CHAPITRE PREMIER
« semblables à l'espace, semblables à moi. » En supposant qu'il faille lire khadga, on traduirait, « semblables au rhinocéros, semblables à moi. »
St. 45. Les sept substances précieuses.] Les substances dont il est parle ici sont trèsvraisemblablement celles dont on trouve une énumération ci-dessous, ch. vi, f. 83 a et 8d a. En voici les noms sanscrits : savarna, rûpya, vâidurya, sphatika, lôhitamukti , açmagarhha, musâragalva. Il ne paraît pas qu'il puisse exister le moindre doute sur le sens des quatre premiers termes; ce sont l'or, l'argent, le lapis-lazuli et le cristal; cette interprétation s'appuie sur le Dictionnaire de Wilson pour le sanscrit, et sur celui de Csoma de Kôrôs pour le tibétain. Je laisse de côté le cinquième terme, sur lequel je reviendrai tout à l'heure. Le sixième, açmagarbha, signifie selon Wilson, émeraude, et c'est d'après cette autorité, qui repose elle-même sur celle de Y Aniarakôcha , que j'ai traduit; mais il ne me paraît plus aussi évident que cette interprétation soit exacte. En effet, la comparaison qu'on doit faire de notre liste des sept choses précieuses avec une pareille liste qui a cours chez les Buddhistes du Sud et qui est reproduite par le vocabulaire pâli intitulé Ahhidhâna ppadipikâ^-, sert à déterminer, comme je le dirai tout à l'heure, le septième terme de l'énumération du Lotus, en y introduisant le corail, là où je voyais le diamant. Il ne reste donc plus de place dans notre liste pour le diamant, cette substance si précieuse que la liste du Sud donne sous son nom de vadjira, pour le sanscrit vadjra. Aussi n'hésité-je pas à traduire açmagarlha par le diamant; et la signification première de ce mot composé, cœur de pierre, me paraît s'accorder parfaitement avec la dureté connue de cette substance. Les Tibétains, qui traduisent d'une manière si exacte en général, rendent uniquement la signification étymologique par les monosyllabes rdohi-snid-po , «l'essence de la «pierre. » Ce mot composé, que je n'ai pas trouvé dans Csoma, désigne le fer, suivant Schrôter ; c'est alors plutôt la traduction d'un des noms sanscrits de ce métal , açmasâra. Je dois ajouter qu'Abel Rémusat, dans une note du Foe koue ki, interprétait açmagarbha par succin^, sans doute d'après des autorités chinoises. Je ne crois pas que cette interprétation puisse se soutenir après les observations que je viens de présenter.
Le nom de la septième et dernière substance est écrit de plusieurs manières différentes, et ces variétés d'orthographe, qui semblent annoncer un mot de la valeur duquel les copistes ne sont pas sûrs, nous laisseraient dans une assez grande incertitude, si nous n'avions pas ici encore le secours de la liste des Buddhistes du Sud. Ce nom, qui est ordinairement écrit musâragalva, l'est aussi muçâragalva, susâragalva et même musâragalyârka^; la leçon susâragalva résulte certainement de la confusion facile du s avec le m. Les deux parties dont se compose ce terme qui manque dans Wilson , se trouvent chacune à part dans le Dictionnaire de ce savant, mais sous une forme légèrement altérée, celle de masâra, désignant l'émeraude ou le saphir, et celle de galvarka, désignant le lapislazuli. Le lapis-lazuli n'a rien à faire ici, puisque nous le trouvons déjà dans notre liste, sous son nom indien de vâidurya, et avec cette dentale cérébrale que préfèrent les Bud-
' AUdkânappadîpihi,].U,c. \ï, si. M, Clough, - Foe hoae M , p. go.
p. 64. ^ Dlvya avadâna, foi. 67 a.
dhistes, et qui conduit directement à l'orthographe du pâli vêhriya. Heureusement le vocabulaire pâli déjà cité nous donne un mot très-semblable à celui qui nous occupe, masâragalla, qui est synonyme de pavâla et qui signifie coraiU\ galla est certainement le forme pâlie de galva, et masâra, quoique justifié par le sanscrit inasâra, n'est peut-être qu'une autre forme et une altération d'un primitif musâra qu'auraient conservé les Buddhistes. Ce qu'il y a de certain, c'est que la transcription des Budclhistes chinois, Meou pho lo kie la pho, rappelle plutôt musâragalva que masâragalla ; elle est manifestement exécutée sur le sanscrit du Nord, et non sur le pâli du Sud : seulement on a sans doute mal lu le second caractère de la transcription chinoise. Maintenant et quant à la valeur de ce terme, le vocabulaire pâli lui donne celle de corail; or, dans la liste des sept objets précieux qu'énumère ce même lexique, le corail, sous son nom de pavâla, occupe la dernière place, comme le musâragalva dans celle du Lotus. L'identité de ces deux listes et l'argument que j'en tire touchant la valeur des deux derniers termes de celle du Nord, paraîtront mieux si nous les rapprochons Tune de l'autre telles qu'elles se trouvent et dans le Saddharma et dans YAhhidhdna.
SADDHARMA. ' ABHIDHÂNA.
suvarna.
for;
suvarna.
l'or ;
rûpya.
l'argent;
radjaia ,
l'argent ;
vâidurya.
le lapis-lazuli;
muttâ.
la perle ;
sphatika.
le cristal;
mani.
toute pierre précieuse
lôhitaniukti ,
les perles rouges ;
vêlariya ,
le lapis-lazuli;
açmagarhha ,
le diamant;
vadjira.
le diamant;
musâragalva.
le corail.
pavâla.
le corail.
Il serait difficile de ne pas admettre fidentité fondamentale de ces deux listes malgré quelques variantes dans l'ordre et dans les noms; il est d'ailleurs à remarquer que ces divergences ne portent pas sur des mots contestables. Dans la liste du Saddharma il ne reste plus qu'un mot qui donne lieu à quelque difficulté : c'est celui de lohitamukti, qu'il faudrait lire lôhitamuktâ ; je ne trouve nulle part ailleurs la mention de ces perles rouges, elles ne sont probablement pas différentes des perles ordinaires, et le mot de rouge est sans doute destiné à rappeler une nuance analogue à celle qu'on remarque sur l'opale. On serait tenté de séparer ce mot en deux et de traduire Uhita comme lôhitaka, « le rubis, >• et muktâ, «la perle. » Mais cette division nous donnerait huit rainas ou substances précieuses au lieu de sept, qu'annoncent les deux listes. Dans la liste de YAhhidhâna, le cristal est remplacé par le mot mani qui désigne généralement toute pierre précieuse; je suppose que la liste du Saddharma est plus exacte, parce quelle est plus précise.
Nous ne citerons plus maintenant que pour mémoire quelques autres interprétations qui ont été données par divers sinologues. Ainsi, selon A. Rémusat, la substance que le Lotus nomme musâragalva, désigne, aux yeux des Chinois, une pierre de couleur bleue
' Alhidhâna ppadîpikâ, \ih. II, cap. vi, st. (46.