire, déposé leur fardeau.] Ces expressions sont, à ce qu'il paraît, consacrées pour désigner les Religieux arrivés au plus haut degré de perfection de leur état, car je les trouve dans un fragment d'un Sutta que Turnour a traduit du pâli : « ayant achevé ce qui devait être achevé, ayant mis de côté [le fardeau du péché] ^. « Ces derniers mots déterminent ce qu'il faut entendre par« déposé leur fardeau. » Le Lalita vistara les attribue à un Buddha, comme les épithètes des notes précédentes et dans le même passage.

Ayant supprimé complètement les liens qui les attachaient à l'existertce.] C'est là le sens que, dans le principe, je donnais au composé parikcMna hhava samyôdjana. Depuis j'avais

' Djina alamkâra, f. 4 a, \. 7. * Djina alarJikâra, f. 4 a.

- Examin. oj pâli Buddh. annals , dans Jown. asiat. ^ Lalita vistara, f. 221 a de mon man. A.

Soc. of Bengal, t. VU , p. 798. Examin. oJ pâli Baddh. annals, dans Joiirn. asiat.

' Atânâtiya satta, dans Digh. nik. f. 176 a, \. 8. Soc. of Bengal, t. VII, p. 698.

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