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DE L'EMPREINTE DU PIED DE ÇÂKYA

En examinant le trente et unième des signes caractéristiques d'un grand homme, qui consiste dans l'existence d'un Tchakra ou d'une roue lumineuse que l'imagination des Buddhistes se figure trouver sous la plante des pieds du Buddha , j'ai dit que ce caractère nous conduisait naturellement à cette célèbre empreinte du pied de Çâkyamuni que les Singlialais se flattent de posséder au sommet de la montagne connue des navigateurs et des géographes sous le nom de Pic d'Adam ^. Cette empreinte et d'autres semblables ont été si souvent décrites par les voyageurs, que je croirais inutile d'en parler ici de nouveau , si le Dharma pradipikâ singhalais ne donnait une énumération exacte des signes variés que l'imagination des Buddhistes se figure y reconnaître'-^. Or comme nous possédons un dessin

' J. Low, On Biiddlia, dans Transact. oj ihe roj. Asiat. Soc. of Grcat-Britain , t. III, p. 62 et suiv.

- Je me contente d'indiquer ici rapidement les autorités les plus anciennes qui constatent l'existence d'une empreinte du pied sacré chez les peuples buddhistes les plus rapprochés de l'Inde. A Ceylan, le Mahâvamsa rapporte la circonstance à l'occasion de laquelle Çâkyamuni imprima la marque de son pied sur le sommet du mont Siimana. (Turnour, Mahdxvanso,t. I, chap. 1, p. 7, 1. 6.) Au commencement du v° siècle de notre ère, le voyageur chinois Fahian en parle vers la fin de sa relation [Foe koue ht, p. 332 , 34o et suiv.) , et il constate l'existence d'une semblable empreinte dans le pays du Nord qu'il nomme Vdjâna. [Foe houe ki, p. 45.) Les navigateurs arabes du ix° au xiv° siècle rapportent également le fait pour ce qui regarde Ceylan ; mais ils attribuent l'empreinte à la présence d'Adam. (Reinaud, Relat. des voyages des Arabes dans l'Inde, t. I, p. 5 et 6, et t. II, p. 8 et 9; le même. Géographie d'Abulféda,t. II, p. 88 et note 4; S. Lee, The Travels of Ibn Batûta, p. 189.) Marco Polo, à la fin du Xïii" siècle , parle de la montagne qu'a rendue célèbre cette empreinte; mais, avec sa curiosité habituelle, il distingue l'opinion des Singhalais, qui y voient, dit-il, le tombeau de Sogomon [Çâhjamuni) , de celle des Musulmans, qui croient qu'Adam y est enterré. (Marsden, Travels of Marco Polo, p. 669; Baldelli Boni , // Milione di Marco Polo, 1. 1 , p. 1 84 et suiv. t. II, p. 43 1 et suiv. et Voyages de Marco Polo, dans les Mém. de la Soc. de Géographie , t. I, p. 2 i5.) Barbosa, dans sa Description de Ceylan, mentionne l'empreinte et l'attribue à Adam. (Ramusio, Navigationi

et Viaggi, t. I, f. 3i4 r° et v°, Venet. i563, folio.) Diego de Couto a un chapitre spécial à la fin de sa cinquième Décade sur la montagne qu'il nomme ilmolalâ Saripadi. [Da Asia de Diogo de Couto, Dec. V, part. II, liv. VI, cap. 11, p. lo et suiv. Lisb. 1780, in-12.) Ribeiro en parle également, quoique avec moins de détails. (Fatalidade historicu dallha da Ceilào, dans Collecç(io de noticias , etc. dos Nacôes ultramarinas, t. V, p. 67 sqq.) Baldœus en constate l'existence à Ceylan. [Beschreib. Malab. and Coromandel, p. 147 et 4i5.) On doit mettre sur le même rang l'ancien voyageur anglais, R. Knox [Histor. Relat. of Ceylon, p. 5 et suiv.), auquel il faut joindre Pliilalethes. [Hisiory of Ceylon, p. 210 et suiv.) Mais de tous les auteurs modernes sur Ceylan, ceux que l'on consultera avec le plus d'intérêt sont le Hollandais Valentya, qui , dans sa Description de Ceylan , parle de la montagne du pied sacré en plus d'un endroit et avec de curieux détails ( Keurliche Beschr. van Coromandel, VyfdeDeel, p. 36, 376 et suiv.), et l'Anglais John Davy, le frère du grand Davy. [Account of the Inter. of Ceylon, p. 342 et suiv.) J'omets quelques autres voyageurs modernes qui ont indiqué le même objet avec plus ou moins de détails, pour passer à Symes, qui à la fin du dernier siècle vit une empreinte du soi-disant pied de Buddha chez les Barmans, à Meadey, non loin de Prome au nord, et qui en a donné une représentation figurée. [Embassy lo Ava,p. 247 et 248, avec la planche; Relal. de l'Ambuss. à Ava, t. II, p. 73 , pl. VI.) A Siam et dans le Laos , les empreintes de ce genre paraissent plus communes. Baldîeus, que je citais tout à l'heure pour Ceylan, rapporte qu'en 1667 des marchands hollandais visitèrent à

très-soigué du Phrabât ou du pied bienheureux , ainsi qu'on le nomme à Siam , dessin exécuté par un Siamois d'après les livres pâlis et sur des proportions assez grandes pour que chaque signe y soit aisément reconnaissable ^ nous avons ainsi, dans la comparaison de la liste du Dharma pradipikâ avec les signes de cette empreinte , la possibilité de déterminer d'une manière positive la signification de quelques termes qui, sans ce moyen de contrôle , pourraient rester douteux ou obscurs.

Il n'est pas non plus sans intérêt de rapprocher de la liste originale du Dharma pradipikâ singhalais une liste analogue, publiée il y a déjà longtemps en Europe, mais dont on n'avait pu jusqu'ici faire usage faute de terme de comparaison. Je veux parler d'une énumération de soixante-huit figures , que des religieux siamois , au rapport de Baldaeus , montrèrent à des voyageurs hollandais en 1 65d , sur le dessin d'une empreinte du pied sacré de Gôtama Buddha"^. Baldaeus n'a pas donné les noms originaux de ces figures, mais sa traduction allemande a certainement été exécutée avec soin d'après l'interprétation du Buddhiste siamois. Enfin il nous est possible de comparer à l'énumération singhalaise celle dont le capitaine Low a fait précéder sa planche , et qu'il doit à des livre pâlis et à des interprètes siamois. En résumé, nous avons pour décrire et expliquer les figures que les Buddhistes croient reconnaître sur l'empreinte du pied de leur Buddha, des secours de divers genres que nous aurions tort de ne pas faire servir à la connaissance plus exacte de ce point singulier de la superstition orientale ; ces secours sont un dessin très-soigneusement exécuté de ces figures, dessin bien supérieur à celui que Symes publia, d'après les Buddhistes barmans , dans les dernières années du xviii^ siècle , plus quatre énumérations écrites de ces signes , savoir, une énumération singhalaise , ou pour parler plus exactement , sanscrite ; une énumération en pâli-siamois ; une traduction anglaise avec commentaire de cette dernière; enfin une énumération allemande, faite sur une empreinte vue à Siam, comme celle du colonel Low.

Je n'accorde du reste la préférence à la liste du Dharma pradipikâ sur celle dont J. Low a fait précéder son dessin , que parce que l'orthographe de cette dernière est singulièrement altérée par la méthode de transcription qu'a suivie le copiste du livre auquel le colonel Low a emprunté son énumération. Et quoique les Singhalais modifient bien aussi quelquefois

Siam une empreinte sur le dessin de laquelle des religieux buddhistes leur firent voir le tracé de soixante-huit figures distinctes dont il énumère les noms. [ Beschreibung Malab. and Coromandel,Y>- 1^7-) Vers cette époque , notre vieux la Loubère parle d'un monument de ce genre gravé dans le roc non loin de Louvo, en un lieu nommé Pra Bat (le pied sacré), qu'on trouve sur la carte de Walker qui accompagne le récit de la mission de Crawfiird à Siam , et sur la carte de l'Asie orientale , lithographiée par Tassin à Calcutta en i84o. [Du Royaume de Siam, t. I, p. 12 et suiv.) Enfin le colonel Lovp, dans son Mémoire spécial qui va être souvent cité, en énu-

mère, tant à Siam que dans le Laos, au moins cinq que les Buddhistes transgangétiques regardent comme également authentiques. ( Transact. of the roj. Asiat. Soc. t. III, p. 65 et suiv.) Quant aux critiques qui dans ces derniers temps se sont occupés de l'empreinte du Pic d'Adam, on peut consulter surtout Fabricius, Cad. pseudepigr. Vet. Test. t. I, p. 3o, et t. II, p. 2 0 et suiv. et Dulaurier, Etudes sur la relat. des voj. des Arabes, dans Journ. asiat. IV° série, t. VIII, p. 175 et suiv.

' Transact. etc. t. III, pl. III.

^ Baldaîus, Beschreibung Malab. und Coromandel , p. 1/1 7 et 1/18.

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les termes sanscrits de cette liste, cela ne va pas jusqu'à en rendre méconnaissable la véritable forme , comme cela se voit dans le Mémoire de l'officier anglais que je vais examiner. Le colonel J. Low, il est vrai, s'est plaint plus d'une fois, et selon toute apparence avec juste raison , de ce que les Siamois qu'il consultait étaient si ignorants en pâli qu'on ne pouvait s'en rapporter à leur témoignage. Nous nous permettrons à notre tour d'exprimer le regret que cet habile homme, l'un des Anglais qui connaissent le mieux la langue et la littérature des Thaï , n'ait fait que trop rarement effort pour appliquer son savoir dans la langue vulgaire à l'éclaircissement des termes ou des textes de la langue religieuse. Il nous semble qu'il eût pu obtenir des résultats utiles auxquels on n'arriverait en Europe qu'après beaucoup de temps et de peines. Ainsi, au commencement de son Mémoire, dont je ne juge pas d'ailleurs la partie mythologique, il nous apprend, d'après un voyageur indigène, qu'on trouve dans le Laos une empreinte qui passe pour celle du pied de Çâkya, empreinte au-dessus de laquelle est élevée une petite construction pyramidale nommée Maratapa ou Maradop ^ Il n'eût pas été inutile de dire que cette construction est pour le nom comme pour la figure, le Mandapa indien, dont nous n'avons pas la prétention d'apprendre la forme aux voyageurs qui ont visité l'Inde. Mais comment le nom indien mandapa a-t-il pu se changer à Siam en maratapa ou maradop ? Peut-être trouverons-nous l'explication de cette singularité dans quelque particularité de l'orthographe du Thaï. Le colonel Low nous apprend en effet, dans sa Grammaire, et bien avant lui la Loubère avait déjà signalé ce fait, que la lettre r finale, c'est-à-dire terminant une syllabe, se prononce comme n ^. Ainsi un Siamois décomposant, comme il est porté à le faire par ses habitudes de langage, le sanscrit mandapa en man-da-pa, pourra l'écrire sans aucun inconvénient mar-ta-pa; et un Européen lisant cette transcription sans se rappeler la règle précitée de l'orthographe siamoise, et sans reconnaître le sanscrit ma/if/apa, transcrira à son tour ce mot d'une manière barbare , maratapa ou maradop , et fera dire aux Siamois un mot qu'ils n'auraient peut-être jamais songé à prononcer ainsi. Au reste, il paraît que ce mot de maratapa est singulièrement difficile pour les Siamois que consulte M. Low, car à une époque aussi rapprochée de nous que l'année i848, M. Low se demande encore si le maratapa que ses traducteurs rendent par « bière pyramidale , » ne serait pas le type des Stupas^.

■ J. Low, dans Transact. of the roy. Asiat. Soc. oj GTeat-Britaiii , t. III, p. 69.

^ Ainsi Je mot mâra s'écrit indifFéremment, selon la Loubère, mar ou man, et se prononce toujours mari. (Du roy. de Siam, t. I, p. 532.) Voyez aussi J. Low, Gramm. of the Thaï, p. 5, et la grammaire récente de IVF' Pallegoix, publiée à Bangkok en i85o, sous ce titre Grammatica linguœ Thai, in-4°, p. 1 1 . Il y est dit que la lettre r simple ou doublée , ainsi que les deux liquides l et / finales d'une syllabe, se prononcent n. Cette règle sert à expliquer un grand nombre de mots sanscrits que la prononciation sia-

moise défigure d'une manière barbare , et que n'interprète pas l'auteur de cet ouvrage rempli d'ailleurs de renseignements curieux. En voici quelques-uns : à la page 5, un mot écrit sikhar (sanscr. çilihara] , se lit sikhôn;çar (s. para), son; p. 6, çaçidhar (s. çaçidhara] , sasiihon; akchar (s. akchara) , ahson; p. 7, sar (s. sâra] , sdn; sanghâr (s. saihhâra) , sancjhân; hesar (s. kcçara), kesôn; samphâr (s. sambhâra] , sômphan: sumthar (s. sundara), simOion; p. 8, samar (s. samara], samon; sangsâr (s. saihsâra), sônsàn; namasakàr (s. namaskâra) , nâmàdsàkan.

^ Joarn. asiat. Snc. of Bengal, t. XVII, p. 7/i.

Après ces observations préliminaires, nous allons énumérer les soixante-cinq noms des figures qu'on croit voir tracées sur l'empreinte du pied de Çâkyamuni , d'après le Dharma pradipikâ des Singhalais , en rapprochant ces noms des figures mêmes que présente le dessin d'une empreinte exécutée à Siam pour le colonel Low, et en priant le lecteur de se reporter au dessin qui accompagne le troisième volume des Transactions de la Société asiatique de la Grande-Bretagne. Nous n'oublierons pas davantage la liste de Baldœus, qui offre, ainsi qu'on va le voir, une remarquable analogie avec celle du Dharma pradipikâ.

1 . Svastikaya. C'est la figure mystique familière à plusieurs sectes indiennes , et qu'on représente ainsi ; son nom signifie littéralement, «signe de bénédiction ou de bon « augure ^. " Je ne la vois pas représentée parmi les figures qui couvrent l'empreinte publiée par le colonel Low; mais on trouve dans sa liste, sous le n° 94, Sawatthéko, qui n'est, selon toute apparence, que la transcription du pâli sôtthika ou suvaithika, si telles sont en effet les transcriptions pâlies du sanscrit svastika. Les Siamois en donnent une explication trop restreinte, quand ils y voient une partie du vêtement d'un prince-. Je ne retrouve pas non plus le nom de ce symbole dans la liste de Baldœus. Le signe du Svastika n'est pas moins connu des Brâhmanes que des Buddhistes, et le Râmâyana parle en un endroit de vaisseaux marqués de ce signe fortuné^. Je n'oserais dire cependant que cette marque, dont le nom et l'usage sont certainement anciens, puisqu'on la retrouve déjà sur les plus vieilles médailles buddhiques, soit aussi fréquemment usitée chez les premiers que chez les seconds. 11 est certain que la plupart des inscriptions qu'on trouve gravées dans les cavernes buddhiques de l'ouest de l'Inde sont précédées ou suivies de la marque sacramentelle du Svastika, qui me paraît moins commune sur les monuments brâhmaniques. Le colonel Sykes, qui a traité à fond des symboles propres au Buddhisme, a reproduit, n"' 8 et 12 de sa planche, deux variantes de ce signe, qu'il n'hésite pas à déclarer essentiellement buddhistes*.

2. Çrîvastaya. C'est le Çrîvatsa des Vichnuvites et des Djâinas, qui est comme le précédent un signe de prospérité ; on le figure ainsi , et il est fréquemment cité chez les Buddhistes de toutes les écoles ^. Ce doit être le n° 92 de la liste de J. Low, quoiqu'il en écrive le nom avec peu d'exactitude, Sri watchotcha. Cependant, au n" 90 de cette même liste, lequel porte le nom siamois de Sde, Low ajoute que ce sde se nomme également Çrîvatsa. On doit conclure de ce rapprochement que l'article unique du Çrîvatsa s'est dédoublé dans la liste siamoise pour former le Sde et le Sri watchotcha. On remarque d'ailleurs , sur la planche de Low, au centre et derrière la roue, un collier de diamants qui reproduit assez bien la disposition du Çrîvatsa. Ce symbole manque dans la liste de Baldaeus. M. Sykes place un signe analogue à celui qui nous occupe parmi les nombreuses formes

' Rgja Ich er roi pa , t. H , p. iio. ' Notes on the relig. moral and political State of

^ Transactions, etc. t. III, p. 120. India, dans Journ. as. Soc. of Great-Britain , t. VI,

' Râmâyana, Ajôdkyâ kànda, chap. xcvii, St. 17, p. 454, et p. 207 et 208 du tirage à part, t. II, p. 348, éd. Gorresio. ^ Rgya tch'er roi pa,t. Il, p. 110.

APPENDICE. — N" Vin.

du Tchakra; je ne crois cependant pas que ces deux signes, celui de la roue et celui du ÇrtvaUa, aient entre eux le moindre rapport ^

3. Nandâvartaya. C'est encore un diagramme de bon augure , dont le nom véritable est Nandyâvarta, et le sens, "l'enroulement ou le cercle fortuné. » On n'en trouve pas la forme dans le Dictionnaire de Wilson ; mais Colebrooke , dans ses Observations sur les Djâinas le figure de cette manière :

nj

L" Amarahocha fait également de ce signe le nom d'une espèce particulière de temple ou d'édifice sacré ; or il eSt à remarquer que le Nandyâvarta des Djâinas peut passer pour une espèce de labyrinthe. L'auteur du Mahâvamsa emploie cette figure comme une qualification du mot conque dans une énumération d'objets de grand prix, samkhantcha nandiyâvattafh, et dans son commentaire, dakkhinasamkhafh , « une conque dont les spires tournent « vers la droite *. >> Low ne donne sur sa planche aucun signe semblable à celui que j'emprunte à Colebrooke. Je ne trouve dans sa liste que le n° gS , Nathî yatcha , ou » le jardin de « diamant , » qui réponde à Nandyâvarta. Ce symbole est dans Baldaeus soit le n" ^, « la « chaîne, « soit le n" lo, « le baudrier d'or. »

4. Sovastikaya. Il n'y a pas apparence que la figure désignée par ce mot diffère plus de celle qu'on a nommée tout à l'heure Svastikaya , que les deux noms ne diffèrent fun de l'autre. Celui de Sovastikaya est ou un dérivé ou un simple développement de Svastikaya ; il doit donc signifier ou « celui qui porte le Svastika, » ou « une espèce de Svastika. » Peutêtre, par cette différence de dénomination, a-t-on voulu désigner cette autre forme du svastika r\f, dont parle M. Hoffmann dans son Panthéon buddhique du Japon, et qui, selon lui, exprime l'idée du Tout, rà isà.v ^. Je ne rencontre, dans la liste de Low , que le n" gli, Sawatthéko , déjà expliqué sous le n° 1; et je ne trouve pas ce nom dans la liste de Baldaeus.

5. Avatanchakaya. Ce nom qui doit être lu avatarhsaka, sauf le ya final propre au singhalais, désigne « les pendants d'oreilles; •> on en trouve le nom sous le n° 83 de la liste de Low, altéré et mal traduit de cette manière : Awa vatsawannang , » le gobelet d'or. >> Si l'on

' Notes on the rel. State of India, p. 208. ^ Rgya tch er roi pa, t. II, p. 1 10. Colebrooke, Observ. on the Jains, dans 4^. Bes. t. IX, p. 3o8 , éd. Calcutta.

* Mahâwanso,t. I, chap. xi, p. 70, 1. 3, et Mahâv. Hkâ, f. io4 b.

' J. Hoffmann, Dos Buddha-Pantkeon von Nippon, p. 174. -

ne veut pas reconnaître le Çrîvatsa dans la figure que j'ai signalée sur la planche de Low en parlant du n" 2 , on pourrait très-convenablement en faire les pendants d'oreilles , car le signe en question est attaché à une petite potence qui semble indiquer qu'il doit être suspendu. Je ne trouve pas ce symbole dans Baldseus.

6. Vardhamânakaya. C'est là encore une sorte de diagramme mystique également familier aux Brahmanes et aux Buddhistes Son nom signifie « le prospère, » ou celui qui fait prospérer; mais je n'en connais pas la figure. Est-ce le n° g5 de la liste de Low, Watalo, dont on fait une partie de la coiffure qui couvi-e la nuque c'est ce que je n'ose rais affirmer, car faltération me paraîtrait bien forte. Dans l'énumération du Mahâvamso à laquelle j'empruntais tout à l'heure le nom de Nandyâvarta, paraît aussi le Vaddhamâna, que Mahândma commente ainsi : alafhkâratchunnam , « des ornements et des poudres " odoriférantes, >. et que Turnour ne traduit pas distinctement-. Je n'en vois ni le nom ni la traduction dans Baidaeus. On trouve fréquemment dans les cavernes buddhiques de l'ouest de l'Inde trois signes ainsi figurés , (t^ , et "^^^^ , qui paraissent au commencement et à la fin des inscriptions, comme l'établit le colonel Sykes pour le deuxième et le troisième signe, et relativement aux inscriptions copiées par lui à Djunir ^. Il se peut que le premier de ces signes soit la forme abrégée de quelque terme de bon augure, comme çr(, par exemple. Quant à la figure suivante, on trouvera peut-éti'e qu'elle doit être le Vardhamâna; je remarquerai seulement sur la seconde, , qu'elle est ancienne, car on la remarque fréquemment au revers des médailles de Kadphises et de quelques autres médailles indo-scythiques au type du roi cavalier et vainqueur et sur la troisième , qu'elle paraît n'être qu'une variante de la seconde.

7. BhadrapUhakaya, « le siège ou la chaise fortunée, » et plus exactement, «le trône. " C'est peut-être le piédestal oblong qu'on voit figuré sur la planche de Low, au troisième rang des lignes ovales que décrivent les compartiments juxtaposés. Mais je ne rencontre dans sa liste que le mot Pî thâ Rang , sous le n° 9, « le lit d'or, » qui rappelle la fin de ce terme composé. Le commencement Bhadra est peut-être représenté par le n" 78, Pato; mais ce terme est donné sans aucune explication. C'est le n° 7 de Baidaeus, «la chaise « d'or, » ou le trône , comme en sanscrit Bhadrâs'ana.

8. Prâsâdaya, « le palais. » C'est le n° 6 de la liste de Low, le Passato, en siamois Pra sât, figuré comme un palais de forme carrée. Il y a sur la planche de Low un bon nombre,

^ B.gya tch er roi pa, t. II, p. i lO. - Mahâwanso , t. I, chap. xi , p. 70, 1. 3; Mahdv. tikd, f. io4 b.

' Notes, etc. p. 210.

* Wilson, Ariana anticjaa, pl. X, n" 5, 9, 12 à 21; pl. V, n° 20, et pl. VIII, n° 17. Il est juste de remarquer que c'est au colonel Sykes et à J. Prinsep

qu'appartient cette remarque, que ce monogramme se trouve à la fois sur les médailles de Kadphises et sur celles du roi couronné par deux soldats (Sykes et Prinsep, Spec. ofBuddh. Inscript, dans Journ. as. Soc. ofBengaljt. VI, p. loSg et io46; Prinsep, New Varielies ofBactrian coins, dans Journ. as. Soc. of Bengal, t. V, p. 55o); Notes on the relig.p. 210.

APPENDICE. — N'-VIIT.

au moins huit, de figures de palais, entre lesquelles je ne saurais désigner celle qu'il faut choisir. Le palais se trouve probablement au troisième rang à gauche de l'objet dont la description va suivre. C'est le n° g ou « le palais royal » de Baldaeus.

g. Tôranaya, « l'arcade ou l'arc de triomphe. » C'est le n° 67 de la liste de Low, qui le traduit par wooden fence , « la clôture de bois ou la palissade. » On trouve en effet, au troisième rang de gauche des signes figurés sur la planche de Low , une clôture de bois trèsreconnaissable et placée à droite d'un palais dont j'ai fait l'attribution au n" 8 ; je remarque cependant que cette explication force un peu le sens primitif du sanscrit tôrana. Je ne reconnais pas ce symbole dans la liste de Baldaeus.

10. Svétatchhatraya , « le parasol blanc. » C'est, comme on sait, un symbole de la puissance royale. Cet article répond au n" 28 de la liste de Low, le Tchattanicha, ou la tige à sept parasols, comme la définissent les Siamois. On trouve en effet, sur la planche de Low, trois tiges de cette espèce juxtaposées et placées au-dessus de la clôture de bois. Mais sans donner à l'article qui nous occupe un sens aussi précis , j'aimerais mieux y voir plus simplement le parasol blanc que les rois se réservent le droit de porter, et dont la représentation se trouve à droite des trois tiges dont je viens de parler. C'est le Sombreiros n° 1 1 de la liste de Baldaeus.

11. Khadgaya, » l'épée ou le poignard. » Je ne trouve pas cet article dans la liste de Low; mais sur sa planche, au cinquième rang intérieur, on voit un compartiment où à côté d'un arc et d'une flèche est posée en long une épée. C'est le n° 12 de Baldaeus , « la « dague royale. »

ib. Nâlavrïntaya, « la réunion des tiges creuses. » Je ne trouve pas le nom de cet article dans la liste de Low; aussi ne puis-je déterminer définitivement comment il est représenté sur sa planche. Si par nâla on doit entendre les vaisseaux du corps vivant, on en verra une représentation approximative au troisième rang intérieur, à droite du Tchakra central, quand on regarde les doigts du pied; le compartiment que je signale rappelle des vaisseaux végétaux ou des animaux infusoires vus au microscope. Mais il est fort douteux que ce soit cet objet qu'on ait ainsi désigné.

i3. Mayârahastaya, « la poignée de plumes de paon. » Cet article est le n° 5i de Low qui le désigne ainsi : Mora putchang ou pîntcha, « les plumes de la queue du paon. » Et en effet, sur la planche de Low, à l'extrémité de droite du sixième rang intérieur, on voit une réunion de plumes prises à la queue du paon et rassemblées à leur base en manière de plumeau. C'est le n° i/i de Baldaeus, « l'éventail fait d'une queue de paon. »

ili. Tchâmaraya, » le chasse -mouche, » qui est fait de la queue du Yak. C'est l'article 47 de la liste de Low, Tchammatchurî ; sur sa planche on reconnaît un chasse -mouche,

au quatrième rang intérieur, dans un compartiment divisé en deux parties. Je ne le retrouve pas sur la liste de Baldaeus.

15. Uchnîsaya, «le turban. » C'est le second article de la liste de Low, où il est transcrit d'une manière barbare, Unahît sangtcha, ou en siamois, Mongkul, « la tiare de Bud- « dha. » Le seul objet qui sur la planche de Low rappelle une tiare ou une mitre, se trouve au quatrième rang intérieur à droite du Tchakra central , et exactement au-dessous du compartiment qui renferme le char du soleil. Au reste , l'interprétation des Siamois nous éloigne de l'idée qui aurait pu se présenter, savoir que Yuchncha désigne ici le tubercule qui couronne la tête du Buddha. Dans Baldaeus c'est le n° lo, «la couronne « royale. »

16. Maniya, « le joyau. « Cet article paraît répondre au n° 68 de Lov^', Mane thamang, qu'il traduit par « choses d'or et d'argent. » Sur la planche de Low on trouve deux compartiments, l'un au-dessus, l'autre au-dessous des plumes de la queue du paon, qui semblent figurer des pierres précieuses enfdées et suspendues à une courte tringle. Je ne vois pas d'ailleurs d'autre objet qui rappelle mieux des joyaux. Je crois que c'est le n° 1 7 de Baldaeus , « le collier de pierres précieuses. »

17. Sumanadâmaya, «la guirlande de fleurs.» Je ne vois pas, dans la liste de Low, d'article qui corresponde à celui-ci , non plus que de figure analogue sur sa planche. On pourrait tout au plus en rapprocher le plus élevé des deux compartiments que j'attribuais tout à l'heure à l'article du joyau; il n'est pas impossible d'y voir des cordes où seraient enfilées des fleurs, comme l'exprime le sanscrit sumanadâman. Le n° 3 de Baldaeus, « quelques roses , » répond peut-être à cet article.

18. Nûôtpalaya, « le nymphœa bleu. » C'est l'article !\% de la liste de Low, le Ninla ou Nîla palang, selon les Siamois, le Nîlot palang. Sur 1^ planche de Low, presqu'à l'extrémité du second rang intérieur, on voit cinq compartiments dans lesquels on a voulu représenter certainement des plantes analogues aux nymphaeas ; nous allons voir que la liste du Dharma pradipikâ en énumère quatre espèces à la suite les unes des autres. Je ne trouve pas ce symbole sur la liste de Baldaeus; voyez cependant plus bas, n° 21.

19. Raktôtpalaja, « le nymphaea rouge; >> c'est le n° ^9 de la liste de Low, Battang palang, « le lotus rouge des Siamois. " 11 faut en chercher la représentation dans un des cinq compartiments que je signalais tout à l'heure sur la planche de Low. Ce doit être le n° 18 de Baldaeus, « la fleur rouge des lacs. »

20. Raktapatmaya, «le nymphaea rose,» symbole que je ne trouve pas dans la liste de Low; mais il doit être certainement figuré dans un des compartiments du second rang intérieur, et c'est probablement un des trois nymphaeas dont les pédoncules pa-

raissent légèrement hérissés de pointes. Ce doit être le n" 20 de Baldaeus, « la fleur des «1 lacs double rouge. »

21. Svêtapatmaya , « le uymphaea blanc; » c'est le n° 5o de la liste de Low, Sùapalang, qu'il définit ainsi : « fleur de la classe des lotus. » Je crois qu'on peut rapporter ici un autre symbole de Low, qu'il a donné sans l'expliquer, et qui n'est réellement pas explicable sans la connaissance du sanscrit ou du pâli; c'est le n" 69 de sa liste, Buntharékang tatha bu Buntharékang , Bunnakato. Il est évident pour moi que cette orthographe barbare cache le sanscrit pan^ari/ca, «le nymphsea blanc.» L'addition du pundarîka expliquerait comment il se fait que l'on compte cinq lotus sur la planche de Low, tandis qu'on n'en compte que quatre dans l'énumération du Dharma pradipikâ. Sur la liste de Baldaeus je trouve trois articles consacrés au lotus blanc : le n^ ig, « la fleur blanche des lacs; » le n° 22, « la fleur des lacs double blanche ; » le n° 2 1 , « la fleur blanche des lacs , dont le cœur est « noir. " Je- suppose que le n" 1 g de Baldaeus est le Çvétapadma des Singhalais et le Sita palang des Siamois; que le n° 22 est le Pundarîka de la liste de Low; et qu'en admettant une légère erreur de traduction , on retrouverait notre n" 1 8 , le Nûôtpala , dans le n° 21 de Baldaeus.

22. Pârnakalasaya , «. le pot à eau rempli. « Comme ce symbole a beaucoup d'analogie avec le suivant, il n'est pas facile de déterminer auquel des deux articles de te liste de Low, et aussi auquel des compartiments de sa planche il correspond en réalité. Le premier des deux numéros de Low, qui est le troisième de sa liste , est ainsi défini : Bât keo înthanan, « le vase, la jarre. » Sur la planche de Low trois compartiments paraissent consacrés aux vases ou aux jarres; deux sont placés sur le quatrième rang intérieur à droite de la roue centrale; le troisième est sur le cinquième rang tout près de cette roue. A ce symbole répond certainement le n° 28 de Baldaeus, « le vase à boire plein d'eau. »

23. Pûrnapatraya, « le vase plein. « Si ce symbole n'est pas chez les Siamois le Bât keo înthanan du numéro précédent, ce que donnerait à croire le monosyllabe hât (pour le sanscrit pâtra) , ce doit être le Bunnang , « le pot à eau, » qui est le n" /i de la liste de Low. Je viens de dire tout à l'heure que l'on trouvait plusieurs figures de vases ou de pots sur la planche de Low. Il me paraît à peu près certain que ce symbole est le n° 16 de Baldaeus, « le pot aux aumônes des prêtres, qui est de cuivre. »

2/t. Samudraya, « l'Océan. » C'est le n" 20 de la liste de Low, Mahâsamutho, « le grand « Océan ; )> on en voit la figure au second compartiment du premier rang extérieur à droite de la roue centrale. C'est le n" 26 de Baldaeus, " la mer. »

2 5. Tchakravâlaparvataya , «la chaîne de montagnes qui entoure la terre. " C'est le n° 2k de la liste de Low, Tchakrawalang, et comme l'entendent les Siamois, « l'horizon « entourant le Meru et formant un mur de circonvallation. » Ce symbole est très-recon-

APPENDICE. — N° VÏIJ.

naissable sur la planche de Low, où il occupe un espace étendu au centre du premier rang extérieur, et où il représente un mur de forteresse. On verra, dans le n° XVIII de V Appendice, que cette idée de montagnes qui entourent la terre appartient aussi à d'autres peuples buddhistes chez lesquels la notion d'une enceinte circulaire de montagnes infranchissables se confond avec l'apparence que présente l'horizon. Dans Baldaeus, ce symbole porte le n° 27 et est ainsi défini : « mur en dehors du monde a"i Pm^a+oir^o <lco

" Siamois. » Cette définition rpnff>>-«ïo x>zic allusion légèrement inexacte à la situation qu'occupent les Enfers dits Lôkântarikas , au delà de chacune des terres entourées du mur d'enceinte et dans l'abîme qui les sépare les unes des autres; le mot purgatoire est un peu faible pour la rigueur de ces lieux de supplice.

26. Himâlaparvataya, « la montagne de l'Himâlaya; » c'est le n° 29 de la liste de Low, Hémawa ou Himala, « les monts Himàlayas. » Il y a sur la planche de Low sept compartiments consacrés à des montagnes désertes , sans compter quatre ou cinq autres figures dont le centre est occupé par un petit édifice habité ou vide. Il est difficile de dire laquelle de ces montagnes on a entendu désigner par le nom de Himalaya.

27. Méruparvataya, « le mont Mêru; >> je trouve ce symbole sous le n° 16 et avec son nom pâli de Sinéru dans la liste de Low; quant à la figure qu'il doit avoir reçue, il y a tant de montagnes dans plusieurs des compartiments de sa planche , qu'on est embarrassé de déterminer laquelle il faudrait choisir pour en faire la représentation symbolique du célèbre Mêru. C'est le n° 28 de Baldaeus, « la plus grande montagne du monde. »

28. Sûryamandalaya , « le disque du soleil; » c'est le n" 26 de la liste de Low, Suriya, « le Soleil ; » il est représenté sous la figure d'une divinité montée sur un char, dans le quatrième compartiment du troisième rang à droite de la roue centrale. C'est le n° 29 de Baldeeus, » le Soleil. »

29. Tchandramaiidalaya, «le disque de la lune;» c'est le n° 26 de la liste de Low, Tchandhéma, « la pâle lune argentée, » et sur sa planche, le cinquième compartiment du troisième rang, après la divinité du soleil. C'est le n" 3o de Baldajus, « la lune. »

30. Saparivâra satara mahâdvîpaya , « les quatre grandes îles avec leur entourage; » c'est le n° 19 de la liste de Low, Tchatur thipa, « les quatre Dvîpas. » Je ne suis pas sûr d'avoir trouvé la représentation des quatre grandes îles ou continents sur la planche de Low ; comme il ne serait pas naturel qu'elle y manquât, je suppose que les Dvîpas sont figurés par les quatre compartiments où l'on voit des montagnes disséminées autour d'une petite habitation inscrite dans un croissant à droite , dans un carré à gauche , dans un cercle au dixième compartiment de la première rangée de droite, et dans un ovale au septième compartiment de la première rangée de gauche. Ces différences de forme correspondraient a celles par lesquelles les Buddhistes distinguent les uns des autres les quatre continents.

Ainsi le carré du premier compartiment de gauche serait YUttarakuru; le croissant du premier compartiment de droite serait le Pârvavidéha; l'ovale du septième compartiment serait le Djawhudvîpa, et le cercle du dixième compartiment seraïtV Aparagôdhanîya. Dans la liste de Baldœus ce symbole se décompose en deux articles, le n° 33, «le Dieu des « quatre vents, » et le n" 3/4, « les deux mille serviteurs des quatre vents. »

31. Saparisat saptaratna tchahravartiya, «le o^u^t-mio T^Tinltmvartin, possesseur des I' sept joyaux avec sa suite. » A ce symbole paraît répondre, dans la liste de Low, le n° 02 , Tchakkawathi ; mais comme Low le traduit comme si c'était un oiseau, par exemple, le Tchakravâka, il faut de toute nécessité réserver le rapprochement du n" 62 pour le n° 61 de la liste du Dharma pradîpikâ. Sur la planche de Low, au troisième compartiment de la cinquième rangée , on voit assis un personnage portant d'une main le glaive et de l'autre le Tchakra ou la roue enflammée, et de chaque côté duquel sont agenouillés deux hommes dans l'attitude du respect; c'est là la figure que je prendrais pour celle du roi Tchakravartin. Je ne trouve pas ce symbole dans la liste de Bald*us.

32. Dakchinâvrïtta svétasamkhaya , « la conque blanche tournée à droite. » C'est le n° 02 de la liste de Low, Watta sançjho, « la coquille sang, » et en siamois. Sang Takhinnovat. On reconnaît ici une altération manifeste des mots indiens pris sous leur forme pâlie dakkhinâvatta. Les Buddhistes attachent, comme on sait, une valeur considérable aux coquilles dont les tours sont dirigés dans un sens opposé à celui qu'on observe chez la plupart des coquilles en spirale; c'est la rareté de ces exceptions qui en fait la valeur, et Low nous apprend qu'au rapport de Crawfurd une de ces coquilles aurait été payée jusqu'à deux cents livres sterling. Sur la planche de Low on remarque presqu'au centre et tout près de la roue enflammée , un gros coquillage qui repose sur un support : ce doit être là le Sagkha de notre texte. Dans Baldœus c'est le n° 35, « la conque de mer. »

33. Suvarnamatsya yugalaya , « le couple de poissons d'or. " A ce numéro répond, selon toute apparence , l'article 22 de la liste de Low, Yukhalang, mot où je vois une altération du sanscrit yugala. Low fait suivre ce terme de l'interprétation suivante : « les grands « poissons d'or qui sont cachés entre le Mêru et les Dvîpas. » Sur la planche de Low on voit, dans le troisième compartiment de la seconde rangée à droite de la roue, deux poissons qui peuvent représenter le couple dont il est question ici. Je préfère l'interprétation du n° 36 deBaldaeus, « le couple de poissons d'or. "

34- Tchakrâyudhaya , « l'arme du Tchakra, » ou " celui qui a pour arme le Tchakra. » Ce numéro peut répondre au symbole qui occupe le premier rang dans la liste de Low, Tchakkrâne ; cela est cependant douteux, parce que le numéro i"de cette liste indique, selon toute apparence, le Tchakra qui remplit le centre de l'empreinte sacrée. Si l'on veut voir ici une allusion à un homme armé du Tchakra, il faudra peut-être le chercher sur la planche de Low, dans le compartiment où j'ai déjà soupçonné la présence du roi Tcha-

kravariin; mais quand on aura opéré ce déplacement, où trouvera-t-on ce dernier monarque qui paraît cependant désigné à l'article 3i de la présente liste? Je ne rencontre pas ce symbole dans la liste de Baldœus.

35. Sapta mahâgaggaya, «les sept grands fleuves. « C'est le n° 17 de la liste de Low, Sattha màha khangka , « les sept grandes rivières. « J'en reconnais la représentation dans le premier compartiment de la seconde rangée à gauche de la roue centrale. Je remarquerai de plus que cet emploi du mot gaggâ dans l'acception générale àe fleuve, nous ramène vers l'île de Ceylan, où il est, comme on sait, très-ordinaire. C'est le n° 87 de Baldaeus, « les sept fleuves principaux ou rivières mères. »

36. Saptamahâhradaja , « les sept grands lacs. » C'est le n° 3o de la liste de Low, Satta maha sara, «les sept grands lacs de l'Himalaya. » J'en trouve la figure dans le troisième compartiment de la première rangée à gauche de la roue. Ce compartiment, qui est un des plus étendus, est divisé en sept carrés du milieu desquels s'élève un nymphœa pour marquer qu'ils contiennent de l'eau, et sur les bords desquels paraissent des arbres. Ce symbole se retrouve probablement dans le n° 39 de Baldaeus, « les sept étangs royaux; » le mot royal paraît ici n'être qu'une traduction du siamois plira, qui indique l'éminence et la supériorité en général^, et qui doit répondre au titre barman OOCpS iharâh , que l'on prononce pharâh. ^.

37. Saptamahâçâilaja , « les sept grandes montagnes. » Ce symbole est probablement le même que le n° 74. de la liste de Low, le Sattaphanphot, ou les montagnes ainsi nommées; on reconnaît aisément ici une altération d'un terme mi -parti sanscrit et pâli, comme satta parvata, « les sept montagnes. » Sur la planche de Low la figure correspondante à cet article doit se rencontrer dans la seconde rangée au-dessus du paon , à gauche et derrière la roue centrale. C'est le n° 38 de Baldaeus, «les sept montagnes avec toutes les pierres « précieuses. >

38. Suparnarâdjaya , « le roi des Suparnas ou des Garudas. » C'est le n° 6li de la liste de Low, Supanno, « Garucla. » On sait que chez les Buddhistes, et particulièrement chez ceux du Sud, ce nom de Suparna, «l'oiseau aux belles ailes, » qui est aussi souvent employé que celui de Garada, nom propre de l'être moitié homme et moitié oiseau qui sert de monture à Vichnu , désigne une classe nombreuse d'oiseaux de même sorte qui jouent un grand rôle dans les légendes , et qu'on se figure animés d'une haine implacable contre les Nàgas ou serpents. Je crois en reconnaître la figure dans le sixième compartiment de la première rangée à gauche de la roue centrale. Dans Baldaeus je ne trouve que le n° 65, « l'oiseau nommé Krapat, » qui ressemble à cet article; mais je montrerai, sur le n° 62, que c'est à cet article 62 même que convient le mieux le n° 65 de Baldaeus,

' Grummatica lingnœ Thai, anctore D. J. Bap- Siamensi , page 80; Bancjkoh , i85o , in -4°. tista Pallegoix, episcopo Mallensi, vicario apostolico - Judson, Barman Diction, p. 2 65.

634 APPENDICE. — N° Vni.

89. Sinsumâraya, « le marsouin du Gange; » et au n° 66 de ia liste de Low, le Sungsu, « l'alligator ou le crocodile. » Je ne suis pas sûr de l'acception précise dans laquelle doit être pris ce symbole. Faut -il y voir le dauphin du Gange [delphinus Gangeiicus) ou le signe céleste du Dauphin? La planche de Low semble fournir des motifs pour l'admission simultanée de ces deux interprétations. Ainsi , au quatrième compartiment de la première rangée à gauche du Tchakra, on voit la figure de deux animaux de la classe des sauriens, qui représentent selon toute apparence deux espèces de crocodiles : ce sont peut-être là les animaux qu'on désigne parle nom altéré de sinsumâra pour çiçamdra. D'un autre côté, au quatrième compartiment de la seconde rangée, justement au-dessous des deux crocodiles, on voit une sorte de dragon à écailles qui pourrait bien n'être qu'une représentation fantastique du çîçumâra céleste , terme dont la signification paraît avoir varié même dans les monuments de la littérature brâhmanique. J'avoue cependant que je préfère, quant à présent, la première explication qui est également celle de Baldaeus, au n° 4i de sa liste, « le roi des caïmans ou des crocodiles. »

!\ o. Dhvadjaya, « la bannière. » C'est le n° 1 1 de la liste de Low, Dhâ tchang, « la ban- 11 nière. » Dans la quatrième rangée , à gauche de la roue centrale , on remarque deux compartiments, le quatrième et le cinquième, où sont figurées trois formes de bannières, de drapeaux et d'étendards. Il me paraît vraisemblable que le nom de Dhvadjaya doit s'appliquer au quatrième compartiment où se voit une bannière attachée à un mât, qui est lui-même surmonté d'une flamme. C'est le n° 42 de Baldaeus, « la bannière. » Le colonel Sylœs, sur sa planche représentant une série de symboles propres au Buddhisme, place trois étendards dont il retrouve la figure sur des monuments et des médailles buddhiques ^. J'hésite cependant à faire de cet insigne essentiellement militaire , un symbole exclusivement propre aux sectateurs de Buddha.

4i. Patâkaya, « l'étendard. « C'est le n° 12 de la liste de Low, Pato, « l'enseigne de pa- « pier. » Au cinquième compaitiment que je viens de signaler sur l'article 1 1 de Low, je remarque, à côté d'un drapeau flottant, une autre sorte d'étendard roide auquel doit répondre le nom de Patâka. Baldaeus l'entend du reste comme le capitaine Low, car son n° 43 désigne un petit étendard de papier.

/i2. Svarnasivihaya, « la litière d'or. » Cet article doit répondre au n" 1 3 de la liste de Low, quoique les noms ne conviennent pas, Low fexprimant ainsi : Khâii hân ola, ce qui peut être une interprétation siamoise. Quoi qu'il en soit, j'en crois reconnaître la figure à la quatrième rangée de gauche, derrière le Tchakra, et dans le compartiment placé juste au-dessous de celui où j'ai signalé les joyaux. C'est un petit temple couvert, à ia base duquel sont adaptés quatre bras, dont la destination est sans doute de rendre le temple portatif. C'est le numéro 4'i de la liste de Baldaeus, « la chaise à porteurs ou la « litière. »

' Sykes, Notes on thc religious, moral and political State oj India, p. 20g du tirage à part.

APPENDICE. — N"Vin.

43. Svarnapralavyandjanaya. J'ignore ce qu'il faut entendre par cette définition où prala ne fait pas de sens, du moins pour moi. Si on lisait pralamha, on pourrait traduire, « les » insignes d'or suspendus; » mais outre que je ne trouve pas dans la liste de Low d'article correspondant à celui-ci, l'incertitude où nous sommes déjà sur la signification précise des objets dont j'ai parlé tout à l'heure sous les n"" 16 et 17, serait augmentée par la traduction que je propose pour cet article; car les deux compartiments auxquels je fais allusion figurent assez bien des objets précieux servant d'insignes, qui sont suspendus à une courte tringle. Une légère correction apportée à la leçon de la liste singhalaise donne, je crois, le mot de l'énigme; si vyandjana est un provincialisme pour vyadjana, « l'éven- « tail, " provincialisme justifié par l'habitude où sont les Singhalais d'ajouter une nasale non étymologique devant les consonnes gutturales et palatales, nous traduirons « l'éventail « au manche d'or. « Ce sera le n° 45 de Baldaeus, « l'éventail à long manche, » et sur la planche de Low un des trois éventails à manche qui figurent immédiatement derrière la roue centrale.

44. Kâilâsaparvataya , « la montagne Kâilasa. « C'est le n° 79 de la liste de Low, Kelasa bapphato, « la montagne Kelasa » ou du Kâilasa; mais je ne saurais dire exactement à quel endroit elle se trouve sur la planche de Low, où, comme je l'ai déjà remarqué, il ne manque pas de compartiments figurant des montagnes. Dans la liste de Baldaeus ce symbole est ainsi défini au n° 46, " une montagne sur une île. »

45. Simharâdjaya, « le roi des lions. » C'est le n° 87 de la liste de Low, Singharadja, qu'il explique par « quatre espèces délions. » J'en trouve, autant que je puis croire, deux figures à la seconde rangée de gauche , derrière le Tchaha central : l'une qui est placée au-dessus de l'extrémité gauche du grand mur d'enceinte doit être ie lion; l'autre qui vient à la gauche du précédent semble être une lionne. C'est, si je ne me trompe, à la première de ces deux figures que doit s'appliquer la dénomination de l'article qui nous occupe. Le n° 4o de la liste de Baklseus le définit ainsi, « le roi des animaux. »

46. Vyaghrarâdjaya , « le roi des tigres. » C'est le n° 38 de la liste de Low, Phayakkha Radja, « le tigre royal. » Je crois le reconnaître sur la planche de Low, immédiatement derrière le lion que je viens de signaler sous l'article précédent. C'est le n° 48 de Baldaeus, « le roi des tigres. »

47. Valâhaka açvarâdja, « le roi des chevaux Valâhaka. " C'est le n" 34 de la liste de Low, Walahako, «le cheval de l'Himalaya, le cheval du ciel. » On ne voit pas bien au premier abord ce qu'il faut entendre par cette dernière définition; mais comme Valâhaka rappelle certainement le nom de Vâlâhaka qui désigne le cheval fabuleux, l'un des sept joyaux d'un monarque souverain, et que ce cheval a la faculté merveilleuse de traverser le ciel en volant, il est à peu près certain que le cheval du ciel des Siamois est le Valâhaka des Singhalais et le Vâlâhaka des Buddhistes du Nord. Les manuscrits ne sont pas d'accord

sur l'orthographe de ce mot. Le Lolita vistara de la Société asiatique et l'un de ceux de M. Hodgson lisent vâlâhaka; mon mainuscrit, que je désigne par la lettre A, donne au contraire vâlohaka ' . Je pense que la première voyelle du mot doit être un â long, car il y a lieu de supposer qu'on a ici le mot bâla, « queue de cheval, » mot qui est écrit aussi souvent vâla. Le reste du nom ne peut faire de sens, si je ne me trompe, qu'en lisant ûhaka, dérivé de vah, « porter, » mot qui rapproché de nhanî, «balai, » et réuni à vâla, ferait vâlohaka, « celui dont la queue est en forme de balai. « La mythologie populaire de l'Inde connaît également un cheval d'un nom analogue, Vâlâhaka, qui désigne un des coursiers du char de Krïchna. Sur la planche de Low on trouve au sixième compartiment de la seconde rangée à droite de la roue un cheval placé auprès de l'éléphant dont il sera parlé tout à l'heure dans l'article suivant. Ce symbole est le n° .49 de Baldœus , « le cheval qui s'élance. >>

Ixdi. Upôsatha hastirâdjaya, « le roi des éléphants Upôsatha. » C'est le n° Sg de la liste de Low, Ubhosatho , « l'éléphant vert. » J'ignore pourquoi on nomme ainsi l'éléphant d'un nom qui désigne ordinairement, chez les Buddhistes du Sud, les six premiers jours qui suivent la pleine lune 2, ou encore, d'une manière plus générale, un jour de fête, comme le jour de la pleine lune, le huitième du décours, le jour de la nouvelle lune et le huitième de cette même lune et d'une manière spéciale, l'enseignement des Sattas ou traités religieux fait devant l'Assemblée C'est certainement par allusion à l'une de ces trois significations que le roi des éléphants, comme l'appelle le Dharma pradipikâ, aura été ainsi dénommé. Peut-être a-t-on voulu dire par là féléphant qui se montre principalement les jours de fête, « l'éléphant de parade. » Sur la planche de Low les septième, huitième et neuvième compartiments de la seconde rangée de droite sont occupés par trois éléphants, dont je suppose que le premier à gauche est celui que désigne notre article, par la raison que sur la planche comme dans la liste du Dharma pradipikâ il est placé auprès du cheval. Dans celle de Baldseus , trois numéros sont consacrés à l'éléphant, le n" 5o, « l'é- " léphant rouge, » qui est probablement celui du présent article, et les n"' 5i et 55 dont je parlerai tout à l'heure.

49. Vâsukinâgarâdjaya, « le roi des Nâgas Vâsuki. » C'est le n" 23 de la liste de Low, Radja Nâga, « le roi des serpents. >' On en voit la figure au cinquième compartiment de la première rangée de droite, auprès des crocodiles. C'est le n" 47 de Baldaeus, « le roi des " serpents. «

50. Hancharâdjaja, « le roi des oies ou des cygnes. « C'est le n" 56 de la liste de Low, Hangsatcha, «foie des Brâhmanes. » La planche de Low abonde en figures d'oiseaux, entre lesquelles le lecteur est libre de choisir; il me paraît probable que le Hamsa (ainsi

' Lolita vistara, f. 1 1 6 du manuscrit A, f. 12 a Judson, Barman Diction, p. 45.

du manuscrit B, f. 10 a du man. de la Soc. ariat. " Pliâtimôkhha , manuscrit de la Bibl. nat. f. 2 b,

- Ciough, Singhal. Diction, t. II, p. 81. et p. 6 de ma copie.

que le mot doit s'écrire) est une des figures du sixième ou du septième compartiment de la première rangée de droite. Sur la liste de Baldaeus c'est vraisemblablement le n" 53 , « le casoar, » qui répond à cet article.

51. Vrïchahharâdjaja, « le roi des taureaux. » C'est le n" 43 de la liste deLow, Usahho, " le roi des bœufs blancs de THimâlaya. « Il faut probablement faire rentrer également ici le n° 73 qui en paraît un dédoublement, et qui est écrit Mahéngsa ou Mahéselo, mots qui sont l'altération siamoise du pâli Mahisa ou du sanscrit Mahichai, « le buffle. « Sur la planche de Low deux animaux de la race bovine sont figurés dans les deux compartiments de la seconde rangée qui sont placés immédiatement au-dessus du mur d'enceinte. C'est le plus central de ces deux compartiments qui doit répondre à notre article 5i. Dans la liste de Baldaîus ce qui le représente est le n° 54, « le roi des vaches blanches. «

52. Àirâvanahastirâdjaya, «le roi des éléphants Âirâvana. » C'est le n° 42 de la liste de Low, Eravanno, « féléphant d'Indra. » Sur la planche de Low quatre compartiments sont consacrés aux éléphants, trois à la seconde rangée de droite, et un au troisième compartiment de la quatrième rangée de gauche. Comme ce dernier est caparaçonné, c'est selon toute apparence celui dont l'artiste a voulu faire l'éléphant d'Indra. Je crois aussi que le n° 5i de Baldaeus, « féléphant blanc, » répond à notre article.

53. Svarnamakaraya, «le Makara d'or.» C'est probablement le n° 5j de la liste de Low, Mangkaro, le Makara ou dauphin plus ou moins fabuleux des Indiens. On en doit peut-être chercher la figure au second compartiment de la quatrième rangée de droite sur la planche de Low. Ce symbole se trouve sans doute sous le n° 52 de la liste de Baldaeus , « le serpent d'eau. «

54. Tchaturmukha[ya] , « Brahmâ aux quatre faces. » C'est le n° 53 de la liste de Low, Tchattu mukha, «Brahmâ. » On voit sa figure dans le troisième compartiment de la cinquième rangée de droite en avant du Tchakra central. C'est le n° 32 de Baldaeus, «le « Dieu le plus élevé du ciel. »

55. Svarnanâvukaya, « le vaisseau d'or. " C'est le n° 46 de la liste de Low, Nawa, « le « vaisseau. » Il est figuré dans le troisième compartiment de la première rangée de droite. C'est le n° 57 de Baldaeus, « le vaisseau d'or. »

56. Savatsakadhênuvaya, «la vache avec son veau. " A cet article répondent, dans la liste de Low, les n*" 44 et 45 , Me Kho, « la vache d'abondance, » et We tcha ka, « le veau. <> Sur la planche un seul compartiment est consacré à ces deux symboles , et on y voit sous la vache un veau qui allonge le cou pour la téter; c'est le compartiment de la seconde rangée qui est placé juste au-dessus de la dernière portion du grand mur d'enceinte. La liste de Baldaeus définit ainsi ce symbole , « la vache avec son veau qui la tette. »

APPErNDICE. — ]\"VI1I.

57. Kimpurchaya , « le génie nommé Kimparucha. » Je ne retrouve pas ce numéro dans la liste de Low ; et il est probable qu'on l'a réuni avec le suivant dont il diffère peu , et que donne la liste sianîoise sous le n° 69. Au septième compartiment de la seconde rangée de gauche on voit deux figures, l'une mâle et l'autre femelle, qui ont la partie inférieure du corps semblable à celle de grands oiseaux. C'est là sans doute la représentation des êtres fabuleux définis dans l'article 67 et dans l'article suivant. Baldseus est ici mieux d'accord avec la liste singhalaise; il a les deux symboles, d'abord sous le n° 58, «un « ange, » puis sous le n° 60 dont je vais parler.

58. Kinnaraya, « le Kinnara. » C'est le n° ôg de la liste de Low, Kînaro, « deux figures « moitié oiseau et moitié homme. » Le compartiment de la planche de Low, décrit sous le n° 57, répond certainement à notre article. Dans la liste de Baldseus on trouve deux numéros répondants à ce symbole : le n° 60, « un être moitié homme, moitié oiseau; » et le n" 61, « la femme du précédent, »

59. Kuravîkaya, « le coucou indien. » J'ai déjà eu occasion d'examiner ce mot en parlant des qualités qu'on attribue à la voix du Buddha ' ; si kuravîkaya est une orthographe authentique, l'oiseau dont il est question ici sera le caculus melanoleucus . Si au contraire kuravîka n'est qu'une altération de karavika, il y faudra voir le passereau. C'est d'ailleurs le n° 58 de la liste de Low, Karavîko, et d'après son explication, «l'oiseau mélodieux du «paradis. « Il y a sur la planche de Low, presqu'au centre de la seconde rangée, sept compartiments qui reproduisent diverses espèces d'oiseaux, sans compter les trois de la première rangée de droite. C'est au lecteur à choisir parmi ces figures celle qu'il croira le mieux convenir à l'article ambigu que je viens d'examiner, car j'avoue ne posséder aucun moyen sûr de diriger son choix. Sur la liste de Baldaeus le symbole de cet oiseau est ainsi exprimé, n" 62, » l'oiseau chanteur. »

60. Mayûrarâdjaya, « le roi des paons. « C'est l'article 60 de la liste de Low, Mayuro , « l'oiseau ainsi nommé. » Le paon est assez reconnaissable au dixième compartiment de la troisième rangée de la planche de Low. C'est le n" 63 de Baldœus, « le roi des paons. »

61. Krâuntcharâdjaya, "le roi des hérons, » Yardea jacalator de Buchanan. C'est probablement le n° 61 de la liste de Low, Kadja radja, qu'il définit ainsi : « oiseau habitant « les vallées de l'Himâlaya. » On en voit, selon toute apparence, la figure au septième compartiment de la rangée de droite, sur la planche de Low; c'est l'oiseau qui est représenté au moment où il s'envole : il semble que les autres oiseaux aient le col trop court pour être des hérons. Je le retrouve sous le n" 64 de la liste de Baldaeus, « le roi des grues. »

62. Tchakravâkarâdjaya , «le roi des oies rougeâtres i> spécialement nommées anas casarca. C'est le n° 62 de la liste de Low, Tchakkawathî, qu'il se contente de définir ainsi,

' Ci-dessus, p. 565 et 566.

n autre oiseau. » Il est représenté par l'oiseau figuré dans le onzième compartiment de la troisième rangée de la planche de Low, le seul des nombreux volatiles de cette planche qui ait un bec plat et des pattes qui paraissent palmées. Je soupçonne que ce symbole se trouve au n° 65 de la liste de Baldaeus, « l'oiseau nommé Krapat; » ce nom de krapat peut bien n'être qu'une altération par contraction de tcliakravâka, prononcé à la façon siamoise tcha-kra-pat.

63. Djivahdjivakarâdjaya, « le roi des faisans » ou des perdrix, car nos lexiques donnent l'un et l'autre sens à djîvandjiva. C'est le n" 63 de la liste de Low, Tcliîva kantchika, qu'il interprète par « aigle ou faucon. » J'en crois reconnaître la figure dans le neuvième compartiment de la troisième rangée de droite sur la planche de Low, entre le coq et le paon. La liste de Baldaeus suit assez régulièrement celle du Dharma pradipikâ, povr qu'il soit permis de conjecturer que le n" 66 de Baldaeus , « l'oiseau Kuyshit, » répond au symbole du présent article, quoique les noms ne conviennent pas et que je ne puisse dire quel est cet oiseau.

6/4. Chatvidhadivyalôkaya , « les six espèces de mondes divins. » C'est probablement le n" i8 de la liste de Low, Tcha kâma watchara, « les six premières mansions, y compris <i l'habitation des mortels. » Ce sont les six étages de la première des trois régions , celle des désirs, où vivent les êtres nommés Kâmâvatchara ; je renvoie à ce que j'en ai dit dans le premier volume de VIntrodaction à l'histoire da Baddhisme ^. Sur la planche de Low on voit une série de quatre compartiments qui commencent à la quatrième rangée et finissent à la septième; seulement on y compte huit étages au lieu de six, nombre qui suffirait pour que la définition fût exacte. Cette différence m'engage à supposer que le premier compartiment seul représente les six divisions du monde des désirs : on y trouve, en effet, six sous-divisions qui doivent figurer les six mondes. Au reste ce symbole se retrouve dans le n" 67 de la liste de Baldaeus, « les sept cieux. »

65. Sôdasavidhabrahmalôkaya , « les seize espèces de mondes des Brahmâs. » Je ne trouve pas cet article dans la liste de Low, quoiqu'il en parle dans son commentaire^; mais les trois compartiments placés au-dessus de celui que j'examinais tout à l'heure, et ou l'on compte quinze sous- divisions surmontées de l'image d'un petit temple, me paraissent figurer les seize mondes de Brahmâ. Ce numéro est le n° 68 de Baldaeus, «les seize « cieux. »

Je viens de passer en revue, d'après le Dharma pradipikâ, la liste des figures que l'imagination des Buddhistes de Ceylan , du Barma et de Siam croit retrouver sur l'empreinte sacrée du pied de Çâkya. Ces objets sont, à bien peu d'exceptions près, les mêmes que ceux dont on doit à Baldaeus et à Low deux énumérations empruntées aux Siamois, et ils se retrouvent également sur la planche publiée par cet officier dans les Transactions de la So-

' T. 1, p. 599 et suiv. — - Transact. of the roy. Asiat. Soc. of Great-Britain , t. III, p. 83.

ciété asiatique de Londres. Je ne dirai que quelques mots des différences que présentent entre elles ces diverses autorités. La première porte sur le nombre des signes dont le Dharma pradîpikâ compte soixante-cinq, Baldseus soixante-huit, et la liste de Low quatre-vingt-seize. Low nous apprend lui-même que parmi les empreintes assez nombreuses que l'on dit exister dans le Laos et dans le pays des Barmans, on remarque des différences dans l'ordre et dans le nombre des signes ^ Cette observation doit rendre moins étonnante à nos yeux la divergence que nous remarquons ici entre une liste de Siam, une liste de Ceylan et une empreinte figurée due à un artiste siamois. Un examen rapide suffit d'ailleurs pour constater que la liste de Low ne fait que dédoubler des définitions qui se trouvent déjà chez les Singhalais. Les cas où elle admet un symbole nouveau et qu'on retrouve figuré sur l'empreinte elle-même , ont moins de valeur que les dédoublements. Mais ce qui devra frapper le lecteur, c'est l'analogie qu'offre la liste recueillie en i65/i par les Hollandais à Siam avec celle du Dharma pradîpikâ. Cette analogie est telle, que les figures se suivent presque régulièrement dans le même ordre sur l'une et l'autre liste. Sur les soixantecinq définitions du Dharma pradîpikâ, l'énumération de Baidaeus en donne cinquante-six. Les neuf autres, qu'on ne retrouve pas dans le Dharma pradîpikâ , ou sont des dédoublements de symboles déjà existants dans l'une et l'autre liste , ou reparaissent parmi les symboles ajoutés par l'énumération de J. Low.

Afin d'achever d'éclaircir ce sujet , je vais passer en revue les articles du commentaire de J. Low qui paraissent devoir rentrer dans des symboles déjà exprimés, pour m'occuper ensuite des symboles réellement nouveaux. Ainsi le Toubai lakchai, ou étendard royal, n° 7 de la liste siamoise, fait double emploi avec un des articles 4o ou 4i de la liste singhalaise, articles qui sont consacrés aux symboles de l'étendard et du drapeau. Sur l'empreinte même il paraît en réalité trois sortes distinctes de drapeaux; mais on s'explique sans peine comment il se fait qu'un artiste siamois ait été conduit à introduire parmi les deux signes que fournissaient déjà des autorités écrites, l'étendard national de ses rois.

Le n" 10 de Low, Banlangko , qui est défini « la couche de pierre ou le siège d'un Bud- « dha , « est une mauvaise orthographe du pâli pallagka pour le sanscrit paryayka. Ce mot ne désigne pas seulement une manière de s'asseoir bien connue, laquelle consiste à ramasser les jambes sous le corps dont le buste reste droit, ainsi que je l'ai déjà montré plus haut^; il signifie encore un bois de lit^, et par extension, un lit; c'est cette dernière acception qu'exprime, avec une altération d'orthographe, le Banlangko des Siamois. Si tel est le sens de ce terme, cet article devra rentrer dans celui qui le précède, le symbole du siège, PU thâ kang pour Pîtha. Si l'on aime mieux prendre Banlangko dans le sens de palanquin, il faudra y voir un dédoublement du n° 42 des Singhalais, relatif à la litière d'or.

Le n° 2 1 de Low, Thawâwî sahatsa parîvârâ, qu'on interprète ainsi, «les deux mille " Dvîpas inférieurs ou îles qui entourent les quatre grands Dvîpas , » doit certainement rentrer dans la définition des quatre grandes îles, selon le n° 3o de la liste singha-

' Transact. etc. t. III, p. 71. ^ Amarakocha , liv. II, chap. vi, sect. 3, st. Sg;

^ Ci-dessus, chap. i, f. 12 h, p. 334- éd. Loiseleur, p. i58.

laise : on a vu que les îles inférieures y sont positivement comprises sous la désignation de saparivâra, « avec ce qui entoure » les grands continents. Mais ce dédoublement doit être ancien chez les Siamois, car il se trouve déjà dans la liste de Baldœus, qui fait deux articles, les n"' 33 et 34, des quatre points cardinaux et de leurs deux mille subordonnés, comme s'exprime cette liste.

Le n° 3 1 de Low , Pantcha maliânadî, qu'on interprète ainsi , « les cinq rivières sortant " des sept lacs, » offre beaucoup d'analogie avec le numéro suivant ou le n" 32 , « les sept " grandes rivières, » qui répond au n° 35 de la liste singhalaise. 11 se peut cependant qu'on ait voulu Bgurer ces cinq rivières dans le compartiment où j'ai cru reconnaître , comme je l'ai dit plus haut sur le n" 12, des tubes ou vaisseaux tubuleux '.

Le n" 33 de Low, Maha maicha wanla mukha samut, ou a la baleine," paraît faire double emploi avec le n° 67 que j'ai expliqué plus haut sur le n° 53 de la liste singhalaise. Je dois avouer que la figure du second compartiment de la quatrième rangée de droite sur la planche de Low, convient mieux au n° 33 qu'au n" ôy, auquel je proposais de la rapporter ; cela ne prouve cependant pas que ces deux articles ne soient pas le développement l'un de l'autre.

Le n° 35 de Low, Kanthat assawarat , qu'on interprète ainsi, « le cheval qui porta Çâ- <i kya jusqu'à la Yamunâ , <> quand il quitta son palais, doit rentrer dans le numéro précédent, lequel correspond au n° 4.7 de la liste singhalaise. On en voit cependant la figure à la troisième rangée de gauche de la planche de Low, immédiatement au-dessous du parasol. Un artiste buddhiste ne pouvait oublier le célèbre coursier Kantata; mais comme il n'est pas supposable qu'il existe à la fois deux rois des chevaux , il est fort probable que les articles 34 et 35 de Low doivent rentrer l'un dans l'autre. Je rattacherai de même à ce dernier numéro le trente-sixième de Low, Se, « le fouet dont Çàkya se servait quand il « montait son cheval. » Je suis convaincu que cet objet n'a pas assez d'importance pour figurer à part dans cette liste de choses rares ou précieuses. Du reste on a peut-être voulu le représenter à la cinquième rangée de gauche , presque derrière le Tchakra centi-al , sous la forme d'un bâton à tête contournée ou d'une sorte d'aiguillon. Ce qui me confirmerait dans cette supposition, c'est que Baldaeus, sous le n° 8, parle d'un objet ainsi défini : « le « croc pour diriger les éléphants. »

Les n"' 4o et 4i de la liste de Low, Tchatthanto, « l'éléphant blanc, » et Sakingnakha ou Sakinako, « l'éléphant rouge de l'Himalaya, » ne font que répéter, sous d'autres noms, les articles 48 et 52 de la liste singhalaise. Quoiqu'on trouve sur la planche de Low quatre figures d'éléphants , dont un seul est caparaçonné , ce qui m'a décidé à en faire la monture d'Indra, cela n'est pas une raison pour croire qu'on ait eu réellement dans le principe l'intention de reconnaître sur l'empreinte vénérée du pied de Çàkya un nombre aussi varié de ces quadrupèdes. Low nous apprend que les Siamois entendent par Tchatthanto, « l'élé- « phant blanc, roi de l'Himalaya; » cette donnée s'accorde parfaitement avec un détail de même ordre que nous connaissons par le Mahâvamsa de Turnour, où se trouve citée une espèce d'éléphant connue sous le nom de Tchhaddanta, qui passe pour supérieure aux

^ Voyez ci-dessus, p. 628.

autres, et qu'on fait naître auprès d'un lac himâlayen de ce nom'. Cette dénomination de Tchhaddanta rappelle l'éléphant aux six défenses, Chaddanta, sous la figure duquel les Buddhistes du Nord croient que le Bôdhisattva s'incarna dans le sein de Mâyâ dêvî^. Je serais tenté de supposer que l'orthographe de Tchhaddanta, que nous savons être familière aux Buddhistes de Ceylan et de Siam, doit son origine à une particularité de l'orthographe pâlie, où le nom de nom])re sanscrit c/^a^ , « six, » se change quelquefois en tchhal ou même en tchha. Quoi qu'il en soit, le symbole qui nous occupe paraît également sous le n° 55 de la liste de Baldaeus, où il est ainsi défini : « l'éléphant à trois têtes et à trois queues. » Si c'est de cette manière que les Buddhistes de l'Inde transgangétique se représentent ce fabuleux animal , l'explication de son nom de chaddanta est toute trouvée; s'il a trois têtes, il doit avoir six défenses : mais je ne me souviens pas d'avoir vu ailleurs l'indication de cette monstruosité. Je trouve même une autre interprétation du nom de « qui possède six dé- « fenses, » laquelle est encore suffisamment merveilleuse, mais qui choque un peu moins le bon sens. Suivant l'opinion d'un Barman instruit , il existait autrefois dix espèces d'éléphants, et le roi de la première espèce se nommait Chaddanta, en barman Tchaddan, parce qu'il sortait de ses défenses des jets de lumière colorés de six manières différentes^. Il nous resterait à expliquer la qualification de « roi de l'Himalaya, " qui est attribuée à cet éléphant. Sans doute les Buddhistes du Sud ont pu croire qu'il existait des éléphants dans l'Himalaya, puisque cette idée a été conservée par le Mahâvamsa; et on a pu d'autant plus facilement y être conduit, que c'est dans les parties montagneuses de la presqu'île indienne et de Ceylan que naissent, au rapport des indigènes, les éléphants les plus intelligents et les plus forts. Il se pourrait cependant qu'elle tînt à une tradition plus ancienne, à celle par exemple que Weber a trouvée dans le Vâdjasanéyï safhhitâ du Yadjarvêda, et qui prouve que , selon les Brahmanes , l'éléphant était consacré à fHimâlaya peut-être par suite d'un jeu de mots entre naga, « montagne, » et nâga, « né dans la montagne. »

Le n° 65 de la liste de Low, Hera, « Çiva, » paraît isolé dans cette liste, où nous ne voyons d'autre divinité brâhmanique que Brahmâ. Rien n'en annonce la présence dans la liste singhalaise, et sur la planche de Low je ne vois au dessous de l'image de Brahmâ qu'un personnage à quatre bras, qui rappelle plutôt Ganêça que toute autre divinité. Peut-être Hera n'est-il ici que l'altération du nom sanscrit Hêramba, par lequel on désigne aussi Ganêça. Si cela était, cet article devrait être placé non parmi les dédoublements, mais parmi les additions nouvelles que nous donnent la liste et la planche de Low.

Je ne puis voir autre chose qu'un double emploi dans le n° 72 de la liste de Low, Baraphet, « neuf espèces de pierres précieuses, » rapproché du seizième article de la liste singhalaise maniya, « le joyau. » J'ai déjà dit qu'il n'était pas facile de retrouver sur la planche de Low la figure réelle des joyaux ou pierres précieuses. Aux conjectures que j'ai faites sur les articles 16 et 17 de la liste du Dharmapradipikâ, j'ajouterai seulement cette observation, qu'on a peut-être voulu représenter des objets précieux dans les comparti-

' Turnour, Mahâwanso,t. I, chap. xxii, p. i3/i. ^ Wrou^hton, Account of two Burmese Bells, dans

- Laliia vistara, f. 34 a de mon man. A; Rgja Journ. as. Soc. of Bengal^t. VI, 2° part. p. 1071, tch'er roi pa, t. II, p. 52. '' Indische Studieii, t. I, p. 180.

ments des rangées quatre et cinq, derrière la roue centrale , où se voient deux petits vases sur lesquels sont montés des objets ronds ou plats. Il y a aussi au second compartiment de la seconde rangée de droite deux ornements que l'on dirait composés d'étoiles, et qui pourraient bien n'être que la réunion de brillants disposés en manière de bouquets.

Passons maintenant aux objets nouveaux que donne la liste de Low, et dont plusieurs se retrouvent sur sa planche.

Le n° o, Talapat nang , « l'éventail, » se trouve, si je ne me trompe , sous trois formes, immédiatement derrière le TchakTu central. Une de ces formes doit répondre au n° i5 de Low, Wûtchanî, en sanscrit Vîdjana et en siamois Phatchanî, « le grand éventail. » L'autre doit être l'éventail fait de Talapatta ou d'une feuille du palmier Tala; c'est le n° i 3 de Baldaeus , « l'éventail fait de l'arbre Terri. >>

Le n° 8, 3're et sang , " les trompettes, » se trouve dans le même compartiment que le parasol blanc, n° lo de la liste singhalaise.

Le n" \k, That thang ou Tchat thong , « une espèce de plateau; » ce sont peut-être les deux guéridons figurés dans le cinquième compartiment de la quatrième rangée de droite , immédiatement auprès du Tchakra.

Le n° 27, Nakhata, « la constellation ou l'étoile, » est ou l'une des étoiles isolées qu'on remarque dans le second compartiment de la seconde rangée de droite , et dans le sixième compartiment de la troisième rangée de droite, ou bien l'un des quatre groupes d'étoiles qu'on trouve au premier compartiment de la même rangée, au neuvième compartiment de la première rangée de droite , au second et au huitième compartiment de la première rangée de gauche. J'en dois dire autant du n° 80, Utsathi, l'étoile des Siamois Dau Kammaphrak, et du n° 89, Dau Rohinî, « la constellation Rôhinî ; » ce qui nous donne trois désignations ou dénominations d'étoiles ou de constellations pour un total de six figures qu'aucun caractère ne différencie les unes des autres. Baldœus a aussi une étoile sous le n° 3 1 de sa liste , avec cette définition , « l'étoile du soir. »

Le n° 54, Phumma rotcha, « le scarabée de la montagne d'or, » doit être représenté dans la quatrième rangée de droite, presque derrière la roue centrale.

Le n° 55, Suvanna katchhapa, « la tortue d'or, » se trouve au cinquième compartiment de la rangée de droite , où l'on voit deux tortues entre deux lignes onduleuses qui doivent figurer un courant d'eau.

Le n° 70, Makulla, « fleur ressemblante au souci, » et le n° 71, Paretchatta , « fleur qui ne croît que dans le ciel, » doivent se retrouver dans les deux compartiments qui forment le centre de la quatrième rangée ; mais les fleurs qui y sont représentées paraissent être des dessins de fantaisie. On sait d'ailleurs que makala désigne ou un bouton de fleur en général, ou le Mimusops elenghi en particulier, et que le Pâridjâta passe pour être un des arbres du ciel d'Indra.

Le n" 75, Rama sara, «le Siamois Ramasur, » doit se retrouver dans l'un des deux guerriers brandissant un glaive, dont le premier paraît au cinquième compartiment de la première rangée de gauche , et dont l'autre occupe le neuvième compartiment de la quatrième rangée de droite. Cet article n'est probablement qu'un souvenir de l'Indien Râma.

A ce numéro doit se rattacher le n° 77, Dha tchang , « l'arc de Râma, » qu'on trouve au sixième compartiment de la cinquième rangée de gauche sur la planche de Low; l'arc avec la flèche est détendu et placé au-dessous du glaive. C'est encore un objet de même ordre que celui dont le n" 91 donne la définition, saiitcha , «la lance des Siamois, » qui paraît juste au-dessous du compartiment que je viens de signaler. Ce dernier symbole se trouve sous le n° 1 de la liste de Baldœus , « une pique. »

Le n° 76, Utdha tapasa, « le grand Rïchi , » est sans doute le personnage assis sous une hutte dans le huitième compartiment de la seconde rangée de gauche; mais je ne reconnais de son nom que la seconde partie, dont l'orthographe n'est pas même correcte : c'est peut-être le n° 5 de Baldœus , « un pauvre. »

Le n° 81, Kang sa tala, est donné par Low sans aucune explication; si l'orthographe de ce terme est exacte, on pourrait y trouver le sens de «support fait du métal Kamsa, » métal qui est un mélange de cuivre et de zinc. Cette description pourrait répondre à l'espèce d'autel qui occupe le huitième compartiment de la troisième rangée de gauche. Serait-ce « le lit d'or » qui est placé sous le n" 6 de la liste de Baldaeus?

Le n° 82, Salawaiiang , « le jardin de diamants, » n'est pas reconnaissable , du moins pour moi, sur la planche de Low; je doute même que cette définition soit exactement traduite : en sanscrit çâlavana signifierait « le bois de Çâlas. »

Le n" Sli, Pakhanang , est suivant Low, « le siamois Thoei Tchang ; » l'auteur aurait bien fait d'en dire un peu plus long s'il en savait davantage, car je ne pense pas qu'il y ait beaucoup de personnes en Europe qui puissent dire ce que c'est que le siamois Thoei Tchang.

Le n° 85, Paduka, « les pantoufles, » se retrouve dans le troisième compartiment de la quatrième rangée de droite; le mot doit s'écrire pâduhd, « la sandale. »

Le n" 86, Thewa Thittamani , « la déesse des nuages, « doit peut-être se retrouver dans le huitième compartiment de la quatrième rangée de droite, où l'on voit une figure de femme avec une fleur dans une main et une espèce de miroir dans l'autre. Je ne puis cependant retrouver, ni dans son nom ni dans ses attributs , la preuve qu'elle soit la déesse des nuages, divinité qui m'est d'ailleurs inconnue. La première idée qui se présente à la vue de ce mot, c'est qu'il est altéré, et qu'on doit le lire, Déva tchintâmani , « le joyau des « Dêvas qui donne tout ce qu'on désire. » Le seul symbole qui dans la liste de Baldaeus ait quelque analogie avec ce dernier, est le n° 2 , « une reine avec un anneau au doigt; » l'anneau rappelle de loin le joyau de Tchintâmani.

Le n° 87, Suivanna mikhi, « la gazelle d'or, » doit être figuré au deuxième compartiment de la seconde rangée de droite; on voit que, pour être régulier en pâli, le mot devrait être lu migî.

Le n° 88, Kukkttta wannang, « le coq siamois, » est représenté dans le huitième compartiment de la troisième rangée de droite. Je ne vois pas bien ce que peut ajouter wannang au mot kukkuia.

Le n° 96, Tra Dhama nantcha, « le joyau inestimable. » Selon le capitaine Low, cet objet répond au Kâustuhha, joy a.u de Vichnu; mais j'avoue ne connaître ni le sens de ces mots, ni la- figure qu'ils désignent.

Dans le relevé qu'on vient de lire, j'ai compris le petit nombre de termes de Ténumération de Baldœus, qui ne se retrouvent pas immédiatement dans celle du Dharnia pradîpikâ , ou dans les additions de celle de Low. Deux symboles seulement , sur un total de 68, sont restés en dehors : ce sont le n° 26, « le monde, » qui rentre ou dans le n° 27, « le mur d'enceinte du monde, » ou dans le n° 33, « les quatre vents; » et le n° 56, " le « serpent, » qui fait double emploi avec le n" 47, « le roi des serpents. »

Nous sommes actuellement en mesure d'apprécier la valeur des idées qui ont décidé du choix des objets qu'on a cru voir sur cette empreinte. Il n'y en a, en réalité, qu'une seule qui se montre partout; c'est que les êtres les plus éminents et les choses les plus belles devaient être représentés sur la plante du pied d'un personnage aussi parfait que le Buddha. Ainsi on voit d'abord les signes mystiques qui annoncent la prospérité et la grandeur de celui qui en porte l'empreinte. Vient ensuite une longue série d'objets matériels, comme des parures, des armes, des meubles, qui sont, aux yeux des Indiens, l'apanage de la puissance royale. Au monde physique on a emprunté ce qu'il a de plus frappant, le soleil, l'océan, les montagnes, les animaux les plus redoutables ou les plus utiles, soit parmi les quadrupèdes, soit parmi les volatiles, enfin les végétaux les plus remarquables par l'élégance de leurs formes et l'éclat de leurs couleurs. Le monde surnaturel a également fourni l'image du premier des dieux selon les Brahmanes, celle des mondes divins, et de diverses classes de génies qui les habitent, selon les Buddhistes. Mais les emprunts faits à ce dernier ordre d'idées sont, à beaucoup près, moins nombreux que ceux qu'on a demandés au monde réel, et en particulier aux objets qui frappent le plus le vulgaire. Je conclus de cette circonstance que, sauf l'indication des signes mystiques, la religion n'a eu que très-peu de part à la formation de ce catalogue confus de figures rassemblées un peu au hasard. C'est un instinct assez grossier qui en a fait le choix ; et par là s'explique le succès qu'a eu l'idée de voir tant de choses sur l'image du pied de Çàkyamuni, chez des peuples aussi peu éclairés en général que le sont les Singhalais et surtout les Siamois.

Aussi la valeur de ces représentations imaginaires est-elle, il faut bien le dire, à peu près nulle pour nous; car ce culte de l'empreinte du Çripâda ou du >< bienheureux pied, » comme on le nomme, est une des superstitions les plus mesquines et les moins poétiques. Tout ce qu'elle nous apprend se réduit à ceci , qu'il y faut voir une nouvelle preuve de l'importance qu'on a dû naturellement donner aux moindres particularités qui se rattachent à la personne physique du Maître. C'est une suite naturelle, quoique exagérée, de ce principe de respect qui avait, anciennement sans doute, idéalisé les signes extérieurs de son corps sous le nom des trente-deux caractères physiques d'un homme supérieur. A ce point de vue je ne pouvais pas me dispenser de leur donner place dans une recherche relative à ces caractères eux-mêmes; mais je suis bien éloigné de les placer sur le même rang, parce que je ne pense pas qu'ils appartiennent au même âge de la doctrine. Si les signes cai^actéristiques d'un grand homme oflVent, d'après la rédaction des diverses écoles, quelques différences dont on a déjà pu juger par l'analyse que j'en ai

APPENDICE. — N VJII.

faite, il n'en est pas moins positif qu'ils appartiennent également pour le fond, et bien souvent pour la forme, à toutes ces écoles, et qu'ainsi on peut les compter au nombre des anciennes croyances du Buddhisme.

Il ne me semble pas en être de même des images qu'un elFort puéril de la superstition se figure voir sur l'empreinte fabuleuse du pied de Çâkyamuni ; ici il est indispensable de distinguer entre l'empreinte elle-même et les signes que l'on cherche à y reconnaître. De tout temps, en effet, l'empreinte du pied du dernier Buddha a passé, parmi ses adorateurs, pour un objet digne de respect. C'est une opinion déjà assez ancienne, que Çâkya avait laissé l'empreinte de ses pieds, même en des lieux où il est à peu près établi qu'il ne s'était jamais rendu, par exemple dans le pays d'Udyâna, où l'on révérait une image du pied du Buddha , dont la dimension , si A. Rémusat a bien reproduit le sens de Fa hian , variait suivant la pensée de ceux qui la contemplaient ^ Non loin de Djellalabad, dans une des chambres de Bahrabad , un officier anglais , le lieutenant Pigou , a découvert une plaque de marbre sur laquelle on reconnaît l'image de deux pieds sculptés en relief'^. L'usage de présenter à l'adoration des fidèles l'empreinte de deux pieds paraît même plus ancien ou tout au moins plus ordinaire dans l'Inde que celui de n'en figurer qu'un seul. On le retrouve chez les Djâinas, qui vénèrent eux aussi la double représentation des pieds de Gâutama, et qui lui consacrent des monuments dont il serait bien possible que les Buddhistes, s'ils existaient encore dans l'Inde, voulussent à leur tour réclamer la possession première^. On retrouverait certainement d'autres images dans l'Hindoslan, et surtout dans les temples hypogées des provinces occidentales; mais sans insister davantage sur ce fait incontestable, que l'empreinte des pieds de Çâkyamuni a été l'objet d'un respect superstitieux, je me hâte de constater qu'aujourd'hui encore les Népalais honorent d'une manière spéciale l'image de ces deux pieds sacrés*. Ainsi, chez les Buddhistes du Népâl, comme chez ceux de Ceylan , cette image passe pour quelque chose d'infiniment précieux : ce point ne peut faire l'objet d'un doute.

La divergence des deux écoles commence avec la question de savoir quels signes les Buddhistes ont cru devoir tracer sur l'empreinte du pied ou sur celle des deux pieds de Çâkyamuni. En ce qui concerne les Buddhistes du Nord, le seul signe que l'étude des monuments figurés nous autorise à reconnaître sur la plante des pieds des statues ou des images du Buddha, est le Tchakra, ou la roue. On en remarque en effet la trace sur les pieds d'un grand nombre de statues de Çâkyamuni découvertes dans le Bihar et dans les chambres hypogées de l'Ouest de l'Inde. Or, si la statue entière a pu être décorée de cette figure, on comprend sans peine que l'empreinte de ses pieds, envisagée isolément, ait dû en reproduire l'image ; et c'est certainement de là que vient la place qu'elle occupe au milieu du Çrîpâda des Singhalais. Sur le marbre découvert près de Djellalabad on ne trouve aucun signe; seulement quatre fleurs de nymphsea sont disposées aux quatre coins

' Foe koue ki, p. 45 ; Lassen, Ind. Alterth. t. II, ^ Inscript, at temples oj the Jaina sect, dans Tran-

p. 267, note 3. sact. roy. as. Soc. of Great-Britain . t. I, p. 622.

- On the Topes ofDarounta and cuves of Bahrabad, * Hodgson, Notices of the lancj. and reliçi. of the

dans Journ. as. Soc. of Beng. t. X, 1" part. p. 882. Bauddhas, dans Asiat. Bes. t. XVI, p. 46 1.

de la pierre pour servir d'ornement à la représentation de cet objet vénéré. 11 faut descendre jusqu'aux Népalais pour rencontrer quelque analogie avec ce qu'ont imaginé les Buddhistes de Geylan. M. Hodgson, sur une des planches qui accompagnent son Mémoire, déjà ancien mais toujours si précieux, inséré dans les Recherches asiatiques de Calcutta, a reproduit un dessin orné du S'hâkya charan, ou des deux pieds de Çâlcyamuni, avec les huit Mangalas, ou signes de bon augure, placés à peu près à la base des doigts de chaque pied. Ces huit signes de bon augure sont le Çrîvaisa, le lotus, l'étendard, le pot à eau, le chasse-mouche, le poisson, le parasol, la conque^. H n'est aucun de ces Mangalas qui ne trouve place dans la liste des soixante-cinq signes que je viens d'analyser.

Le dessin des Népàlais est, on le voit, une sorte de transition entre les images nues des premiers temps et les représentations plus ornées des Singhalais. Comme ces dernières, il est selon moi moderne : les objets dont il se compose , outre qu'ils se retrouvent tous sur le Çripâda des Buddhistes du Sud, ainsi que je le remarquais tout à l'heure, sont des symboles estimés des Indiens à des titres divers. De quel côté a été fait l'emprunt , ou même un emprunt a-t-il été fait? c'est ce que je ne saurais dire; il n'y a rien d'impossible à ce que ces enjolivements aient été trouvés dans l'une et dans l'autre école sans communication; et l'idée a pu en être empruntée à la tradition, qui plaçait déjà un de ces signes, celui du Tchakra, sur la paume de la main et sous la plante des pieds du Buddha.

Quoi qu'il en puisse être , il y a loin de la sobriété du dessin népalais au luxe de l'empreinte singhalaise, où l'on a été jusqu'à reconnaître des figures comme celles de Brahmà, des quatre continents, des montagnes himâlayennes , et des autres objets si confus et si ridiculement nombreux qu'on a entassés pêle-mêle sur cette empreinte. C'est une innocente puérilité qu'il faut laisser aux Buddhistes de Ceylan, chez lesquels on conçoit qu'elle se soit d'autant plus facilement développée , que leur respect pour les livres canoniques leur défendant de supposer que Çâkyamuni fût né ou eût vécu ailleurs que dans l'Inde septentrionale, ils n'avaient d'autre ressource pour se rapprocher un peu plus du Maître , cjue de supposer quelqu'un de ces miraculeux voyages qu'il exécutait par la voie de l'atmosphère , du nord du Magadha dans la partie méridionale de Ceylan , laissant sur la montagne la plus élevée l'empreinte agrandie de son pied merveilleux ; en preuve de quoi, avec cette imperturbable logique de la superstition, ils en montraient la trace profonde dans le rocher. Toutefois, chez les Buddhistes de Ceylan eux-mêmes, cette opinion, que Çâkyamuni imprima dans diverses contrées la trace de ses pas, est assez ancienne, puisqu'on la trouve déjà dans le Mahâvamsa , et que Fa hian en parle au commencement du v" siècle de notre ère. Ce qui doit l'être beaucoup moins, c'est l'interprétation que des Buddhistes très-clairvoyants ont donnée des lignes ou des aspérités qu'ils remarquaient sur la surface de ce singulier objet d'adoration. 11 nous est, quant à présent, impossible d'en déterminer la date d'une manière même approximative ; une connaissance plus approfondie des livres faisant autorité pour les peuples chez lesquels a cours cette superstition, pourrait seule donner le moyen de résoudre ce problème, qui n'aura jamais qu'un intérêt secondaire.

' Hodgson, dans Asiat. Res. t. XVI, p. 46o, note 8.

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