CHAPITRE PREMIER
où, selon ÏAhJiidhâna ppadîpikâ, le substantif adhikarana signifie « le désir exprimé par « quelqu'un ayant le pouvoir d'obtenir ce qui fait l'objet de ses vœux ^ « Si cette supposition venait à se confirmer, il faudrait adopter la traduction suivante : Voici Mandjuçrî « Kumâra qui a exprimé ses vœux sous les anciens Djinas. » Ce même mot a encore une autre acception, mais que j'ai lieu de croire plus rare, car je ne l'ai encore rencontrée que dans un seul passage, dans un fragment du Sclra saggaha, publié par Spiegel. Suivant ce texte, adhikdra signifie « le don, l'ofirande » [paritchtchciga] , par exemple, le don de son corps, de sa vie que fait un homme en exprimant le désir de devenir un jour un Buddha. Uadhikâra fait partie des conditions sans lesquelles nul ne peut parvenir à cet état sublime^. Comme il s'agit ici justement de Bôdhisattvas, j'ai cru que je ne pouvais pas omettre de mentionner ce sens; mais il se peut qu'il rentre dans le précédent, celui de « vœu, désir, " avec cette nuance spéciale, que dans Yadhikâra du texte de Spiegel l'objet du vœu serait exprimé.
// aura profité des grands entretiens d'autrefois sur la loi.] Comme le texte se sert du mot anubhdiâni , « perçus , » il serait plus exact de traduire , « il aura compris les grands « entretiens d'autrefois sur la loi. »
St. 5. Qui en sorteni.]he texte se sert ici d'une expression propre au sanscrit buddhique, f. 6 b. et qui se retrouve également dans les textes pâlis ; c'est le radical tchyu, littéralement tomber, qui, par une extension de sens dont on peut suivre la marche dans le sanscrit classique , prend la signification de sortir du monde , c'est-à-dire mourir. On emploie plus ordinairement ce verbe avec un terme déterminatif du lieu où se trouve le sujet auquel on l'applique; ainsi on ne dit pas seulement tchyutali, « étant tombé, » pour dire « étant « mort, » mais en ajoutant tatah, on dit tataqtcliyutali , « étant tombé d'ici, étant sorti de ce « monde. » J'en trouve plusieurs exemples dans les textes pâlis ; je me contenterai d'en citer un qui me paraît très-caractéristique. Au commencement d'une des légendes contenues dans la collection dite Rasavâhinî, «le fleuve du goût, » collection dont Spiegel a donné quelques extraits, on trouve le passage suivant: Tatô tchutô dévalôké nibbatti tassa dvâdasayôdjanikam nakavimânam nibbatti. « Il tomba de ce monde; revenu dans le monde « des Dêvas, un char céleste de douze Yôdjanas d'étendue servait à ses plaisirs^. »Dans un autre passage du même recueil, un Mlêtchha qui a rendu un service à un Pratyêkabuddha, lui adresse la prière suivante :/i6 tcliavitvâna bhavè bhavê sumahiddhikô dhanavâ sîlavâtcha saddhô mudu dânapatiicJia hutvd saggâpavaggam abhisambhunéyyanti. « Etant tombé d'ici, « puissé-je, après avoir été dans chacune de mes existences très-fortuné, possesseur d'une « grande puissance magique, riche, vertueux, plein de foi, doux, libéral, obtenir la déli- « vrance céleste*! » On trouvera d'autres exemples de cette expression dans les fragments publiés par Spiegel, avec quelques renvois au texte du Mahâvamsa^.
' Ahhiclhdna ppadîpikâ , \. III, c. m, st. 91, éd. ^ Rasavâhinî, f. i3i a de mon man.
Clough, p. 11 5. * Ibid. f. 100 6.
^ Spiegel, Anecdota pàlica , p. 63 et 6A. ^ Spiegel, Anecdota pâlica, p. 6/i et 67.
ào
NOTES
St. 10. Aux hommes vertueux et comblés.] Lisez, «aux hommes comblés des saints « regards des Buddhas. »
En décrivant complètement.] Le texte se sert du participe samvarnayantà qui se prête également, je dois le dire, à un autre sens dont on rencontre de fréquents exemples, tant dans le sanscrit du Népal, que dans le pâli de Ceylan. C'est le sens de louange , qui est justifié en sanscrit par des autorités classiques. Si l'on préférait ici cette signification , il faudrait dire, « en louant complètement cette règle de la loi. » Nous aurons par la suite de fréquentes occasions de constater l'existence de ce sens de louange donné par les textes buddhiques du Népal et de Ceylan aux diA'^erses formes du mot varna. Je citerai en attendant un bon exemple du pâli vanna emprunté à la partie philosophique du Djina alamkâra; il s'agit des qualités innombrables d'un Buddha:
Buddhôpi Buddhassa hhanêyya vannani kappampi tchê annam ahhâsaniânô khiyêtha kappô tchiradigham antaré vannô na khiyêtha tathâgatassa.
« Quand le Buddha lui-même prononcerait l'éloge du Buddha , même pendant tout un Kappa « (Kalpa), sans parler d'autre chose, le Kalpa serait pendant ce récit depuis bien long- « temps terminé, que l'éloge du Tathâgata ne serait pas achevé ^ » Conmie varna signifie louange, avarna, qui en est le contraire, prend le sens de blâme. J'en trouve un exemple au commencement d'un des Suttas les plus estimés à Ceylan , le Brahmadjâla sutta : Ayanihi Suppiyô paribbâdjdjakô anêkapariyâyéna Buddhassa avannairi bhâsati dhammassa avannam hhâsati samghassa avannam bhâsati. «Le mendiant Suppiya (Supriya) blâme le Buddha, " blâme la Loi, blâme l'Assemblée ^. » C'est dans le sens de louange que j'ai traduit le vadanti varnam de la stance suivante, fol. 7 a. Il est clair que le sens de description n'irait pas mieux à cette stance, qu'au participe adverbial samvarnya de la stance 76 ci-dessous, qui rapproché de la forme barbare samstuvitvâ , ne peut avoir d'autre signification que celle de ayant loué.
St. ilx. Des conques, du cristal.] Ces deux mots représentent le tei'me composé de l'original çagkha çilâ, qui littéralement interprété signifie conque et pierre; et quand j'ai traduit le Saddharma pundarîka, je n'avais pas le moyen de donner à mon interprétation une précision plus grande. Depuis j'ai eu occasion de conjecturer ailleurs que ce composé, dont les éléments subordonnés l'un à l'autre pourraient signifier pï'erre de la conque, désignait la nacre de perle^, mais je n'ai rien trouvé depuis qui confirmât cette conjecture. M. Foucaux, dans la version française qu'il vient de publier du Lolita vistara tibétain, fait des deux termes deux désignations de substances distinctes, et y voit la nacre et le cristal''. J'avoue que j'aimerais à pouvoir adopter cette interprétation, et je n'hésiterais pas à le faire, si je trouvais quelque preuve cjue çagkha, « la conque, " désigne aussi la nacre dont plusieurs conques sont formées, ou au moins revêtues; car en ce qui regarde
' Djina alamkâra, f. 20 b, fin. ^ Introd. à l'hist. du Buddh. indien, 1. 1, p. 9 1 , not, 1 .
- Brahmadjâla sutta, dans Dîcjh. nik. f. 1 a. * ^J*^' tch'cr roi pa, t. II, p. 5/i.