CHAPITRE V
conceptions, jusqu'à ce qu'enfin a lieu la production de ce qui n'est qu'une grande masse de misères. C'est de cette manière que les êtres aveuglés par l'ignorance sont renfermés dans la révolution du monde.
Mais le Tathâgata, qui est placé en dehors de la réunion des trois mondes, éprouvant pour eux de la compassion, ému de pitié comme un père l'est pour son fds unique qui lui est cher, après être descendu dans la réunion des trois mondes, contemple les êtres roulants dans le cercle de la transmigration; et les êtres ne connaissent pas le moyen véritable de sortir du monde. Alors Bhagavat les voit avec l'œil de la sagesse, et les ayant vus, il les connaît. Ces êtres, [dit-il,] après avoir accompli antérieurement le principe de la vertu, ont des haines faibles et des attachements ^- 76 lvifs, ou des attachements faibles et des haines et des erreurs vives. Quelques-uns ont peu d'intelligence, d'autres sont sages; ceux-ci sont parvenus à la maturité et sont purs, ceux-là suivent de fausses doctrines. A ces êtres, Bhagavat, grâce à l'habile emploi des moyens dont il dispose, enseigne trois véhicules. Alors les Bôdhisattvas, semblables à ces Rïchis, qui étaient doués des cinq connaissances surnaturelles et d'une vue parfaitement claire, les Bôdhisattvas, dis-je, ayant conçu la pensée de l'état de Bôdhi, ayant acquis une patience miraculeuse dans la loi , sont élevés à l'état suprême de Buddha parfaitement accompli.
Dans cette comparaison, le Tathâgata doit être regardé comme le grand médecin; tous les êtres doivent être regardés comme aveuglés par l'erreur, ainsi que l'aveugle de naissance. L'affection, la haine, l'erreur, et les soixante-deux fausses doctrines, ce sont le vent, la bile et le phlegme. Les quatre plantes médicinales sont [les quatre vérités suivantes] : l'état de vide, l'absence d'une cause, l'absence d'un objet, et l'entrée du Nirvana. De même que, selon les diverses substances qu'on emploie, on guérit diverses maladies, ainsi les êtres se représentant l'état de vide, l'absence d'une cause, l'absence d'un objet, et l'entrée de l'affranchissement, arrêtent [l'action de ] l'ignorance ; de l'anéantissement de l'ignorance vient celui des conceptions, jusqu'à ce qu'enfin ait lieu l'anéantissement de ce qui n'est qu'une grande masse de maux. De cette manière, la pensée de l'homme f. 77 «. n'est ni dans la vertu ni dans le péché.
L'homme qui fait usage du véhicule des Çrâvakas, ou des Pratyêkabuddhas, doit être regardé comme l'aveugle qui recouvre la vue. Il brise
les chaînes des misères de la transmigration ; débarrassé des chaînes des misères, il est délivré de la réunion des trois mondes, où l'on entre par cinq voies. C'est pourquoi celui qui fait usage du véhicule des Çrâvakas sait ce qui suit, prononce les paroles qui suivent : Il n'y a plus désormais d'autres lois faites pour être connues par un Buddha parfaitement accompli , j'ai atteint le Nirvana. Mais Bhagavat lui montre la loi : Comment, [ dit-il , ] celui qui n'a pas obtenu toutes les lois, aurait-il atteint le Nirvâna.»^ Bhagavat l'introduit alors dans l'état de Bôdhi. Ayant conçu la pensée de l'état de Bôdhi , le Çrâvaka n'est plus dans la révolution du monde , et il n'a pas encore atteint le Nirvana. Se faisant une idée exacte de la réunion des trois mondes, il voit le monde vicie dans les dix points de l'espace, semblable à une apparition magique , à une illusion , semblable à un songe , à un mirage, à un écho. Il voit toutes les lois, celles de la cessation de la naissance , comme celles qui sont contraires à l'anéantissement; celles de la délivrance, comme celles qui sont contraires à f affranchissement ; celles qui n'appartiennent pas aux ténèbres et à fobscurité, comme celles qui sont contraires à la clarté. Celui qui voit ainsi les lois profondes, celui-là voit, à la manière de l'aveugle, les pensées et les dispositions diverses de tous les êtres qui remplissent la réunion des trois mondes.
Ensuite Bhagavat, pour exposer ce sujet plus amplement, prononça dans cette occasion les stances suivantes :
f. 77 6. 45. De même que les rayons du soleil et de la lune tombent également sur tous les hommes, svir les bons comme sur les méchants, sans qu'il y ait diminution ni augmentation de leur éclat;
46. Ainsi la splendeur de la science du Tathâgata, semblable au soleil et à la lune, convertit également tous les êtres, sans augmenter ou sans diminuer [pour fun ou pour fautre ].
47. De même que le potier qui fabrique des vases de terre, produit avec la même argile des vases divers, des vases pour la mélasse, le lait, le beurre clarifié et l'eau ,
48. Quelques-uns pour le lait caillé, d'autres pour des substances impures; et cependant , pour fabriquer tous ses vases , il ne prend que la même espèce d'argile ;
49. Et les vases ne sont distingués les uns des autres que par la substance qu'on y renferme; de même, quoiqu'il n'y ait pas de différences entre les êtres, les Tathâgatas, se fondant sur la diversité de leurs inclinations ,