CHAPITRE PREMIER
çilâ, il n'y a aucune difficulté à y reconnaître le cristal, puisque les Tibétains traduisent ou plutôt transcrivent ce mot par chel, auquel' les dictionnaires connus donnent le sens de crislal. Je remarque seulement (et c'est ce qui me laisse encore dans le doute sur la question de savoir si çagkha çilâ ne désigne pas une substance unique) , que l'interprète tibétain du Saddharma pundarîka rend les deux mots sanscrits par man-chel, et que I.J.Schmidt, dans son Dictionnaire tibétain, donne à man-chel la signification de crislaV.
St. i6. Dans l'enceinte dès trois mondes.] Le mot dont se sert le texte est trâidhâtiiké ; l'idée cYenceinte, que j'ajoute pour plus de clarté, est indiquée par la forme de dérivé collectif sous laquelle se présente ce mot. Mais comme cette traduction , quand elle n'est pas accompagnée du texte, est insuffisante pour montrer si l'original emploie le mot trâidhâtukê ou celui de tràilôkyê, et que ces deux expressions indiquent des olijets et des divisions très-différentes, je crois nécessaire d'y renoncer aujourd'hui, en considération d'une remarque de I. J. Schmidt, sur le mérite de laquelle je me suis expliqué ailleurs 2. Je propose donc maintenant de traduire trâidhâtukê, « dans l'enceinte des trois régions, » et trâilôkyé. «dans l'enceinte des trois mondes. » Le mot dhâtu, qui signifie d'ordinaire élément, racine, métal, est ici le dénominateur général des trois régions, qui sont kâmadhâtu, « la région du désir, " rûpadhâiu, « la région de la forme, » arûpadhâtu, « la région de « l'absence de forme. » C'est très-vraisemblablement du sens de contenance, compréhension , que part cette acception particulière du mot dhâtu. Le sens de comptéhension, qui est donné à dhâtu par un commentateur buddhiste ^, se retrouve encore dans le composé lôkadhâtu, littéralement « un contenant de mondes, un univers, » composé où lôka garde le sens de monde qu'il a dans le collectif trâilôkya. Quelque simple que soit cette notion , j'ai cru nécessaire de la rappeler ici , parce que le déplacement des deux mots dhâtu et lôka donnerait naissance à un autre composé d'un sens très-différent. Comme l'examen de ce composé pourrait étendre trop loin cette note, je l'ai rejeté à l'Appendice, où on trouvera quelques développements sur ce sens spécial du mot dhâtu d'après des textesanciens. Voyez Appendice, n° IV.
Véhicule.] Je traduis ainsi le mot jdna, char ou moyen de transport en général, expression qui se représentera souvent dans ce volume, et dont le sens est amplement expliqué dans une note étendue, de A. Rém usât sur le Fbe houe ki'^. On compte trois véhicules, désignés collectivement par le titre de triyâna, qui sont comme autant de moyens fournis à l'homme par l'enseignement de Çâkya , pour sortir de l'enceinte des trois mondes , c'est-à-dire pour échapper à la loi de la transmigration , en parvenant à l'état de perfection que le Buddha promet à ses adeptes. Ces véhicules sont celui des Çrâvakas ou des Auditeurs du Buddha, celui des Pratyêkàbuddhas, ou des Buddhas personnels, enfin celui des Bôdhisàttvas , ou des Buddhas futurs ^.. Le Lotus de la bonne loi a pour objet d'établir,
' Tibet, deufsch. Wôrterh. p. 4»i- '' Poe houeki,p. 9 et suiv.
' Inlrod. à l'hist. du Buddk. 1. 1, p. 60 1, note 4. ' Rémusat, Observ. sur l'hist. des Mongols orient.
^ AbhidharmaJcôçavjâJ{hyâ,f.2'ja,iïaetb,imt. dans Noav. Joam. asial. IP série, t. VIII, p. 629.
ào.
comme l'avait déjà avancé Rémusat d'après des auLorités chinoises, quil n'existe qu'un seul jâna, ou moyen de transport, quelle que soit la vai'iété des noms que portent les divei's véliicules destinés à soustraire l'homme aux conditions de l'existence mortelle. Car cette diversité de véhicules est, comme le dit le Saddhamia pandarika en plus d'un endroit, un moyen inspiré au Buddha par le besoin qu'il éprouve de proportionner son enseignement aux facultés de ceux auxquels il l'adresse. La parabole de la Maison embrasée, celle de l'Enfant égaré, sont d'intéressantes applications de cette théorie.
St. 23. Savent en donner la définition.]!? our être plus exact , il faudrait dire , « la méditent '1 et savent en donner la définition. »
St. 2 h' Aux cinq connaissances surnaturelles.] Voyez ci-dessus, chap. r, fol. i, et cidessous, chap. V, fol. 75 a.
St. 28. Convertissant un grand nornbre de Bôdhisatlvas.] J'avais traduit par convertissant le mot saniodayantâ, comme s'il se rattachait au même thème que le pâli ôvâda, e enseigue- « meut. » Mais on ne peut admettre une contraction aussi forte que celle de ovâda en ôda; et il est bien plus naturel de supposer que la nasale desam a été oubliée, de sorte qu'on doit lire sam-môdajantâ. Dans cette supposition, il faudra traduire, « comblant de joie un « grand nombre de Bôdhisattvas. » Je n'insiste pas sur l'irrégularité que présente la décli; naison de ce mot; il appartient à la partie versifiée du Lotus, laquelle sera bientôt l'objet d'un examen spécial. Je remarque seulement que ce verbe se rencontre fréquemment avetf cette même faute d'orthographe dans les manuscrits pâlis copiés chez les Barmans , tandis que les exemplaires singhalais , en général plus corrects , lisent le mot avec deux m. Ainsi, dans le Pâiimôkklia, une glose relative au chap. 11, règle lo, donne cette phrase : Yasmâ samaggô samghô sammôdamânô avivadamânô ékuddesô pkâsu viharati. « Parce que « l'Assemblée se trouve heureusement pleine de satisfaction, ne discutant pas, donnant « une instruction unique ^. » L'expression « se trouve heureusement » reparaîtra plus tard dans la formule dont on se sert pour saluer un Buddha ou l'Assemblée de ses Religieux 2.
St. 29. Les Marats.] Le mot que J€ traduis ainsi est constamment écrit mara sans < final, comme il l'est en pâli 3.
St. 3o. Et les convertissent à l'état de Baddha.] Il est plus exact de traduire, «et leur. n inspirent de la joie touchant l'état de Buddha. »
St. 3i. Ceux-là sont arrivés par l'énergie à l'état suprême de B6d/ii.] Cette interprétation est gravement incorrecte. Il ne peut être ici question de personnages arrivés à l'état de Bôdhi, autrement ces sages seraient des Buddhas. Le texte se sert du mot prasthita,
' PMlmôlikha, raan. pâli-barman de la Bibl. nat. ^ Ci-dessous, ch. sxiv, f. 324 a-
f. 116. et p. 84 de ma copie. ^ Ahhidhân. ppadip. 1. 1, ch. i, secl. i, st. 10.