CHAPITRE m
formé de sarva, qui avec l'addition du suffixe vat^ offre déjà le caractère de la postériorité, il faudrait au moins au neutre, sarvâvat. Le nominatif neutre sarvâvantam est un exemple du passage d'un adjectif en vat dans la première déclinaison , passage qui a lieu par l'adoption du thème plus développé vanta, et qui est tout à fait conforme à l'analogie du pâli.
Libre de préoccupation et d'inquiétude.] Les mots du texte sont nirupâdânà vigataniva- T. /j4 a. ranah. L'interprète tibétain traduit nirupâdânà par mya-ngan-med-tching, exactement comme s'il avait sous les yeux aqôka, « exempt de chagrin ; » il en résulte que upâdâna passe pour un synbnyme de çôka. La mêrne version rend vigata nivarana par sgrib-pa-dang-bral , « exempt d'obscurité, de ce qui ofinsque. » Cette interprétation représente très-exactement le sanscrit nivarana, surtout quand ce mot est employé au sens moral ou philosophique; elle a cependant besoin d'être précisée ici.
Des chars attelés de bœufs.] Pour rendre le texte avec toute la précision désirable, il f. 44 2» faudrait dire : « qu'il leur donne seulement des chars attelés de bœufs : » gôraihakân êvânuprayatchtchhét ; l'emploi du mot évà a pour objet de dire que, sans s'occuper de distribuer à ses enfants les divers chars qu'il vient de leur promettre pour les engager à sortir de la maison en feu, il ne leur donne qu'une seule espèce de chars, lesquels sont les plus beaux ;et les plus précieux de tous. Il reste cependant encore une petite difficulté , car la suite de la parabole ^ et la manière dont Çâkya l'interprète, semblent indiquer que le p'ère ne devrait donner qu'un seul char. Ce char, en effet , répondrait au véhicule des Buddhas , au Buddhayâna, le premier, et selon la pensée de Çâkya, le seul réellement existant des trois véhicules dont le Buddha enseigne l'emploi. Mais on peut dire que la similitude n'en est -pas moins régulière au point de vue de la délivrance , car les enfants montent chacun dans un char traîné par des boeufs, comme les auditeurs intelligents montent chacun dans le véhicule du Buddha , qui est le Mahâyâna.
Garnis de coussins faits de coton et recouverts de toile et de soie.] La comparaison des* nouveaux manuscrits dé M. Hodgson me donne le moyen de traduire ces épithètes avec plus de précision que je n'avais pu le faire sur un seul manuscrit : la chose n'a pas en soi une grande importance ; mais nous rencontrons dans ces études tant de causes d'erreur difficiles à éviter, qu'il faut saisir toutes les occasions de porter la précision là où il est possible de le faire. Ou doit voir dans cette partie de la description des chars deux épithètes , et lire : « garnis de coussins de coton , de couvertures de laine et de matelas ; «recouverts de tentures et d'étofiFes de soie: » ces deux. épithètes. se rapportent également aux chars qu'il s'agit de décrire. La première est tûlikâgônikâsiarar}ân , qui est composée de trois substantifs: 1° tâlikâ, qui désigne un matelas ou coussin de coton; 2° gônika, qui n'est pas classique, mais qui se trouve en pâli sous la forme de gônaka, et désigne une courterpointe de laine, comme on le voit par le Vocabulaire pâli ^; 3° enfin âstaràna,
» Voyer. ci-dessous, f. 48 aet la note.— * Abhidhâna ppadip. \, II, ch. ni, seci. 3, st. 39; Clough, p. 4o.
370 iNOTES.
que d'autres manuscrits Usent samstaranya, qui signifie lit ou matelas. Cette épithète, que les manuscrits terminent à tort par la désinence âfh pour an, est suivie de duchya patta vastrâstîrnân , que l'on ne peut guère traduire autrement que comme je propose maintenant de le faire Le seul terme intéressant de ces. énumérations est gônika, qui rappelle le terme pâli gôna, « bœuf, » mot que l'on rencontre dans la langue du Lotus, notamment un peu plus bas, à l'endroit où le texte parle de bœufs attelés à des chars : gônâiryôdjitân; ce mot est également usité, chez les Singhalais, qui l'ont emprunté au pâli ^.
A quoi Ion donnerais-je d'autres chars à ces enfants ?] La phrase du texte est ainsi conçue : Alam me échâm kamârakânâm anyâir yânâir dattâir iti, littéralement : « Assez d'autres chars « ont été donnés à ces enfants qui sont à moi. » Il est possible que l'interprète tibétain ait eu sous les yeux un autre texte, car sa version signifie, si je ne me trompe : « Si je ne " donnais pas de chars à ces enfants, qu'aurais-je à faire? »
f. àb b. En possession de ta science, de la force, etc.] Maintenant que nous sommes fixés sur la
valeur de ces termes abstraits , il est possible de traduire avec plus d'exactitude : « En pos- « session des conditions d'un Buddha , qui sont la science , les forces , les intrépidités , les " qualités d'indépendance du Tathâgata. »
f. ^6 a. Conditions du monde.] Le terme dont se sert le texte est l'adjectif drîchladhârmika, « re-
" latif aia condition visible, » c'est-à-dire au monde actuel. VAhhidharma koçavyâkhyâ explique ainsi drickiadharma : drïchiô dharmak drwhtadjanmêtj'arthah, » la. condition vue, " c'est-à-dire la naissanice vue, (actuelle). » C'est également ce sens que l'on retrouve dans la traduction que I. J. Schmidt a faite du Vadjra tchtchhédika tibétain ; le drîchta êva dhar-mê du texte y est traduit par bis zur gegenwdrtigenGeburt^. Vinterprète tibétain du Saddhanna rend de même le mot qui nous occupe par « dans le temps actuel. ».0n voit que drïchia conserve chez les Buddhistes la signification spéciale qu'il a chez les Brahmanes, quand il est opposé à adrïchta, « l'invisible, le monde futur. » Cela.paraît clairement par l'emploi que font les Buddhistes du Sud de cette expression ; chez eux ditthé tchêva dhammé signifie « dans ce monde, » et est opposé à samparâya, « le monde futur .^; » et VAbhidkâna ppadipikâ définit le ditihadhammika par « le fruit des actions en ce monde *, » ce qui revient à peu près au même , puisque l'existence de l'homme en ce monde est le fruit de ses actions antérieures.
Us éprouventdes maux, tels que la condition de Dêva, etc.] Le texte est ici un peu confus, et je crains de n'en avoir pas saisi le sens véritable; je propose maintenant de traduire ainsi : « ils éprouvent des maux tels que la présence des choses qu'ils ne désirent pas et
' Clough, Singhal. Diction, t. II, p. i83. Journ. as. Soc ofBengal, t. VII , p. 697, correspon-
- Vadjra tchtchhédika, f. 4i b, comp. à Mém. de dant au texte de-ï Aggdiina sutta. dans Dîgha nihâya, l'Acad. des sciences de S. Pétersbourg , t. IV, p. 200. f. 1 56 b, i. 7.
- Tumour, Examin. of Pâli Baddh. Annah, dans ♦ Abhidh. ppadip. l. I, chap. i, sect. à , st. 3.