‹ Le lotus de la bonne loiChapitre 174 sur 283 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

çilâ, il n'y a aucune difficulté à y reconnaître le cristal , puisque les Tibétains traduisent ou plutôt transcrivent ce mot par chel, auquel les dictionnaires connus donnent le sens de crislal. Je remarcjue seulement (et c'est ce qui me laisse encore dans le doute sur la cjuestion de savoir si çagkha çild ne désigne pas une substance unique) , que l'interprète tibétain du Sadclharma pundarîka rend les deux mots sanscrits par man-chel, et que I.J.Schmidt, dans son Dictionnaire tibétain, donne à man-chel la signification de crisiaU.

St. 16. Dans l'enceinte des trois mondes.] Le mot dont se sert le texte est trâidhâtuké; l'idée d'enceinte, que j'ajoute pour plus de clarté, est indiquée par la forme de dérivé collectif sous laquelle se présente ce mot. Mais comme cette traduction , quand elle n'est pas accompagnée du texte, est insuffisante pour montrer si l'original emploie le mot trâidhdtaJié ou celui de trâilôkyê, et que ces deux expressions indiquent des objets et des divisions très-différentes, je crois nécessaire d'y renoncer aujourd'hui, en considération d'une remarque de I. J. Schmidt, sur le mérite de laquelle je me suis expliqué ailleurs 2. Je propose donc maintenant de traduire trâidhâtuké , « dans l'enceinte des trois régions, » et trâilôkyê, « dans l'enceinte des trois mondes. » Le mot dhâta, qui signifie d'ordinaire élément, racine, métal, est ici le dénominateur général des trois régions, qui sont kâmadhâtu, « la région du désir, " rûpadhâta, « la région de la forme, » arâpadhâtu, « la région de « l'absence de forme. » C'est très-vraisemblablement du sens de contenance , compréhension , que part cette acception particulière du mot dhdtu. Le sens de compréhension, qui est donné à dhâta par un commentateur buddhiste ^, se retrouve encore dans le composé lôkadhâtu, littéralement <i un contenant de mondes, un univers, » composé où lôka garde le sens de monde qu'il a dans le collectif trâilokya. Quelque simple que soit cette notion , j'ai cru nécessaire de la rappeler ici , parce que le déplacement des deux mots dhâta et lôka donnerait naissance à un autre composé d'un sens très-différent. Comme l'examen -de ce composé pourrait étendre trop loin cette note, je l'ai rejeté à l'Appendice, où on trouvera quelques développements sur ce sens spécial du mot dhâta d'après des textes anciens. Voyez Appendice, n" IV.

Véhicule.] Je traduis ainsi le mot yâna, char ou moyen de transport en général, expression qui se représentera souvent dans ce volume, et dont le sens est amplement expliqué dans une note étendue de A. Rémusat sur le Foe koue ki On compte trois véhicules, désignés collectivement par le titre de triyâna, qui sont comme autant de moyens fournis à l'homme par l'enseignement de Çâkya , pour sortir de l'enceinte des trois mondes , c'est-à-dire pour échapper à la loi de la transmigration , en parvenant à l'état de perfection que le Buddha promet à ses adeptes. Ces véhicules sont celui des Çrâvakas ou des Auditeurs du Buddha, celui des Pratyékahuddhas , ou des Buddhas personnels, enfin celui des Bôdhisattvas , ou des Buddhas futurs ^. Le Lotus de la bonne loi a pour objet d'établir,

' Tibet, deutsch. Wôrterb. p. /iii- * Foe koue In, p. 9 et suiv.

' Introd. à l'hist. du Buddh. 1. 1, p. 601, note 4- ^ Rémusat, Observ. sur l'kisl. des Mongols orient.

^ âbhidharma kôça vjâhhjâ, f. 27 a, fin etb , init. dans Nouv. Journ. asiat. IP série, t. VIII, p. Szg.

NOTES

comme l'avait déjà avancé Rémusat d après des autorités chinoises, qu'il n'existe qu'un seul jana, ou moyen de transport, quelle que soit la variété des noms que portent les divers véhicules destinés à soustraire l'homme aux conditions de l'existence mortelle. Car cette diversité de véhicules est, comme le dit le Saddharma pandarika en plus d'un endroit, un moyen inspiré au Buddha par le besoin qu'il éprouve de proportionner son enseignement aux facultés de ceux auxquels il l'adresse. La parabole de la Maison embrasée, celle de l'Enfant égaré, sont d'intéressantes applications de cette théorie.

f. 7 b. St. 23. Savent en donner la définition.] Pour être plus exact , il faudrait dire, « la méditent

« et savent en donner la définition. i>

St. 2 h. Aux cinq connaissances surnaturelles.] Voyez ci-dessus, chap. i, fol. i, et cidessous, chap. V, fol. yô a.

f- 8 a. St. 28. Convertissant un grand nombre de Bôdhisattvas.] J'avais traduit par convertissant

le mot samàdayantà , comme s'il se rattachait au même thème que le pâli ôvâda, « enseigne- « ment. » Mais on ne peut admettre une contraction aussi forte que celle de ôvâda en ôda; et il est bien plus naturel de supposer que la nasale de sam a été oubliée , de sorte qu'on doit lire sam-môdayantâ. Dans cette supposition, il faudra traduire, « comblant de joie un •I grand nombre de Bôdhisattvas. » Je n'insiste pas sur l'irrégularité que présente la déclinaison de ce mot; il appartient à la partie versifiée du Lotus, laquelle sera bientôt l'objet d'un examen spécial. Je remarque seulement que ce verbe se rencontre fréquemment avec cette même faute d'orthographe dans les manuscrits pâlis copiés chez les Barmans , tandis que les exemplaires singhalais, en général plus corrects , lisent le mot avec deux m. Ainsi, dans le Pâlimôkkha, une glose relative au chap. 11, règle 10, donne cette phrase : Yasmâ samaggô samgM sammôdamânô avivadamdnô êkuddesô phâsu viharati. «Parce que «l'Assemblée se trouve heureusement pleine de satisfaction, ne discutant pas, donnant " une instruction unique ^ » L'expression « se trouve heureusement » reparaîtra plus tard dans la formule dont on se sert pour saluer un Buddha ou l'Assemblée de ses Religieux 2.

St. 29. Les Maruts.] Le mot que je traduis ainsi est constamment écrit mara sans t final, comme il l'est en pâli^.

St. 3o. Et les convertissent à l'état de Buddha.] Il est plus exact de traduire, «et leur " inspirent de la joie touchant l'état de Buddha. »

f. 8 6. St. 3i. Ceux-là sont arrivés par l'énergie à l'état suprênne de Bôdhi.] Cette interprétation

est gravement incorrecte. Il ne peut être ici question de personnages arrivés à l'état de Bôdhi, autrement ces sages seraient des Buddhas. Le texte se sert du mot prasthita,

1 Pâtimôhhhay man. pâli-barman de la Bibl. nat. ^ Ci-dessous, ch. xxiv, f. 22/1. a.

{. ïi b, et p. 84 de ma copie. ^ Abhidhdn. ppadîp. i. i, ch. i, sect. i, st. 10.

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