‹ Le lotus de la bonne loiChapitre 39 sur 283 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

nous nous y sommes exercés, cherchant en quelque sorte, ô Bhagavat, pour salaire de notre journée le seul Nirvâna; aussi sommes-nous satisfaits, ô Bhagavat, d'avoir obtenu ce Nirvâna, et nous faisons cette réflexion : Nous avons acquis beaucoup pour nous être appliqués à ces lois en présence du Tathâgata, pour y. avoir travaillé, pour nous y être exercés. f. 63 a.

Et le Tathâgatk connaît nos misérables inclinations ; de là vient que Bhagavat nous dédaigne, qu'il ne s'associe pas avec nous, qu'il ne nous dit pas : Le trésor de la science du Tathâgata, ce trésor même vous appartiendra aussi. Mais grâce à son habileté dans l'emploi des moyens, Bhagavat nous établit les héritiers du trésor de la science du Tathâgata. Et nous, nous vivons dans la science du Tathâgata, et nous ne nous sentons pas, ô Bhagavat, la moindre espérance au sujet de ce bien. Aussi sommes-nous convaincus que c'est déjà beaucoup trop pour nous que nous recevions, en présence du Tathâgata, le Nirvâna comme salaire de notre journée. Commençant pour les Bôdhisattvas Mahâsattvas , par l'explication de la science du Tathâgata, nous faisons la noble exposition de la loi; nous développons la science du Tathâgata, nous la montrons, nous la démontrons; et cependant, ô Bhagavat, nous sommes sans espérance, indifférents pour ce bien. Pourquoi cela? C'est que, grâce à l'emploi habile des moyens [dont il dispose], le Tathâgata connaît nos inclinations; et nous, nous ne connaissons pas, nous ne savons pas ce qui a été dit ici par Bhagavat, savoir que nous sommes devenus les enfants de Bhagavat; aussi Bhagavat nous fait-il souvenir qu'il nous a donné l'héritage de la science du Tathâgata. Pourquoi cela? C'est que, quoique nous soyons devenus les enfants du Tathâgata, nous avons cependant, d'un autre côté, de misérables inclinations. Si Bha- f. 63 h. gavât reconnaissait en nous l'énergie de la confiance, il prononcerait pour nous le nom de Bôdhisattva. Mais nous sommes employés par Bhagavat à un double rôle, en ce que nous sommes, en présence des Bôdhisattvas, appelés des gens qui ont des inclinations misérables, et qu'eux sont introduits [par nous] dans la noble science de l'état de Buddha. Et maintenant voilà que BhagaA^at vient de parler, parce qu'il voit en nous l'énergie dè la confiance! C'est de cette manière, ô Bhagavat, que nous disons: Nous venons tout d'un coup d'obtenir, sans l'avoir espéré, le joyau de l'omniscience, joyau non désiré, non poursuivi, non recherché, non attendu, non demandé, et cela en tant que fils du Tathâgata.

Ensuite le respectable Mahâkâçyapa prononça dans cette occasion les stances suivantes :

1. Nous sommes frappés d'étonnement et de surprise, nous sommes remplis de satisfaction pour avoir entendu cette parole; elle est, en effet, agréable, la voix du Guide [du monde], que nous venons d'entendre tout d'un coup aujourd'hui.

2. Nous venons aujourd'hui d'acquérir en un instant un grand amas de joyaux précieux, de joyaux auxquels nous ne pensions pas, que nous n'avions jamais demandés; à peine en avons-nous eu entendu parler, que nous avons tous été remplis d'étonnement.

3. C'est comme si un homme eût été enlevé dans sa jeunesse par une troupe d'enfants; qu'il se fût ainsi éloigné de la présence de son père, et qu'il fût allé très-loin dans un autre pays.

f. 64 a. 4. Son père, cependant, pleure son fils qu'il sait perdu; il parcourt, désolé, tous les points de l'espace pendant cinquante années entières.

5. Cherchant ainsi son fils, il arrive dans une grande ville; s'y ayant construit une demeure, il s'y arrête et s'y livre aux cinq qualités du désir.

6. Il y acquiert beaucoup d'or et de Suvarnas, des richesses, des grains, des conques, du cristal, du corail, des éléphants, des chevaux, des coureurs, des bœufs , des troupeaux et des béliei^s ;

7. Des intérêts, des revenus, des terres, des esclaves des deux sexes, une foulé de serviteurs; il reçoit les respects de milliers dè kôtis d'êtres vivants, et il est constamment le favori du roi.

8. Les habitants de la ville et ceux qui résident dans les villages tiennent devant lui leurs mains l'éunies en signe de respect ; beaucoup de marchands viennent se présenter à lui, après avoir terminé de nombreuses affaires.

9. Cet homme parvient de cette manière à l'opulence; puis il avance en âge, il devient vieux et caduc; et il passe constamment les jours et les nuits à penser au chagrin que lui cause la perte de son fils.

10. «Voilà cinquante ans qu'il s'est enfui, cet enfant insensé qui est mon fils; «je suis propriétaire d'ime immense fortune, et je sens déjà le moment de ma fin « qui s'approche. »

f. 64 6. 11. Cependant ce fils [qui a quitté son père] dans sa jeunesse, pauvre et inisérable, va de village en village, cherchant de la nourriture et des vêtements.

12. Tantôt il obtient quelque chose en cherchant, d'autres fois il ne trouve rien; cet infortuné se dessèche de maigreur dans la maison des autres, le corps couvert de gale et d'éruptions cutanées.

13. Cependant il arrive dans la ville où son père est établi; et tout en cher-

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