CHAPITRE PREMIER
pensé que par bhava safnyôdjana ii fallait entendre « ce qui concourt , ce qui sert à l'exis- « tence mortelle de l'homme, » de sorte que je penchais vers cette traduction : « qui avaient " épuisé complètement les éléments composants de l'existence. » La version tibétaine paraissait en effet donner exactement cette interprétation: srid-par hun-tu svyor-ba yongs-siizad-pa. Mais en comparant le texte du Mahâparinibbâna sutta en pâli avec la traduction qu'en a donnée Turnour, j'ai reconnu qu'il traduisait les mots parikkhina bhava samyôdjana par une phrase qui paraît empruntée à un conmientaire : « ayant surmonté tout « désir de régénération par la transmigration ^ » La version littérale que je proposais n'est pas fort éloignée de celle de Turnour; cependant les mots « ce qui concourt à l'exis- « tence,» donnent une idée inexacte du terme de safnyôdjana, qui, selon Turnour, exprime ce désir par lequel l'honxme, convaincu de la nécessité de la transmigration, s'anii, c'est-à-dire s'attache par la pensée à une existence future qu'il espère meilleure que celle qu'il va quitter. Cette expression difficile de bhava safnyôdjana est certainement du même ordre que celle de djîvita samskâra, dont je me suis occupé ailleurs^. Il est évident pour moi, aujourd'hui, que djîvita samskâra signifie « la conception de la vie, c'est-à-dire «l'idée de la vie, » safiiskâra étant pris ici dans son sens philosophique de concept^. Le Mahâparinibbâna sutta vient ici encore à notre secours. Quand Çâkyamuni se décide à quitter le monde avec la pensée de ne plus renaître , sa résolution est exprimée dans le texte par cette expression technique âyusanikhâram ôssadjdji, ce que Turnour traduit ainsi : « il renonce à toute connexion avec cette existence transitoire 'K « Le composé pâli âyusanikhâram est le synonyme exact du sanscrit djîvita safiiskâra; ces deux mots signifient l'un et l'autre « l'idée de la vie, une idée de vie, » traduction certainement plus fidèle que celle de Turnour, « toute connexion avec l'existence , » laquelle conviendrait mieux pour safnyôdjana, que nous examinions au commencement de cette note. Nous reverrons plus bas le composé de bhava safhkhâra, employé avec la même signification, dans une stance citée à Y Appendice n° XXI.
Des [cinq] connaissances sarnaiarelles.] J'ai traduit suivant la leçon du manuscrit de Londres abhidjùâbhidjiiâta, en attribuant au terme spécial d'abhidjfiâ le sens qu'il a dans toutes les écoles buddhiques. Mais les deux manuscrits de M. Hodgson lisent abhidjfiâtâbhidjûâtâih , leçon qui me ramène à celle du manuscrit de la Société asiatique, abhidjfiânâbhidjfiânâih. En admettant cette leçon, il faudra traduire " ayant la connaissance évidente n des notions évidentes. » C'est ce sens que donne à peu près la version tibétaine, d'où j'infère qu'elle a été exécutée d'après un texte où on lisait abhidjnâna et non abhidjiiâ. Mais si l'on établissait qu abhidjnâna n'est qu'un synonyme d'aè/iid/'/îa, on devrait garder la traduction que j'ai adoptée. Au reste , pour comprendre dans son entier le mot abhidjiiâ, « connaissance , » ii faut ajouter à l'idée de connaissance celle de pouvoir et de faculté. Les cinq abhidjiiâs sont
' Turnour, Examin. ofpâli BudcHiist. annals, dans ^ Inlrod. à l'hist. du Buddk. t. I, p. 5o3 et suiv.
Journ. asiat. Soc. of Bengal, t. VII, p. 698. '' Maliâparinibbdiia sutta, dans Digh. nik. f. 88 b.,
- Introduction à l'histoire du Buddhisme indien, t. I, Turnour, Examin. ofpâli Buddhist. annah, dans Journ. p. 79, note 2. asiat. Soc. of Bengal, t. VII, p. 1001 et 1002.
NOTES
énumérées plus bas dans notre Lotus même ^ : ce sont la vue divine, l'ouïe divine, la connaissance des pensées d'autrui , le souvenir de leurs existences antérieures , et un pouvoir surnaturel; je renvoie, pour plus de développement, à la note relative à ce passage du chapitre V, Appendice n° XIV.
Grands Çrâvakas.] J'ai cru devoir conserver le titre original de Çrâvaka en le faisant suivre, une fois pour toutes, de sa traduction (Auditeur), parce que ce titre désigne une classe entière de personnes qui joue un rôle important dans les textes buddhiques. C'est le titre général de tous ceux qui écoutent d'ordinaire les enseignements du Buddha, quelques progrès qu'ils aient faits d'ailleurs. Pris au propre , le mot Çrâvaka n'a pas d'autre sens ; et quand les textes du Népal réunissent ce titre à ceux de Pratjêkabuddha et de Bôdhisaitva, ils entendent sans doute, d'une manière générale, tous ceux qui sont les auditeurs d'un Buddha, c'est-à-dire les Bhikchus ou Beligieux, y compris les divers ordres dans lesquels on les divise. Mais lorsqu'il s'agit de distinguer ces divers ordres entre eux , le mot de Çrâvaka reçoit une signification spéciale , et il désigne alors le degré inférieur de l'échelle au sommet de laquelle est placé TArhat. 11 est donc nécessaire pour déterminer exactement la valeur de ce terme , d'examiner avec attention l'ensemble et les détails des textes où il se présente. Quand on voit dans le Lotus de la honne loi cette énumération si souvent répétée , « les Çrâvakas , les Pratyêkabuddhas et les Bôdhisattvas , » il est bien évident que ces Çrâvakas doivent comprendre les Beligieux qui sont parvenus au rang d'Arhat. En effet, comme on ne peut être Arhat sans avoir été Çrâvaka, et que l'Arhat est inférieur au Pratyêkabuddha , il faut pour arriver au titre de Pratyêkabuddha passer par le degré de Çrâvaka; d'où il résulte que ce dernier renferme \Arh.at, comme le terme général renferme le particulier^.
Adjnâtakâundinya, etc.] Les noms de ces Beligieux sont célèbres, et on les voit se représenter fréquemment dans les légendes. Hs ont été réunis dans la Section wt du Vocabulaire pentaglotte , où ils sont joints à d'autres noms, cités également par les légendes, mais qui dans ce Vocabulaire ne sont pas toujours exactement transcrits. Dans le premier nom, Adjnâtakâundinya , le mot âdjûâta est rendu chez les Tibétains par kun-ches (omniscius), et le reste du nom est simplement transcrit. Cela prouve que le participe âdjUâta doit être pris dans un sens actif, sens que je ne lui connais pas dans le sanscrit classique. Mais d'un autre côté, âdjûâta ne pourrait-il pas être une sorte d'altération populaire du sanscrit âdjnâtrî, comme djêta l'est de djétrî, « vainqueur? » Ce nom est celui qu'on trouve transcrit dans une note du Foe koue ki, de cette manière, Ajô kiao tchin ju, où, suivant les autorités chinoises, a jd est un surnom qui signifie sachant^. J'ai expliqué ailleurs les noms suivants, savoir celui d'Açvadjit, de Vâchpa, de Mahânâman, de Bhadrika'^, de Ma-
' Ci-dessous, cli. v, f. 76 a, p. 83, fin. - Voyei encore Introd. à l'hist. du Buddh. indien, 1. 1, p. 296 et suiv.
' A. Rémusat, Foe houe M, pag. 3io; Introduction
à l'histoire du Buddhisme indien, tome I, page i56, note 2.
4 Introd. à l'hist. du Buddk. t. I, p. i56, note 2 , p. iSy, p. i58, note 3, et p. 627.