‹ Le lotus de la bonne loiChapitre 178 sur 283 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

une voyelle, lors même que ces deux mots sont réunis en comjjosition ^ Il est vrai que les grammairiens singlialais qui sont à notre disposition font de cette particularité une règle purement mécanique, tandis que, dans le plus grand nombre des cas où je l'ai remarquée jusqu'ici, il y faut voir un accusatif dont la présence est appelée par la nature et l'action verbale du mot qui termine le composé. C'est du moins ce qui me paraît être, même dans le composé pâli Siriinanuhhavanam, « la jouissance de la prospérité, » où Spiegel pense que le m de sirim est purement euphonique -. La leçon du manuscrit de la Société asiatique nous offrait donc ici un nouvel exemple des rapports si nombreux qui existent entre le sanscrit des Buddhistes du Nord et le pâli de ceux du Sud. Toutefois, aujourd'hui que je puis consulter les deux manuscrits de M. Hodgson , qui lisent clhvadjasamiitclitchhrayam, je suppose que la leçon du manuscrit de la Société résulte de l'omission fautive de la lettre sa. Au reste , les images qui sont accumulées dans ce passage de notre texte sont familières aux Buddhistes de toutes les écoles. On en verra un exemple au commencement de la légende du Chasseur, publiée d'après le texte pâli par Spiegel. Mais il ne faut pas avec cet éditeur traduire la phrase dhammaketiim assdpénto par <> faire des assemblées de « la loi \ »mais bien par « dressant la bannière de la loi. » C'est, avec d'autres mots, la figure même qui fait l'objet de la présente note.

Produit au dehors la lumière d'un semblable rayon.] Cette expression , qui se trouve c|uelques f. lo b. lignes plus bas dans la même page, est écrite de deux manières différentes par le manuscrit de la Société asiatique, la première fois raçmipramuntchamânâvabhâsà , et la seconde fois raçmipramuntchanâvabhâsô ; cette dernière leçon est aussi celle des manuscrits de M. Hodgson, et elle est évidemment préférable, quoique le substantii pranmntchanâ , qu'il faut supposer si on l'adopte, ne se trouve pas dans 'Wilson. Si l'on conservait le participe présent que donne la première leçon , il semble qu'il faudrait le placer avant raçmi, et traduire, <• la lumière du rayon au moment où il s'élance. » Au contraire le sens que fournit la seconde leçon, « la lumière de l'émission d'un rayon, » est beaucoup plus direct.

Avec laquelle le monde entier doit être en désaccord.] L'expression que j'interprétais ainsi est sarvalàka vipratyamyaka ; je pense aujourd'hui qu'il est plus exact de dire , « aveclac|uelle o le monde entier est en désaccord. » Le sens fondamental de cet adjectif est confirmé par la version tibétaine, qui rend vipratyanîyaka par mthun-pa, « accord, concorde, « précédé de la négative mi, de cette manière mi mthun-pa, <• qui est en désaccord » Le même mot, sauf le préfixe vi, remplacé par l'a négatif, et la suppression de la syllabe ja, se trouve sous la forme de apratyanîka , que je traduis par >i qui est un objet d'aversion^. «C'est de cette dernière forme que vient le terme pâli vipatchtchanika, que je trouve dans un pas-

' Clough , Pali grammar, p. 1 1 .

^ Ânecdota pàlica, p. 66.

Ibid. p. 2 5 et /ig.

* Voyez encore Bcjya tch'errol pa, t. II, p. et

368, comp. au Lalita vislara, fol. 52 a et 2o4 a de mon man. A. M. Foucaux traduit bien cet adjectif par c qui est en désaccord. «

'■• Ci-dessous , chap. ni , fol. 55 a, st. 117.

Al.

NOTES

sage du Brahmadjâla salta, où il ne peut avoir d'autre sens que celui de contradictoire , hostile. Au commencement de ce traité, le Brahmane Suppiya (Supriya) et son disciple Brahmadatta sont représentés l'un attaquant, l'autre défendant le Buddha, ce que le texte résume ainsi : Itiha te uhhô âtchariyantêvâsi anfiamannassa udjavipatchtchanikavâdâ hhagavantam piijhiiô pillhitô anuhaddhâ hôiili. « C'est ainsi que tous les deux, le maître et le dis- " ciple, ils marchaient sur les pas de Bhagavat, disputant entre eux avec des discours, les « uns justes, les autres hostiles ^ » Des deux formes vipratyamjaka et apratjanika , c'est la seconde qui est la plus fréquemment employée; elle a de plus l'avantage de trouver son analogue dans le pâli vipaichtcJianika.

Aati^efois.] Le texte se sert ici de l'expression atùé 'dhvani, littéralement, « dans une route « passée. » Le terme de adhvan est très-fréquemment employé dans le sanscrit buddhique pour exprimer les voies dans lesquelles s'accomplissent les actions, c'est-à-dire le passé, le présent et l'avenir. Je remarque que les livres réputés canoniques et les commentaires s'occupent à chaque instant de cette triple division de la durée, et c'est, d'après un texte cité dans le commentaire sur ÏAbhidharniakôça, un des sujets les plus importants dont les sages puissent s'entretenir : " 11 y a , ô Religieux, trois sujets de discours, et non quatre " et non cinq, que les Aryas prennent pour objet des entretiens auxquels ils se livrent. « Et quels""sont ces trois sujets.'' Ce sont le sujet du passé, le sujet de l'avenir, le sujet du " présent 2. L'avenir se nomme anâgatê 'dhvani, et le présent pratjutpanné 'dhvani. Ces dénominations sont également familières aux Buddhistes du Sud.

Bien avant des Kalpas. ] On sait qu'un Kalpa est, pour les Buddhistes comme pour les Brahmanes, une période comprenant la durée d'un monde. Il y a diverses espèces de périodes de ce genre, lesquelles ont été décrites par les auteurs qui se sont occupés du Buddhisme d'après les Chinois et les Mongols, les Singhalais et les Barmans. Je pourrais me contenter de renvoyer aux recherches de Deshauterayes , Rémusat, Schmidt , Joinviile , Sangermano et Turnour, qui ont traité de ce sujet avec plus ou moins de développements ; toutefois plusieurs de ces exposés offrent entre eux des divergences que je n'ai sans doute pas la prétention de concilier, mais sur lesquelles je crois devoir appeler l'attention du lecteur. Suivant Deshauterayes et Rémusat, chaque Kalpa ou période de la durée d'un monde se décompose en deux divisions ou époques, l'une d'accroissement, l'autre de diminution. La vie des hommes étant sujette, selon les Buddhistes, à une double marche, l'une d'accroissement et l'autre de diminution, dont la première la porte à quatre-vingtquatre mille ans et dont la seconde la réduit à dix, quand la vie humaine diminue, le Kalpa se nomme de décroissement, et quand elle s'augmente, il se nomme d'accroissement-'. On distingue trois espèces de Ralpas, le petit qui comprend 16,800,000 années, le moyen qui en comprend 336, 000, 000, et le grand 1, 34 000, 000. Le moyen Kalpa

' Brakmadjdla suUa, dans Di^h. nih. fol. 1 a de ^ Recherches sur la relig. de Fo, dans Journ. asiat.

mon manuscrit. t. VIII, p. 182 ; Foe houe ki, p. 182 ; I. J. Schmidt,

^ Abhidharmahôçavyâhhjâ, fol. 17 b. Geschichte der Ost-Mongolcii, p. 3o4 et suiv.

CHx\PITRE PREMIER.

se compose donc de vingt petits Kalpas, et le grand Kalpa de quatre moyens Kalpas ou de quatre-vingts petits Kalpas ^

L'exposé que Schmidt a donné des Kalpas d'après les Buddhistes mongols , se rapproche beaucoup de celui que Deshaute rayes et Rémusat ont emprunté aux Chinois ; il en difTère cependant par quelques points que j'examinerai tout à l'heure. Un Mahâkalpa se compose de quatre moyens Kalpas; un moyen Kalpa embrasse vingt petits Kalpas: d'où il résulte que la somme d'un Mahâkalpa est de quatre-vingts petits Kalpas-. C'est la longueur de la vie humaine qui détermine la durée de ces Kalpas, et qui, par ses accroissements et ses diminutions successives , donne lieu aux dénominations diverses de Kalpas de la renaissance, de la stabilité et de la destruction. La vie des hommes, qui au commencement de la période de la renaissance se composait d'un Asafiikhyêya, c'est-à-dire d'un nombre incalculable d'années, descend à quatre-vingt mille ans pendant les dix-neuf Kalpas succédants au premier Kalpa de même ordre, dont l'ensemble forme ce que Schmidt appelle Kalpa der Grùndang, ou de la fondation, c'est-à-dire le Kalpa pendant lequel le monde se reforme de nouveau^. A ce Kalpa succède celui de la stabilité ; pendant chacune des vingt sous-divisions de cette période, la vie des hommes descend de quatre-vingt mille ans à dix ans , pour remonter aussitôt à la durée première d'où elle est partie. Le Kalpa de la stabilité est remplacé par le Kalpa de la destruction, lequel passe par les mêmes phases que le Kalpa de la renaissance , mais en les suivant en sens inverse *. Enfin, à ce Kalpa où l'existence du monde est en décadence, succède le quatrième et dernier Kalpa, celui du vide, pendant lequel l'anéantissement du monde reste à l'état permanent; il n'est pas besoin d'ajouter qu'il a une durée égale à celle des autres Kalpas qui le précèdent. N'oublions pas de dire que les éléments tels que le feu, l'eau, le vent, sont les agents de la destruction du monde. Ils se succèdent et s'entremêlent dans des combinaisons définies par les Buddhistes, et dont la réunion forme un total de soixantequatre destructions, véritable cycle qui recommence aussitôt après qu'il est terminé^.

Ces détails, comme je l'annonçais tout à l'heure, s'accordent dans leurs traits principaux avec ceux que nous devons aux extraits de Deshauterayes et de Bémusat. Ils en diffèrent toutefois en un point d'une grande importance , savoir la détermination de la durée initiale de la vie humaine, au moment où le monde va renaître. Selon Rémusat, les hommes auraient vécu alors quatre-vingt-quatre mille années, tandis que, selon Schmidt, le nombre des années de leur existence aurait été incalculable, ou, pour parler comme les Buddhistes, aurait été un Asamkhycya. Schmidt n'a pas manqué de relever cette divergence, et il n'a pas hésité à la mettre sur le compte de quelque erreur commise par Rémusat, et on devrait ajouter, par Deshauterayes son devancier. Schmidt conteste également, et selon toute apparence avec juste raison, les chiffres assignés par

' Deshauterayes, lie cherche s sur la religion. deFo, dans Journ.asiatA.\Ul,[>. 181 et 182; Rémusat, Esiat sur la cosmogonie buddhicjue, primitivement inséré dans \eJournal des savants, annéei83i, et reproduit dans les Mél. posL p. io3 et suiv. p. 116 et 1 17.

' Uebcr die lausend Buddhas, dans Mèm, de l'Acad. de Saint-Pétersbourg , t. II, p. Sg.

' Ibid. t. II, p. 60 et 82.

* Ibid. t. II, p. 60 et 61.

= Ibid. t. IL p. 62.

326 NOTES

ces habiles sinologues à la durée de chacune des grandes divisions du Mahâkalpa et à celle du Mahâkalpa lui-même. Ses observations me paraissent en effet très-concluantes; quelque considérable que soit le chiffre que la base de quatre-vingt-quatre mille ans fournit à Rémusat pour la durée d'un grand Kalpa, ce chiffre n'est cependant pas à proprement parler incommensurable, et conséquemment il ne répond que d'une manière imparfaite à l'idée que les Buddhistes nous donnent de l'immensité d'un grand Kalpa.

Les Barmans et les Singhalais, dont les croyances reposent sur les mêmes autorités religieuses, nomment Andrakat pour Antarakappa, c'est-à-dire Kalpa intérieur, intermédiaire ou moyen, une période de décroissance et une d'accroissement; Asamkhéyyakappa , la réunion de soixante-quatre Antarakappas ; ci M ahâkappa, la réunion de quatre Asainkhcyjakappas ^. Pendant la durée de chac[ue Antarakappa, la longueur de la vie humaine est réduite d'un nombre d'années dit Asamkhêyya , c'est-à-dire incalculable, à dix années seulement, pour remonter ensuite à sa première longueur-. Ce sont ces diminutions et accroissements successifs qui ont lieu soixante-quatre fois avant que soit achevé le cours d'un Mahâkappa, qui se termine par la destruction fmale de l'univers Les éléments destructeurs sont l'eau, le feu et le vent qui se succèdent et s'entremêlent d'après un système indiqué dans les commentaires de Buddhaghôsa, de façon qu'après l anéantissement successif de soixante-quatre Kappas, l'ordre de renaissance et de destruction recommence*. Je n'ai pas besoin de faire remarquer combien l'exposé des Buddhistes clu Sud présente d'analogie avec celui des Mongols, tel que le reproduit 1. J. Schmidt; c'est, selon moi, un argument d'un grand poids en faveur de l'exactitude de son opinion. Cet exposé nous donne d'ailleurs une idée beaucoup plus gigantesque de la durée d'un Kalpa que celui que Deshauterayes et Rémusat attribuaient aux auteurs chinois. Quelques détails empruntés aux textes du Sud qui sont entre mes mains vont confirmer encore et éclaircir cette manière d'envisager la durée d'un Mahâkalpa.

L'idée du nombre immense d'années que renferme une pareille période est tellement familière aux Buddhistes de Ceylan , qu'elle leur a suggéré une mauvaise étymologie du mot de Kalpa, ou en pâli Kappa, dont on doit la connaissance à Turnour : Kappîyati palhatasâsapôpamâdihi. « On se le figure parla comparaison du nombre de graines de mou- « tarde ou autres atomes contenus dans une montagne ''. » J'ai retrouvé récemment cette explication dans le recueil singhalais nommé Dharma pradîpikâ, mais avec un petit déplacement de mots et une faute facile à corriger: Kappîyati sâsa[pa]pahlatôpamâliùi kappô. « Un « Kappa, c'est ce qu'on se représente par les comparaisons d'une montagne de graines de

' Fr. Buchanan , On thc rcl. and Uter, of the Burmas, dans Âsiatic Uescarchcs ,\. VI, p. 182, éd. Lond. in-4°.

- Turnour, Examin. of Pâli Biiddh. Annals, dans Journ. asiat. Soc. of Bengal, t. VII, pag. 689; Sangermano, Descript. of ihe Burman Empire, p. 7, éd. W. Tandy; Buclianan, On the rel. and liter. etc. dans Asiat. Res. t. VI , p. 18 1.

Sangermano, Descript. etc. p. 7 et 26; Buchanan, Asiat. Res. l. VI , p. 182 ; J. Low, On Buddha and Phrahàt, dans Transact. roy. asiat. Soc. of Landon, t. Iir, p. 84.

' Turnour, Examin. of Pâli Baddh. Annals, dans Journ. as. Soc. of Bengal, t. VII, p. 701 ; Sangermano, Descript. etc. p. 7 et 26.

^ Turnour, Ma/tâM'an50, index, p. 12.

Page 1