S 2. SUR L&MOT ÂSINAVÂ DES EDITS DE PIYADASI
J'ai eu plus d'une occasion de signaler le mot sanscrit âçrava, en pâli âsava, qui, dans les textes .du Nord conmie dans ceux de Ceylan , désigne le mal moral et les vices d'une manière collective ; et j'ai promis d'examiner; dans ¥ Appendice, n° XIV, de quelle manière des Buddhistes étrangers à l'Inde, conmie les Chinois, entendent ce terme impor-
* Westergaard et Jacob, dans Jozim. ofthe Bombay gai, t. VII, i" partie, p. aSg et 267; Wilson, On roy. asiat. Soc. n° V, avril iS43; Prinsep, On the the Rock inscript, etc. dans Journ.roy. as. Soc. ofGreat- Edicts of Piyadasi, etc. dans Jonm. as. Soc. oj Ben- Britain,t. XII, p. 2o3 et 206, et p. 5 1 du tirage à part
tant^ Je crois avoir trouvé dans un des édits de Piyadasi un mot correspondant à ce terme qui veut dire certainement «vice, imperfection morale,» quoique, si je ne me trompe , la signification de ce mot paraisse , en un endroit au moins , un peii plus restreinte que celle du sanscrit âçrava. Ce qui m'engage à en entretenic le lecteur, c'est d'une part, que les Pandits de Calcutta n'en ont pas saisi le vrai sens, et, d'autre part, qu'il rappelle singulièrement l'explication que les Buddhistes chinois donnent du sanscrit dçrava. C'est de plus un terme qui, pour appartenir primitivement à la langue bi'àhmanique, est devenu presque propre aux Buddhistes par l'usage spécial qu'ils en ont fait. Si donc je le retrouve dans les inscriptions de Piyadasi, ce sera uù trait de plus par lequel ces inscriptions se rattacheront à la langue et aux doctrines des Buddhistes de toutes les écoles.
Le mot dont je veux parler est âsinavê (au nominatif sing. masc), qui paraît dans celui des édits du pilier de Firouz qui regarde le nord; il s'y lit trois fois, une première fois en composition à la ligne 1 1 , puis une seconde et une troisième fois à la ligne 1 8 et 20, et alors sous sa véritable forme. Comme le sens de ce ternje dépend de ceux qui l'entourent, je citerai intégralement le passage où il paraît; et comme ce passage occupe la fin de l'édit de Piyadasi dont j'ai expliqué les dix premières lignes au commencement'du paragraphe i**^ à l'occasion du mot anyatra, le lecteur qui réunira le présent paragraphe 2 à celui qui le précède immédiatement, aura l'explication complète de l'édit entier qui regarde le nord sur la colonne de Delhi et sur les autres colonnes, comme celles de Mathia, Radhia et AUahabad, qui le reproduisent exactement , sauf quelques lacunes, et quelquefois avec de meilleures leçons. La lecture dePrinsep n'étant pas contestable, je me crois dispensé d'employer ici le caractère même des inscriptions. J'ai seulement fait usage, en transcrivant le texte, de quelques bonnes leçons que fournit la copie du major Pew^ et le fac-similé du capitaine Smith 3.
Après les mots terminant le premier paragraphe de l'édit dont je parle, dhammêna gôtîii, « et la protection par la loi, » le roi annonce qu'il va promulguer un nouvel acte de sa volonté par la formule ordinaire, « Piyadasi a dit, » formule que suit le texte qu'il faut examiner.
1 G Dêvânarli piyê Piyadasi lâdjà | 1 1 hévain âhâ dhaiïimé sâdhu kiyamtcha dharhméti apdsinavé bahukayâné j 1 2 dayâ dânê satchê sôtchayé [iti] tchakhu dânêpi me bahuvidhê dimnê dupada | i3 tchatapadêsu pakhivâlitchalêsu vividhê mê anugahê katê apâna ] i4 dakhinâyé aihnânipitcha mé bahûni kayânâni katâtii êtâyé me 1 i5 athâyé iyafh dhaihmalipi Ukhâpitd hévam anupatipadjamta ichiram | 1 6 thilikâtcha hôiâtiyêtcha hêvafh sampalipadjisati se sukaiam katchhaiùi. j' 17 Dêvânarh piyé Piyadasi hêvam âhâ kayânafhmêva dêkhali iyani mê \ i8 kayânê ka{éii nàmina pâparh dêkhaii iyafh mê pâpé kaiêti iyamvâ âsinavê | 19 nâmâti dapaiivêkhê tchukhô ésé hêvam tchakhô êsa dêkhiyé imâni | 20 âsinavâ gâmini nâma atha tcharh-
'- Ci-dessus, cb. i, f. i, p. 288, et ch. v, f. 76 a, Journ. asiat. Soc. of Bengal, t. VI, 2° part. p. 796, p. 379. et pi. XLII.
- Prinsep, Fiirther Elacidation of the Lût, dans * Id. ibid. t. Vf, 2° part. p. 966 et pL LVI.
diyê nilhaliyê kôdhê mânê isyâ | 21 kâlananavahakam ma paîibhasayisamti ésa bâdha dêkhiyê iyafh mé j 22 hidalikâyê iyam manamê pâîatikâyé^.
Supprimons, pour épargner l'espace, la version de J. Prinsep, qu'on trouvera dans le journal auquel je viens de renvoyer, et passons à celle que je propose : « Piyadasi, le roi chéri des DêVas, a parlé ainsi. La loi est une bonne chose; mais quelle est l'étendue de la loi? La loi est exempte de la corruption du mal; elle est pleine de vertus; c'est la compassion , l'aumône , la vérité , la pureté. Des dons aussi de diverses espèces ont été distribués par moi aux bipèdes , ailx quadrupèdes , aux volatiles , aux animaux qui se meuvent dans les eaux; des faveurs diverses [leur] ont été accordées par moi, jusqu'au présent de l'existence (ou par l'offrande de ce qui n'a pas eu vie). J'ai également accompli beaucoup d'autres actions vertueuses, et c'est pour cette raison que j'ai fait inscrire cet édit de la loi; qu'on l'exécute ainsi, et puisse- l-il subsister longtemps .3 Et celui qui le respectera ainsi , celui-là en recueillera le mérite d'une bonne action.
• « Piyadasi, lé roi chéri des Dêvas, a parlé ainsi. On regarde uniquement la bonne action et l'on dit : J'ai fait telle bonne action; mais l'on ne regarde pas le péché, et l'on ne dit pas: J'ai fait tel péché. Et c'est là ce qu'on appelle la corruption du mal, et ce mal est difficile à reconnaître- Il faut cependant savoir le regarder, car les vices qui viennent du mal, comme la violence, la cruauté, la colère, l'orgueil, l'envie, n'élèveront pas la voix contre l'accomplissement de leur cause. Il faut regarder fermement le mal [et dire] : Cela me sert pour ce monde-ci, [mais] ne me sert pas pour l'autre. »
Quelques remarques suffiront pour justifier cette interprétation, sinon absolument et de tout point , du moins dans ses traits principaux et les plus importants. Il est clair que kiyani est pour le sanscrit h'yat, et ce point fixe déjà d'une manière précise le sens des deux premières phrases. Le mot suivant, apâsinavê, que je prends pour un adjectif possessif en rapport avec dhariimê, est composé soit de apa préposition, soit de apa «peu, » cje qui est ni oins probable, et de âsinava, thème du nominatif dsinavê. Ce terme serait' en sanscrit âsnava, car le changement de sna en sina est tout à fait dans l'esprit des dialectes prâcrits K Littéralement , âsnava devrait signifier « l'action de tomber goutte à goutte ; de « découler, » domme snava que rapporte Wilson, et c'est l'analogie de cette dérivation avec l'étynriologie que donnent les Chinois pour âçrava, « ce qui dégoutte, découle, » qui m'engage à chercher dans âsinava le sens spécial que les Buddhistes attribuent à âçrava. En effet, âçrava, outre cette valeur d'extension, peut avoir en vertu de sa racine le sens physique de « l'action de tomber goutte à goutte, de découler, » sens qu'a certainement âsnava. On n'abuse donc pas de l'anal ogie- quand on suppose qu'âsinava, à son tour, a été pris dans l'acception morale d'ayraua , et l'on ne fait pas un cercle vicieux en corroborant cette hypothèse par le témoignage de l'édit que je viens de traduire.
Il n'y a pas de doute possible sur le mot suivant, hahukayânê; les Pandits de Calcutta, ainsi que Lassen , y reconnaissent avec raison kalyâna. Je remarquerai sur sôtchayê, quo
• ' Prinsep, Interpret. of ihe most ancient ojthe Ins~ ' Lassen, Inslit. ling.pracril.p. 182. Je croiâ qu'on cript. dans Journ. as. Soc. of Bentjol, t. VI, p. 577. peut expliquer ainsi le pâli usina parle saiiscr. tîkchna.
668 i^PPENDICE. — N°X.
ce terme, précédé de satcké pour satyafh, se retrouve à la ligne 7 de l'inscription qui tourne autour du pilier de Firouz et -qu'il y est écrit sôtchavé, ce qui est probablement le même mot, mais avec un autre suffixe^. Ainsi que hayânê, je prends tous ces mots pour des nominatifs neutres. Après le niot s'ôtchayé viennent les deux monosyllabes ichakku, « et certainement, et. ainsi. » Prinsep nous apprend qu'à Mathia et à Radhia, ces deux mots sont précédés d'zft*. -qui a pour destination bien connue de terminer une énumérastion. A moins que tchakha ne puisse remplir le même office, j'aimerais à croire que le mot iti est ici nécessaire, tant pour clore Ténumération , que pour la conjonction tchahhu ellemême, car je ne la vois jamais -commencer une phrase.
Je n'insiste pas sur le plus grand nombre des termes dont se compose ce passage; ils ont été reconnus presque tous individuellement par Prinsep et par ses Pandits; ils le seront. également et sans peine par un lecteur exercé. Dans le fait, ma traduction ne diffère de celle de Prinsep que par la disposition des propositions composant l'ensemble du texte. Je suis moins certain dtt sens que je donne au composé apânadakhinâyâ : ^e Je regarde comme l'ablatif d'un féminin composé. de dakhinâ, « le présent, » pana, « la vie*, » et du préfixe a pour â, «jusque, « pour dire «jusque et y compris le don de la vie. » J'avoue ne pouvoir tirer qu'un sens de cette hypothèse qiïapâna signifierait * ce qui est « privé de vie; » ce sens serait « par l'offrande dé ce qui n'a pas eu vie. » Les Pandits de Calcutta retrouvent dans katchhati le sanscrit gatchtchhati, « il va; » mais je répugnerais à croire qu'un dialecte dont l'esprit bien connu est d'adoucir les mots et les formes indiennes qu'il tire du sanscrit, ait, dans un tenaie aussi vulgaire que gatchtchhati, substitué la dure A:a à la douce g a qui est étymologique. D'autres passages des édits de Piyadasi nous fournissent, si je ne me trompe, une explication beaucoup plus satisfaisante. A Dhauli, dans le cinquième édit de Gimar, on lit katchhati, là où Girnar et Kapur-digiri ont kâsati et kasati^, et cela dans une phrase exactement semblable à celle qui nous occupe, sô sukaiaxh kâsati ou katchhati. De plus, M. Wilson, dans ses observations sur le déchiffrement de M. Norris et sur le septième édit de Girnzu", a supposé que le verbe écrit kâsaihti et à Kapur-di-giri kachanti, devait répondre au sanscrit karchanti, « ils tirent « à eux, ils attirent ^. » Peut-être n'a-t-il pas fait de cette, supposition tout l'usage nécessaire pour l'interprétation de l'inscription dans son ensemble; le rapprochement n'en est pas moins précieux. Pour moi, quoique je n'aie pas sous la main de preuve directe que le groupe Scmscrit rcha devienne tchha dans le dialecte de nos inscriptions, voici comment je me figure qu'on a pu passer de karchati à katchhati. Si l'on se rappelle, en effet, que îe ch sanscrit devient quelquefois en pâli tchh , par exemple dans tchha, « six , » pour le sanscrit chat, qu'une transformation pareille a lieu, quoique plus rarement en prâcrit ^, on se représentera ainsi le passage de karchati h., katchhati : la. forme sanscrite régulière sera devenue kâsati ou kachati, et aussi kâsati,. avec allongement de la voyelle pour com-
' Prinsep, Interprct. of tke most ancient of the Ins- Joarn. roy. as. Soc. qf-Great-Britain , t. XII, p. 182. Criptions, dans Jourit. asiat. Soc. oj Berujal, t. VI, ' Ihid. t. VIII, p. 3i2 et t. XII, p. 186, et du ti-
2* part- p. 601. rage à part, p. 20 et 46.
' Wilson, On the Rock inscriptions, etc. dans * Lassen, //wtit. iàij. procrïf. p. 194 et 199.
penser la suppression du r,- et enfin de kachati, on aura fait katchhati, par une dégradation encore, plus avancée. Si cette analyse est admise, la phrase' s^ sukaiam katchhati signifiera « il gagne une bonne oeuvré, il attire à soi le mérite d'une bonne œuvre. » Nous retrouverons plus bas, au paragraphe 5 de cette note, le même mot katchhati avec une variante curieuse empruntée à une autre partie des édits qui nous occupent; quant à présent, je crois pouvoir m'en tenir à l'interprétation que je viens de proposer.
Dans le second paragraphe de cet édit, kayânammêva est pour kayânam ^.va; c'est par suite d'une habitude orthographique reconnue dans un grand nombre de dialectes indiens , qu'on ajoute un anusvâra devant une nasale labiale d'ailleurs élymologiquemenl nécessaire. Je suppose que dêkhati représente la forme sanscrite dnçyati, si elle était usitée'. Ce changement du reste n'étonnera pas les lecteurs qui se sont occupés des dialectes hindis où le sanscrit drîqa devient dêkha^. Je crois que nômina doit être le pâli nôminâ, pour nô iminâ., « non par celui-ci;» il n'y a de différence que l'abrègement de la voyelle finale 7 abrègement qui résulte peut-être de la faute du graveur. Si l'on accorde que dêkhati signiBe « il voit, » on concédera aussi que dêkhiyé peut bien être driçya, « devant être vu. ■> Je passe les autres mots dont le plus altéré est nùhuliy a, où les Pandits de Prinsep ont bien reconnu le sanscrit nâichihurya. Ils n'ont pas été aussi heureux, je crois, pour le mot suivant : kàlananavakakam , qu'ils traduisent par « ces neuf fautes de diverses espèces. » Ce long mot es,t un composé de kalana, sur lequel il ne peut exister aucune hésitation, car c'est le sanscrit kârana, « cause, » puis de navahakafh, dont je ne puis faire quelque chose qu'en supposant l'omission de deux voyelles t et â, de cette manière, nivâhakam, d'où il résulterait que le mâgadhi nivâhaka correspond au pâli hibbâhaka et au sanscrit nirvâhaka. On peut se rappeler que nous avons déjà rencontré un dérivé analogue de la racine vah, dans mahâtkâvahâ. Cette analyse donne à notre composé le sens de « l'accomplissement de la cause, » ce que j'ai conservé dans ma traduction pour plus de littéralité , et ce qui se comprend d'ailleurs malgré la concision des termes. Le roi Piyadasi , dans cette curieuse partie de son édit, veut prémunir ses sujets contre la corruption du mal ; et pour cela il établit que le mal est difficile à reconnaître, parce que les hommes qui ont toujours les yeux ouverts pour voir leurs bonnes actions, les- ont fermés sur les m^auvaises. Eh bien, c'est une raison de plus pour s'efforcer de voir le mal; en effet, ce ne sont pas les vices qui en découlent qui nous le signaleront. C'est ce qu'exprime le texte d'une manière assez pittoresque, quand il dit : « ils n'élèveront pas la voix contre l'accomplissement de leur cause, » c'est-à-dire conhre l'action de leur cause, contre ce que fait leur cause qui est la corruption du mal , pour arriver à son effet qui est la production des vices eux-mêmes. Pour traduire « ils élèveront la voix contre, » je lis palibhâsayisafnti, avec un â long. On remarquera que cette pensée morale a plus d'une fois occupé le roi Piyadasi, car c'est dans un sens analogue qu'il faut entendre le commencement du cinquième édit de Dhauli et Gimar, où on lit à Dhauli, kayânê dukalé, « le bien est difficile à faire, » et plus bas : sukaram hi pâpam, «le péché est facile à commettre.^ » J'ajoutered que l'on pourrait encore rattacher
' BoHeusen, Fiftramôruafj, p. 427. ^ Journ.of the roy.as.Soc. ofGreat-Brita!n,i.Wl,
^ Prem sâgar, p. 2 , 4, et pass. éd. Éaslwick. p. 182.
le verbe paîibhasayisafriti au sanscrit hharts qui avec la préposition pari signifie « menacer, <■■ reprocher; » cette explication nouvelle ne cHangerait d'ailleurs rien au sens.
C'est par conjecture que j'ai réuni ia dernière proposition iyaih mê, etc. à ce qui précède; aussi ai-je placé [et dire] entre crochets, parce que cette addition est nécessaire au sens. Cette version serait certaine si la phrase était terminée par iti. Il faut dé plus supposer que manamé est pour namê; le copiste qui avait déjà écrit iyafhmê aura recommencé ainsi sans achever më; puis, il aura répété ce pronom après le na qui est nécessaire pour l'opposition qu'on veut mîu-quer entre ce monde-ci et l'autre monde.
Il faut maintenant résumer en quelques mots ce qui résulte des analyses et des traductions comprises dans ce paragraphe. Si je ne m'abuse pas sur la valeur du mot âsinavê, et si je ne me suis pas trompé suir le sens de tout le passage, il restera établi qu'au temps du roi Piyadasi , le terme dHâsinava exprimait l'idée, ou plutôt- la somme d'idées qu'on rendait dans la langue classique par âçrava, et que le pâli régulier a, probablement plus tard, représentée par âsava. L'importance qu'a certainement dans la doctrine morale des Buddhistesie mot âçrava donne à ce r-ésultat une certaine valeur: c'est, comme je le disais en commençant cette discussion, un des liens les plus solides par lesquels, les inscriptions de Piyadasi puissent se rattacher au Baddhisme. Le Brahmanisme , en effet, n'a rien à prétendre ici sur la valeur et l'emploi spécial de ce terme. Ce ne sont pas non plus des idées brahmaniques que celles que le roi Piyadasi développe avec une sorte de complaisance. Après avoir rappelé en détail le bien qu'il a fait aux diverses espèces de créatures, depuis les hommes jusqu'aux plus humbles animaux, il semble se repentir des éloges qu'il vient de se donner à lui-même, et il expose d'une manière à la fois nette et ferme cette vérité, que l'homme sait bien voir ses bonnes actions, mais qu'il n'a pas d'yeux pour ses péchés. Le tour de ce .morceau offre un caractère buddhique qui ne peut être méconnu. Ce ne sont pas là de ces vérités banales sur le mérite du Dharma ou du devoir accompli, et sur ÏAhifhsâ ou la bienveillance pour les êtres, que M. Wilson a signalées pour montrer qu'elles appartiennent aussi bien au Brahmanisme qu'au Buddhisnie ^. Je doute qu'on pût trouver dans les livres moraux de la littérature classique de l'Inde un développement semblable pour la forme à celui qui constitue la seconde partie de notre texte. Or ici c'est la question de forme qui l'emporte sur celle du fonds, puisque la morale est le patrimoine commun des Brahmanes et des Buddhistes. Pour moi, je ne puis m' empêcher de croire qu'en faisant écrire ce morceau, le roi Piyadasi devait avoir sous les yeux ou plutôt dans la mémoire cette belle maxime de Çâkyamuni qui répétait à ses Religieux : Vivez en cachant vos bonnes œuvres et en montrant vos péchés ^. Ce rapprochement est, si je ne me trompe, un argument très-positif. Nous savons avec certitude que cette idée est buddhique puisqu'elle se trouve dans des Sûtras où ne paraît aucune trace de Brahmanisme ; et il est très-probable , pour ne pgs dire à peu près certain, qu'elle est étrangère aux livres des Brahmanes, car on ne l'a pas encore rencontrée à ma connaissance dans ces livres, que l'on connaît cependant mieux que les textes attribués à la prédication de Çâkya.
' Journ. roy'. asiat. Soc. of Great-Britain, t. XII, p. sSg. — ^ ^ Introd. à l'kist. du Buddh. ind. t. I, p. 170.
§ 3. SDR LES DEUX EDITS DÉTACHES À DHAlJLI.
N° 1. PBEMIER ion.
Dans le cours de la discussion à laquelle vient de donner lieu la seconde partie de l'édit qui, sur le pilier de Firouz, regarde le nord, j'ai traduit le mot dêkhati comme s'il répondait à la forme hypothétique drïçyati. Je me trouve confirmé dans cette conjecture par la présence delà première personne de cemêm^e verbe, sous la forme de dékhâmi, au commencement du premier des édits séparés de Dhauli. Comme J. Prinsep , malgré la rare intelligence dont on retrouve à chaque instant les traces dans tout ce qu'il a essayé , n'a pas, selon moi, reproduit le sens de i'exorde de cet édit, faute de moyens philologiques suffisants, je vais l'exanliner de nouveau pour établir ce qui me paraît parfaitement intelligible et indiquer les points sur lesquels il reste encore des doutes. Ici la copie qui n'a pas encore été vérifiée plusieurs fois , comme l'a été l'édit de Girnar, présente d'évidentes incorrectipns. Je me ser\'irai donc du caractère original pour qu'on voie jusqu'où s'étendent les conjectures que je propose.
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miharh nain tafh itchhâmi kâlinafh énain pativédayéharn duvâlatétcha âlàbhêham ésateha rnê môkhjamatê duvâlé étasi athasi afh tuphê anusathi taphéhi bahûsa pânasahasésu âyata djana mê gatchhatcha sumunisânaih savê sumunisê padja marna atha padjâyé ilchhâmihakam . . savêna hitasukhênafh hidalôkikapâlalôkikâya yudjévûti hêmê djanasa sapa? itchhâmi duka
nôicha pâhunitha âva ékapnlisé manâti étafh sêpi désafhno sava dékhatihi taphé étarhsi
vihitâpi niti yam êkapulasê .... hamdhanafhvâ palikilésarhvâ pâpumnâti tatahôia àkasmâ téna harhdhanâtâ ka anétcha. . bahudjanô dasiyé dakhiyati taia itchkitaviyé taphéhi nitimadjham paiipâdayémâti imêhitcha vagêhi nô sampatipadjati isâya âsulôpêna niihuliyéna tâlanâya anâvdtiya âlasiyéna kâlammathéna se itchkitaviyé kiti été . . . hahavévu mamâti êtésatcha savésa mûlâ anâsulôpé atûlanâtcha nititchhaih ékilafkié siyâ ? té agati saihtchalitavadhêtava hitapiya étafhviya va hévafhméva êdafh tuphâ katéna vataviyà anamnadakhita hévanitcha hévarh aia dêvânafh piyasa anusathi se mahâ. . . tasa safhpalipâdayémahé âsâyé asafhpaiipati? patipâdayâmi néhi étafh namthi sagasa âlâdhi nô lâdjaladha duâhaléhi isanammêvam anafhtamanafh atiléké sapatipadjâminôtcha éta sagafh âlâdhayisathîti ayam apananiyam éhatha iyamtchalipi tisanakhatêna sôtaviya amiamâsitcha tisé. . . . nasikhatéfhsi ékênâpi sôtaviyâ hévafhtcha kâlamiam tuphé safhghatha- sampalipâdayitavê.
Voici maintenant la traduction que je propose de ce texte encore difficile; les chiffres entre crochets marquent les lacunes que , à l'exemple de Prinsep, j'ai indiquées dans mon texte qui est la reproduction du sien ; j'en avertis le lecteur pour qu'il tienne tel compte que de droit de la précision apparente de quelques parties de ma version.
«Au nom du [roi] chéri des Dévas, le grand ministre de Tôsalî, gouverneur- de la ville, doit s'entendre dire-: Quoi que ce soit que je décrète, je désire qu'il en soit l'exécuteur. Voilà ce que je lui fais connaître, et je recommence deux fois, parce que cette répétition est regardée par moi comme capitale. C'est dans ce dessein que ce Tupha [Stâpa] a été dressé; ce Stûpa de commandement en effet a été destiné aujourd'hui à de nombreux milliers d'êtres vivants, comme un présent et un bouquet de fleurs pour les gensde"" bien. Tout homme de bien est pour moi un fils. Et pour mes fils, ce que je désire , c'est qu'ils soient en possession de toute espèce d'avantages et de plaisirs , tant dans ce monde que dans l'autre. Ainsi je désire le bonheur du peuple , et puissiez-vous ne pas éprouver de malheur, jusqu'à [lacune de dix lettres] un seul homme pense. En effet, ce Stupa regarde ce pays tout entier qui nous est soumis; sur ce Stâpa a été promulguée la règle morale. Que si un homme [quatre lettres] est soumis soit à- la captivité, soit à de mauvais traitements, à partir de ce moment [il sera délivré] à l'instant par lui de cette captivité et des autres [deux lettres]. Beaucoup de gens du pays souffirent dans l'esclavage; c'est pourquoi ce Stûpa a dû être désiré. Puissions-nous, me suis je dit, [leur] faire obtenir la liqueur enivrante de la morale ! Mais la morale n'est pas respectée par ces espèces [de vices]: l'envie, la destruction de la vie, les injures, la violence, l'absence d'occupation, la paresse, la fainéantise. La gloire qui doit être désirée, est que ces [trois lettres] puissent exister pour moi. Or elles ont toutes pour fondement l'absence de meurtre, et l'absence de violence. Que celui qui désirant suivre la règle, serait dans la
crainte, sorte de sa profonde détresse et prospère: l'utile et l'agréable sont les seules choses qui doivent être obtenues. Aussi est-ce là ce qui doit être proclamé par le gardien du Siâpa qui ne regardera rien autre chose, [ou bien, aussi cet édit a dû être exprimé au moyen du Prâkrîta et non dans un autre idiome). Et ainsi le veut ici le commandement du roi chéri des Dêvas. J'en confie l'exécution au grand ministre. Avec de grands desseins, je fais exécuter ce qui n'a pas été mis à exécution; non en effet, cela n'est pas. L'acquisition du ciel, voilà en réalité ce qu'il est diiBcile d'obtenir, mais non l'acquisition de la royauté. J'honore extrêmement les Rïcbis aussi accomplis, mais [je dis] :Vous n'obtiendrez pas ainsi le ciel. EfForcez-vous d'acquérir ce trésor sans prix.
1 Et cet édit doit être entendu au Nakhata Tisa (Nakchatra Tichya) et à la fin da mois TisUj [lacune de quatre lettres] au Nakhata, même par une seule personne il doit être entendu. Et c'est ainsi que ce Stûpa doit être honoré jusqu'à la fin des temps, pour le bien de l'Assemblée. »
Cette traduction , rapprochée de celle des Pandits.de Calcutta modifiée parPrinsep, a besoin de quelques observations justificatives: il importe d'ailleurs de signaler au lecteur curieux les points encore obscurs, sur lesquels on pourra trouver mieux que moi. Je ne reproduirai pas la discussion à laquelle a donné lieu le nom de Tôsalî, que l'on ne connaît dans l'antiquité que par un passage de la géographie de Ptolemée. Il me suffira de rappeler que J. Prinsep , faisant à la Tôsalî de nos inscriptions l'application du texte de Ptolémée, déplace la TdXTakeX yL-ntfànokis du géographe grec, pour la reporter dans l'Orixa, au lieu où a été trouvée l'inscription dite de Dhauli ^ , tandis que Lassen admet l'existence de deux villes du même nom, celle de Ptolémée et celle des édits de Piyadasi^; c'est, je l'avoue, à cette dernière opinion que j'aimerais à me ranger. Les trois mots qui, dans notre inscription , suivent le nom de la ville deTôsali , s'y présentent sans aucune désinence grammaticale; je ne puis décider si c'est par la faute du graveur indigène ou du copiste anglais. Je crois pouvoir affirmer qpie ces trois mots doivent être au singulier et au nominatif, à cause du pronom nom « lui » qui vient plus bas et qui ne peut se rapporter à un autre terme qu'au « grand ministre , gouverneur de la ville auquel il doit être parlé. » 11 faut remarquer le participe vataviya, pour le sanscrit vaktavya, avec la désinence taviya, laquelle est. employée en même temps que la. forme plus altérée de taba, pour le pâli tahha, dans cette même inscription.
Je ne crois pas que les trois mots suivants afh kitchhi dêkJiâmiharh paissent faire l'objet d'un doute; afh est pour yat, comme l'a bien vu J. Prinsep ;,A-zYcAfti est le sanscrit hifhtchit, « quodcumque ; » j'ai transcrit ce mot comme il est écrit, avec un tchha aspiré ( i); mais ici l'aspiration ne me paraît pas à sa place, et il est possible que le tchha ait été employé par le copiste pour représenter deux ( ^ ) tcha opposés l'un à l'autre. Je donne k dékhâmihafh la valeur du szmsmt supposé drïçyâmi ahafh, pris au sens spécial de «je décrète, je commande; » c'est en vertu d'un usage propre aux divers dialectes prâcrits et au pâli que aham, considéré comme enclitique, perd sa voyelle
' J. Prinsep, Examin. of tke separate Edicts, etc. dans Joam.^as. Soc. of Bengcd, t. VII, p. 4^9 el 45o. — - Lassen, fnd. Âlterthumshunde , t. II, p. 289, note 6.
initiale. Je présente avec la même confiance la version des mots suivants, nam tam itchhdmi kâlinam, «je l'en désire acteur; x nam rappelle une personne de laquelle on a déjà parlé, celle à laquelle s'adresse i'édit, c est-à-dire le grand ministre qui gouverne la, ville de Tôsalî, nagala vihâlaka; tam répond à tat acela., » et kâlinam est la forme populaire de kârinam « auteur, acteur. » II- n'existe pas plus de doute sur le sens de ênafh paiivédayêhafh, "je lui fkis connaître, je l'informe; » de plus il faut remarquer que cette première période depuis aih kitchhi, jusqu hipativédayéham, forme trois pados d'une stance anuch(u.hh, dont le second nam tam itckhâmi kâlinam est parfaitement régulier.
Les deux propositions suivantes ne nie paraissent pas plus douteuses, malgré la nouveauté du sens que j'y trouve. Dans davâlatê, je vois le sanscrit dvivâratah, «deux fois, " par deux fois, » et dans âlabhéham, la forme classique ârahhê 'ham, «j'entreprends, je « commence. >- Cette phrase me paraît faire allusion aux deux édits ajoutés à la grande inscription de Dhauli et qui ne se trouvent pas à Girnar; ces deux édits, en effet, ont une très-grande analogie l'une avec l'autre. Dans la courte proposition êsatcha mé môkkyamatê duvdlé, Iqvoï donne le motif de cette répétition «car elle me paraît capitale; •> môkkyamaté est pour mukhyamatàh , et davâlê pour -dvivârah. Le seul point obscur, c'est la forme de.davâlê; il semble qu'on devrait trouver ici un substantif abstrait, comme davâîatâ, « la «répétition. « Aussi ai-je longtemps douté si je devais produire cette interprétation; et m' autorisant de l'opinion de Prinsep, qîii croit que cet édit mentionne, sous une forme plus ancienne, le nom de lieu qui s'appelle maintenant Dhaali, je tra.duisais ainsi : « Et «•je commence à Davdla, parce que ce (lieu de) Diivâla nie paraît capital. » Mais-ce n'est pas ici, comme on le verra, que Prinsep trouvait le nom ancien de Dhauli; c'est plus bas dans un passage où on lit dubalâhi taphê; et il n'est pas probable que le miême nom propre, si toutefois il y en a un ici, soit écrit de deux manières différentes dans la même inscription. L'adjectif môkhyamata, « réputé principal » se présente encore au commencement de l'un des plus importants édits du pilier de-Firouz, dans un- passage que j'examinerai bientôt; mais dès à présent, je puis dire que le sens de ce terme est certain.
Je suis beaucoup moins sûr de ce qui suit, parce que la fin du texte présente, d'après mon analyse du moins,, un sens un peu forcé. Je- fais une première proposition de êtasi athasi am tv.phé « à ce dessein ce Stdpa, » où le verbe se trouve naturellement sous-entendu; c'est à J. Prinsep qu'on doit l'identification du mot tupha avec celui de stûpa. Il reste cependant l'aspiration du ph qui n'est pas facilement explicable; mais si la remarque de .Prinsep touchant la formation des consonnes aspirées qu'il dérive du doublement des consonnes simples, est juste, comme je le crois, pour les cas où ce doublement est reconnaissable, le ph ici doit répondre à un double pa, et on peut supposer qu'on lisait tuppa pour tûpa. La présence de la conjonction discursive hi m'engage à commencer une seconde proposition, dont les cinq premiers mots anusathi tuphéhi hahûsu pânasahasésu âyata signifient certainement: «Le Stûpa du conamandement en efl'et a été destiné à de nom- « breux miliers d'êtres vivants. » L'obscurité commence avec djanamé gatohhatcha sumunisânaUi : que la phrase finisse avec ce dernier mol « pour les gens de bien , ' cela est évident; mais ce qui ne l'est pas de même, c'est que rf^'aname, etc.. forme une proposition
isolée de ce qui précède et se terminant par âyata, ou bien qu'il faille l'y réunir eii lisant âyaiadjanamé gatckhâ tcha samunisânaih; malheureusement, ce dernier parti , que je vais exaniiner, ne donne pas un sens plus satisfaisant que les autres combinaisons.
Remarquons d'abord qndyata ne porte pas de désinence, sans doute par la faute du copiste; quelque soit le rapport de ce mot avec ce qui suit, il devrait s'écrire âyatê, puisqu'il se rapporte à taphé, sujet de la proposition. J'en fais l'observation parce que Prinsep, partant de ce texte, a réuni en composition âydta à djana, et a traduit « ô mon « peuple choisi, rendez-vous auprès des gens de bien. » Mais djanamê « le peuple de moi » n'a pas de désinence, et cette interpellation au vocatif, comme le suppose Prinsep, sort un peu du style de nos inscriptions. On s'attendrait à trouver non gatckha à la seconde personne du singulier de l'impératif, mais gatchhatha à la deuxième du pluriel, e allez, » de même qu'on va voir tout. à l'heure, papaniïfta. Cette correction aurait encore l'avantage de supprimer le tcha dont on ne sait que faire ici. Mais ma conviction est que le texte est altéré, soit sur le monument même par l'action du temps i soit sur la copie à cause de la difficulté de la lecture; les voyelles doivent n'être pas toutes à leur place. En acceptant le texte tel qu'il est , les trois premières syllabes djanamê peuvent se ramener à adya namô, « aujourd'hui présent ou salutation ; » mais cela même est douteux, parce que si namê est namaJk, il faudrait plutôt namas^ara, puisque namah passe pour uue forme, adverbiale. Ce qui approche le plus de gatckha tcha sumanisâjiam est gatchhaçtcha suriianachyânâtn, «et un bouquet ou un collier pour les gens de bien.» Je ne présente, on le voit, cette version que faute de mieux; car le roi Piyadasi ne =nous a pas accoutumés à un style fleuri jusqu'à l'abus; je livre ce texte à de plus habiles; mais peut-être est-il prudent d'attendre une révision nouvelle de l'original. Je recette de ne pouvoir rien faire de djanamê dans llétat actuel du texte; si l'on pouvait lire djanê mê .et gatchhatu, on aurait le sens de Prinsep, « que mijn peuple se rende vers les gens de bien, » avec des procédés un peu plus réguliers, sauf cependant le génitif pluriel samunisânam, à la place duquel on s'attendrait à trouver l'accusatif, d'où je conclus que, même après les corrections proposées, nous n'obtiendrions pas encore le, véritable sens.
Ce qui suit n'est pas altéré, et Prinsep a été ici plus heureux : savê sumunisé padja maman tout homme de bien est ma progéniture; » seulement il faut lire, padjâ. Prinsep a également bien rendu ce qui suit : atha padjâyé itchhâmihakam , « et pour mes enfants « désiré-je. » Le seul mot digne de remarque est hakam pour afiàkam, qui «st employé concurremment avec aham, «je, moi. «C'est une formation de même ordre que celle de asmâkam et autres; elle se retrouve ailleurs dans les inscriptions de Piyadàsi, et j'aurai probablement occasion d'en parler plus bas. Le texte de Prinsep signale après hakafh une lacune de deux lettres; heureusement cette lacune est comblée, dansie second édit séparé de Dhauii, par iti pris dans le sens de « c'est à savoir. » Ce qu'il y a de certain, c'est que la proposition suivante s'unit immédiatement aux mots «etce que je désire pour mes enn fants, i> suvêna hitasakhênam hidalôhikapdlaUhikâyajndjêvM, « qu'ils soient imis à toute ■< espèce d'avantage ^t de plaisir, tant pour ce monde que pour l'autre. » Le ft" pour iti qui suit yudjéva et qui nécessite l'allongement de la voyelle finale, termine la proposition
par laquelle le roi exprime son clésir. Je ne m'arrête pas à Yanasvâra qui suit hitasukhéna-ih; ou c'est une faute du graveur; ou une apparence de la pierre qui a trompé l'officier si intelligent d'ailleurs auquel on doit la copie de cette inscription.
11 y a quelque incertitude sur le troisième mot de la phrase suivante : hémé djanasa supa"^ itchhâmi; le point d'interrogation placé par Prinsep sur le pa prouve que cette leçon n'est pas certaine; j'ai supposé un hh , sabhani, et j'ai traduit en conséquence; on aimerait mieux trouver sukham. L'incertitude s'étend aussi sur le premier mot de la fin de cette phrase t duha nôtcha; j'ai traduit comme s'il y avait duhham nàtclia « et puissiez- « vous ne pas éprouver de malheur; » mais quelque simplicité que présente cette correction, elle n'en est pas moins très-forte, et par là peu vraisemblable; car quelle apparence y at-il qu'un copiste ait, dans un mot aussi connu que dukhaih, substitué un k à un kh ? Tout dépend ici de la manière dont on lira le sapa de la phrase précédente, puisque daka paraît devoir en être l'opposé. Quant au verbe pdkunitha, j'en crois l'orthographe fautive, et je propose de remplacer | hu par L pu, de sorte que pdpunùha serait une deuxième personne de l'impératif pâli du verbe sanscrit prâpnôii, « il obtient. »
Après le mol dva, qui répond à rav«(, «jusqu'à ce que, ■> la copie de Prinsep accuse une lacune de dix lettres; cela est fort regrettable, parce que nous trouverions peut-être ici quelque chose de plus précis que ces vagues assurances de dévouement au bonheur du peuple. Quoi qu'il en puisse être, on comprend que cette lacune rende à peu près inintelligibles les trois mots eka piiUse rnanâti, « un seul homme pense; » manâti lui-même est-il correct? et une révision nouvelle du monument ne donnerait-elle pas ou marhnati pour manyatê, « il pense, » ou mânêti, pour mânayali, « il honore.'' » J'avoue que j'inclinerais pour cette dernière supposition.
Je crois entendre les mots suivants : êtaih sêpi désam nô sava dêkhatê hi tapké, littéralement « car ce Stâpa regarde tout ce pays de nous ; » par le mot regarde, il faut vraisemblablement entendre «commande, gouverne,» puisque, comme vont nous l'apprendre les mots suivants, c'est sur ce Stâpa qu'ont été exposés les principes de morale que recommande Piyadasi. D'ailleurs, le mot « regarde » peut aussi bien être une allusion à la position qu'a dû occuper le Stupa dont parle notre inscription, au sommet du mont khandagiri'. On ne trouvera pas de difficulté à voir le neutre êtam « cela » joint au pronom masculin qui se rapporte à taphé, littéralement « cela ce Sidpa ; » cet idiotisme populaire reparaît dans d'autres passages de nos inscriptions. 11 faut ajouter un anusvâra à sava qui se rapporte à désam; quant à dêkhaté, il peut se défendre à la rigueur, mais je préférerais l'actif dêkhati; c'est à celte voi-x. que nous rencontrons ailleurs ce verbe. Je dois ajouter que dêsamnô, dont la copie de Prinsep fait un mot unique, pourrait fort bien répondre au sanscrit dêçadjfia «qui connaît le pays;» mais, pour que ce mot se rapportât à taphé, il devrait s'écrire désamné, et encore ne sortirait-il guère de cette leçon qu'une interprétation moins satisfaisante que celle que je propose. Prinsep n'a pas manqué le sens de ce qui suit : êtaihsi vihitâpi niti, littéralement « sur lui aussi a été fixée la règle ' moréde. » Après les motsyani ékapulisé , « si un homme, » Prinsep marque une lacune de
' J. Fergusson, Illustrât, of the rock-cut Temples oj India, p. li.
quatre lettres ; je ne puis dire jusqu'à quel point cette lacune intéresse le sens de ce qui suit, mais il est certain que les mots iafhdkanafhvâ palikilêsarhvâ pâpumnâti signifient littéralement « rencontre soit la captivité soit de mauvais traitements. » La phrase subsiste donc dans sa structure principale, et ce qui manque peut être quelque ctose comme « ayant commis une faute, » car il semble que l'intention du roi soit de diminuer la rigueur des chàtiments-
Dans ce qui vient après et dans la ligne suivante, je n'entends plus guère que des mots détachés, et je ne suis pas sûr du sens que j'en tiré; je souhaite que le lecteur réussisse mieux que moi avec ces éléments si décousus. Je traduis par « à partir de ce jour » le mol tatahô lu, qui reparaît dans d'autres passages des monuments de Piyadasi; est-ce' la réunion de tata et de hôta, pour latah et avatah, ou est-ce une contraction de iatamakôtd qui se trouve aussi dans ces inscriptions et qui doit répondre au sanscrit étanmuhûrtât, « à partir de cette heure; » c'est ce que décidera le lecteur judicieux : j'incline pour ma part vers la dernière explication. Il n'y a pas de doute sur akasmâ , c'est le sanscrit akasmât, «soudainement, aussitôt.» Dans téna hamdhanâtâ ha anêtcha, on voit bien que têna doit se rapporter à une personne dont le roi a parlé auparavant; c'est probablement le grand ministre auquel le roi recommande d'user de modération dans le châtiment des coupables. Mais qu'est-ce que bamdhanâtd ha? faut-il couper ainsi bafhdbana « de la capti- «vité?» mais alors que faire de lâka? Faut-il lire hafhdhanâtù , ablatif populaire , pour bandhanât? rnais alors que faire de la lettre unique ha? Je ne puis croire que le texte soit ici correct, et c'est par conjecture que j'ai ajouté les mots « il sera délivré; » les crochets sont destinés à prévenir le lecteur que ces mots ne sont réellement pas sur le monument. Ma traduction « et des autres » donne à penser qu'après « cette captivité » le texte rappelait « les mauvais traitements » dont il est parlé dans la période précédente; mais le texte n'est pas si explicite : pour trouver matière à cette supposition, j'ai besoin de substituer l'ablatif amnaic/m au nominatif aifmefc/ia, qui est un masculin singulier. Comme ce mot est suivi d'une lacune de deux lettres, il ne m.'est pas permis d'être plus précis. Il se présente un double sens pour les mots hahudjanô dasiyê dukhiyatl; en lisant dêsiyê, on a, «beaucoup de gens du pays sont dans la douleur; » en supposant que dasiyê est pour le sanscrit àâsyê, on aura, a beaucoup de gens souffrent dans l'esclavage; » cela est bien dans le sens de tout le morceau, mais on n'en voit pas la connexion exacte avec ce qui précède à cause des nombreuses lacunes que nous n'avons pas le m.oyen de cona.bler.
Ce qui suit est plus clair : tata itchhiiaviyê iuphê hi doit signifier « c'est pourquoi ce » Stupa doit être désiré; » et la raison qu'en donne le roi se trouve dans les deux mots suivants nitîmadjhafh palipâdayêmâli^ «puissions-nous faire obtenir la liqueur enivrante « de la morale. » C'est manifestement le roi qui parle ici et qui explique comment il aété conduit à dresser le Stâpa auquel' il donne le titre de « Stâpa de commandement, » à cause de i'édit gravé suivies rochers au-dessus desquels ou dans le voisinage desquels était construit c&Stûpa. Le peuple était malheureux; le roi, qui veut le rendre heureux tant dans ce monde que dans l'autre, pense que le moyen d'atteindre à ce but, c'est de lui enseigner la règle, la morale, comme il l'appelle du inoi cie nm (pour le sanscrit nîti).
Le Stâpa auquel se rattachent ses instructions morales est donc devenu l'objet de sçs désirs, car il se disait iPuissé-je faire o])tenir au peuple la morale qui est comine un breuvage enivrant. Les mots tata iîchhitaviyé tiiphc hi, « c'est pourquoi ce Stâpa doit être « désiré» doivent être entendus, comme s'ils étaient prononcés parle roi avant l'érection du Stâpa, au m.oment où le Stâpa est devenu l'objet de ses désirs; et le iti qui suit le verbe pafipâdayêma, indique que c'esl le roi qui parle. Pour rendre ce sens d'une façon plus claire , j'ai mis le passé dans ma traduction « a dû être désiré ; » j'en avertis pour qu'on ne le cherche pas dans le texte, où il n'est pas exprimé; j'ai rendu de même iti par «me suis-je dit, » pour m.arquèr le rapport de la seconde proposition a la première. Si on hésitait à diviser, comme je le propose, en deux mots tuphê hi, parce que la conjonction hi se trouve ainsi rejetée à la fin de la proposition, ce qui n'est nullement régulier en sanscrit, on en ferait l'instrumental îuphêhi epar les Stupas, » et on couperait ainsi les deux propositions tata iichhitaviyé, « aussi il doit être désiré » iaphêhi, etc. « à «savoir,: puissions -nous au moyen des Stupas leur faire obtenir la liqueur enivrante de n la morale. » Je ne crois pas qu'on hésite sur le sens de nitimadjhafh, pour le sanscrit nîtimadyam; je préférerais cependant madjam ipar un dj non aspiré : peut-être une révision nouvelle du m^onument nous apprendra-t-eile qu'il faut lire nttimagam, «la voie de " la morale. »
Le roi passe ensuite à rénum.ération des mauvais penchants qui " empêchent de pratiquer cette morale qu'il recommande : les mots irnéhitcha vagéhi nô sampatipadjati signifient certainement «et par ces classes (de vices) elle n'esi pas respectée; » sampatipadjati répond au sanscrit safhpratipadyaté. Ces classés de vices sont isaja, « par l'envie ; » âsuîôpêna, liltér-alement «par le retranchement de la vie, .> c'est-à-dire par le meurtre; nithuliyêna, «par la cruauté; » tâlanâya, selon Prinsep, «par la méchanceté, » ou si l'on veut « par la précipitation, » à cause du sens le plus ordinaire du radical tar ou tvar dont paraît dériver iâlanâ, pour târanâ qui m'est d'ailleurs inconnu en sanscrit; anâvûtiya, « par «l'absence d'une profession,» qui impose à l'homme le travail, pour le sanscrit andvrïityâ; âlasiyéna, <■ par la paresse; » kâlammathêna, « par l'habitudede perdre son temps, » expression que les Pandits de Prinsep ont très-ingénieusement rapprochée d'une locution vulgaire, kàthafh kâlam mathnâsi, « cotmuent passes-tu ton temps?» Après avoir énuméré ces vices, le roi ajoute que s cette gloire est à désirer, » en se servant de l'expression se iichhitaviyé kiti, qui a déjà paru sur les édits des colonnes. Ici, le pronom se est fautif avec le féminin kiti, ainsi que l'a bien remarqué Prinsep; mais est-on bien sûr de la leçon, et îe monument ne porterait-il pas sa, comme sur la coiorine de Firouz , . ifcMiîaviyê hi êsâ kiti^. Une lacune de trois lettres et l'altération de quelques signes nous em; pèchent de reconnaître quelle est la gloire à laquelle le roi aspire. Après été. « ces, » trois lettres manquent; à cette' lacune succèdent bahuvévu mamâti, où l'on reconnaît au premier coup tl'ceil mamâti « de moi, à moi, voilà, » et hahu «beaucoup; » mais je ne sais plus que faire de vâya': j'ai traduit en attendant une révision nouvelle de l'original , comme si hu de bahu représentait Ihi, afin d'obtenir une troisième personne plurielle du
' Joi.j». 05. Soc. of Bengal, t. VI, p. 578, i. i4.
subjonctif de la forme intensive du radical bhû, bahhuvêvu, laquelle inviterait plutôt . qu'elle ne reproduireùt la forme régulière du sanscrit. Si le roi demande qu'il puisse exister quelque chose qui lui assurera une gloire désirable, ce sont, selon toute vraisemblance, des qualités et des vertus. Aussi voyons nous la phrase suivante se rattacher à cette idée : étêsu tcha savêsa mûîâ ànâsiilôpê atûlanâtcha, littéralement « et à elles toutes les racines (sont) l'absence de meurtre et l'absence de précipitation. »
Dans la phrase suivante, si j'en entends bien tous les termes, le roi promet la sécurité à celui qui, désirant suivre la règle qui lui est tracée, craindrait les persécutions; nUitchhafh est une forme pâlie du sanscrit nîtitchhan, « désirant la règle; » il n'y a pas de doute sur ê kilanié siyâ; ces formes mâgadhi'Bs reproduisent presque lettre pour lettre la phrase pâlie yô kilantô siyà, <• celui qui serait dans l'épuisement. » Prinsep a placé un point d'interrogation devant la syllabe té, ce qui prouve qu'il la croyait douteuse; et dans le fait, on attend ici se « celui-ci, lui, » corrélatif du é, pour yé, qui précède. Les deux termes suivants sont plus difficiles à analyser, quoique le sens paraisse être celui que j'ai conjecturé. Sur la planche de Prinsep, les signes sont placés de telle sorte qu'ils paraissent former deux mots, ugati samtchalitavadhétu : nul doute qu'il ne faille séparer vàdhêtu de safhtchalita, réunir la lettre suivante, va, à ce verbe vddkêlu, et le traduire « qu'il croisse «même, qu'il prospère malgré cela. » Le mot sarnichalita donne directement le sanscrit safhtchaliia ou samtcharita ; mais outre que ce terme ne porte aucune désinence , ce qui vient sans doute de la faute du graveur ou du copiste, le sens que suggèrent les radicaux tchal et icliar ne donne ici aucune lumière. En supposant un â long à la seconde syllabe, on diu.- 'Taitsamtchâlita, qu'on tirerait de safhtchâra, « passage difficile, détresse; p mais la difficulté est de savoir si l'on peut faire de safhtchârila un substantif neutre dérivé du participe samtcharita, en anglais distressed, ou bien si ce mot doit garder ici la signification d'adjectif qui est conforme à sa nature grammaticale. Un substantif nous irait mieux; car en réunissant agaii à safhtchalita, malgré la séparation qui paraît sur la copie de Prinsep, on trouve u qui est, selon toute probabilité, le reste de la préposition sanscrite ut, et qui exprime l'action de sortir hors de. Le mot iigaii n'est déjà pas parfaitement clair, mais la cérébrale (J H permet de supposer la suppression d'un r, et si le monument offrait ici réellement une lacune, l'addition d'un fta donnerait le composé ugatika pour udgartika. Il qui est sorti du trou, » et ce terme réuni à safhtchalita fournirait un sens fort convenable ici ,« étant sorti du trou et du déGlé,» pour dire «étant sorti de sa profonde « détresse. » C'est dans ce sens que j'ai traduit, moyennant les diverses suppositions que je viens d'exposer, et en lisant samtchâlité , pour samtchalita. Il est bien entendu que je ne donne cette version que pour ce qu'elle vaut ; elle a besoin d'être vérifiée par un nouvel examen du texte. Ainsi en se reportant au fac-similé de M. Kittoe, on peut supposer ugadha au lieu de ugati, pour le sanscrit udgâdha, et traduire « étant tout à fait « dans la détresse. » J'entends les mots suivants hitapiya êtaviya va comme complétant la pensée; du roi qui, après avoir- relevé le malheureux de sa détresse, veut que l'utile et l'agréable soient les seules choses qu'il rencontre. Il n'y a pas de grammaire apparente dans ces mots; on remettrait tout en règle avec deux anasvâra, hitapiyam étaviyam; va
est pour êva dans le sens de seulement. Je suis ici la transcription plutôt que le texte de Prinsep; son texte se lit avec un anusvâra, êtafh viya, « comme cela; » mais je n'ai pu rien faire de cette leçon.
Les termes que je viens d'examiner complètent la proposition à laquelle en succède une autre qui me paraît un peu mutilée. Cette proposition se compose des termes suivants : hévammêva êdafh taphâkatêna vataviya anafhnadakhita; sur le fac-similé de M. Kittoe, il paraît une lacune d'environ deux lettres après édd, quon peut à la rigueur lire êdarh, et au lieu de tupM, on lit taphâ; il en résulte à mes yeux beaucoup de doute sur tout le passage, et quoique j'aie conservé le sens des Pandits de Prinsep pour taphâkatêna, je pense, avec Prinsep lui-même, que ce sens est tiré de trop loin. Voici, je crois, de quel côté il faudrait chercher; le dernier mot anafhnadakhiia est évidemment altéré dans sa grammaire; je suppose qu'un anusvâra manque après anamna, pour le pâli anannafh 'i non autre chose,» et que dakkiia rappelle une forme comme dékhitvâ, qui pourrait être écrite ici dêkhita, ainsi qu'on a ailleurs sôtu, pour le pâli sutvâ, «ayant entendu. » J'ai traduit dans ce sens, ne pouvant rien faire de l'hypothèse d'après laquelle dakhita serait pour dukhita, « frappé de malheur, » mot qui d'ailleurs irait bien à l'ensemble du texte. La personne à laquelle se rapporte cette courte phrase « n'ayant vu rien autre " chose » doit être celle à qui appartient la mission exprimée par le verbe vataviya. Quant à taphâkatêna ou tuphâkatêna , j'ai rappelé tout à l'heure le sentiment de Prinsep sur la traduction des Pandits, et s'il venait à être établi qu'on doit lire taphâkatêna, ce sens tomberait de lui-même. Alors ta appartiendrait à un mot précédent, et phâkaténa rappellerait le sanscrit prâkrîtêna, « avec le langage populaire, au moyen du prâkrita. » Cette interprétation donnerait une nouvelle face à cette partie de l'inscription. Le roi , voulant porter les enseignements de la morale et les consolations qu'elle donne, dans le cœur des malheureux, dirait hévammêva « c'est ainsi que, » êdafh ta, pour êdafh tata « cela ici, » phâkaténa « avec le prâkrita, » vataviya (pour vataviyafh ) « doit être dit, » anafhnafh « rien autre chose, » pour dire ■< non un autre dialecte, » ou « non d'autres ordres, » dakkiia pour dêkhita « ayant regardé. » Je souhaite plutôt que je n'espère voir se confirmer cette curieuse interprétation, qui nous donnerait l'explication royale de l'emploi qu'avait fait Piyadasi du dialecte populaire pour promulguer ses instructions.
Il n'y a pas de doute sur la valeur de la phrase suivante : hévafhicha hêvafh ata dêvânafh piyasa anasathi, littéralement « et de même ainsi en ce point (est) -le commandement « du roi chéri des Dêvas. » Quant à la courte phrase 5^ mahâ . . . tasa sampatipâdayê , je l'ai traduite comme si le texte devait porter mahâmâtasa; mais sur le fac-similé de M. Kittoe, la lacune est trop considérable pour être comblée par la seule syllabe ma, il en feut au moins deux. Puis le lecteur peut se rappeler les doutes qui restent encore siir les propositions que termine safhpatipâdayê , je les ai exposés au commencement du § 1"^ de la présente étude. De plus, se doit se rapporter ou à l'édit ou au commandement du roi , tandis qu'on attendrait ici le pronom ahafii si safhpatipâdayê était au présent. Tout cela me porte à désirer qu'une révision nouvelle du monument rappelle au jour les deux o" trois lettres effacées entre mahâ et tasa, et permette de faire un parti-
cipe de sampatipâdayê , mot dont la fin n'est même pas visible sur le fac-similé de M, Kittoo, afin qu'on puisse trouvei' un sens approchant de celui-ci, «ce commandement doit « être respecté par » — celui dont le titre ou le nom est caché sous le mot incomplet de sept lettres. Ce qui suit ne présente pas moins d'obscurité : mahé âsâyê asafhpatipati? pati pâdayâmi; car, en premier lieu , il n'est pas certain que mahé n'appartienne pas au mot précédent sampatipâdayê , qu'il faudrait lire alors sampatipâdayâmahê , à la première personne du pluriel. Puis, pour obtenir la traduction que je propose, il faudrait en un seul mot mahâsayé, « ayant de grands desseins; » tel qu'il est sur la copîe de Prinsep, le mot âsâyê ressemble plus à un datif qu'à toute autre fomae. Toutefois, jnalgré ces diverses objections, je n'ai pu rien trouver de mieux que de supposer dans mahê âsâyê une composition imparfaite pour mahâ âsaya : et c'est l'ensemble du passage , dans lequel il me semble voir le roi s'exalter à la pensée de ses desseins, qui me rend cette opinion moius invraisemblable. J'ajoute un anusvâra à asafhpatipati et gafïi au ygrbe patipâdayâmi, littéralement "je fais exécuter la non - exécution. » Est-ce à l'idée quje le roi tente quelque chose qui n'a pas existé avant lui que se rapportent les mots né M êtafh nafhtki, lesquels sont parfaitement lisibles sur le fac-similé de M. Kittoe, sauf la prêïîaière syllabe ni que Prinsep lit né? Je l'ai cru, en admettant que né répond à nô et nafhthi, qui serait peutêtre mieux nathi, au sanscrit nâsti, « non , en effetc cela n'est pas. »
Le roi continue avec une maxime générale dont la pensée est tout entière dans le sens qu'on donnera à sagasa, soit qu'on y voie svargasya, « du ciel, » soit qu'çn le représente par sargasya, « de l'abandon, du renoncement, u Prinsep et ses Pandits ont adopté le premier sens ; je ne crois pas devoir m'éloigner de leur sentiment, d'autant plus qu.e, dans le second des édits séparés de Dhajili , on trouve svaga, qui est certainement le sanscrit svarga. La phrase me paraît se composer comme il suit : sagasa âlâdhi né lâdjaladha daâhalehi;je ne puis croire qu'il ne manque pas ici quelque voyelle, et en en rétablissanj deux dans ladha, que je lis lâdM, je traduis littéralement «l'acquisition du ciel, non l'acquisi- « tion de la royauté est difficile à saisir, en effet; » âlâdhi est bien une forme pâlie p.9jar le sanscrit âlahdhi; lâdja répond à râdjya, « la royauté, » et daâhalê à d^râh^ra^^ la çoajonction placée h la fin de la phrase est un idiotisme déjà remarqué, qui .est propre au style de ces inscriptions.
Je ne suis pas sûr d'entendre ce qui suit; cependant l'addition de quelques voyelles donne une version qui se présente assez naturellement. Ainsi au texte de Prinsep , qui lit : isanammévam anailitamanafh aiilêkê sapatipadjâmi, j'apporte ce petit nombre de changements : i5mam pour isanafh, anatamânam pour anamtamanam, saThpaiÏTpoxiT sapati.ei ^e traduis de la manière suivante : « J'honore extrêmement les Rîchis qui sont aussi accom- « plis [que ceux que je vois],» et il ajoute notcha êta sagaih âlâdayisatMti , «mais vous " n'obtiendrez pas ainsi le ciel; » en prenant isînaih pour le gnt. plr. du pâli isit • un Rï- «•chi, » anufamôncm pour le sanscrit anuttamânâm, « sans' supérieurs, » atiîêkéTpour atirékah, • excessif, » et âlâdhayisathâti au lieu de âlâdayisathîti , à la deuxième personne du pluriel, le roi s'adressant soit aux Rîchis eux-mêiaes, soit à ceux qui croiraient que leurs pratiques sont le comble de la perfection. Pour les mots suivants, ayain apananiyam, je n'ai
pu rien trouver de meilleur que le sens de Prinsep. Le pronom ayam doit faire allusion à sagéj « le ciel ; » il faut seulement supposer que ce pronom est ici à l'accusatif, ce qui est bien irrégulier, puisqu'on devrait trouver imam. L'adjectif apananiyam, selon les Pandits de Prinsep , signifie « qui ne peut être acheté; » dans un passage tout à fait semblable du second édit détaché, nous trouverons un mot qui présente quelque homophonie ânanitchhafh; mais ce rapprochement ne m'a jusqu'ici conduit à rien. Le verbe êhatha signifie bien « faites effort, ■> ainsi que l'ont vu les Pandits de Calcutta; il faut y ajouter, comme l'a fait Prinsep, l'idée d'acquérir, « faites effort pour acquérir ce bien inestimable. >:
Prinsep n'a pas manqué le sens de la phrase suivante : iyafhicha lipi iisanakhatêna sôiaviya , « et cet édit doit être entendu au Nakhata Tisa (Nakchatra Tichya); » seulement il faut écrire sôtaviyâ. L'emploi de instrumental dans nakhatêna, pour désigner le temps, est un trait remarquable de l'analogie qui existe entre le style buddhique de toutes les' écoles, soit en sanscrit, soit en pâli, et le langage de nos inscriptions; on sait, en effet, que pour exprimer l'idée de « en ce temps-là, » les textes sanscrits disent têna samayéna. Une lacune d'au moins quatre lettres rend plus obscur ce qui suit, afhtamâsitcha tisê. . . . nasikhatémsi, « et à la fin du mois, » le reste exprimant peut-être cette idée « qui tire son ■' nom du Nalcchatra Tichya, » lequel est le huitième des Nakchatras et qui sert à dénommer le mois de Tichya répondant à décembre-janvier. Ce qu'il y a de certain , c'est qu'inamédiatement avant la lacune nous trouvons iisé, et que nasikhatémsi, au moyen d'un
simple déplacement, donnerait .si nakhafêmsi , « dans le Nakchatra. » Les mots êké-
nâpi sôtaviyâ, « même par une seule personne il doit être entendu, >> permettent de penser que le roi comptait que la lecture de son édit pourrait être faite devant plusieurs personnes, et probablement, comme nous le conjecturerons dans l'analyse de la fin du second édit détaché, devant les membres de l'Assemblée des Religieux ou devant le Safhgha. Quant à présent, nous ne devons pas faire dire à notre passage, incomplet comme il est , plus de choses qu'il n'en exprime réellement. Je remets également à l'analyse de la fin du second édit détaché la justification du sens que j'adopte pour le mot controversé kâlamiam, «jusqu'à la fin des temps, » et pour le terme également difficile de samghatha, que je lis sarhghatham , « pour le bien,, dans l'intérêt de l'Assemblée. »
Les lacunes qui répandent malheureusement tant d'obscurité sur la partie principale de cette inscription ne manquent pas non plus dans les trois paragraphes qui la terminent, et cela est d'autant plus regrettable que, si ma lecture est exacte, on y trouverait plus d'un nom géographique important, et par suite, l'occasion d'un rapprochement cuiieux. Aussi malgré l'état du monument, je ne puis m'empêcher d'en continuer l'étude; ces vénérables restes d'une antiquité si peu connue ont pour le philologue un intérêt qui ne lui permet pas de s'en détacher sans en avoir poussé l'interprétation aussi loin qu'il lui est possible de le faire. Je copie, puis je transcris la fin du texte, tel que le donne J. Prinsep :
>>CJL H0-X :-J: ^t -J'TX \j-> >1 lA-JéfdCGiT-F ddA' cL8a; JL6i (5) U H+<q, U-J'-o-Dè H+<q, U-J'. •-F8>i- f cd (2) JC/!
>KX d H0-1 lr+-(D'8)81 Udd^ Udcl^ Ud^ ÏIBJÎcCS' > mU H (2) a, TI-J'i? lî-d./!
>A- H0' EÏA-.^.O-W -j;; H0 88 Hi^dtf;; LiJfltd ±^^ >KW H0-X j:n-8 (4) ■lr^d:'8è èA* fd H;!-F8j;d./; Xï èçCÏ Ir-^èA*
u^ji H? H- (/i) i 8c-8"a: ïiy'a;/; HJ,a.xi- a? Hc-bjCA haï +*8
>Ad; ad. A* A* tkl- +-J'X H0 -yTil Hi,d.Cf
Etâya aihâya iyaih lipi likhitâ hida êna nagalaviyôpâlâkâ sasatam samayani yadjavu ( cinq lettres) kasa akasmâ palibôdhava akasmâ pâli. . kâmadévani nôsi (deux lettres) yâti.
Etâyê tcha athâyé hakani [dhamma ) maté pafhtchasu pafhtchasu vasésu nikhamayisâmi ê akhakhasé a (deux lettres) se khinâlàfhbhê hisati.
Etafh. athaiïi djanita. . . . thâ (une lettre) lati atha marna anusathiii udjéniyépiicha kumâlc étâyêvam athâyé nikhâma (quatre lettres) hêdisafhméva vatam nôtcha atikâmayisati tini vasâni héméva tafïi khasalatêpi adâ am (quatre lettres) tê mahânuitâ nikhamisamti anusayânani tadâ ahâpayitaatanê kafiima êtasi djanasa tara tafii pitakhô kalafhti atha lâdjinê anusalhi.
« C'est pour cela que cet édit a été écrit ici afin que les gouverneurs de la ville s'appliquent continuellement ( cinq lettres ) pour le peuple une instruction instantanée , instantané aussi . . . comblant les désirs pour nous . . voilà.
« Et pour cela, tous lés cinq ans. je ferai exécuter [la confession] par les ministres de la loi; celui qui dissimulant ses péchés (deux lettres), celui-là sera irhpuissant dans son effort.
« Ayant connu cet objet car tel est mon commandement. Et le Prince royal
d'Udjdjayinî devra aussi à cause de cela exécuter (quatre lettres) une cérémonie pareille; et il ne devra pas laisser passer plus de trois ans; et de même ainsi à Tàkhasila (Takchaçilâ) même. Quand (quatre lettres) les grands ministres exécuteront la cérémonie de la confession, alors, sans faire abandonner son métier à aucun des gens du peuple. Us le feront pratiquer au contraire par chacun. C'est là l'ordre du roi. «
Je me figure ; peut-être à tort, car dans ce genre de recherches oii l'on a si peu de secours, on est d'autant plus exposé à de nombreuses illusions, je me figure cependant que cette traduction doit être exacte dans ses principaux traits. Il n'y a pas de doute sur la valeur de la première phrase êtâya aihâya iyafh lipi likhitâ hida, « pour cet objet, « cette écriture a été écrite ici; » seulement il est plus conforme à l'orthographe ordinaire du monument de lire étâyé athâyé, comme au début du second paragraphe; et l'on doit joindre cette phrase à la suivante par le pronom conjonctif éna pour yéna. Je ne doute pas davantage du sens de cette seconde phrase éna nagala viyôpâlâkâ sasatam samayafh yadjavû, littéralement, «pour que les gouverneurs de la ville s'appliquent pendant un « temps perpétuel ; » il faut lire, comme Prinsep l'a reconnu lui-même, vagalavihâlakâ, de même qu'au commencement de l'inscription. Il est difficile de ne pas reconnaître dans
sasatafh le sanscrit ç^çvatam, surtout auprès de samayam, « un tetnps, » de même qu'il faut peu de changements pour faire de yadjavû, yndjêvû, « qu'ils soient unis à, qu'ils s'ap- " pliquentà, » comme au commencement de l'inscription. Une lacune de cinq lettres nous empêche de rien faire des deux syllabes kasa; il serait possible cependant que ces syllabes fussent le reste du mot lôkasa. « pour le peuple; « c'est dans cette supposition que j'ai traduit, sans cependant y -tenir beaucoup. Dans akasmâ palibôdhava, je trouve le sens de « soudainement un avertissement même; » cela doit faire allusion au principal objet de l'édit qui est destiné à donaer au peuple une instruction de tous les instants. Un sens analogue doit être caché dans akasmâ pâli, mais une lacune d'au moins deux lettres nous empêche de 'reconnaître l'idée exprimée- par ce substantif, qui est de même forme que palibôdhu. Après cette lacune, on reconnaît aisément kâmadévam nô , «donnant ainsi les " objets de nos désirs, » ou avec éva, « donnant même, etc. » C'est une épithète qui se rapporte vraisemblablement au mot perdu dans la lacune. Si Prinsep ne marquait pas une espace vide de deux lettres entre si et yâii, on traduirait sans difficulté : « qu'il soit, « voilà; " mais l'absence de deux lettres est indiquée par deux croix, comme pour les autres lacunes, sur le fac-similé de M. Kittoe.
C'est à la sagacité de J. Prinsep que nous devons en partie l'intelligence du commencement du second paragraphe, dont le sens roule sur la valeur qu'on doit assigner au verbe nikhamayisâmi , littéralement, «je ferai sortir, a S'appuyant sur l'acception religieuse qu'a le verbe nikkhama dans le pâli des Buddhistes de Ceylan , et s'autorisant de l'expression nikhamisaihti annsayânam , qui va se présenter dans le troisième paragraphe, Prinsep propose de traduire ce verbe par « donner l'absolution » , en le dérivant de kckam, « pardon- « ner, " ou par « admettre dans le corps des Pieligieux , » en le dérivant de kram précédé de nich^. De son côté, Lassen adoptant en partie le résultat des combinaisons de Prinsep, traduit anusayânafh . qu'il" lit anasdyo.nam , j^slv « confession 2, ».et remarque qu'il doit être ici question de la grande assemblée quinquennale dont parlent les voyageurs chinois^, et à laquelle fait probablfiment allusion la légende du roi Açôka, telle qu'elle est rapportée par les livres du Népal *. Je crois cette opinion inattaquable dans sa généralité , et en ce qui touche le paragraphe de l'inscription qui nous occupe actuellement, elle s'y" applique avec une rigueur parfaite. Les mots pamtchasn paihtchasa vasésu, signifient bien « tous les cinq « ans. » Il est également très-probable que Prinsep comble exactement la lacune qui précède les lettres maté, quand il lit dkafhma maté, " les ministres de la loi; >• if se peut toutefois que ce soit mahâmâté qu'on doive lire, parce que c'est d'eux qu'il est parlé dans le troisième et dernier paragraphe de l'inscription , justement dans le passage même où il est question de la cérémonie désignée par les mots nikhnmisamti anasayânaUi. Quant à cette cérémonie elle même, je pense avec Lassen que ce doit être la confession, institution que l'on sait appartenir au Buddhisme. Mais cette confession n'était pas réservée au seul usage des Religieux; le troisième édit de Girnar, qui se répète, comme on sait, à
APPENTWCE. — N" X. 685
Dhauii et à Kapur-di-giri , nous apprend que cette cérémonie de Yanasayânam avait poui destination spéciale de rappeler au peuple les grands devoirs de morale sur lesquels repose la loi (dhamma), an succès de laquelle le roi Piyadasi consacre ses efforts^. Si donc le mot anusayânafh peut avoir, par suite de son analogie avec le sanscrit classique anasaya, » repentir, » la signification spéciale de confession, il faudra y voir une confession accompagnée de la promulgatioti des principes moraux du Dliamma, et on devra se figurer la chose de cette manière : on rassemblait le peuple tous les cinq ans, on engageait chacun à faire l'aveu de ses fautes , et on lui rappelait les principes de la loi.
C'est, jusqu'à présent, la seule idée que je me puisse faire de cette cérémonie qui est indiquée dans l'édit séparé que nous examinons, conmie dans l'édit général, mais qui n'est explicitement décrite nulle part, du moins dans l'état où nous sont parvenues les inscriptions. Mais je dois exposer les difficultés de détail qui restent encore touchant l'intelligence précise des termes ; et comme le verbe nilthamayisâmi tire son sens spécial de son rapport avec le naot anusayânafh, je suis obligé d'examiner ici ce mot, quoiqu'il ne soit pas écrit dans le second paragraphe et qu'il ne se présente que dans le troisième. J'ai transcrit avec Prinsep anusayânaih, et je ne ferais aucune difficulté de corriger avec Lassen anusâyanaih; je remarque cependant que, dans toutes les transcriptions que nous avons de ce terme, la semi-voyelle y est' accompagnée d'une voyelle soit i, soit â; cette circonstance me paraît militer en faveur, d'une leçon comme celle de Dhauii adoptée par Prinsep, où la fin du mot doit être yânarh. ou comme celle de Girnar, où elle est yinam. Mais cette leçon n'est pas facile à justifier granimaticalement, et il est évident que si le terme en question est analogue au sanscrit anusaya, « repentir, » s'il en est par exemple le substantif causal , "l'action de faire repentir, » et par extension la cérémonie Où chacun est invité à faire acte de repentir, la voyelle longue doit être là où la place Lassen , anusâyanam, et non où la donne le fac-similé, de Kittoe suivi par Prinsep, anusayânafh. M. Wilson échappe à ces difficultés en lisant, avec l'inscription de Kapur-di-giri, anusayânafh; mais il traduit, je ne sais sur quelle autorité, anusayânafh, par injonction; puis tout en convenant de la réalité du sens de repentir attribué à anusayânafh, il avance que ce sens ne va pas ici, et c'est cependant le sens à! expiation qu'il donne dans la version qu'il propose-- Il y a là des contradictions que je ne me charge pas de concilier. On voit les difficultés que laissent subsister les orthographes diverses de ce terme difficile , quand' on veut arriver à la précision nécessaire pour une traduction exacte. Je ne proposerai pas de lire annsêyânafh, comme paraît le donner le fac-similé de M. Kittoe, quoique ce mot pût s'expliquer selon les lois de l'euphonie populaire , par la réunion de anusê pour anusaya et yânarh , « la marche du repentir, la procession du peuple qui va confesser ses péchés, » Quoique cet*<^ idée approche plus de celle d'une cérémonie, et que le sens que je donne au verbe nikhamayisâmi sy rapporte parfaitement, je n'ose insister sur cette conjecture, tant que nous ne serons pas plus certains de la lecture du monument.
Je passe au mot nikhamayisâmi, pour l'explication duquel Prinsep hésite entre les radi
' On the Roek inscript, dans Journ. roy.as. Soc. ' Wilaon, On tke Rock inscript, dans Journ. roy.
o/Great-Britain, t. XII, p. 170. asiat. Soc. o/Great-Britain, t. XII, p. 172.
eaux kcham, « tolérer, » et kram, « marclier. » Lasseri se décide pour kram pi'écédé de nis, qui fait certainement en pâli nikkhama, de sorte que la forme nikhamayisânii répondrait exactement au futur pâli nikkhamayissâmi , <i je ferai sortir, » et au sens figuré «je ferai ré- « sulter, avoir son effet. » Je ne doute pas , pour ma part , de l'exactitude de cette explication; mais le plus récent des interprètes du monument de Girnar, M. Wilson , tire ce verbe du sanscrit /ccAa/n, « supporter, tolérer, » et, conformément à la signification qu'il assigne à anusayanam, il traduit la leçon de Kapur-di-giri anusayânam nikhamata, « let injonctions be « endured or obeyd, » le second mot étant la forme pâlie du sanscrit nikcMmyaia, et l'écrivain ayant par erreur mis une forme active au lieu delà, forme passive nikchamyatdm qu'il faudrait trouver ici'. Mais il se présente un grand nombre de difficultés contre cette explication : elle serait grammaticalement légitime , qu'elle serait suspecte à cause du sens qu'elle donne- N'est-ce pas quelque chose d'insolite que de voir un roi demander que ses ordres soient tolérés ? Ensuite est-il bien sûr que le radical kcham « toléi'er, pardonner, » prenne jamais le préfixe ni? La grande lecture de M, Wilson peut seule nous éclairer sur ce point: quant à présent, dans la masse assez considérable d'exemples qu'à rassemblés Westergaard , on ne voit que sam qui s'unisse à kcham. Ensuite on ne peut imputer au copiste l'erreur supposée d'avoir mis le verbe à la forme active au lieu de la forme passive, -indispensable ici pour l'explication de M. Wilson : car il est de fait qu'en pâli le passif se forme par l'insertion de ya entre le radical et la désinence soit de la forme active, soit de la forme moyenne''; nous avons, si je ne me trompé, un exemple de ces passifs à forme. active dans le dukkîyati, « il est malheureux , » de notre inscription. Mais il u'est pas besoin de chercher ici un passif, si le nikhamatu de 'Kapur-di-giri dérive du sanscrit nichkramatu , « qu'il sorte, » et anusayanam nichkramatu doit signifier « que la cérémonie « du repentir sorte, » pour dire « produise son effet, ait lieu. » Ajoutons que, d'après cette explication, le préfixe est non plus nfmais nis, et que ce dernier est aussi fréquent avec le verbe kram, que ni paraît être rare avec kcham. Enfin, n'est-il pas permis d'employer comme dernier et décisif argument le synonyme que le texte de Girnar, revu par Westergaard, substitue au nikhamatu du texte de Kapur-di-giri? Ce synonyme est niyâta, ou, selon une lecture possible de Westergaard, niyâta, qui remplace le nikhamatu de Kapur-digiri. Or, quand M. Wilson a dit que le texte de Girnar était également inintelligible de quelque manière qu'on le lût, il n'a certainement pas fait attention que niyâta répondait au sanscrit niryâtu, « qu'il sorte, » et que l'emploi de ce verbe dans un passage où un autre monument a nikhamatu était une preuve irrécusable de la valeur de sortir, qu'il faut attribuer à nikhamatu.
Maintenant, si dans le second paragraphe le roi parlant en son nom s'exprime ainsi : dhammamatê (ou mahâmâtê) parritchasu pamtchasu vasêsa nikhamayisâmi , cela doit signifier 'je ferai sortir tous les cinq ans les grands ministres; » c'est-à-dire «je veux qu'ils sortent » avec la mission spéciale qui leur est dévolue, et qu'exprime la locution formée de anusâyanaih joint au verhe nikham.
' Wilson, On the Roch inscrIpt. dans Journ. roj. asiat. Soc. t. XII, p. 172. — ^ '•' Clough, Pâli grammarj p. 101.
Les motc qui suivent le terme que je viens d'examiner présentent une lacune dfrdeux lettres, après la sixième; cela est certainement regrettable, parce que le passage en luimême est difficile; je crois cependant pouvoir saisir et la forme de la phrase et son sens général. Elle se divise pour moi en deux propositions, ê akhakhasê a (lacune de deux lettres) se khinâlamhhé hisati; la première se termine avec a, quelle que puisse être la fin de ce mot; la seconde commence à se, car é et se sont, dans le dialecte de nos inscriptions, les formes populaires des pronoms sanscrits ja/i-sa^ , « celui qui , celuirlà. » De là il suit que akhakhasê est.un mot au nominatif en rapport avecê, « celui qui; » tout porte à supposer que ce doit être un adjectif composé. Après bien deç essais infructueux, je n'ai pu trouver d'autre sens à ce terme qu'en supposant que le kh représente un gh, par suite d'une transformation familière aux plus infimes des dialectes populaires , à celui notamment qu'on nomme pâiçâtchî^. Ainsi akhakhasê réviendrait à aghaghasê, où l'on retrouverait aisément les deux mots sanscrits a^Aa, « faute, péché, » et ghasa, « celui qui mange, » l'expression « celui qui mange son péché » désignant d'une manière facile à comprendre l'homme qui dissimule sa faute. Il est fort probable que la voyelle a qui suit est le commencement d'une forme verbale ; en pâli, on serait sûr de trouver ici assa, « il serait. » Dans la seconde proposition qui commence à sê,:« celui-là, » khinâlafhhhê joue le même' rôle que fait le terme que-je viens d'expliquer dans la première. J'y reconnais sans hésitation le pâli khînâldmbah , « celui dont l'entreprise est détruite, dont l'effort est impuissant;-» de khîna pour kchîna, et âlambha pour ârambha. Je ne suis pas si sûr de la leçon du dernier mot hisati, quoiqu'il faille très-probablement y voir un futur du verbe hhû, « être. » Dans nos inscriptions, nojus trouvons hôsâmi, «je serai, » où il reste quelque trace de la voyelle primitive; mais il se peut que hisati soit l'abréviation d'une forme comme hêsati, laquelle serait la transformation naturelle du futur hhêchyati des Gdlhds buddhiques des livres népalais. Quoi qu'il en puisse être, je me crois autorisé par ces diverses analyses à traduire ainsi la proposition toute entière : « celui qui dissimulant ses péchés (lacune de deux lettres), celui-là sera impuissant dans son effort. »
Pour traduire êtaili aihafh djanita par « ayant connu cet objet, » je lis djaniia, en suppo^ sant que nous avons ici le thème dont le pâli tire une forme plus développée,, comme djanitu, pour, djanitu-âna. Une lacune de quatre lettres nous conduit à la syllabe thâ, qui se présente comme la deuxième pers, plur, d'un verbe dont la finale est allongée, ainsi que cela se voit fréquemment dans nos inscriptions. 11 semble que le roi dise, « connais - « sant ce but, agissez en conséquence. » Cette- syllabe n'est séparée dès deux lettres laii que par la lacune d'une lettre; est-ce hhi qui manque? alors on aurait ...ïhâhhilati, qui se décomposerait ainsi : tha-^abhirati, pour atha abhirati, « ainsi le désir, » mots qui vont bien avec ce qui suit :.aiha mamâ^nnsathùi , « ainsi de moi le commandement est, voilà; » Il est clair qu'alors on renoncerait à faire de thâ la finale d'un verbe. Mais c'est déjà ti:op de paroles pour des textes aussi mutilés : on ne manquerait pas de nous dire qu'il est plus facile de combler par des hypothèses les lacunes d'un fragment incomplet, que de donner une traduction suivie d'un passage où rien ne manque,
' Lassen, /R5t((. h'n^.procnf. p. 43g. ....
Dans ce qui suit paraît un des termes les plus curieux de cette inscription : udjéntyépi kumdié êtâyêvam athâyê niMâma (lacune de quatre lettres) hédisammêva vatafh , «et le « Prince royal d'Udjdjayinî devra aussi à cause de cela exécuter (quatre lettres) une céré- « monie pareille. » J. Priiisep a fort heureusement conjecturé que si Piyadasi est, comme a essayé de l'établir Turnour, le même que le grand roi BuddHst'e Açôka, le prince royal nommé d'après le nom de sa résidence doit être le fils qu'il eut à Tchêtiyagiri , pendant qu'il voyageait pour prendre possession de la vice-royauté à Oudjein^. Je dis le fils, avec Lassen, qui a relevé l'erreur de Turnour, suivant lequel Açôka aurait eu deux fils, Udjdjéniya et Mahinda^, tandis que l'adjectif uti/d/énija n'est qu'une épithète de Mahinda^. C'est donc à Mahinda, au prince fils de Piyadasi, qui commandait comme vice-roi à Oudjein, que se rapporte la partie de l'édit de Dhauli que j'examine en ce moment; et il est permis de supposer qu'un pareil ordre avait été également inscrit sur quelque monument voisin de cette ville. J'ai d'ailleurs peu d'observations à faire pour justifier cette versioa qui ne s'éloigne naturellement que très-peu de celle 4e Prinsep. Sur le fac-similé de M. Kittoe, la longue de la troisième syllabe du nom udjéntyé ne me paraît j^as visible ; il est même probable qu'il faut lire udjéniyé. comme en pâli. Après nikkâma vient une lacune de quatre lettres, qui ne nous enlève probablement quela forme du temps et la désinence du verbe nikhâma, auquel je subordonne le complément direct hédisammêva vatafh, pour îdrïçam êva vratam. On voit également bien ce que signifieraient les mots nôtcha atikâmayisaii iinî vasdni, a et il ne laissera pas s'écouler au delà de trois ans; » niais on n'aperçoit pas comment ce terme se concilie avec celui de cinq ans posé dans le second paragraphe : serait-ce qu'il y aurait une époque pour Oudjein, et -une autre pour Tôsalî? cest ce que semble indiquer le texte ; mais le passage n'est pas assez entier pour qu'on puisse disposer des fragments dont il se compose avec une entière liberté. Prinsep , s'appuyant sur un usage analogue encore en vigueur chez les souverains Buddhistes , propose de lire tini divasâni, « trois jours, » parce que cest pendant trois jours , en effet, que ces souverains se soumettent à une véritable expiation ; mais l'état du fac-similé de M. Kittoe ne paraît pas autoriser cette correction, que j'aimerais, pour ma part, avoir se vérifier; on traduirait alors, « et il ne fera pas franchir trois jours, » c'est-à-dire que la cérémonie de i'annsâyanafii ne durera pas plus de trois jours.
Après cette itidication de trois années ou de trois jours, vient un terme fort dîiHciie et dont je u'av pu rien faire sans une conjecture qu'on trouvera peut-être trop hardie ; je le transcris d'après Prinsep , hémévatam khasalatépi. Prinsep ayant trouvé déjà hédisammêva vatani a crv, devoir chercher ici ce même mot; il a donc coupé ainsi hémé vatam, « ma « coutume étaînie, >• et khasalatépi, « désireux de tuer; » mais des divisions lui ont paru à lui-même très-problématiques. J'ai examiné avec attention le fac-similé de M. Kittoe : il ne porté aucune trace à^anusvâra après le ta , de sorte que réunissant ensemble hêmêva qui paraît fréquemment dans nos inscriptions pour évamêva, « de même aussi, » j'ai été conduit à faire un seul mot de takhasalaté, plus pi pour api, mol qui, avec l'addition d'un i
*■ J. Prinsep, Examin. oj the inscript, dans Journ. ' Mahâwanso, 1. 1, ch. xiii, p. 76.
as. Soc. ofBengal, t. VII, 1" part. p. 454. * Lassen, Ind, Altenk. t. II, p. 243, note 1.
sur la sifflantes, m'a para donner le pâli takkhasilatô , «à partir de Takkhasilâ, ^ ou même, « àTakchagilâ aussi, n la désinence tô étant prise ici dans le sens du locatif. L'indication de la ville de Takchaçilâ ne paraît pas beaucoup moin& naturelle ici que celle d'Udjdjayinî; c'était un des centres les plus importants delà partie septentrionale et occidentale du vaste empire de Piyadasi; à en croire même la légende de VAçôka avadâna, cette cité aurait été une des plus riches de l'Inde ^ , Cette ville , qui se révoltait souvent contre l'autorité des
' Inlrod. à l'hist. da Buddk. ind. t. I,p. 378. L'analyse de la collection tibétaine donnée par Csoina nous apprend que Takchaçilâ était une ville qui jouissait d'une grande célébrité dès le temps du Buddha; un des fils naturels de Binibisâra s'y était rendu pour apprendre la chirurgie sous un médecin célèbre. (Csoma, Analjsig of the Dulva dans Asiat. Res, t. XX, p. 69.) Il paraît d'après les deux voyageurs chinois Fahian et Hiuan thsang qu'au vi' et au vil* siècles de notre ère, lesBuddhistes plaçaient à Takchaçilâ et dans le voisinage de cette ville le théâtre d'un cftrlain nombre d'événements miraculeux qui passaient pour être arrivés au Buddha , quand il était Bôdhisattva, comme par exemple l'aumône qu'il aurait faite de sa tête et de son corps. (Foe houe /ci, p. 74 et 38o.) Je ne voudrais pas prétendre que ces circonstances fabuleuses n'ont été rapportées à cette" ville et à quelques localités voisiness que parce que Çâkyamuni ne les avait jamais visitées, et qu'alors l'imagination des dévots trouvait là \m terrain libre. En effet, les légendes nous montrent Çâkya exécutant dans les provinces mêmes de l'Inde centrale où il a certainement passé sa vie , des miracles qui ne choquent pas moins le sens commun. Ce que je crois, c'est que Çâkya n'a jamais visité Takchaçilâ. Quand on aura lu tous les textes oix le Buddha joue un rôle, on trouvera que le champ de ses prédications ne s'est guère étendu au delà des pays de Kôçala, d'Ânga, des Kurus, d'Ayôdhyà et dé Magadha , lesquels formaient de son temps la partie la plus civilisée de l'Inde. Nous pouvons d'ailleurs apprécier dès à présent la réalité de certains voyages qu'on lui attribue, par les moyens qu'il emploie pour les accomplir; quand ces moyens sont surnaturels, on peut presque toujours alBrmer que Çâkya n'a jamais visité les lieux, où la légende veut le transporter. Je citerai entre autres les deux voyages à Lanka, où certainement Çâkyamuni n'est jamais allé , et tant d'autres expéditions soit dans i'Himâlaya , soit dans le nord-ouest de l'Inde qui ne sont pas moins fabuleuses. Ce que l'on peut retirer .;de ces
récils puérils, ce sont, outre des traits de mœurs, quelques détails géographiques sur des lieux auparavant inconnus ou non déterminés. Ainsi, jwur en donner deux exemples, la légende de Pûrna que j'ai traduite ailleurs (Introd. à l'hist. du Buddii. indien, t. I, p. 2 35 et suiv.) raconte des faits qui devaient s'être passés à Sârpâraka, J'avais cru pouvoir, J'après le récit singhalais du voyage de Yidjaja du Kalinga à Ceyian, placer Sûrpâraka sur la côte orientale de la presqu'île. Mais maintenant que Lassen a positivement établi par le témoignage du Mahâbhârata qu'il existe sur la côte occidentale de l'Inde un pays de Çûrpâraha, qui est la Su-reapa de Ptolémée au sud delà Narmadâ, et qu'on doit admettre l'existence de deux villes de ce nom , l'une sur la côte orientale, l'autre sur la côte occidentale (Lassen, Indische Alterthumskunde , t. I, p. 537 note et p. 565 noie 2; Dissertai, de Taprohana insula, p. 18), on reste en doute sur la question de savoir laquelle de ces deux Çûrpârahas veut désigner la légende buddhique , qui d'îiilleurs ne marque pas la direction quiÈ suivit Çâkya pour^'y rendre par des moyens surnaturels. Eh bien! des textes tibétains analysés par M. A. Schiefner décident la question en nous apprenant que de Crâvasti où il se trouvait, le Buddha se dirigea vers le sud-ouest pour se transporter à Çûrpâraka [Eine tibet. Lcbensbeschreib. Çâkyamani's, p. 102). Je dois encore aux mêmes sources une rectification plus importante, en ce que la fable n'est pas mêlée au fait dont il s'agit. Dans le récit de la défaite des adversaires de Çâkyamuni, on trouve la mention d'une ville de BhadramkaTa, où les vaincus.se retirent. [Introd. àl'kist. daBaddh. ind. t. I,p. .1 go.) J'avais conjecturé que ce nom pouvait être actuellement représenté par celui de Bakraitchj au nord d'Aoude. "Mais les légendes tibétaines de la vie de Çâkya prouvent qu'il n'en peut être ainsi, en ce quelles placent Bbadramkara à 65 Yôdjanas au sud de Bâdjagrïha, ce qui semblenous conduire dans la province de Bedei? vers Paudurkaora , ville située sur un des affluents septeiktrionanx de
rois de Pâtaliputra, fut gouvernée quelque temps par un prince royal, par celui des fils d'Açôka que la légende précitée nomme Kunâla; ne serait-ce pas par suite de cette circonstance que le roiPiyadasi.qui avait promulgué un êdit moral dans la ville de Tôsalî, sur la côte orientale de la presqu'île indienne où commandait un prince, comme va nous l'apprendre l'édit suivant , fait l'application de ce même édit à la ville plus centrale d'Udjdjayinî où commandait'wn autre prince, et «tend sa prévoyance en termes généraux jusqu'à la ville septentrionale de TakchaçilâPjQn comprend que je n'expose cette hypothèse qu'avec une grande réserve, premièremeûtà cause de la difficulté du texte sur lequel trop de lacunes laissent encore beaucoup d'obscurité; ensuite parce que rien ne nous apprend que ce fût un prince royal qui, à cette époque, commandait à Takchaçilâ. Si même on venait à reconnaître que la phrase que je vais essayer d'expliquer doit se joindre à celle où je trouve par conjecture le nom de Takchaçilâ, ce seraient des ministres qui auraient exercé alors dans cette ville le pouvoir au nom du roi de Pâtaliputra. Cette supposition s'accorderait également bien avec la teneur de la légende d'Açôka, telle que nous l'ont conservée les Buddhistes du Nord, puisque cette légende nous apprend que les habitants de cette cité ne se révoltaient d'ordinaire contre l'autorité royale, qu'à cause de la tyrannie des ministres qui l'y exerçaient.
La fin de l'inscription offre malheureusement encore des lacunes ; sans cette circonstance regrettable , elle nous aurait probablement conservé un des détails les plus intéressants de cet édit précieux. Cette fin embrasse deux phrases dont la première finit à kalamii, et la seconde commence avec atha. La première phrase se divise naturellement ellemême en deux propositions, la première commençant par adâ pour yadâ, « quand, » la seconde par tadô, « alors ;» c'est là un point que tout lecteur attentif n'hésitera pas à m' accorder et qui jette un très-grand jour sur tout le passage. Après adâ, « quand, •■ vient aih, que je n'essayerai pas de transformer en yam ou en yat. parce que je n'ai aucune idée\de ce qui suivrait ce monosyllabe dans cette lacune de quatre lettres. Les derniers mots de cette première proposition té mahâmâtâ nikhamisamli anusaydnam , doivent signifier mot à mot : « les grands ministres sortiront la cérémonie du repentir, » soit que nikhamisaniti, qui est naturellement neutre, prenne ici un. sens actif à cause de l'addition du
la Payih Gangâ. Ces deux exemples suffisent pour chi lo. 11 y a reconnu la Takchaçilâ des Indiens et la
montrer l'usage qu'on pourra faire plus tard des ré- Tet'fiXa des Grecs. (Lassen, Zeitschrijt fur die Kunde
cits même les plus fabuleux de la légende. Quanta des Morgenland. t. I,p. 22A; Ind. Alterth. t.î\ p. 706
présent et pour revenir à Takchaçilâ, je serais porté note 5, et t. II, p. i44 note 1 ; add. Al. Cunriingham,
a, Croire que la considération des événements mer- Vérification of the itineratj of tke chinese Pilgrim
veilleux doaf l'aliian 5I lliuan (hsang trouvèrent le Hwan thsang, etc. dans Jourti. asiat. Soc. of'Bengal,
souvenir encore vivant, n'a pas éié sans iniluence t. XVII, p. 19.) Hiuan thsang place au sud est de la
sur la fausse explication de tête coupée que les Chi- ville un monastère bâti par le fils 'd'Açôka nommé
nois ont imaginée pour le nom de Takchaçilâ. H a Keou. lang nou. Ce dernier nom est, selon Cunning-
suffi pour se confirmer dans cette explication de ham [ibid. p. 20)", synonyme de Djjiôkn fils d'Açôka
«onfondre ciras «tête» avec çilâ «pierre.» Maïs un et roi du Cachemire; c'est là une assertion dont je
des critiques auxquels les choses indiennes sont le cherche en vaiii la raison : Keou lang nou me paraît
plus familières, ne s' est pas laissé prendre aux trans- être simplement uîie transcrijjtion peu exacte de
criptions chinoises de Tchu cha chi lo et de Tan tcha Kunâla'j nom véritable du fils d'Açôka.
complément anusayânam (comme l'écrit J. Prinsep) ; soit qu'il y ait une faute dans la copie du fac-similé, pour nikhâmajisafhti ; soit enfin que laissant au verbe nikhamisaihii sou sens neutre, ou doive traduire « quand les grands ministres sortiront pour la cérémonie « du repentir. »
Ce qu'ils devaient faire est indiqué dans la proposition finale commençant par tadd; dans cette proposition elle-même, je trouve une phrase incidente qui commence avec ahâpayita et qui finit à kamma ou à djanasa, comme je vais le montrer tout à l'heure. Cette phrase incidente, que je transcris d'après Prinsep, ahâpayita atanê kamma, avec ou sans l'addition de êtasi djanasa, n'a besoin que de peu de corrections pour être claire. Ainsi en ajoutant un u à ahâpayita, on en fait ahâpayita , « n'ayant pas fait abandonner; i> en ajoutant un anusvâra à kamma (et peut-être même cette addition n'était-elle pas nécessaire dans ce dialecte), on a atanê karhmarïi, pour le sanscrit âtmanah karma, « l'ac- » tion propre, son action, son métier; '>^ ce mot devient une espèce de composé faible, comme on dirait en Allemagne, pour le composé régulier afmaA:ûrma. Et cette particularité explique comment les mots suivants peuvent se présenter au génitif; car je lis étasa djanasa, au lieu de êtasi djanasa, mots qui, si on se réglait sur le premier, exigeraient une correction beaucoup plus forte, comme étamsi djanamsi. Toutes ces analyses réunies donnent donc ce sens littéral ,« sans avoir fait abandonner son métier propre à ce « peuple, » ce qu'il faut entendre au sens distributif, comme je l'ai indiqué dans ma traduction, à cause de la répétition du pronom tam tain, qui commence la proposition finale. Si, d'un autre côté, on veut rejeter êtasi djanasa Sixi commencement de cette proposition nouvelle, le sens 'général n'en sera pas sensiblement modifié, mais la proposition incidente se présentera moins complète, de cette manière :« sans avoir fait abandonner « son propre métier. » Alors ne voyant pas ceux à qui les grands ministres ne doivent pas faire abandonner leur métier, on serait tenté de croire qu'il s'agit des ministres euxmêmes, et de prendre le verbe à forme causale ahâpayita pour un simple actif. J'ajoute qu'il semble plus naturel de commencer la proposition principale par le pronom distributif ^fam tafh, «celui-ci, celui-ci, » pour dire chacun. A qui se rapportera ce pronom? est-ce à ce peuple , ou au métier de chacun ? La question a en elle-même asse i'. peu d'importance, car de quelque façon qu'on l'entende, rien n'est changé au sens. Je dirai cependant, par respect pour cette souveraine divinité du philologue qu'on noJimie la préci sion, que tam tam se rapporte à kamma, «tel et tel métier, chaque métier. >■ VA j'ajoute que ce n'est pas sans raison que les mots êtasi djanasa ont été placés ainsi en manière d'oeil de corbeau, comme -le disent les commentateurs indiens dans leur style pittoresque, entre une proposition où ils sont nécessaires et une autre où ils ne le- sont pas moins, pour regarder l'un et l'autre, à l'instar du corbeau posté en travers au milieu d'une grande route.
Le terme qui suit tam tam et que Prinsep lit pitakhô, présenterait quelque difticulté sans la petite correction que je propose d'y apporter en lisant iu au lieu de ta; pitukhô pour le sanscrit api tu khalu, doit signifier « mais même certes, » c'est-à-dire « bien au cont traire. » Comme cette conjonction ne peut guère être reculée plus loin qu'après le pre-
mier mot de \à proposition , j'ai vu là un motif de plus pour rapporter les mots êiasi djanasa à la proposition incidente. Reste le mot halafhti, dont la signification paraît être commandée par ce qui précède, « chacun de ces métiers bien au "contraire ils, » on attend certainement «font pratiquer; » malheureusement le verbe kalafhti n'a rien d'une forme causale ; ce serait kâlayafhti ou kfiléfhti qu'il faudrait trouver sur le monument. Le facsimilé de M. Kittoe donne très-distinctement kalafhti; mais les voyelles dans ce vieux caractère sont si faciles à effacer, que l'a et 1'^ nécessaires pour figurer -f-Q'/J kâlêfhti , ont bien pu disparaître et ne laisser plus que +-J*X kalamii. De tout ceci je conclus au sens que j'ai adopté : « bien au contraire, ils font exécuter chacun de ces métiers, » ce qui nous dopne une injonction royale très-curieuse et certainement tout à fait conforme à l'esprit du Buddhisme primitif, savoir que les grands ministres, en faisant célébrer parmi le peuple la cérémonie de la confessioji générale, ne doivent pas profiter de cette circonstance pour l'engager à renoncer aux diverses professions qu'il exerce, afin de lui faire embrasser la vie religieuse, mais qu'ils doivent au contraire faire en sorte que chacun persiste dans son état: prudence grande et royale, et tolérance plus que buddhique] Piyadasi y met le sceau par ces paroles, atha lâdjinê anusathî, «tel est l'ordre du roi, » sur quoi je remarque seulement (car que ne remarquent pas les gens de notre métier !) que la voyelle longue du mot anusathî, qui est parfaitement visible sur le fac-similé de M. Kittoe, annonce que ce mot devait être suivi de iii, cette modeste particule que son humilité n'aura pas sauvée des injures du temps.
N° 2. SECOND ÉDli;.
Je serai beaucoup plus bref sur le second édit que sur le premier; je compte même n'insister que sur les parties qui en sont assez bien conservées pour récompenser les peines qu'il faut se donner si l'on veut y découvrir un sens quelconque. Le commencement de cet édit est identique à celui du premier; mais il est extrêmement incomplet. Ici la perte est nioins grave, puisque nous pouvons à l'aide, du premier édit compléter le préambule mutilé. Les lacunes s'étendent plus loin et elles entament le premier tiers de l'inscription. On voit par ce qui reste que le roi s'occupe toujours de combler, son peuple de bienfaits. Enfin les sept dernières lignes de l'inscription sont à peu près entières; mais le texte y paraît altéré, à en juger du moins par la difficulté où je me suis trouvé de tout entendre. A la fin , reparaît plus complètement et avec quelques additions utiles , une phrase qui figure parmi les derniers paragraphes de l'édit. Voici donc ce que je me propose de faire : je copierai l'inscription telle que nous l'a donnée Prinsep ; je la reproduirai en caractères latins; mais comme elle est trop mutilée pour pouvoir être traduite d'une manière suivie, je me contenterai d'en analyser les portions où l'on a quelque chance de trouver un sens , et je placerai dans le cours de cette analyse les passages que j'aurai pu traduire.
y Si txi- édii -Ki-yfx -t8"-a 8c-8";:d 6kéx H*-f^iî»T-8\;jie reste
enacérvcye. le premier Édit) &<5"-Jlcl 'H-Ji? 0- >éjé H ^l^k ^W >U
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Dêvânam piyasa vatchanêna fôsaliyafh kumâlê mahâmâtâtcha vataviyafh am kitchhi dakhâmikam (lacune) davâlatétcha âlahhéharh ésatcha mê môkhyamata duvâlâ êtasialhasi afh taphé (lacune) atha padjâya itchkâmi kakafh iti savéna hitasukhêna hidalôkika palalôkikâyê yndjévûtihêma (lacune) siyâ amtânafh aviditâna kâtchhavasulâ . . . méva itchkâmi atafhsu (deux lettres) pânêvuté îti Dêvânarh piyê. . . . matalamaviyê . . . savêvûti asvasêvutcha sukhafh mêva lahévu marna anô dukha hêva . . . vati khimitehanê Dêvânam piya aha kiti êtahakiyé kkamitavé marna nimitamtcha .dhafîimam Ichalêvû hidalôka palalôkamtcha âlâdhayévû êtasi athasi hakam anusâsâmi taphé ana êtakêna hakarh anv^âsitamtcha ? damtcha vêditaih âhayàmipatinâtcha marna adjalasâ hévafh katukaih mê tchalitaviyê asvê (six lettres) tcha tâni ênapâpunêvd itiathâpiyê tathâ Dêvânam piyê adhâka athâtcha atâ hêvafh Dêvânarh. piyê anusafhpali adhâka athâtcha padja hêvam mayê Dêvânarh piyasa sêhakam anusâsiiava Dêvânam piyaka dâsê vatikê hôsâmi êtâyê athâyê dabalâhi iuphê asvasanâyê hitasukhâyêtcha . . . sa hidalôkika palalôkikâyê hévâfhtcha kalamtafh tuphê svagafh âlâdha . . . mamatcha ânanitchhafh êhatha êtâyêtcha athâyê iyaih lipi likhiiâ hida êna mahâmâiâ svasatam ?ma? yadjisati âsâsanâyê dhammatchalanâyétcha tasta atônafh iyafhicha lipi anabhâtum mâsam tisêna nakhatêna sôlaviyâ kâmamtcha khanakhanasi amialâpi tisêna êkêna sôtaviyam hêvafh kalafhtam.twhê safhghatham sa mpatipâdayitavê .
Il est facile de reconnaître que, jusqu'à la lacune qui suit le mot hêma, le préambule de cet édit est exactement le même que celui de l'édit précédent; il n'y a de différence que dans l'orthographe de quelques mots, et la présence du mot kumâlê pour le sanscrit
kamârah, ■> le prince royal. " Le premier édit, tel du moins qu'il nous est parvenu, ne parle que des grands ministres , mahâmâtâ ; car il est peu probable que les lacunes qui paraissent dans la première partie de cet édit nous cachent le titre de kaniâlé. H est seulement à regretter que le nom de ce prince royal ne soit pas prononcé dans ce qui nous reste de l'inscription. Je relèverai rapidement les petites incorrections que présente la copie de Prinsep pour le début de l'édit. Au lieu de dakhâvii, il faut lire dékhâmi, «je >■ commande, » et au lieu de duvâlâ, duvâlé. Après héma pour héniéva, qui nous montre que le préambule du second édit continuait à marcher de pair avec celui du premier, paraissent des mots isolés au milieu de lacunes considérables, mots dont quelques-uns sont intelligibles à part, mais que les lacunes tiennent à une trop grande distance les uns des autres pour qu'il soit possible d'en tirer un sens suivi. Ainsi après siyâ « qu'il soit, » qui commence la quatrième ligne du fac-similé de M. Kittoe, on trouve afhtânam aviditâna kâtchhavasuU , où les deux premiers mots paraissent être en sanscrit an ^anâm aviditânâin-'i des fins non connues; » nous retrouverons bientôt dans la suite de l'inscription, le mot vêditam «déclaré, porté à la connaissance, " précédé de quelque chose comme afiinam « autre chose; - cela donnerait à croire que le texte original porte peut-être aihnânafii aviditâna, pour avidiiânam « des autres choses non connues^ » mais à quoi nous servirait cette correction, avec le grand mot kâtchhavasulâ que les lacunes qui suivent nous inellenl hors d'état de couper convenablement? Le con>mencement en est sans doute quelque chose comme kdichhi héva, ou encore kitchi êva; mais là suite va se perdre dans une lacune considéralile. Dans les courtes inscriptions constatant des offrandes, que le capitaine Burt a relevées à Santchi et qu'a interprétées Prinsep, on trouve souvent un nom de femme homophone avec le nom de notre inscription, qui est écrit vasuliyê ou vasulayé, génitif de vasuJîK Si le kâtchhavasulâ de l'inscription cachait un nom propre de femme, la lacune qui précède et suit ce mot serait doublement regrettable.
Ce (ju'on découvre api'ès cette lacune sur le fac-similé de M. Kittoe ressemble très-peu au texte de Prinsep; mais Prinsep avertit en un endroit que ce fac-similé a été exécuté rapidement, et que son texte au contraire est le résultat d'une seconde révision du monument. El dans le fait, on aperçoit de place en place la trace d'une révision intelligente. Ainsi inava ivama du fac-similé est devenu dans le texte de Prinsep méva itchhâmi, où nous reconnaissons êva « même.» suivant un mot qui est sans doute à l'accusatif, ou qui peut n'être que hêvamêva « ainsi » avec le verbe itchhâmi «je désire. » Le fac-similé donne ensuite ma amtasa ou masafiitasa, car un sa est placé entre deux lignes au-dessous de l'a; cela devient dans le texte revu de Prinsep atafhsa, changement auquel nous ne gagnons pas beaucoup , à cause de la lacune qui suit; S'il était permis de revenir au facsiniile primitif, je le croirais plus exact que le texte revu; ainsi ma samtoa donnerait, sa/)s trop grand changement, mâsamtâsam, qui nous mène directement au sanscrit samtrâsafii, et les, dernières lettres qui précèdent la conjonction iti qui est parfaitement visible sur le fac-similé, pânêvuté, pourraient également donner sampâpanévu té, «qu'ils ■' obtiennent. • A l'aide de ces faibles altérations, on sauverait une courte phrase qui est
' •■• Vr'msf-r-. Morr J'''-'u:ar>^ 'roT>\ ihe Sn-'-'d tope,, dans Journ. as. Soc. of Bcngal, t. VII, p. 563.
parfaitement dans l'esprit des édits de Piyadasi : évam itchhârhi ma samtdsam sampâpunévu tê iii, « ainsi je désire qu'ils puissent ne pas éprouver de terreur. »
La fin de la b'gne nous donne le titre et le nom du roi Dévânam pijê Piyadasi; ce qui suit est illisible sur le fac-similé; Prinsep, dans son texte revu, lit mataîamavija ; de toutes ces syllabes je ne vois que vi; encore n'est-il pas certain qu'il ne faille pas lire mi. Faut-il chercher ici le mot mâtalam «une mère, » pour mâiarafh., en pâli; cela peut se faire , mais nous n'en sommes pas beaucoup plus avancés à cause des lacunes au milieu desquelles est perdu ce mot. Le texte pe vaut la peine d'être étudié qu'à partir de la cinquième ligne où les lacunes diminuent de nombre et d'étendue , et où le texte revu de Prinsep s'éloigne moins du fac-similé de Kittoe. On voit déjà qu'il faut réunir savêvûti asvasévutcha sukhafhméva lahéva, littéralement « qu'ils écoutent, voilà, et qu'ils se consolent; « qu'ils obtiennent aussi du bonheur. » Ce sont là tous subjonctifs avec la forme partiçu' lière à ce dialecte, qui consiste à substituer un v au j de la troisième personne du pluriel; on remarque de plus dans lahêvu la substitution d'un h au bh primitif.
Ce qui suit est plus obscur à cause de l'état fruste du monument; mais le champ de la difficulté est circonscrit par le retour du nom propre de Dévânam piya, qui recommence une nouvelle-phrase. Le texte révisé de Prinsep porte marna anôduhhahêva. , .vati khamitchané; sa transcription ajoute sa devant va et lit le dernier mot nikhamâlchînè ; enfin le fac-similé de Kittoe donne, avec de légers espacements entre la seconde et la troisième lettre , marna a nô dukha hava . . vati khamitchinê. On voit que le-4exte est bien altéré; il a besoin d'être revu de nouveau sur le monument. Quant à.présent, je ne puis faire que des conjectures auxquelles je n'accorde pas moi-même une grande confiance. Ainsi après marna qui doit rester entier, a nô peut devenir am nô, à cause de l'espacement, ce qui donnerait en sanscrit vrtf nô. On peut également lire dukham héva, quand on pense à la facilité avec laquelle disparaît Vanasvâra. Il faudrait être sûr que le verbe sanscrit bhâ conserve quelquefois sa forme dans ce dialecte , car alors on placerait dans la lacune bh devant vati et on aurait bhavati. Enfin si, dans khamitchinê, une révision nouvelle faisait apparaître <^ tchi aspiré, au lieu de J tchi, on p<jurrait supposer que khamitchhinê signifie «de celui qui a un désir de patience, de celui qui veut sup- • porter. » C'est là, je l'avoue, la correction la plus forte, et par suite la plus contestable; car je ne connais pas le mot iichhin à la fin d'un composé. On verra s'il ne serait pas possible de lire khamitiné de khamitrï. J'ajoute que la phrase entière que représente c# latin barbare mihi qui non dolor est tolerandi cixpido, « la douleur n'en est pas une pour moi « qui désire la supporter, >■ est un peu contournée; cependant le texte a dû exprimer dne idée analogue, car la suite de Tinscription prouve, si je l'entends bien, que l'édit développait les idées dans cet ordre : puisse le peuple être heureux ; la peine n'en sera pas une pour moi, et je suis prêt à tout supporter, pourvu qu'à cause de moi mes éujets puissent pratiquer la justice, ou pour parler le style de l'inscription, le Dhamma.
Le roi Piyadasi, après cette promesse, reprend par la formule qui commence chacun de ses paragraphes : Dévânam piya apâ sur, le fac-similé, et Dévânam piya aha sur la copie corrigée, qu'il faut rectifier encore pour avoir Dévânam piyê âha, -« le roi chéri des Dêvas
« à dit. » Le fac-simiie donne ensuite kati étchakiyê khamitavê, à quoi Prinsep substitue kiti; si ce dernier mot es+ pour kimti, la correction de Prinsep peut en effet être admise, pourvu toutefois que le monument la confirme ; car kimti figure déjà dans nos inscriptions avec le sens de « quoi de plus, mais quoi. » Cependant la leçon du fac-similé peut aussi se défendre, puisque feafi rappelle lettre pour lettre le sanscrit kati «combien. » Si étchakiyê doit se ramener au sanscrit jaffc/ia kiyân, comme je le pense, nous aurions ici une locution composée de kati « combien » et kiyê « combien grand » réunis par êtcha, et signifiant « combien en nombre et combien en grandeur est-ce...?» Ajoutons que khami-. tavê, qui est la forme populaire de kchamitavyah , complète cette phrase qui exprime ua dévouement prêt à tout subir : « combien de choses et quelles choses ne doivent pas être « supportées ! »
Si la vraisemblance de ce sens p^Ie en faveur de mon interprétation, la suite du discours y apporte une confirmation nouvelle. La copie corrigée de Prinsep donne marna nimitafhtcha dhaihmaih tckalévû, « et qu'à cause de moi, ou que par mon moyen, ils pra- « tiquent la loi;» les Pandits de Prinsep ont proposé pour cette phrase «méditer avec « dévotion sur mes motifs , » sens injustifiable et auquel je substitué l'interprétation purement littérale que je viens de proposer. A cela le roi ajoute, tant sur le fac-similé que sur la copie corrigée de Prinsep, hidalôka palalôkafhtcha âlâdhayêvû, « qu'ils obtiennent le « bonheur en cie monde et dans l'autre. » C'est ainsi que le roi explique comment.il est prêt à supporter tant de choses ; il souhaite que , grâce à lui , les hommes pratiquent la loi morale qu'il recommande, pour obtenir par ce moyen le bonheiir tant dans ce monde que dans l'autre.
Il se présente malheureusement dans ce qui suit quelques lacunes qui ne nous permettent pas d'arriver à toute la précision désirable, quoique le sens général ne puisse être méconnu. Sur le fac-similé comme sur la. copie de Prinsep, on lit : étasi athasi hakafh annsâsâmi tiiphê ana, et après ce mot ana, on voit sur le fac-similé la trace illisible d'une lettre. Le mot et la phrase finissent certainement par ce signe; on verra, en effet, que la proposition suivante commence bien par étakéna. Les quatre premiers mots signifient sans aucun doute «dans ce dessein, je commande; » tuphé ana. . doivent former une proposition à eux seuls ; le Stâpa paraît indiqué par le mot tuphé au nominatif, comme le dépositaii'e des ordres du roi; je remarqué que le mot ana parait à la fin de cette même inscription, dans un passage où il peut répondre au sanscrit âdjnâ, « ordre, » dont il est la forme populaire, quand on l'écrit avec un n cérébral, com.me en pâli, où l'on a ânapêti pour âdjnapayati, « il ordonne. » Et quant à la letU-e détruite par la lacune, j'aimerais à y voir la syllabe dé, complétant l'adjectif composé ânadê, « don- «nant l'ordre, communiquant l'ordre. » Au moyen de cette restitution, toute la phrase signifierait : « C'est dans ce dessein que je commande, le Stûpa exprime mes ordres. »
Ce qui suit me paraît continuer la même idée, mais le texte est confus, et la différence du fac-similé comparé avec la copie de Prinsep laisse quelque peu de louche sur tout ce passage. La copie de Prinsep donne ainsi toute la phrase : étakéna hc^ath anasâsitafhtcha? damtcha véditam âhayâmi, puis dans sa transcription , Prinsep substitue hi au point d'in-
lerrogation du texte. Sur le fac-similé, tout est de même jusqu'au premier tcha, si ce n'est que anmâ&itaih n'a pas de m final. Après tcha, un signe nous renvoie à trois lettres placées en interligne dam nain tcha, ce qui est suivi, dans le corps de la ligne, de vêdita. Cette addition a, comme on voit, passé dans la copie de Prinsep, moins la syllabe nom. Est ce la révision nouvelle du monunient qui a nécessité cette suppression , ou est-ce im oubli de Prinsep? rien ne nous en avertit. Dans l'état où cette inscription nous est parvenue, nous ne devons cependant négliger aucune ressource, et peut-être trouvera-t-on que ce nain a réellement sa place sur le monument. Précédé, comme il est ici, d'un anusvâra, aihnaihtcha, il rappelle le sanscrit anyai tcha « et autre^j^shose ; » mais que faire du d qui précède , à moins de le supposer le reste du pronom tad, de cette manière : tad aihnarh tcha, « et autre chose que cela? » On comprend que je ne tienne pas beaucoup à une conjecture qui exige l'addition d'une lettre; mais déjà Prinsep nous donne l'exemple en ajoutant hi. Disons seulement que l'original a besoin d'être soigneusement revu, et ne présentons nos explications que comnae des essais destinés à épuiser la série des combinaisons qui devront nécessairement tomber toutes devant la traduction véritable que donnera le véritable texte.
Sous cette réserve, la phrase me paraît se développer ainsi : êtdkêna « par tout autant, » c'est-à-dire « en conséquence de quoi, conséquemment à quoi, » anasâsùaih, en ajoutant Yanasvâra, « ce qui est enjoint. » La conjonction tcha, qui paraît sur le fac-similé, quoique le trait en soit surchargé, est nécessaire parce qu'elle revient encore après dafhnaihtcha; il faut donc traduire « et ce qui est conomandé. » En lisant paj^ suite de l'addition d'un ta, tadamnafhicha vêditafh, on traduira sans difficulté « et autre chose que cela, qu'on a « fait connaître. » Ces deux petites propositions sont les compléments directs d'un verbe dont le sujet est hakark « je , » et le verbe dhayâmi, selon la copie corrigée de Prinsep , c'est-à-dire, selon ses Pandits, âhvayâmi «j'invoque.» Cela est certainement possible, quoique je répugne à voir ici le verbe âhvayâmi, qui n'est jamais, à ma connaissance, employé qu'avec des personnes ou des choses personnifiées. Mais le mot âhayâmi n'est rien moins que visible sur le fac-similé de M. Kittoe, On n'y reconnaît clairement que l'd initial; le A est encore assez distinct, mais il n'y a rien du yâ,etk la place de mi, on lit distinctement vi. La révision dont parle Prinsep a pu toutefois amener la substitution de mi k vi; mais je n'en persiste pas moins à douter que le verbe âhayâmi se trouve en réalité sur le monument, La phrase cependant telle qu'elle est et d'après les explications précédentes, devrait se traduire : « Conséquemment je proclame et ce qui est ordonné, «et toute autre chose que cela dont il a été donné connaissance; » cela veut dire que le roi rappelle l'ordre qu'il vient de donner quand il a dit , « Dans ce dessein , j'ordonne que " le Stûpa soit le dépositaire de mes commandements, » et qu'il n'oublie pas davantage les injonctions autres que ce commandement, qu'il a portées à la connaissance du peuple par d'autres moyens, peut-être par les inscriptions des colonnes.
La proposition suivante s^ouvre par un mot que Prinsep lit patinâtcha, sans doute après la révision du monument; car dans l'état où nous le représente le fac-similé, on ne voit que ÂâtcKa; il y a même sur le fac-similé plus de place qu'il n'en faut pour le mot
paiinâtcha. Mais comme nous manquons des moyens suffisants pour l'emplir la lacune , il nous faut accepter paùnateAa, qui, suivi de mamâ, donnera « et ma promesse. » Sur la copie de Prinsep, on lit adjalasd, sur le fac-similé de Kittoe, adjaldsâ. Cette dernière leçon est probablement la meilleure : elle nous donne un mot en rapport par son genre avec patina, et avec le pronom sa « elle » qui s'y rapporte, quoique dans une position insolite, mais non impossible à la lin de la phrase. Cet adjectif adjalâ doit être le sanscrit adjarâ « im- . « périssable , » de sorte que la phrase tout entière se traduira mot à mot : « et la promesse ■' de moi, impérissable elle (est), « pour «et ma promesse est impérissable. »
Je fais ensuite une proposition nouvelle de hévam katukammê tchaJitaviyé , que je ramène aux termes sanscrits hêvafh katukarma tcharilavyam , « aussi une œuvre difficile doit- « elle être accomplie ; » nouvel engagement que prend le roi de ne se soustrairç à aucune des épreuves qu'il lui faudra subir pour arriver à son but. On pourrait encoif'e traduire « ayant agi ainsi, l'œuvre doit 'être accomplie, » ce qui serait peut-être plus simple que le sens précédent. Vient ensuite une lacune considérable , évaluée par Prinsep à six lettres , mais qui sans doute en cache quelques-unes de plus. Elle est précédée de deux syllabes que Prinsep lit asvê, mais qui sur le fac-similé sont écrites asmé. Cette lacune est extrêmement regrettable, parce qu'elle a fait disparaître probablement l'indication d'un changement dans la personne qui parle; nous allons voir en effet tout à l'heure qu'une partie notable de l'inscription ne peut plus être placée dans la bouche du roi. Après la lacune, reparaissent plusieurs syllabes formant des mots intelligibles; Prinsep les lit tcha tâni êna pâpuné va iti, ce qui se trouve en effet sur le fac-similé. On voit clairemeiit qu'il faut lire pâpanévû, soif, avec un u bref, soit avec un â long, « pour qu'ils les obtiennent; » ils rappelle les sujets dont le roi souhaite le bien, les [tâni) se rapporte à quelque mot perdu dans la lacune ; avant le tcha t et , » on voit sur le fac-similé un i suspendu audessus d'un espace qui devait être occupé par une lettre; c'est sans doute la fin du mot auquel tâni se rapporte. J'ajoute que l'inspection du monument prouvera peut-être qu'il faut lire étâni au lieu de tchatâni; en ce qui touche la' traduction qu'il est possible de donner de ce texte incomplet, la substitution de étâni à tâni ne changerait rien : êtâni toutefois rappellerait mieux ce qui précède.
Nous passons à une partie de l'inscription où plusieurs lettres sont encore ou confuses ou absentes, mais qui a un grand intérêt parce que Prinsep a cru que le nom du lieu où a été inscrit cet édit y était positivement exprimé, opinion que Lassen a formellement contredite. Le passage a encore une autre valeur à mes yeux, c'est qu'il introduit un orateur autre que Piyadasi, au nom duquel l'édil a parlé jusqu'à ce moment. La première phrase que je rencontre est lue par Prinsep : athd piyé tathâ Dévânafh piyé adhâka, ce que je traduis sans hésitation ainsi : « comme un ami, ainsi est Dêvânam piya certainement; « car athâ pour yathâ est le corrélatif de tathâ, et les autres mots sont au nominatif singulier masculin. Mais je dois faire remarquer que le fac-similé de Kittoe donne clairemept pitê, au lieu de piyé, d'où résulte ce sens nouveau : « comme un père, ainsi est Dêvânam « piya. » Le seul point qui reste douteux, c'est celui de savoir s'il faut lire pité ou pitâ, mais pité peut résulter du passage anormal du mot pitâ dans une autre déclinaison. Il y a en-
core un mot assez difBcile qui va se représenter dans la proposition suivante, c'est adhâka, où je crois retrouver le pâli addhâ « en vérité, certainement, » plus une formative qu'il serait peut-être plus régulier d'accompagner d'un anusvâra pour en faire l'adverte addhâkam. Le parallélisme qui nous a fait découvrir le sens de cette courte proposition nous éclaire également sur la valeur de la suivante, que J. Prinsep lit ainsi : athâtcha atâ hêvafh Dévânafh piyê anasafhpati adhâka, tandis que, sur le fac-similé de M. Kittoe, on ne voit pas clairement la lettre qui précède nu, laquelle pourrait être aussi bien na que a, et que, au lieu de adhâka. on ne trouve que adha. Ces variations ne portant que sur la fin de la phrase, j'en traduis le conunencement a'vec certitude : «et comme moi-même, « ainsi (est) Dêvânam piya; n car il est bien difficile que atâ soit autre chose que le pâli attâ pour le sanscrit âtmâ. Cette idée est tout à fait d'accord avec celle qui précède ; la personne qui parie a dit que Dêvânam piya était pour lui comme un père : cela marquait sa dépendance à l'égard Ou roi; il ajoute que Dêvânam piya est pour lui comme son âme même, comme lui-même : cela marque son affection. Quant aux derniers mots anusafhpaii adhâka ou nanu safhpati adhâka, quelque singulier que le fait puisse paraître, je n'y vois que des adverbes affirmatifs et intensifs destinés à donner plus de force à l'affirmation de la phrase, et en même temps à amoindrir ce qu'il y a d'insolite dans le langage d'un sujet ou d'un fils qui va jusqu'à identifier en quelque façon sa personne avec celle du roi; nanu est une conjonction indiquant la certitude, l'absence de doute, sampati, en pâli, passe d'après Clough, pour exprimer l'assentiment ; mais comme Clough le représente par maintenant, donc, j'y vois l'analogue du sanscrit safnprati « maintenant, » ou encore « convenablement, justement; » enfin, adhâka a été expliqué tout à l'heure; de façon que ces trois mots reviennent à ceci, « certes, convenablement, en réalité. » Chacun de ces adverbes ajoute à l'idée principale une nuance particulière, ce qui en rend, si je ne me trompe , l'accumulation moins extraordinaire ici.
Le mouvement des deux propositions composant les deux phrases expliquées tout à l'heure, se retrouve dans celle qui va nous occuper, et qui a pour nous cet intérêt nouveau qu'elle a attiré l'attention de Lassen. Je commence par la reproduire telle que la donne Prinsep : athatcka padja hêvafh mayê Dêvânam piyasa sêhakam anusâsitava; sur le fac-similé, on peut reconnaître athâtcha, qui est la vraie leçon, et mêyê au lieu de mayê; le reste est semblable dans les deux textes. Je remarque ensuite que la proposition est difficile à couper avec certitude à cause du vague qui reste encore sur mayê, que le facsimilé écrit mêyê. Ainsi , en admettant qu'il faille lire padjâ pour pradjâ « progéniture , » la première proposition athâtcha pad.jâ signifiera «et comme un enfant,» et la seconde commençant à hêvam « de même, » pourra se composer soit de mêyê (ou mayê) Dévânafh piyasa; soit de mêyê (ou mayê) Dévânafh piyasa sêhakafh anusâsitava. Cela dépendra du plus ou moins de valeur qu'on sera porté à reconnaître à ces deux syllabes mêyê ou mayê. Po&r moi, qui jusqu'ici n'en ai pu rien tirer de satisfaisant, j'ai poussé la proposition jusqu'au mot anusâsitava, auquel j'ajoute un ê final comme marque du nominatif, et que je ramène au sanscrit anuçâsitavyah,<i qui doit être commandé, ou qui doit être puni. » Le sujet de ce participe est sêhakafh, qui représente le sanscrit sô'hafh » celui-ci qui est
• moi, ille ego. » Le personnage dont celui qui parle se déclare prêt à recevoir les ordres est Dêvânafh piyasa, qui semble appelé ici au génitif par l'action de l'idée de substantif contenue dans le participe de nécessité anusâ$itavé. Tous les mots de cette phrase, réunis d'après leurs rapports grammaticaux" que je rétablis , moins toutefois méyé ou mayê, donnent donc le sens suivant : « et comme un enfant, ainsi moi (qui parle) je dois être
• châtié par Dêvânam piya. »
Reste méyé ou mayê qui rappelle .soit un cas du pronom de la prenûère personne, soit quelque substantif au nominatif; inais d'abord il ne peut être question d'un pronom , car nous en avons déjà un-dans hàkam qui est parfaitement à sa place avant anusâsitava. Ensuite je ne connais aucun substantif comme méyê ou mayê qui convienne en cet endroit; enfin dans pe mot, même tel qu'il est écrit ici, le m initial peut bien n'avoir pas autant de consistence que ma transcription lui en donne, car en réunissant hévaihmêyê , on trouvera que le m n'est probablement autre que la fin de la conjonction hêvam dont la nasale s'augmente d'un anusvâra^ d'après une habitude orthographique de ces inscriptions. 11 resterait dans ce cas êyê ou ayé, et ce dernier mot pourrait n'être que l'interjection sanscrite ayé, * ah! oui, certes. » Toute la phrase signifiera donc : « et comme un enfant, « ainsi certes moi (qui parle) , je suis fait pour être châtié par Dêvânam piya; » par où celui dans la bouche de qui sont -ces paroles, après avoir montré sa dépendance et sou affection à l'égard de Dêvânam piya, témoigne expressément de sa soumission profonde. Quoique nous n'en soyons pas encore arrivés au point où se fait réellement jour la nou velle interprétation que Lassen donne de tout ce passage, nous pouvons déjà constater qu'en ne tenant pas compte du troisième athâtcha, « et de même que, » Lassen se prive du moyen de reconnaître le véritable mouvement de la phrase qu'il est ici de la dernière importance de respecter. Cette circonstance le forcé de dire que le moi padjâ, qu'il traduit par sujet, désigne ici la personne qui parle, et de lire anusâsitê, au lieu de anusâsitava, pour moi anasâsiiavê. Enfin il réunit à la présente phrase les cinq mots de la phrase suivante, ce qui, comme on va le voir, ne paraît pas absolument nécessaire.
Ces cinq mots sont lus ainsi par Prinsep" : Dêvânafh piyaka dâsê vutiké hôsâmi; sur le fac-similé de M. Kittoe, au contraire, je trouve dêsé, et on va voir que ce simple changement d'une voyelle n'est pas indifférent. Prinsep a exactement saisi le sens général de ces mots quand il a traduit : « Je serai l'esclave et le serviteur à gages de Dêvânam piya. n Lassen a bien reconnu que vutiké reproduisait, sous une forme populaire, le sanscrit vrïttikah , « celui qui gagne sa vie en travaillant pour un autre ; » mais il a proposé de lire piyasa au lieu de piyaka que donne le fac-similé, et il a adopté sans contestation là leçon dâsé, que Prinsep a substituée sans en avertir, au dêsé du fac-similé de M. Kittoe. Pour moi', je crois qu'il est possible d'arriver à uiie grande précision d'analysé en ne faisant qu'un très-léger changement au texte, un changement même qui ne porte que sur une lettre fruste, sur le ka. Si, en efiet, au lieu de ka bref, on lit kâ, on aura le texte suivant : Dêvânam piyakâdésé vutiké hôsâmi, mot à mot, «je serai un serviteur aux ordres de Dêvâ- . nam piyaka. » On ne doit pas être surpris de voir Dêvânam piya nommé d'une manière affectueuse Dêvânam piyaka; et , avec l'addition d'un â long , on obtient âdêsê, qui , réuni
au nom du roi, donne un adjectif composé possessif signifiant « celui qui reçoit les ordres « de Dêvânam piya. » C'est, selon moi, une explication préférable à celle qui consiste à juxtaposer dâsê, «l'esclave, » à vutiké, i\e serviteur à gages, » sans aucune liaison, diiBculté qui a déjà arrêté Lassen , mais qui ne peut être levée par le moyen qu'il propose , l'addition d'un tcha^ puisque le fac-simiie n'indique aucune lacune entre vntikê et hôsâmi. Maintenant, si l'on veut laisser la phrase que je viens de traduire isolée de la précédente, on le pourra sans difficulté , puisque ces deux phrases sont placées l'une auprès de l'autre sans lien apparent; et j'ajoute qu'on restera ainsi fidèle au style coupé et un peu abrupte de ces inscriptions. Si, au contraire, on préfère avec Lassen les réunir, on dira littéralement: « et de même qu'un enfant, ainsi certes fait pour être châtié par Dêvânam piya, «je serai un serviteur aux ordres de Dêvânam piya. » Cette dernière disposition est, selon moi , inférieure à la première ; elle a l'inconvénient de répéter deux fois le nom de Dêvânam piya, qu'on pouvait, si les deux phrases eussent dû être réunies, rappeler la seconde fois par un pronom.
J'arrive au passage le plus controversé de cette inscription , celui où , suivant Prinsep , on doit trouver un nom propre de lieu , et où , suivant Lassen , il n'y en a pas de trace. En présence de ces deux hommes si distingués par les dons de l'esprit, dont l'un est un profond philologue , et dont l'autre a plus d'une fois avoué ingénument qu'il ne l'était pas du tout , si mon opinion incline vers celle de Prinsep , c'est que , malgré des efforts répétés plusieurs fois, je n'ai pu me satisfaire avec celle de Lassen. Ce que je veux dire, c'est que je n'ai apporté ici aucune opinion préconçue; le texte est en lui-même assez difficile sans qu'où vienne l'encombrer encore de conjectures et d'hésitations. Sur la copie de Prinsep , le passage en question est ainsi conçu : êtâyé athâyé dubalâhi taphé asvasanâyê hitasukhâyêtcha . . . sa hidalôkika pâlalôkikâyê. Les variantes qu'offi"e le fac-similé de M, Kittoe ne valent pas la peine d'être notées , parce qu'elles ne portent que sur des voyelles qui sont restées brèv-es, tandis que Prinsep a exactement rétabli leur quantité. Les deux seuls points dignes d'attention , c'est que le u de dabalâhi n'est marqué que par des points, et que la lacune qui suit le mot lutasakhâyêtcha et qui précède un sa trèsapparent, n'est pas si considérable que l'a faite Prinsep; elle est à peine d'une lettre sur le fac-similé de Kittoe. Cette phrase a été traduite ainsi par Prinsep : «Pour cette raison, « le Tupha Dubalâhi est institué pour une méditation non troublée et pour assurer toute « espèce de bénédiction et de bonheur, tant pour ce monde que pour l'autre*. » Lassen, au contraire, partant de cette opinion que dubalâ, qu'il détache de hi, se rapporte à padjâ, que nous- avons vu au commencement de la phrase précédente, si l'on en met deux, en une, ou deux phrases au-dessus, si les propositions restent séparées, traduit ainsi : « Car cette faible [dabalâ] et leStâpa contribuent à là consolation et au bonheur sa- « lutaire dans ce monde. et dans l'autre'^. » Puis il ajoute : « Ce ne peut donc en aucun « cas être le nom du Stdpa; mais j'avoue que je ne sais pas comment doit être expliqué «le mot faible; on devrait le faire rapporter kpradjâ, mais cela ne donne pas un sens
' J. Prinsep, dans Journ. asiat. Soc. of Bengal, t. VII, p. 447. — - Lassen, InJ. Alterlh. t. II, p. 268, note 5.
« clair. » Certainement non, le sens n'est pas clair, et entre cette traduction et l'opinion de Priosep qui, tout en faisant de dabalâhi un nom propre, laisse cependant les choses en l'état, j'avoue que je ne puis hésiter.
Examinons d'abord rapidement les autres mots. Lassen a bien rendu par, « pour la " consolation et pour le bonheur salutaire, » les deux termes dont le second est composé, asvasanâyé hitasnkhâyétcha ; le premier doit être lu asvâsanâyé, « pour la consolation, » et le second .signifie plus exactenient « pour l'utilité et pour le plaisir, » Il n'y a pas non plus de doute sur les mots hidalôhîka pâlàlôkikâyê , « pour ce naonde et pour l'autre; » de même étâyé athâyé signifient bien « pour cette cause, pour ce but. » La lacune qui précède le s terminant la troisième avant-dernière ligne de l'inscription , pourrait, selon son étendue réelle, se combler soit par lôkasa « du peuple, » soit par âsa « fut, » soit par êsa « lui. » Supposons que ce soit un verbe qui manque ici , et laissons de côté le mot contesté dabalâhi, nous aurions cette version littérale : « C'est pourquoi, le Stapa. . . pour la consola- <• tion ainsi que pour l'avantage et le bonheur a été , tant dans ce monde que dans « l'autre; » ou avec lôkasa: « C'est pourquoi le Slûpa. . . . (existe) pour la consolation ainsi « que pour' l'avantage et le bonheur du peuple, tant dans ce monde que dans l'autre; » ou enfin avec ésa : «.C'est pourquoi le Stâpa.. . pour la consolation ainsi que pour l'avan- « tage et le bonheur, il (existe) , tant dans ce monde que dans l'autre. » J'ai conservé exac-
tement l'ordre des mots du texte , pour qu'on voie d'après la place qu'occupe le mot duhalâhi, quel. rôle il est permis de lui faire joiier dans la phrase. Précédant comme il fait tuphé, il doit de toute nécessité être en rapport avec ce mot. Supposer que le mot dubàlâki doive se couper en deux, rjahalâ ki, pour que la partie la plus longue se rapporte à padjâ, cela me paraît bien difiicile; car, comme je le faisais voir tout à l'heure, padjâ est très-loin, et dubalâiia. plus de rôle dans la proposition. Dire avec Lassen , « cette faible « et le Sinpa, » c'est supposer que hi signifie et, ce qui n'est pas admissible.
Au milieu de toutes ces impossibilités, pourquoi ne laisserait-on pas dabalâhi en rapport avec taphê , comme un adjectif qui le détermine, et pourquoi ne pas profiter de cette supposition si ingénieuse de Prinsep, que duhalâhi n'est que la forme ancienne du nom moderne de Dhaali? Bien' des ethniques de la date de nos inscriptions sont venus jusqu'à nous et se rencontrent encore dans l'Inde avec de plus fortes altérations, et la célébrité des lieux n'est pas toujours une raison suffisante de la longue conservation de leur appellation. J'ajouterai que rien n'empêche d'expliquer dabalâhi par « le serpent sans forces, « le serpent faible. » Ou ce nom de « serpent faible » était celui d'un lieu , et alors le serpent n'a rien à faire avec le Stâpa, et duhalâhi tuphé revient à dire « le Stâpa de Dabalâhi; » ou les deux idées se tiennent par un lien qui ne nous est pas connu, et alors le champ des hypothèses reste ouvert, et par exemple, le Stâpa peut avoir été élevé à cet endroit après la victoire remportée par quelque Religieux sur un serpent réduit par lui à l'impuissance. De pareils rapprochements ne sont d'ailleurs pas rares dans le Buddhisme , ils ne peuvent pas l'être quand on songe à la nature indienne : les Nâgas jouent un rôle trèsremarquable dans les plus vieilles légendes , et le lecteur familiarisé avec ces études n'aura pas oublié que, parmi les Stupas qui furent élevés en l'honneur des reliques
APPENDICE. — NVX. 703
réelles ou supposées du Buddha, il y en eut un qui fut confié à la garde des Nàgas ou des serpents fabuleux'.
Dans la proposition que nous allons examiner, Prinsep a cru reconnaître, quoique avec plus de défiance, le nom d'un autre Stupa dans le mot kalamtam, qui est le second de la phrase. Lassen a eu parfaitement raison de contester l'exactitude de cette supposition : je ne pense pas plus que lui que kalamtarh soit un nom propre. Voici, du reste, la phrase elle-même , telle que la donne Prinsep : hévamtcha kalarhtam fuphê svagarh âlâdha. . ; elle se lit exactement de même sur le fac-simile de M. Kittoe. Ce qui en fait la difficulté, c'est la lacune qui se trouve à la fin du mot âlâdha. Sans approuver complètement la manière dont Prinsep remplit cette lacune, quand il lit âlâdhajitavê , qu'il rapporte à tuphê, Lassen croit cependant la leçon assez vraisemblable et le, sens à peu près certain, de sorte qu'il traduit ainsi toute la phrase : « et à celui qui agit ainsi le Stupa « fait gagner le ciel. » Cette traduction repose sur le sens attribué à kalaihlam, où au lieu de voir- avec Prinsep le composé kâlântam, «jusqu'à la fin du temps,» Lassen trouve un participe présent du verbe krî, «faire. » Elle est, au premier abord, extrêmement satisfaisante et elle s'accorde parfaitement avec l'esprit général de l'inscription : je ne crois pas cependant qu'elle réponde ici à ce qu'exige la suite des idées. Ainsi, dans la phrase que j'ai analysée tout à l'heure, il n'est question que de l'existence du Suipa Dubalâhi. Pour trouver la mention de quelque acte auquel puissent se référer les mots hêvaili kalaiïitam , « celui qui agit ainsi, >> il faut remonter jusqu'à la dernière phrase de ce petit discours, où un personnage qui ne se nomme pas témoigne de sa dépendance, de son attachement et de son entière soumission à l'égard du roi Dêvànam piya. C'est là le point auquel on peut rapporter les mots «celui qui agit ainsi;» mais peut-être trouvera-t-on qu'il est un peu éloigné. Ensuite , il ne me paraît pas jusqu'à présent que le sens attribué à kalamtam s'accorde, même aussi bien qu'ici, avec les deux autres passages où il se présente, l'un desquels termine le premier des édits séparés où je me suis contenté d'en signaler la présence , l'autre qui termine l'inscription actuelle où je vais l'examiner plus en détail. Je suis cependant bien éloigné de donner ces remarques comme définitives, et le lecteur reste libre de choisir entre l'interprétation de Lassen et la mienne. Il me semble que kalamtam, qu'il faut lire comme à la fin du premier édit détaché kâlamiam, est, ainsi que l'a conjecturé Prinsep, la forme populaire du sanscrit kâlântam, « à la fin du temps. » Les trois premiers mots de la phrase hévamtcha kalamtam (pour kâlailitani) taphê signifient donc dans cette hypothèse : « et ainsi jusqu'à la fin des temps le Stupa ...» Après svagam, « le ciel, » reste le verbe âlâdha d'où dépend svagarh, verbe que Prinsep proposait de compléter ainsi , âlâdhayitavê, probablement parce que dans les deux passages analogues où paraissent kalamtam et taphê, le verbe a cette forme de participe. Cette analogie est certainement d'une grande valeur, surtout dans le style si peu varié de nos inscriptions. Une analogie n'est cependant pas toujours une preuve concluante , et rien n'empêche que le texte n'ait représenté ici l'action dans l'avenir, et que le verbe ne puisse être
' Csoma, Notices on the life ofShâkja, dans Asial. Res. t. XX, p. 817 ; Inirod. à l'iiist. du Buddh. ind. t. I, p. 372.
au futur, comme par exemple- élâdhayisati, «il conciliera,» ou «il fera obtenir.'» La phrase toute entière signifierait donc : « et ainsi jusqu'à la fin des temps le Stûpa fera ob- « tenir le ciel, » ou « conciliera la faveur du ciel. » On ne dit pas, il est vrai, à qui le Stâpa fera obtenir un pareil avantaige, et sous ce rapport, je l'avoue, la version de Lassen est plus nette et plus satisfaisante que la mienne; mais peut-être trouvera-t-on , quand nous serons arrivés' à la dernière phrase du texte, que l'infériorité actuelle de mon interprétation est suffisamment compensée par la précision qu'elle assure à une autre partie de l'idée.
L'analogie que présente cette portion de l'édit avec la partie correspondante de l'édit qui le précède, doit suffire pour déterminer l'étendue de la proposition suivante, qui est formée des mots mamafc^a ânanitchafh éhatha, et qu'on retrouve sans changement sur le fac-similé de M. Kittoe. En supposant la suppression d'un anasvâra après âna , on aurcut ânafh, « l'ordre, le commandement, » et en admettant que dans nitchharh le ^ tchha soit un double (J tcha et non un tchha aspiré, on verrait dans nitchtchafh le pâli du sanscrit niiyam , de sorte que la phrase entière signifierait : «faîtes donc toujours effort vers mon « commandement, » ou « récherchez donc toujours mon commandement. »
Ce qui suit, jusqu'à iyamtçha lipi, forme une période qui se termine Siyddjisati. Cette phrase, moins les deux derniers mots, ne peut selon moi faire l'objet d'un doute, et les deux seules lacunes qu'on y remarque se cœnblent avec certitude par une expression analogue du premier édit. Voici la phrase d'après le texte de Prinsep : êtâyêtcha athâyê iyafh lipi likhitâ hida éna mahdmâtâ svasatafh 7ma7 yadjisati âsâsanâyé dharhmatchalanâyétcha tasta atônam; elle est écrite presque' sans aucun changement sur le fac-similé de Kittoe. On- en traduit le commencement sans difficulté de cette manière : «Et cet édit a « été inscrit ici pour ce motif, afin que les grands ministres . . . , » étâyê athâyê se rapportant à yéna, qu'il annonce. Les mots qui suivent, svasatam ? ma? yadjisati, rappellent presque lettre pour lettre l'expression de la fin de l'édit précédent, sasatam samayafh yadjayii : le premier terme présente cette erreur facile à commettre , que le va a été reporté du second sa sous le premier; svasatafh doit donc se lire sasvatam, ce qui est bien près d'être le sanscrit çâçvatam. La lettre qui manque avant ma et celle qui manque après sont fournies avec certitude par le mot samayaih du premier édit. Quant au terme final qui est certainement un verbe , yadjisati, si ce n'est pasyadjavû pour la forme, c'est le même radical, et si j'ai pu corriger yadjavd en yùdjêvâ, « qu'ils s'appliquent, »je remplacerai avec une égale confiance yadjisati çax yudjisafhti, « ils s'appliqueront. » 11 ne peut exister le moindre doute sur le sens des deux mots âsâsanâyé dhafhmatchalanâyêtcha; ils sont moins exactement écrits sur le fac-similé de M. Kittoe; mais les corrections de Prinsep sont certaines. Je les rends ainsi : « à la consolation et à la pratique de la- loi; » cela veut dire , à la consolation du peuple au bien duquel ils sont préposés par un des édits du Firouz Làth. Je traduirai donc la phrase toute entière, moins les deux derniers mots , comme il suit : « Cet édit a été inscrit ici dans ce dessein même que les grands « ministres s'appliquent à la consolation [du peuple], et à la pratique de la loi. »
Restent les deux derniers mots, qui sont très -obscurs pour moi; la lecture même n'en
est pas certaine. Sur ie fac-similé de Kitloe , on peut aussi bien lire tasâ tjue tasta; dans sa transcription en lettres latines, Prinsep lit tastû,. on il retrouve le sanscrit tadastu, « que « cela soit. » Le mot suivant est égalemeht contestable : sur le fac-similé de M. Kittoe, il est distinctement écrit atônam, et c'est ainsi que l'imprime Prinsep; mais dans sa transcription, il admet atanafh, pour y retrouver le sanscrit âtmânam. S'il est besoin ici de quelque correction, je préférerais remplacer aiônafh par atânafh, qui se présente comme l'accusatif singulier ou comme le génitif ou le datif pluriel de atâ , « soi-même. » Mais que ferons nous de tasû, tasta ou tasta, ainsi qu'on peut lire d'après les apparences du facsimilé? La conjecture de Prinsep tadastu, « que cela soit, » est bien hardie pour être vrai-
semblable: avec atônam. on atânam, elle ne donne aucun sens possible. D'un autre côté, si tastu, avec sa désinence ta peut-être pour .tvâ, passait pour la forme populaire du classique sthitvâ, on n'arriverait pas encore par là à quelque chose de satisfaisant. En résumé, au milieu de ces difficultés et avec un texte qui présente en général si peu de certitude, je préfère laisser de côté ces deux mots tasta atônam ou tasta atânam, et attendre que le moûument soit revu de nouveau.
La phrase qui vient ensuite aurait une certaine importance si le nom technique du mois qu'y croit découvrir Prinsep s'y trouvait réellement. Voici la phrase même , d'après ■ le texte de Prinsep : iyamtcha lipi anabhâtaffi mâsafh. tiséna nakhatêna sôtaviyâ, à quoi le fac-similé de M. Kittoe n'apporte aucun changement, si ce n'est que la syllabe lue par Prinsep hM parait un sa mal tracé. Prinsep a traduit ainsi cette phrase : « Et cet édit doit « être lu à haute voix dans le cours du mois de Bhâtun (Bhadun?), quand la lune est « dans lé Nakchatra ou la mansion lunaire de Tisa. » Or, il est clair que le seul mot intéressant ici est anabhâtarh qui; si Prinsep l'entend bien quand il l'identifie avec le nom moderne de Bhadun, altération de Bhâdra, «août-septembre, » serait une des plus anciennes formes du nom populaire de ce mois; mais. cette lecture, ainsi que la supposition de Prinsep, ne me paraissent "pas suffisamment appuyées. Prinsep n'explique pas les deux syllabes.. ana, à moins qu'il n'en fasse anu, quand il le traduit par « dans le cours de. » C'est ainsi que j'aimerais à me les représenter, mais avec le sens distributif de « chaque, « à chaque. » Ensuite, ce que Priiisep lit bhâ pourrait à la rigueur passer pour un tchâ imparfait, et cette correction peu considérable donnerait anutchâtummâsaih, « tous les «-quatre mois. » Dans cette supposition, la phrase devrait se traduire ainsi : « Et cet édit « doit être entendu tous les quatre mois, au Nahhata Tisa (Nakchatra Tichya), » c'est-àdire sans doute quand la pleine lune est dans cet astérisme lunaire. Cette supposition , je l'avoue, me paraît plus probable que le suspect Ihâtafh de Prinsep.
Après avoir marqué l'époque à laquelle doit être entendue la lecture de l'édit, le texte annonce que cette lecture peut avoir lieu même dans l'intervalle qui sépare deux de ces époques qui sont indispensables à observer. C'est du moins le sens que je crois trouver à la phrase suivants, que je transcris d'après Prinsep ; Mmafhtcha hhanahhanasi amialâpî tiséna êkéna sôtaviyafh, ce qui est parfaitement reconnaissable sur le fac-similé de M. Kittoe. Il me paraît certain que ftamamtefta signifie « et à son gré, suivant le désir; » et que kanakhanasi répond au sanscrit kchané kchanê, « à tel et tel moment, à chaque moment, »
c'est-à-dire à chacun des moments compris dans i'intervalie qui s'écqule d'une époque désignée au retour de cette même époque; c'est ce que dit explicitement le mot amialâpi, pour le sanscrit antarâpi ,> même dans l'intervalle. » Ce qui doit avoir lieti alors est indiqué par le -participe sôtaviyafh, «cela doit être entendu, » cela, c'est-à-dire l'édit, dont le nom lipi, «écriture,» qui est féminin, est rappelé par l'adjectif neutre sôtaviyam, " cela doit être entendu. » Cette lecture peut être faite par un seul Tisa, dit le texte, tiséna ékéna, c'est-à-dire par un seul des personnages auxquels on donne le titre de Tissa, en sanscrit Tkkya , « bienheureux. » On sait par le rituel de l'ordination des Religieux, qui a cours parmi les Buddhistes de Ceylan et de l'Inde transgangétique , que le titre pâli de Tissa' répond à un tel, appliqué aux membres, considérés tous comme respectables , de l'Assemblée des Bhikchus; on emploie ce titre quand on ne désigne pas nominativement le Religieux'. Le texte de notre inscription veut donc dire : « Et même dans « l'intervalle, à tel moment que cela sera désiré, l'édit powra être lu par un seul Tissa, » c'est-à-dire par un seul des respectables membres de l'Assemblée des Religieux. J'infère de là que la lecture obligatoire qui revenait tous les quatre mois devait avoir lieu par les soins de l'Assemblée réunie des Bhikchus, tandis que les lectures intermédiaires et facultatives pouvaient être faites par un seul membre de l'Assemblée; et j'insiste sur cette conclusion , parce qu'elle jette du jour sur la fin de l'inscription, qui est entre Lassen et moi l'objet d'un dissentiment de détail.
Cette fin controversée est ainsi conçue d'api'ès la copie de Prinsep : hévam kalailitaru taphê samghatham sampaiipâdayitavê : le fac-similé de M. Kittoe est ici fautif; mais les corrections de Prinsep , qu'elles viennent de lui ou de la seconde révision du monument, sont incontestables. Je ne discuterai cependant pas sa conjecture touchant le mot kalamtam, qu'il croyait être le nom d'un Stupa, puisque lui-même ne lui a pas donné place dans sa traduction qui est d'ailleurs peu claire. J'aime mieux m'arrêter un instant sur l'opinion de Lassen qui a examiné incidemment ce passage, sans s'expliquer toutefois sur l'ensemlile du texte qu'il termine. Voici comment Lassen le traduit : « und dem so thuenden.ge- = wâhrt der Slâpa Verehrung unter den zur Versammlung gehôrenden ^. » Cette interprétation repose sur le sens que Lassen donne, comme je l'ai déjà signalé, à kalamtam, qu'il propose de lire kdlanifam , « agissant, » de sorte que les deux premiers mots hévam kâlamtaih signifient « l'homme ainsi agissant, » ici à l'accusatif. Il ramène ensuite le mot samghatha au sanscrit samghastha, et le traduit par « se tenant dans l'Assemblée, appartenant « à l'Assemblée. » Il manque cependant à ces explications , quelque vraisemblables qu'elles paraissent, l'indication du lien qui unit ces termes entre eux de manière à en faire sortir le sens préféré par Lassen ; aussi j'avouerai franchement que cette traduction n'emporte pas ma conviction. Nous ne devons pas, d'ailleui's, perdre de vue la recommandation que renferme la phrase précédente et sur laquelle j'insistais tout à l'heure. Cette recommandation , c'est que , outre les trois époques marquées annuellement pour la lecture de l'édit, cette lecture pourra être faite par un seul Religieux, dans tel moment qu'on
' Clougii, The. riliial oj the Budd'hist Priestliood, t. II. Conf. Spiegel, KammavSiya , pag. 3 et 28. p. 10 et 12, dans Miscell. Iranslal.from orient. Lan^. ' Lassen, InJ. Alterth. l. II, p. 269, note.
îe désirera et dans l'intervalle de deux époques. Or, si nous rencontrons dans -notre phrase finale le mot samghathafh , ne- devrons-nous pas l'interpréter comme s'il représentait le sanscrit safaghârtham , « dans l'intérêt, pour le bien de l'Assemblée, » et ne trouverons-nous pas que l'idée de l'Assemblée est ici naturellement amenée par celle du Religieux de cette Assemblée qui, quoique seul, peut faire entendre la lecture de l'édit? Tout se lie, en effet, dans cette supposition, tant ce qui précède que les termes mêmes dont se compose la phrase finale. Le texte débutait en disant : « Et cet édit devra être lu tous, les « quatre mois , au Nakchatra Tichya , » sans dou te par l'Assemblée des Religieux réunis. Il continue ainsi : «Et même dans l'intervalle, à. tel moment que cela sera désiré, il « pourra être lu par un seul Religieux respectable. » Enfin , après avoir pourvu à tous les cas où devra êtce faite la lecture de l'édit moral , le texte conclut en disant : êvaih «c'est ainsi que» tuphê «le Stûpa» paiipâdayitavê , ou mieux certainement, sampalipâdayitavê, littéralement « doit être fait honorer, » sanighatham • dans l'intérêt de TAsseni- « blée, » kâlamtafh «jusqu'à la fin des temps, * ou plus clairement : « c'est ainsi qu'on doit « pourvoir à ce que le Stûpa soit honoré jusqu'à la fin des temps , pour le bien de i' As- « semblée. » « On doit pourvoir, » cela s'applique sans doute aux grands ministres qui ont la charge de faire exécuter les prescriptions de l'édit; le Stûpa sera honoré, si lecture est donnée de l'édit qui l'accompagne; celte lecture aura lieu régulièrement trois fois chaque année par les soins de l'Assemblée réunie, et arbitrairement, dans tel moment qu'on le désirera , mais par un seul membre de l'Assemblée ; et ainsi sera assuré le bien de l'Assemblée jusqu'à la fin dés temps.
Je ne me dissinriule pas qu'après kâlamtam, le mot dont le sens est le plus contestable est samghathafh; mais même dans le texte de l'inscription de Delhi, où on lit- safhghathasi, et où Lassen est bien près d'admettre que ce terme signifiej» le lieu de l'Ass^m- « blée , ? c'est encore , selon moi , mon interprétation qu'il faut préférer. Après avoir dit qu'il a institué de grands ministres de la loi pour divers objets de bienfaisance ^ dhaihmamahâmâtâpi meta {mê atra) hahavidhêsu athêsu anugahikésâ viyâpatâ; que ces ministres ont été institués pour prendre soùs leur protection les diverses croyances religieuses des mendiants errants et des maîtres de maison, se pavadjitânafntchéva gihiihânarhtcha savapâsamdésu pitcha viyâpatâ, le roi Piyadasi ajoute : se safhghathasipi me katé (peut-être katâ) , « ils ont été aussi créés par moi dans l'intérêt de l'Assemblée ^, » et il termine eh disant que leur surveillance doit s'étendre également sur les Brahmanes, Bâbhanêsu, sur les mendiants, adjivikêsii, et sur les dévots ascétiques, nigathêsa. Il me semble que les mots bahuvidhêsa athêsu, « dans des intérêts divers, » déterminent suffisamment la signification de samghathasi, « dans l'intérêt de l'Assemblée; » et si tel est le sens de ce mot, ce sens doit s'appliquer à safaghathafh. Ici paraît pour la première fois un des termes les plus intéressants de ces inscriptions, un de ceux qui en indiquent le plus manifestement le caractère vraiiftent buddhique. Le terme dont je parle estsafhgha, « l'Assemblée, » lequel désigne, comn)e je l'ai dit au n° I de cet Appendice^, la réunion des Religieux qui font
' J. Prinsep, Intej'prrt. oj tke mosl uncient oj the dans Jourii. asiat. Soc. of Bengal, t. VI, p. 600. inscripl. on the pillar caïled the Lâl oJFeroz shâh,elc. * Ci-dessus, Appendice, n° I, p. 436.
profession (Je croire à la loi du Buddha. Les deux textes du premier et du second édit détaché de Dhauli, et celui de l'inscription du pilier de Delhi et d'Allahabad, sont ceux-là même dont j'avais promis de parler au commencement de V Appendice précité. J'en signalerai un autre exemple dans le § 4 de la présente étude, et j'aurai ainsi établi combien est fréquent, dans nos inscriptions, l'usage de ce terme qui appartient essentiellement à la première institution du Buddhisme.
Au reste , les textes que je viens de citer à l'appui de mon opinion sur sarhgh.ath.am sont assez clairs pour que je puisse me dispenser d'y insister davantage. Je ferai seulement deux remarques que je crois nécessaires. La première porte sur l'orthographe du mot vyâpaiâ, que les édits des colonnes écrivent avec un i cérébral. Cela prouve qu'il y avait dans le mot primitif un r ou une lettre congénère; et dans le fait, le mâgadhî vyâpaia n'est que le sanscrit vyâprïla, « préposé à, chargé de. » La seconde remarque est relative aux noms des diverses espèces d'ascètes ou" de Religieux sur lesquels Piyadasi étend la protection de ?a tolérance royale.- Ces noms offrent une bien remarquable analogie avec ceux des Religieux que les légendes de Ceylan nomment parmi les sectaires que le roi Acôka nourrissait de ses aumônes. Ainsi Turnour, citant VAtthahatM ou les commentaires de Buddhaghâsa sur les livres sacrés du Tipitaka, parle .des Pândarânga, des Djivakas et dès Nigathas '. Nous ne trouvons pas, sur l'édit du Firouz lâth, les Pâjidarang as ; mais les Nigathas de Turnour sont bien les Nigathas de l'inscription, en sanscrit Nirgranthas-, et ceux que ce savant nomme Djivakas sont certainement les Adjivikas de l'édit, dont le nom paraît, tant dans les inscriptions que dans les textes, écrit de plusieurs manières diiîérentës, djivaka, adjîvaka, adjivika, âdjivaka et âdjîvika. Outre le djivaka de Turnour, qui doit s'écrire avec une longue, djivaka, ainsi que le prouve le nom propre Djivaka Kômârabhanda, « Kômârabhanda le mendiant, » lequel figure au commencement du Sânianna phala.satta traduit plus haut'', je trouve âdjivaka dans le Lalita vistara'^^ et âdjivaka ou âdjivaka dans le composé nirgranthâdjîvakâdayas^. Les Tibétains, comme nous venons de voir que l'a fait Turnour, ont lu ici djivaka; mais cette transcription n'est certainement pas ici la reproduction du texte, puisque, dans le composé cité tout à l'heure, le juot djivaka est de toute nécessité précédé d'une voyelle brève ou longue. De toute manière, la transcription des Tibétains, quoique inexacte en cet endroit, prouve la coexistence des mots âdjivaka et djivaka. Quant à la leçon adjivika par un a bref initial , j'essayerai plus bas d'en établir Toxistence.
Maintenant que j'ai tiré du second des édits séparés de DhauH tout ce qui m'est possible d'y voir avec les secours qui sont entre mes mains, il reste à examiner quelle est la personne qui parle dana ces deux édits. Ce qui donne lieu de poser cette question, ce sont les termes qu'on lit au début du préambule de chacune des inscriptions : « Au nom
' Turnour, Examin. of ihe pâli Buddh. Annals, ^ Ci-de.ssus , Appendice , n° II, p. 449.
dans Joiirn. us. Soc. of Bengal , t. VI, p. 781. * Lalila vistara, cli. xxvi, f. 209 h; Bgya Ich'er
- Sur ce te.rnji; voye; : --'cssus, p- 4 58, note 1, et rolpa, t. II, p. 878. \t% Additions tl Ci.': rccli^)i:s \)0'd:- celle nicmc paf;c, A ^ Lalita vistara, cli. xxiv, f. 1966; Rgya tek' er
la fin du pioscn volume. rolpa, t, II, p. 355.
APPENDICE. —iN"X. 709
« du roi chéri des Dêvas, les grands ministres doivent s'entendre dire, » avec cette seule différence que, dans le second édit, intervient un nouveau personnage, le plus élevé après le roi, c'est'à-dire le prince royal, le Kamâra. Vr'msep , en examinant cette formule donl il avait bien déterminé le sens , n'avait pas hésité à croire qu'à la différence de la grande inscription et des édits des colonnes, où « le roi chéri des Dêvas » parle en son nom, Igs deux fragments qui ne se trouvent qu'à Dhauli étaient adressées par un fonctionnaire tel que les ministres nommés mahâmâtâ, au nom du roi qui ne parlait pas lui-même^. 11 est de fait que la formule que je viens de rapporter se prête aisément à cette inteiprétation; mais cette circonstance ne suffit pas pour soutenir cette interprétation même; il faut de plus l'accord de la teneur de l'inscription avec la formule. Or, le lecteur a pu voir, par la traduction du premier des édits séparés , que « le roi chéri des Dêvas >• y parlait directement en son propre nom; et si je ne me suis pas trompé trop grossièrement dans mon analyse du contenu de cette inscription , le roi ne cesse de parler de cette nianière pendant tout le cours de l'édit. Nous ne pouvons donc, en ce qui touche le premier édit du moins, conclure de la formule «au nom du roi chéri des Dêvas» que ce n'est plus le roi qui parle dans cette inscription, comme il parlait dans les autres. Outre que le texte de l'édit contredirait à chaque ligne cette supposition , on comprend , sans que j'y insiste, qu'un édit royal puisse commencer indifféremment, soit par cette formule « le roi a dit, » soit par cette autre ■ au nom du roi. »
Nous sera-t-il possible d'être aussi affîrmatifs en ce qui touche le second édit.^ Je ne le pense pas. Le préambule est le même : « Au nom du roi chéri des Dêvas , le prince royal « de Tôsalî et les grands ministres doivent s'entendre dire, etc.» Là encore le roi ])arl< en son propre nom, exactement comme dans le premier édit. Malgré les lacunes qui surviennent, on peut reconnaître, par l'analogie de cet édit avec le premier, que c'est encore le roi qui parle dans les souhaits qu'il exprime pour le bonheur de son peuple. Ces souhaits sont certainement rendus ici, et plus longuement, et avec un accent de dévouement plus marqué que dans la précédente inscription, mais ils ne cessent pas de resteidans la bouche du roi; il me semble du moins que cela ne peut pas être douteux poujdes paroles comme celles-ci : « Et puissent-ils par mon moyen pratiquer la loi , " et « c'esi. « pour cela que je commande, etc. » Mais on ne peut plus dire la même chose, lorsque, après les mots, malheureusement précédés d'une lacune, «pour qu'ils obtiennent ces « choses, voilà, » le texte dit à n'en pas douter, « comme un père, ainsi est Dêvânam piya. » Il est bien évident que ce paragraphe, jusqu'aux mots, «je serai un serviteur auK ordres « de Dêvânam piya, » n'est plus dans la bouche du roi. On peut même remarquer que ce qui précède ce paragraphe est comme cité et en quelque façon guillemetté par le.mot iii «voilà. » Après avoir lu et fait graver l'inscription qui renferme la volonté et les ■> œu: philanthropiques de Dêvânam piya, un ministre ou le prince royal exprime à son 'our en parlant en son propre et privé nom, sa soumission envers le roi et le dévouement qu'il est prêt à mettre dans l'exécution de ses ordres. Ce qui rend difficile ce passage, c'est sa forme abrupte au milieu d'une inscription où le roi seul a parlé jusqu'alors.
' Priiisep, Examin. of the separale Edicis, dans Journ. as. Soc. of Bengal,t. VII, p. 448.
Mais jusqu'à quelle partie de l'édit s'étend ce discours, expression de l'acquiescement du ministre ou du prince , cela n'est pas aussi facile à déterminer. C'est encore le ministre qui peut dire ; « Pour cette raison, le Stdpa Dahçdâhi, etc.-, » il peut encore à la rigueur dire : « Efforcez-vous d'exécuter constanmient mes. ordres. » Cependant il est bien peu probable que de pareilles paroles aient été prononcées par lui, après les formulés de dévouement qu'il a employées dans le paragraphe précédent. Mais il n'est plus permis de douter que le roi ne reprenne la parole à la fin de l'inscription, quand on voit le texte annoncer que l'édit a été écrit pour que les grands ministres s'appliquent constamment au bien du peuple et à la pratique de la loi. Aussi je n'hésite pas- à dire que les mots qui suivent «je serai un serviteur aux ordres de Dêvânam piya, * et qui commencent ainsi : «Pour « cette raison , le Stûpa Dubalâhi, etc., » qpioique pouvant être placés dans la bouche du nouvel interlocuteur, qui est probablement un ministre, n'en appartiennent pas moins au roi lui-même qui ne cesse de parler en son propre nom pendant tout le cours de l'édit, si ce n'est vers le milieu où le ministre insère en trois phrases l'expression de son respect, de son amour et de son dévouement pour le roi. J'ai cru qu'il était indispensable de signaler particulièrement cette circonstance, que n'a pu reconnaître Prinsep, et qui jette un jour nouveau sur la teneur du second édit. '
S 4. SUR LES NOMS DE BUDDHA, BHAGAVAT, rAhULA, SABDHARMA, DANS UNE DES INSCRIPTIONS
DE PIYADASI.
J'ai promis, dans divers endroits de mes notes, de montrer que les noms les plus caractéristiques du Buddhisme se trouvent dans une des inscriptions de Piyadasi '. C'est ce que je vais faire en ce moment, et j'y trouverai l'occasion d'éclaircir quelques passages non pas seulement de l'inscription qui me fournit ces noms célèbres, niais encore des autres monuments analogues où ils né paraissent pas , mais où -l'on pourrait être tenté de les chercher. L'inscription dont je veux parler â été découverte par le capitaine Burt sur une montagne voibînê d'un lieu nommé Byrath. Ce lieu est situé à une distance de six cosses ou enviiou six milles de Bhabra, qui est à trois mâirches de Djaypour; ce sont, si je ne me trompe, les lieux mêmes qui, sur la carte de "Walker, sont écrits Birat et Barèero, entre Kot fl Di^ypour^. Appréciée à sa juste valeur par les savants anglais de Calcutta, cette inscription n'a été jusqu'à présent examinée que par Lassen, qui en à extrait le seul point qn\ intéressât pour le moment ses recherches particulières. Elle mérite à tous égards d'être étudiée de plus près, et à cause de sa valeur propre, et par le joifr qu'elle jette sur les autres monuments analogues dont elle détermine l'origine et le véritable caractère. Je vais en examiner successivement les diverses partiel au fur et à mesure que se présenteront les noms religieux que j'y trouve; puis, cet examen terminé,je résumerai l'inscription entière dans une traduction suivie. Quant à présent, il me suffit
- Voy. ci-dessus, p. 284 et 285. de lieu sont écrits Bireil et Barhero, dans l'utiie vo-
- Burt, Inscripl. found near Bkabrùj, dans Journ. luma intitulé : Index 'of ail places of India, f. 27 us. Soc. of BeiKjal, t. IX, 2* part, p. 6i6. Ces noms et 47.
d'en indiquer le but général en disant que c'est une sorte de missive adressée par le roi Piyadasi aux Religieux réunis en Assemblée dans le Magadha.
Après avoir salué les Religieux auxquels il envoie cette lettre, et leur avoir rappelé que la grandeur de son respect et de sa foi pour le Buddha , la Loi et l'Assemblée est connue de ceux auxquels il parle, dans des formules qui offrent des expressions purement buddhiques, et que je vais examiner tout à l'heure, Piyadasi ajoute (1. 2 et 3 du fac-similé de M. Burt) re kêtchi bhaihtê bhagavatâ hudhêna hhâsitê' savê se sabhâsitêvâ, «Tout ce qui, « seigneurs, a été dit pai- le bienheureux Buddha, tout cela seulement est bien dit. » Il me paraît inutile de montrer actuellement pourquoi cette version doit être préférée k celle des Pandits ^e Calcutta, dont elle s'éloigne moins par les termes que par la place qu'il faut lui donner dans l'ensemble de l'inscription ; quand j'aurai terminé mon analyse du texte entier, je reproduirai la traductioii des Pandits en regard de la mienne, dans l'intérêt des lecteurs qui aiment à s'éclairer par eux-mêmes. Il me suffira ici d'attirer l'attention des philologues sur une particularité de langage déjà remarquée du reste dans les paragraphes précédents, mais qui se répète dans dette inscription avec une sorte de régularité systématique, et qui rapproche singulièrement le dialecte de ce monument du mâgadhî des -grammairiens indiens ^. C'est la suppression d'un y initial qui a lieu- dans ê pour j^, et en pâli yô. Cette suppression se remarque également dans âvatakê, pour yâvatakô, « aussi grand que, ■« du pâli, et dans âva pour jauaf, t. autant que, » qui est fréquemment usité dans les grands édits de Gimar et de Dhauli; Prinsep avait déjà insisté plus d'une fois sur cette particularité de dialecte ^.
Tout le monde comprendra, sans que j'y insiste davantage, la haute importaiice de cette mention du bienheureux Buddha sur un monument qui porte le nom de Piyadasi, et qui a été écrit par le même monarque et dans la même . langue que les grands édits de Girnar, de Delhi et de Dhauli. U y a même lieu de s'étonner que les savants , qui , comme M. Wilson, ne sont pas suffisamment convaincus que ces monumeuts soient bnddhiques, n'aient tenu aucun compte d'une inscription publiée il y a déjà plus de dix ans'. Cette mention intéressante du titre de Bhagavat joint au nom de Buddha nous dispense de tout effort pour le retrouver dans un autre texte du même genre , où la critique de M. Wilson a hésité à le reconnaître. Je veux parler des mots hha^avô et hhagava, qu'on lit dans le treizième des édits de Piyadasi à Girnar et à Kapur-di-giri ''. Je n'apprendrais rien au lecteur en répétant ici les justes regrets qu'a exprimés M. Wilson au sujet du déplorable état de mutilation dans lequel nous est parvenu cet édit précieux. Mais quoiqu'il soit dif-
' Làssen, Instit. ling. pracrit. p. 896 , S 5.
' Prinsep, On the Edicts of Piyadasi or Asoka, the Buddhist monarchj etc. dans Journ. as. Soc. of Bengal,t. Vil , p. 277 et 443.
' Le mémoire de M. Wilson sur les inscriptions de Kapur-di-giri , Girnar et Dhàulr, a été lu à la Société asiatique^de Londres, le 3 février 1849, ^*P^" blié la même année dans le Journal de cette société ,
t, XII, 1" part. p. i53 et suiv., en même temps qu'il en a été fait un tirage à part par M. Wilson. L'inscription de Bhabra a été publiée dans le Journal de la société asiatique du Bengal de septembre i84o, t. IX, a'.part. p. 616 et suiv.; c'est un des rares numéros de ce recueil qui soient arrivés sur le continent. * Wilson, On the Rock inscript, etc. dans Journ. roy. as. Soc. of Great-Britain , t. XII, p. 22a et 229.
7i2 APPENDICE. — xVX.
ficile, avec des copies aussi peu complètes que celles que nous possédons, do l'aualyseï d'une manière satisfaisante, il est déjà possible de dissiper positivement les illusions que pourraient faire naître les termes où l'on serait tenté de retrouver le titre de Bhagaimt. Dans l'inscription de Kapur-di-giri, telle que l'a déchiiTrée M. Norris d'après les matériaux imparfaits qui étaient entre ses mains, la ligne 6 conmience ainsi : çalahhagava sahasrabhagamva, mots dans lesquels il est facile de reconnaître çatabhdgaihvâ sahasrahhâgamvâ, «soit la centième, soit la millième partie. » Quel est l'objet dont on indique ainsi soit cent, soit mille portions, c'est ce c[ue les lacunes de la copie nous mettent hors d'élal de déterminer. Ajoutons que l'inscription de Girnar n'est ici d'aucun secours, puisqu'elle a en cet endroit un passage tout difierenl,
1; autre partie de l'inscription, où paraît quelque chose comme le nom de Bhacjaval, n'est pas moins obscure, et il est bien diflicile de tirer un sens clair d'un texte où les lignes sont en général sans conmiencement ni fin, comme à Girnar, et où la transcrip lioji est' aussi incertaine qu'à Rapur-di-giri. Sur la copie de Westergaard et du capitaine Jacob, à laquelle il faut toujours revenir, après une lacune de quelques lettres au conmiencement de la quatrième ligne, je trouve JJ"}îJ["F viLct-lr GLlAAAçCDTyçL \\j G;'j[^C-i\L»Cn^H3cCcl/ > ^^'^^ ^^^ doute sur la question de savoir s'il y a encoi'e une lettre à la fin de la ligne, comme le croyait Prinsep, qui ajoutait un [j pa, ce qui exactement transcrit doit se lire ainsi : yafh nâtikâ vyasanam pâpunati tala sôpi gêsa iipaghâto hfiti palîbhd atchêsdsa. Remarquons d'abord que , sur la copie de Westergaard , le premier ta de tala pourrait passer pour un e, on lirait donc cla «ici,» ou même éta « cela, >' au lieu de tata « là, » de la copie de Prinsep. Ensuite Prinsep a lésa « d'eux, » (pour tésaih devant une voyelle) , au lieu du gésa de Westergaard; mais le t ollo g se confondent si l'acilement, que je ne doute pas que Westergaard et le capitaine Jacob n'aient lu Icsa; ce mot se lit niêine distinctement de cette manière sur le fac-simile republié j)ar M. W ilson. Après ces observations, on peut traduire presque avec certitude le commencement de ce texte : « Quand les parents éprouvent une calamité, alors c'est là une violence même « qui leur est faite. » J'avoue que je ne m'explique pas comment on a pu hésiter sur le sens, de vyasanam pâpunati ; ou la forme pâpunati manque de Vanusvara qui en ferait le pluriel pâli pdpunanti, ou bien c'est une faute pour pâpunôti «il obtient; » et ici le singulier ne fait en aucune façon difficulté, puisque c'est une habitude constante du pâli de mettre au singulier un verbe dont le sujet est un nom collectif.
Hèste paiibhâ atchêsâsa'. ce qui est très-obscur en soimênie, et ce qui tient le commencement de la phrase en échec. Avec cette leçon, il n'y aurait certainement pas moyen de voir ici le nom de Bhagavat, sous quelque forme altérée qu'on se le figure. Mais Prinsep lit ces huit syllabes comme il suit : patibhâgévésisapa ; et de plus , sur la copie de Westergaard, une marque de renvoi dont je ne suis pas bien sûr de comprendre la signification précise, semble indiquer qu'au lieu de lire atchésâsapa, la pierre porte gôgùi. Enfin le fac-simile de Girnar, publié par M. Wilson, a distinctement pa/iô/irt^d tckésâsava. Les précédents interprètes ont lu pâti au lieu de hâti, que donnent Prinsc]) et Westergaard, et dontje fais hôti ; ils ont réuni ce dissyllabe à palî, et ainsi bhdqùvè est resté seul.
ce qui a pu donner l'idée qu'on devait trouver ici Bhagavat. Mais rien n'est moins (démontré que ces divisions .et ces réunions; de hâti on va aussi facilement à hôti qu'à pâti; et si on lit hôti, comme je l'ai proposé, ce verbe terminera la phrase précédente. De là il suit que pattbhâgô doit commencer une .autre proposition , dont le second mot est le tché du capitaine Jacob, pour tchêt « si; » et le troisième sâsa, peut-être sîya, comme M. Wilson l'imprime dans son mémoire. Avec ces corrections, on aurait « si le partage existe; » mais la lacune nous arrête tout court à ce point. Je conclus donc de l'analyse de ce passage, comme j'ai dû le faire de celle du précédent, que l'on chercherait en vain dans.le troisième édit de Girnar ou de Kapur-di-giri la mention du nom de Bhagavat appliqué à la désignation du Buddha. 11 faut, quant à présent, nous contenter d'avoir la preuve de l'existence certaine de cette épithète sur la pierre de Bhabra. Quant au nom de Buddha même , il paraîtra une seconde fois dans cette dernière inscription , et j'y reviendrai à l'occasion du nom de Dharma.
Je passe à un autre nom propre presque aussi important, jcelui de Râhala, par lequel la tradition désigne le fils de Çâkyamuni. J'ai dit plus haut, en parlant de Râhula\''que je croyais retrouver ce nom sur un monument auquel je vais faire plus d'un emprunt, je veux dire sur l'inscription de Bhabra, où le roi Piyadasi recommande à l'Assemblée des Religieux réunie dans le Magadha de s'en tenir aux paroles du Buddha bienheureux. Après avoir annoncé que c'est là le seul moyen d'assurer la longue durée de la bonne Loi, le roi continue ainsi, dans un passage dont je voudrais être sûr de comprendre parfaitement tous les termes, mais qui mérite toujours, quoi qu'il arrive, d'attirer l'attention du lecteur. Le texte en question se trouve au milieu de la quatrième ligne; j'en reproduis l'orthographe avec les caractères originaux pour qu'on puisse apprécier la valeur des corrections que j'y apporte : [^^l r^"^ ^'^l J,^l cflJUcLS+a, 5- H-j'XècCÏ
n'Ai A" P"DJL r/'cCU ♦ if^^ni bhamtê dhafïwiapa[h]yâjani vinaya-samàkasè aliyavasâni anâgatabhayâni munigâthâ mônéyasuté upatisapasina êvâ lâghulôvâdé masâvâdarh adhôgitchya Bhagavatâ Budhéna hhâsitê^. Je né crois pas nécessaire de discuter là transcription et l'interprétation des Pandits de Calcutta; elles me paraissent l'une et l'autre également injustifiables. 11 suffira d'exposer celle que je propose, en indiquantes points sur lesquels il reste encore des doutes: «Voici, seigneurs, les sujets qu'embrasse la Loi : les bornes « marquées par le Vinaya (la discipline), les facultés surnaturelles des Ariyas, les dan- <■ gers de l'avenir, les stances du solitaire, le Sûta du solitaire, la spéculation d'Upatisa seu- "lement, l'instruction donnée à LAghula, en rejetant la fausse doctrine, [voilà] ce qui « a été dit par le bienheureux Buddha. »
Le troisième mot, que l'inscription donne incomplet d'une syllabe, dhammapayâyani, doit être lu dhanimapaliyâyâni, comme il i'est par le monument même plus bas à la
' Ci-dessus, chap. ix, f. ng 6, p. 897 et SgS., — - J. S. Burt, Inscript, found near Bhabra, dans Journ. as. Soc.of Bençjdl, t. XI, 2* part. p. 618.
ligne 6 , dhafhmapaliyâyâni, en sanscrit dharmaparyâyâni. Cette expression dharmaparyâya se trouve très -fréquemment dans les livres du Népal, où elle est appliquée aux Sûiras : elle l'est particulièrement à notre Lotos même, et je l'ai traduite toujours ainsi : «ce « Sûtra où est exposée la loi. » Ici le sens d'exposition serait sans doute incomplet, quoiqu'il 5oit, en quelque manière , justifié par la valeur que YAbhidhâna ppadîpikâ attribue au pâli pariyâya, celle de «discours religieux ^i> En sanscrit, outre le sens fondamental d'ordre, arrangement, succession régulière, le mot paryaja a encore, selon Wilson, celui de comprehensivençss , aggregation; c'est de ce sens que je m'autorise pour traduire dkafhmapaliyâyâni par « les sujets qu'embrasse la Loi. » Dans l'inscription , ce sont trois points qui pemplacont la syllabe ^' dham; une lacune signale l'omission de la syllabe -J li, et l'a long du second J, ya est omis à tort.
Le quatrième mot vinayasamakasê , qui se termine comme un nominatif masculin singulier du dialecte màghadî , est certainement difficile ; je n'en ai pu rien faire sans une correction un peu hardie, qui cons'ste dans l'addition de trois signes de voyelles : une inspection nouvelle du monument montrera si j'ai eu tort ou raison d'aller aussi loin. 11 est évident qu'il s'agit ici du Vinaya ou de la Discipline; mais sous quel rapport l'envisage-t-on , c'est ce que ne dit pas clairement le mot suivant samakasê, et on est dès l'abord incertain sur la question de savoir s'il ne faut pas couper ainsi vinaya -+- samakasê, ce qui donne un mot composé de deux parties , ou vinayasa -4- rnakasé, ce qui donne un nominatif gouvernant vinayasa au génitif, pour vinayassa, « du Vinaya. » Mais je remarque que les termes de l'énumération qui suivent sont tous des composés, et cela me décide pour la première division. Je ne sais que faire de samakasê, à moins d'y ajouter des voyelles qui manquent sur la copie du capitaine Burt, et'qui peuvent manquer plus ou moins sur le monument lui-même, et je propose de lire JJ"y"-{'3, sîmôkâsê, au lieu de çjl^^'î''^ samakasê. La position subordonnée des signes voyelles et leur petitesse relativement au corps de la lettre, explique comment elles ont pu disparaître; la seule question encore douteuse est ceHe de savoir si je n'ai pas fait un usage trop peu limité de .cette explication. On trouvera peut-être aussi que le sens obtenu par cette correction est un peu cherché, « l'espace compris dans les bornes du Vinaya ou de la Discipline, » de sîmôkâsê , pour le pâli sîmôkâsô, en sanscrit simâ avakâqa. Mais cette expression pouvait bien ne pas paraître aussi prétentieuse dans le style religieux des Buddhistes, qu'elle l'est pour, nous en français. Dans le composé sîmôkâsê, le mot ôkâsê n'a vraisemblablement pas joutant de valeur que les termes français «l'espace compris, " et l'expression toute entière ne signifie sans doute rien de plus que « les limites de la Discipline. »
Je E ai aucun doute sur la signification des deux composés suivants, nliyavasâni et andgaiabhayâni, « les facultés surnaturelles des Aryas, les dangers ou les terreurs de l'a- « venir. » Par vasdni, pluriel de vasafh, il faut entendre ces facultés qui donnent aux Aliyas, c'est-à-dire aux Aryas, le* pouvoir de soumettre la nature à leur volonté, et « les « dangers ou les terreurs, de. l'avenir » font allusion à ces longues descriptions de r.Eufer et des mauvaises destinées qui occupent tant de place dans les livres buddhiques de toutes
' Ahhidhâna ppadîpikâ , i. lil, chap. in, st. 6o; Ciough, p. 1 12. '^
les époques. On reconnaîtra de même clans munigâthâ, «les stances du solitaire,» ces maximes en vers dont Çâkyamuni relevait son enseignement, et qui lui donnaient des formules où sa parole prenait cette précision particulière que possède le langage mesuré de la poésie; car par le solitaire, il faut sans doute entendre Çâkyamuni lui-même. J'en dirai autant du terme qui suit mùnêyasiitê «le Sûta (pour Sûtra) du solitaire;» de ce que le texte se sert de l'adjectif mônêya, au lieu du substantif muni, ce n'est pas, ce me semble, une raison pour chercher dans ce terme un autre solitaire que Çâkyainuui. Il est vrai qu'on ne voit pas bien la raison du singulier sûtê « le Sdta,» ou en sanscrit, « le « Sûtra. » Mais la pierre porte peut-être sûiâ^au pluriel « les Suttas; » ou bien,, si îa lecture est exacte , le singulier est sans doute pris au sens collectif, « la réunion des Sattas du « solitaire. ».
Une très-légère correction rend intelligible le terme suivant, et en fait un des plus intéressants de cette série. Sur la copie du capitaine Burt, il est écrit upatisapasiiia, où l'on reconnaîtra immédiatement Upatisa, le surnom que Çâriputtra tenait de son père Tissa:^ ce qui nous donne le nom de l'un des premiers et des plus influents disciples de Çâkyamuni, auteur d'un ouvrage qui est resté dans l'école sous le titre de Dharma skandha^. C'est déjà beaucoup que nous trouvions dans notre inscription un nom propre de cette importance, et la prétention d'y découvrir l'ouvrage même qu'on lui attribue serait certainement exagérée. D'ailleurs, l'expression dont se sertie roi Açôka est très-probablement collective et destinée à indiquer en général les travaux philosophiques de Çâriputtra. Il est bon en effet de remarquer que le mot pasina, que je crois altéré, rappelle par son étymologie paçya, «la vue, » ou la science que donne la spéculation la plus élevée. Je pense que pasina devait se lire ou passinâ ou passanâ; car il n'est pas impossible que la syllabe ssa se confonde avec si. Cependant si l'on préfère lire pasina, ce mot sera la transformation mâgadhie d'un primitif paçjma, qui n'est actuellement pas sanscrit, mais dont la formation hypothétique trouve son analogue dans le nom propre du Buddha Vipaçyin. J'ai d'ailleurs essayé plus haut de revendiquer l'existence d'un substantif pafjana, qu'on peut à la rigueur retrouver dans notre Lotus'^.
Après le nom à' Upatissa, jen trouve un nouveau, celui du fils du Buddha, sous la forme à la fois ancienne et populaire de Lâghnla, pour Râhula : \â long de la première syllabe est douteux d'après la copie M. Burt ; mais en supposant même que le monument donne laghida, la traduction que fournirait le composé laghulovâdê, «l'enseignement « léger ou facile » n'irait pas si bien à l'ensemble de notre texte que celle que donne lâghnla, pris comme nom du fils de Çâkyamuni. On remarquera dans l'orthographe de ce nom propre l'emploi du gh. au lieu du h. qui est plus vulgaire. C'est un archaïsme dont on trouve de fréquents exemples dans la langue des Vêdas, et il semble même que cet archaïsme ait été usité dès les premiers temps du Buddhisme; car sans cette supposi-
' Introd. à l'hist. du Baddh. indien, t, I, p-. 448; probable que le Dharma skandha des Népalais est
voyez encore Stan. Julien, Concordance sinico-sans- analogue, sinon identique, au Çâriputtra abhidkar-
crite d'un nombre considérable d'ouvrayes buddkiqaes, maçâslra, ou au Triskandhaka des Chinois, dans Journ. asiat. IV' série, t. XIV, p. 384- H est * Ci-dessus, chap. v, f. 77 a, p. 38i.
go-
tion , on ne pourrait pas facilement s'expliquer comment les Buddhistes auraient interprété le nom propre llàhiila par celui de Raghu, le démon des éclipses, ainsi que je l'ai indiqué plus haut'. Cette orthographe s'est même perpétuée jusqu'à des- temps assez modernes, puisqu'on la retrouve dans une des premières inscriptions indiennes qui aient été découvertes et expliquées par l'un des fondateurs de la Société asiatique de Calcutta , M. John Shore. Cette inscription, déterrée près d'Islamabad, est du ix* siècle de notre ère, et le nom du fils de Çâkyamuni y est écrit Raghu'-.
Maintenant, si Ldghala est réellement ici le ilom du Religieux qui passe pour le lils du Biiddha, nous n'aurons plus qu'à fixer le sens du mot ôvâdé qui le suit dans le composé lâghulôvâdé. Il n'est pas douteux que cç mot ne représente le pâli ovâdô et le sanscrit avavada, n instruction , enseignement^. » Le composé -signifiera donc «l'instruction, l'enx seignement de Làghula. » Mais que faut-il entendre positivement par là.»* S'agit-il de l'enseignement donné ou de l'enseignement reçu par Lâghula, et, pour nous servir du nom »vulgaire, Râhula.-* J'avoue que j'ai cru quelque temps que ce terme désignait l'enseignement donné par Râhula, et ce qui me confirmait dans cette opinion, c'est que la suite de notre inscription va parler de doctrines mensongères qu'on doit blâmer. Cette interprétation avait cela d'intéressant qu'elle s'accordait avec la tradition buddhique, d'après laquelle Râhula passe pour avoir fondé , après la mort de son père , une école qui se partagea plus tard en un certain nombre de sous-divisions considérées comme plus ou moins schismatiques'^. Mais la lecture du Mahâvafïisa , que je viens de faire de nouveau, ne favorise pas cette interprétation; elle confirme an contraire la seconde de la manière la plus positive. J'y trouve, en effet, au milieu de plusieurs titres de Suttas ou de discours attribués à Çàkya , un article ainsi conçu , Râhalovâda, et que Turnour entend de cette manière ; " Le'discours d'avertissement {monitory discourse) adressé à Râhula parle Buddha, àlCapi- « lavaslu, quand Râhula fut entré dans l'ordre des Religieux^. » Je ne vois pas de raison de supposer que le mot Lâghulôvâdé de notre inscription y désigne autre chose que le Râhulôvûdd du Mahâvamsa, et je pense qu'il indique également l'enseignement donné par le Buddha au Religieux Râhula.
Les deux mots qui suivent, inusâvâdani cdhôgitchya me paraissent se l'attacher au terme que je viens d'expliquer; c'est du moins ce qui résulte pour moi des analyses suivantes. H est certain que musdvâdam signifie « la discussion de mensonge, ou l'hérésie menteuse, « ou la fausse doctrine. » Or ce sens une fois déterminé, il décide de celui du mot sui-. vaut, udhàgitchja, qui, je l'avoue, reste tiès-difFicile à expliquer. Sur la copie de M. Burt, le trait qui constitue la seconde partie de la voyelle d dans la syllabe que je lis dhô, se relève d'une manière anormale et à la façon d'un i.Cela m'inspire des doutes sur l'exactitude complète de la lecture, et je désirerais qu'un nouvel examen du monument nous pût mettre à même de ■. érifier s'il ne faudrait pas lire, soit ^-j^ adjhô, pour le pâli adjdjhô,
' Ci-dessus, c'iap. ix, f. i ig 6, p. 397. * Ci-dessus, chap. n, st. 6/i, p. 357.
- Trundal. oj an inscrliit. in tlic Maijha laacjua^e, ^ Mahâwanso , t. I, ch. xxx, p. 181, i. 2. Mon
dans i45(a^ Bcsearch.t. II, p. 385, <îd. Calcutta. exemplaire de la glose du Mahâvamsa par Maliii-
' Ci-dessus, chap. 1, f. /i «, p. 3o'i et suiv. nâma, ne donne rien sur ce passage.
ce qui répondrait aux deux prépositions sanscrites adhy-h- ava, soit }f-"^ ùdjà, pour àdju, ce qui déciderait de la valeur des deux syllabes suivantes, ^/iVcAj-a, où if faudrait voir uiie forme altérée du verbe gap, « blâmer, rejeter, » au participe en y a. L'incertitude où nous sommes sur le commencMnent du mot est plus nuisible à la clarté que les difficullés qui naissent de la fin de ce terme. En effet, en supposant qu'il se termine par X tchhya, et non par J tchya, nous aurions ici le prâcriiisme de tchha, pour le sanscrit ps', c'est-àdire la fin du radical gup ou gups, à la forme désidérative. Ce pràcritisme se remarque fréquemment en pâli, où Ton change en atchtchharâ le sanscrit apsaras, et où l'on transforme de la même manière le groupe psya, par exemple, dans hUcktchhâmi , pour lapsyânii'^. Il est bien vrai que yi est incorrect et qu'il faudrait gii; mais il y a en pâli des exei^ipies analogues de la substitution d'un t à un a primitif, surtout quand la voyelle radicale a pu paraître dans une syllabe précédente. Si l'on trouve en singhalais djigupsd. « blâme, » mot qui serait en pâli djiguiclitchhâ, n'est-il pas permis de supposer la possibilité d'une substitution comme djôgiichkâ. quand on voit surtout des déplacements aussi considérables que ceux àepayirapâsatu, pour pariyupâsatu , « qu'il témoigne du respect-', ■■ de payirupâsantî, pour panyupâsanti, dans cette stance :
Dasasu lôkadhâtasu sannipatitvâna dêvatâ payirupdsanti sambuddham vasantam nagamuddhani,
<• Dans les dix univers, les. Divinités s'étarit réunies, honorent le Buddha parfait qui haî bite sur le sommet de la montagne*, » et enfin de kayiramâné , pour kariyamdné, « au « montent où il est fait^ «déplacements qui sont réguliers ou au moins pernîis, car Clough en constate l'existence dans sa Grammaire pâlie''?
Quoiqu'il en puisse être, je suppose que ce mot difficile doit signifier • ayant blâmé, « ayant rejeté , » et il ne reste plus qu'un doute sur la manière dont on doit placer celte expression incidente, « en rejetant l'hérésie de mensonge, « par rapport aux parties précédentes de l'énuméralion. Le roi veut-il dire que, parmi les sujets qu'embrasse la Loi, il faut comprendce l'enseignement donné à Râhula, en en rejetant les hérésies men. teuses qui s'y sont mêlées, ou bien, airêtant l'énumération au mot évâ, pour éva, qui suit et limite « la spéculation d'Upatissa, » entendit-il annoncer que les sujets précédents sont les seuls {éva) qu'embrasse la Loi, et que si l'on en exclut l'instruction deRâhula, qui est une hérésie de mensonge ou une secte menteuse , ces sujets sont la parole même du bien, heureux Buddha? Certainement, la présence du mot ëva donne quelque vraisemblance à la seconde interprétation. Je remarquerai cependant que le terme qui désigne ici l'instruction de Ràhula est au nominatif comme ceux qui dénomment les parties orthodoxes de la doctrine, tandis que nmsâvâdafn est à l'accusatif; ces deux termes ne peuvent donc être en rapport l'un avec l'autre. Aussi pensé-je que la conjonction éva limite et clôt l'é-
' Lassen, Inslil. ling. praciit. p. 2G6. * Mahânibbâna sutia, dans Digh. nik. f. 90 a.
' Mahâwanso ,X. \. ch. xx, p. 122, 1. ji. * Djinaalamkâra,[. t25 a.
■' Digha nikâyaj f. i 3 a, plusieurs ibis. ° Clougb, PnU gramwar, p. i lo.
numération des ouvrages qui sont réputés entièrement orthodoxes , et que le Lâghulôvâdé est placé à ia suite de ces ouvrages , sous cette réserve expresse qu'on fera disparaître ce qu'il renferme de faux. Ce que j'ai dit tout à l'heure du Rdhiilôvâda du Mahâvamsa confirme de tout point cette interprétation. Ce titre ne peut s'appliquer qu'à une partie des écritures tenues pour orthodoxes ; mais il avait pu s'y mêler quelques fausses doctrines par ie fait seul de Râhula, dépositaire probable de cette partie des textes sacrés. Ce sont ces doctrines que le roi Piyadasi demande qu'on exclue d'un traité qui doit à son origine d'être conservé dans le canon des écritures authentiques. Si cette explication est fondée, comme je ie suppose, elle nous apprend dans quel livre s'introduisirent les opinions hétérodoxes qui se rattachent au nom de Râhula.
Le quatrième des termes que j'ai promis d'examiner dans ce paragraphe, le mot saddharma, par lequel les textes du Népal comme ceux de Ceylan désignent la loi du Buddha, me sera encore fourni par la même inscription, celle de Bhabra, à laquelle je viens de faire un emprunt considérable. A la suite du passage où ie roi Piyadasi invite l'Assemblée des Religieux du Magadha à s'en tenir à la doctrine même enseignée par le Buddha, il ajoute ces paroles : Rêvarh sadhammé tchilasatîtikê hôsatiti, « c'est ainsi que la bonne loi sera de longue durée ^. » Le sens de sadhammé, forme mâgadhie pour le pâli saddhammô, n'est pas douteux; c'est bien ie saddharma, mot qui sert de titre à l'ouvrage même que je commente en ce moment. La lecture de V adjectif tchilasatîtikê , qui se rapporte à sadhafnmé, n'est pas aussi sûre : le ^^ sa est indiqué seulement par des points. Cela veut dire que le copiste a reconnu sur ia pierre quelques traces annonçant cette lettre, ou bien qu'on a cru devoir remplir ainsi un vide qui séparait -^^ la de ^ tî. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'on pourrait avoir ici ou tcliûasihitikê ou tchilaihitiké , conime dans l'inscription circulaire de ia colonne dite de Firouz, où la dernière phrase, est ainsi conçue : êna ésa tchilathitika siyâ, « par là, elle sera de longue durée, » ou « par quoi elle sera de longue durée, » c'est-à-dire que par ia promulgation de cette inscription sur cette colonne même, la durée de ia loi est assurée ^. 11 est évident que l'orthographe de ia colonne de Firouz est régulière et tout à fait conforme au génie des dialectes prâcrits ; elle se rapproche d'ailleurs sensiblement du pâli tchiratlhitika. Cependant celle de ichilasthitika serait également admissible , puisque , dans les inscriptions mêmes de Piyadasi , on trouve quelquefois asti comme en sanscrit, au lieu du pâli atihi, "il est.» Il n'y a plus que la séparation du groupe sthi en sati, avec perte de l'aspiration primitive, qui paraisse sinon impossible, du moins anomale et peu commune.
L'explication que je viens de donner du mot sadhammé me conduit à parler d'un emploi analogue du mot dhamma, qui, placé seul et sans autre qualification, désigne certainement ia loi du Buddha. C'est encore l'inscription de Bhabra qui me fournira un exemple parfaitement concluant de cet emploi tout à fait caractéristique de dhamma. Immédiatement après la formule de salutation que le roi Piyadasi adresse à l'Assemblée,
' J. S. Burt, Inscripl. found near Bhabra, three - Prinsep, Interpret. of tke mosi ancient of the
marches from Jejpore on the road to Delhi, dans Journ. Inscript. etc. dans, Journ. asiat. Soc. oJBengal, t. VI, 05. Soc. of Bengal, t. IX, 2' part. p. 6i8. * 2' part. p. 6oi.
il commence ainsi son discours : viditêvâ bhamiê âvatakê hâ ma budhasi dhammusi saihghusiti galavêmicham paiadêtcka, « Il est bien connu , seigneurs , jusqu'où vont et notre respect « et notre foi pour le Buddha, pour la Loi, pour l'Assemblée. » Ici on ne peut méconnaître la véritable valeur du mot dhamma; il n'est plus permis de croire que le dhafhma soit une dénomination vague de la morale en général , sans désignation spéciale d'école ou de religion. En compagnie des mots Buddha et Safhgha, «Buddha et l'Assemblée, dhamma ne peut être autre chose que la loi du Buddha , et celle circonstance fait tomber la plus forte des objections que M. Wilson a élevées contre l'opinion de ceux qui, comme Prinsep et Lassen» attribuent lés inscriptions de Piyadasi à un monarque Buddhiste. Nous retrouvons encore ici le nom de Buddha dont nous avons signalé l'existence au commencement du paragraphe qui nous occupe, et ce qu'il offre en cet endroit de remarquable, cest qu'il paraît rapproché du dhafhma examiné tout à l'heure et de la dénomination de samgha, sur laquelle je me suis déjà expliqué au conmiencement du n" I de cet Appendice^, et en analysant le premier édit séparé de Dhauîi^. Ces trois mots Buddha, Dhamma et Samgha, constituent par leur réunion la fameuse formule dite des trois joyaux ou « le Buddha, la Loi et l'Assemblée, » et il est sans contredit fort intéressant de la voir ofiiciellement inscrite sur un édit du roi Buddhiste Piyada^si.
Le texte qui vient de me fournir ces termes capitaux me donne encore le moyen d'établir d'une manière positive la valeur d'un mot dérivé de guni « grave , » que j'ai signalée déjà en parlant àe guruha^. Les Pandits de Calcutta, qui ont eu à transcrire ce texte, ont bien reconnu ce terme dans un passage important de notre inscription , mais ils n'ont pas su proûter de cette bonne lecture pour améliorer leur traduction. Je veux parler du mot galavêmicham , on je n'hésite pas à reconnaître le sanscrit gâuravamtcha. Avec quelque soin qu'ait été exécutée la copie prise sur le bloc original , il est permis de supposer qu'une nouvelle révision du monument justifierait des corrections qui semblent nécessaires, ou autrement il faudrait admettre que le graveur indien s'est souvent trompé. Ainsi Yanasvâra final a été ajouté à tort à tcham, qu'il faut lire icha. On lira de même galavam au lieu de galavém, à moins de vouloir admettre une forme de neutre en ém l'épondant aux masculins en ê, forme que je ne vois pas justifiée par d'autres exemples, et que certainenient n'admettrait pas Lassen ''. Ajoutons qu'il doit manquer une voyelle au commencement du mot, soit un a, pour produire le thème gâlava, soit un ô, pour donner g ôlav a, en place du sanscrit gâurava.
Parmi les autres mots intéressants de notre texte, on remarquera âvatakê, qui serait en pâli ydvatakô : j'ai déjà signalé plus haut la suppression d'un y qui est fréquente dans le dialecte mâgadhî du. m* siècle avant notre ère. Le mot suivant présente plus de difficulté. On' voit sur le fac-similé hâmâ; mais je dois remarquer que rallongement de la première voyelle est une conjecture indiquée à l'aide de points, par les éditeurs de Calcutta. La première explication qui se présente est que hâmâ est pour ihâ me , ou seulement iha mê, « ici de moi, » la voyelle initiale de iha étant confondue- avec la fin du mot précé-
* Ci-dessus, p. 435 et 436. " Ci-dessus, chap. i, f. ik b, p. 335.
- Ci-dessus, Appendice, n° X, S 3, p. 682. *" Insdt. lin(j. pracrit. p. 3o8, à. ia note.
dent âvatakê, et la voyelle â, figurée par les éditeurs de Calcutta, fombant non sur h, mais sur ma, qu'il faudrait lire mé. Mais il s'élève contre cette analyse une objection de quelque gravité; c'est que, dans le dialecte de nos inscriptions, l'adverbe sanscrit iha, «ici» est presque constamment écrit ida. Si cette objection parait décisive, il faudra peut-être chercher dans hâmâ, ou hamâ , quelque chose comme le génitif pluriel du pronom de la première personne, lequel est en mâghadhî, amha, et en pâli, amftd/ta7n.< Toutefois., pour concilier l'état du fac-simiîe avec l'interprétation que je propose, non sans quelque défiance, il faudrait lire ahamâ, forme jusqu'ici non justifiée par d'autres exemples, et dont la voyelle initiale aurait été supprimée dans sa rencontre avec i'é' final dû mot âvataké. La conservation du h avant le m, laquelle fait ici difficulté, parce qu'elle est contraire à l'esprit de tous les dialectes prâcrits, s'expliquerait peut-être par la résolution du groupe smâ en hamâ, qui aurait eu lieu directement sur le primitif sanscrit.
Je trouve encore dans cette même inscription de Bhabra le moyen de remplir une promesse que j'ai faite plus haut, quand j'ai examiné, d'après les textes sanscrits et pâlis, la formule de compliment dont il était d'usage de se servir, lorsqu'on s'adressait à un Religieux^ Elle paraît au début même de notre inscription, dont elle forme le préambule; je la transcris ici d'après le fac-similé de M. Kittoe : Piyadàsê lâdjâ magadhé safhgharh abhivddémânam âJiâ apâbâdkatamtcha phâsuvihâlataihicha , «Le roi Piyadasa à l'Assemblée « du Magadha qu'il fait saluer, a souhaité et peu de peines et une existence agréable ^. » Il y a loin de là sans doute à la version des Pandits de Calcutta, « le sacrifice des animaux « est défendu ; » mais il faut si peu modifier le texte de l'inscription pour le mettre en rapport avec la plus simple des formules de salutation, citées dans la note à laquelle je renvoyais tout à l'heure, et la signification de celte formule est si peu contestable, que je ne doute pas de l'interprétation que je propose pour le début de notre inscription. Sur la copie lithographiée de M. Kittoe, on lit distinctement magadhê, «dans le Magadha; » mais après la syllabe dhè , il paraît un anusvdra, en partie effacé, qui donnerait à croire qu'on a songé à une autre leçon, celle de magadham, laquelle serait plus coi'rectement écrite mâgadham. Ce terme serait dans ce dernier cas un adjectif en rapport axe&safhghafh , « l'As- « semblée magadhienne. » J'avoue que je préférerais cette leçon , parce que je ne suis pas sûr que , dans le dialecte de notre inscription , la voyelle ë désigne le plus souvent le locatif; ce cas a pour désinence ordinaire 5i ou msi. Quant au mot qui vient ensuite, abhivâdémânam, il est bien positivement en rapport avec samgham. Rapportée au type sanscrit d'où elle dérive, cette forme nous donnerait ahhivâdayamânam , c'est-à-dire le participe présent du causatif moyen du radical dbhi-vdd, « saluer» » La relation qui existe entre ce participe et safhgham prouve qu'il faut l'employer au sens passif, car autrement on aurait abhivâdémânô en rapport avec le roi qui parle; mais le passif a en général laissé assez peu de traces dans les -dialectes dérivés du sanscrit de cette époque : je n'hésite donc pas à traduire abhivâdémànani par «au moment où on la fait saluer, » c'est-à-dire, puisque c'est Piyadasi qui parle à la troisième personne, « au moment où il la fait saluer. » Ces mots
' Ci-dessus; ch. xxm, f. 22/1 a, p. 4;5 et siiiv. — - J. S. Burt, fiiscript. found near Bhabra, dans Journ. as. Soc. of Bengal, t. IX, 2' part. p. 618.
sont gouvernés par le verbe âhâ, de cette manière : ■< Le roi Piyadasi a dit à l'Assemblée « du Magadha, au moment où il la fait saluer. » Ce qu'il u dit est exprimé par les deux mots apâbâdhatafhtcka'pkâsuvihâlatafktcha, lesquels sont soumis, comme second complément, au verbe àhâ. De ces deux termes, le premier, apâbâdhatam, est exactement l'accusatif féminin singulier pâli qppâhâdkatam, avec le suffixe d'un substantif abstrait, comme dans la formule des Buddbistes du Nord, alpâvâdliatâm. De même, phâsaviknlataih, où je suppose £ vi au lieu de £ va du fac-similé, est non moins exactement encore le pâli phâsuviliâratam, sauf le changement du /• en l, qui est propre à l'ancien dialecte mâgadhî. Le sens de chacun de ces termes est d'ailleurs justifié, soit par des autorités directes, soit par l'étymologie. Ainsi phàsu est, suivant VÂbhidhdna ppndipikd , un substantif signifiant « aise , bonheur, » de sorte que phâsavihâlatâ signifie littéralement « l'état de «se trouver à l'aise, dans le bonheur^;" et de même, apa , où je retrouve le sanscrit alpa, en passant par le pâli appa^ signifie peu, d'après le même vocabulaire^. J'en fais positivement la remarque , parce que ce terme peut être la cause de quelque ambiguïté. En effet, comme appa peut aussi bien s'employer pour a-pra et â-pra que pour al-pa, on comprend de suite combien le sens doit être diversement modifié par ces diverses transformations.
Je crois trouver une juste application de cette remarque dans l'avant dernière phrase du troisième des édits de Piyadasi à Girnar, où des hommes aussi habiles que Wilson et Lassen sont en désaccord sur la valeur de deux mots commençant par apa. Après avoir déclaré que l'aumône faite aux Brahmanes et aux Sa^nanas est une bonne cliose , le roi ajoute : pânânam sâdhu anârarhbhô apavyayatâ apabliifhdatâ sâdha. Il n'y a aucune difficulté sur la lecture de ces deux courtes phrases ; Westergaard et le capitaine Jacob s'accordent avec J. Prinsep pour les transcrire exactement de même ^. Tout le monde convient de traduire de la même manière la première proposition , pânânam sâdhu anârambhô , « C'est une bonne chose que l'absence de iheurtre des animaux; » mais le dissentiment commence avec la phrase suivante. Selon Prinsep , elle signifie : « la prodigalité et la • médisance malicieuse ne sont pas de bonnes choses , » et selon Wilson : « l'abstention « de la médisance et de la prodigalité sont bonnes '^ » Pour arriver à ce sens, Prinsep, qui rendait apavyayatâ par « prodigalité » et apahhimdatâ par « médisance , » a été obligé d'ajouter une négation à l'attribut, et conséquemment il a lu asâdhu. « n'est pas bon, » au lieu de sâdhu, «est bon. » Lassen a donné son approbation à cette cori'cction, en se fondant sur ce que le mot précédent est terminé par ta, et qu'ainsi sans doute l'a initial de asâdhu a pu se perdre dans l'a final de apabhifhdatd^. 11 n'y a certainement rien d'impossible dans ce fait ; nous touchons cependant ici à un point sur lequel nous n'avons pas efhcore assez de lecture pour être parfaitement affirmatifs. Si le texte eût entendu employer asâdhu au lieu de sâdhu, n'est-il pas permis de supposer qu'il eût placé l'ad-
Abhidh. ppadiji. \. I, cb. i, sect. /i, st. 6. '• Wiison, On ihe Rock inscript, oj Kapur-di-giri ,
Ibid. 1. Ifl, ch. I, st. 1^. Dhauli and Girnar, dons Journ. roy. as. Soc. ofGreat-
J. Vrinsiip,Onlhe Ediclsof Piyadasi, dans Journ. Britain,l. XII, p. i-jS. astat. Soc. oJ'Bengal, t. VII, p. 228, 287 et 25o. " Indischc Alterlimmskundc , t. II, p. 229.
jectif en lête de la proposition, pour éviter la confusion possible de asâdhu avec sâdha? M. Wilson avait avant moi critiqué la correction de Prinsep, et il proposait de prendre apavyayatâ et apabhimdatâ au sens négatif, de cette manière : « l'absence d^extravagance « et l'absence de médisance ; » il y voyait l'avantage de ne rien déranger au parallélisme des courtes propositions de l'inscription dans chacune desquelles sâdhu revient régulièrement. Cette remarque ^.sans contredit sa valeur; cependant je' ne me fais pas une idée bien nette de la -formation de mots comme a-pa-vyayatâ et a-pa-hhifhdatâ, où pa doit éti'e le remplaçant de pra. Tout en continuant à lire avec le texte' sâdha au lieu dH asâdhu, je crois sortir plus vite d'embarras en divisant ainsi ces mots : apa-vyaydtâ et apa-bhamdatâ , comme le propose Lassen., au lieu de hhimdaiâ. Je retrouve alors dans apa le pâli appa et le sanscrit alpa, ce qui produit la traduction suivante : « le peu de dépense, le peu de «bouffonnerie,» c'est-à-dire l'écononiie et la mesure dans les plaisirs qu'on recherche auprès des bouffons et des mimes. Je propose donc de traduire le passage entier : « L'abs- « tention du meurtre des animaux est bonne; la modération dans la dépense et dans les « spectacles de bouffons est bonne. »
Citons encore un autre exemple de cet emploi de apa pour appa; il se trouve dans la partie du neuvième édit de Girnar qui suit immédiatement celle que j'ai expliquée plus haut dans le paragi-aphe i de cette étude. Après avoir rappelé que l'homme riche célèbre des fêtes de diverses espèces, le roi, qui ne condamne pas absolument ces fêtes, ajoute: kafavyam éva tu mamga.lam apaphalam iukkô êtârisafn niafhgalam ayafh tu mahâphalê mamgale ya dhafhmamafhgalé . «Il faut toutefois célébrer des fêtes; de telles fêtes cependant «produisent peu de résultats; mais celle qui en produit de grands, c'est la fête de la « loi -. » Il me paraît évident que le mot apaphalam est opposé à mahâphalê, et qu'en conséquence, il y faut voir alpa-phalam, et non pas phalani précédé de la préposition diminufive dpa.
Dans la longue note que j'ai consacrée au mot avavâda, et en pâli ôvâda, sur le commencement du chapitre I" du Lofas 2, j'ai dit que ce terme se trouvait dans un des édits de Piyadasi. Nous l'avons rencontré, en effet, un peu plus haut, dans ce paragra^ ae même, où je l'ai cité d'après l'inscription- de Bhabi-a; c'est le composé lâghulôvâdé qui me l'a fourni. Ce n'est cependant pas à ce terme que je faisais allusion, car la position où il se trouve ne permet pas qu'on en fasse un t^sage direct peur éclaircir d'autres parties de nos inscriptions. Je pensais en particulier à un passage du neuvième édit de Girnar, où Piyadasi oppose aux plaisirs du monde ceux que l'on trouve dans la pratique du Dhafhma ou de la loi morale qu'il veut recommander. Après avoir établi qu'il n'y a pas d'aumônes , qu'il n'y a pas de faveurs égales à l'aumône et à la faveur de la loi, Piyadasi continue en ces termes : tatakhô mitênava suhadayêna natihénava sahâyênava ôvâditavyam iamhi tamhi pakaranê idam katcham idafh sâdhu iti, selon J. Prinsep : « which ought verily to be upheld alike by the friend, by the goodhearted, by kinsman and neighbour, in the
* Prinsep, On the Edxcts of Piyadasi, etc. dans Dkauli and Girnar, dans Joum. roj. asiat. Soc. of
.Joum. asiat. Soc. of Bengal, t. VII, p^aSg et 267; Great-Britain; t. XII, p. 2o3 et 206.
Wilson, On the Rock inscript, of Kapar-di-ciri, ' Ci-dessus, ch. i, f. 4 a, p. 3o/i etsuiv.
entire fulfilment of pleasing duties. This is whal is to be done : this is what is good^ » et selon Wilson : «That (benevolence) is chaîî (whicli is coatracted) with a fripnd, a conipanion, a kinsman, or an associate, and is to be reprehended. In such and such manner this is to be done; this is good^. » Voici en peu de mots comment M. Wiison critique la version de Prinsep et justifie la sienne. Après avoir établi que suhadayéna est pour le sanscrit suhrïdayéna (qui cependant est synonyme de mita, « ami », analogie qui n'avait pas échappé à Prinsep] , M. Wilson remarque que la copie revue de l'inscription de Girnar lit ôvâditavyam, c'est-à-dire en sanscrit apavdditavjam , «devant être évité, «blâmé,» et non, comme le voulait Prinsep. « devant être observé;» que tuhhô, dont Prinsep, dit-il, ne tient pas compte, répond k tacha. « de la paille, » pour dire quelque chose de vain, de nulle valeur; qu'enfin Prinsep n'a pas suffisamment fait attention à la syllabe ta (et non ta] pour tat, qui se rapporte aux l'éjouissances temporelles dont il a été parlé plus haut 3.
Cela posé, je vais dire comment je crois être arrivé à une interprétation plus exacte, en m'en tenant à la valeur qu'il faut nécessairement donner au verbe wâditavyaih, une fois qu'on a reconnu le rapport évident de ce verbe avec le mot ôvâda. rappelé tout à l'heure d'après l'inscription de Bhabra. Le premier mot talakhô se décompose en ta-tukhô, pour tam tu khô en pâli, » or cela certes; » la dernière syllabe khô est, comme je l'ai dit, le pâli khô, qui répond au sanscrit A7i«?K; ce dernier mot n'est pas moins fréquent dans le stile des livres du Nord que khô dans celui des livi-es de Ceylan, et il se place de même constamment après un des premiers mots de la phrase. Cette explication, ce me semble, réduit à néant fidentité. proposée entre takkô et le sanscrit tacha, n paille; a je crois que tacha devrait, dans un dialecte populaire comme celui qui nous occupe, se changer en tusa ou iutchka. On ne peut pas dire non plus que Prinsep ait omis ce monosyllabe khô, car il l'a fort exactement traduit par verily.
Voici maintenant comment je comprends le rapport de la présente proposition avec la phrase précédente. Le roi a dit qu'il n'y avait pas de présent égal à celui qu'on fait quand on donne la loi à quelqu'un; «or cela certainement, continue-t-ii , doit être en- « seigné par un ami, « pour dire : « or, certainement, c'est le devoir d'un ami, etc. de n donner l'instruction, etc. » On voit que tout roule sur le sens qu'il faut assigner à ôvâditavyam, pour le sanscrit avavâditavyam , littéralement, « il est devant être enseigné orale- " ment, » et, avec le ta (pour tafk) qui commence la phrase, « cela doit être enseigné ora- «lement, » ou «celte instruction orale doit être donnée. » La phrase signifie donc dans son ensemble : «or, c'est évidemment le devoir d'un ami, d'un parent affectueux, d'un «camarade, de donner l'instruction [aux autres], en disant, dans telle et telle circons- « tance : Voici ce qui est à faire, voici ce qui est bien. » Une fois ôvâditavyam rattaché à ôimda, le reste s'entend de soi-même : suhadayéna ne fait pas -tautologie avec miténa; car, si je ne me trompe, il se rapporte en manière d'épithète à ùadkéna, el ce qui le prouve.
' J. Prinsep, On ihe Edicls ofPijradusi, dans Journ. Dhuuli and Girnar, dans Jium. roy. as. Soc. of Greui
as. Soc. of Bengali t. VII, p. 257. Britain, t. Xlf. p. 2gK.
- Vl'ihon, On the Roch inscript, of Kapiirdi-giri, ' Wilson iluL ç 207.
c'est qu'il n'en est pas séparé par va (pour êva), ni dans la copie de Prinsep ni dans ceiie de Westergaard. Et d'ailleurs, quand même suhadayêna devrait être pris à part et comme un substantif, il n'y aurait pas là plus de répétition qu'il n'y en a dans le commencement de ce vers de la Bhagavad gîtâ : suhrîn mitrâry udâsina, qui nous prouve que les Indiens ont .aimé à rapprocher l'un de l'autre les deux mots sahrïd et mitra^. Je n'ai pas besoin de faire remarquer qu'il faut lire sahâyênava, au lieu de sàhâyanava que donnent toutes les copies de l'inscription. Les termes qui suivent n'ofifrent péis de difficulté réelle : tamhi tamhi pakaranê, etc. ne forment pas une phrase détachée de la recommandation que fait le roi d'enseigner un ami; ils en font partie, au contraire, et expriment comment le roi entend que, dans tel et tel cas, c'est-à-dire quand telle ou telle circonstance se présente , un ami doit avertir son ami d'agir de telle et telle manière. Cette sorte d'enseignement mutuel de la morale , qui est répété deux fois dans l'édit précité de Girnar, fait également l'objet du onzième '^.
Les passages que je viens d'extraire successivement de l'inscription de Bhabra sont assez nombreux pour qu'il soit actuellement possible de présenter cette inscription dans son ensemble , et d'en tenter l'explication suivie. Je vais donc la transcrire d'iaprès la lithographie de M. Kittoe , en la faisant suivre de la version des Pandits de Calcutta et de celle que je propose de mon côté; il va sans dire que je ne ferai d'observations que sur les passages qui n'auront pas pris place dans les analyses précédentes.
1 Piyadasê lâdjâ magadhé samyhafh aohivâdêmânarh âhâ apdbâdhatamtcha phdsuvihâlatamtcha 1 2 viditêvâ bharhté âvataké hâ md badhasi dhafïimasi sarhghàsiii galavêfhichâfh pasadêtcha é kêtchi bhafnté ] 3 hhagavatâ hudhêna hhâsitê save se suhhâsitêvâ étchukhô hhafntê pamiyayé disiyâ hévam sadhammé | ^ tchilasatitiké hôsaiiti alahâmi hakâfh tâva tavâ imàni bhaihté dammapaydyani vinayasamakasê | 5 aliyavasâni nnâgatàbhayâni munigâthâ môneyasâté upalisapasina êvâ lâglmlô j 6 vâdê musâvâdarh adhôgitckya hhagavatâ hudhêna hhâsitê êiâni bhamtê dhammapaliyâyâni itchhâmi [ 7 kitibihukê hhikhapâyêtchâ hhikhâniyêtchâ ahhikhinam sanayuichâ upadhâlêyayâ va [ 8 hêvam hévâ apâsakâtchâ upâsikâtchâ êtêni hhaihiê imam likhâpayâmi ahhimati me tchd umtiii.
Voici la version des Pandits de Calcutta : «Piyadasa^, le roi, à la multitude assemblée dans leMagadha, en la saluant, parle (ainsi). Que le sacrifice des animaux est défendu, cela est bien connu de vous : épargnez-les; car pour ceux qui sont de la foi Buddhique, un tel sacriiice n'est pas pur (a dit le roi). L'offrande de l'Opassad est la meilleure de toutes. Il y en a quelques-uns qui tuent; — ce que le suprême Buddha dit à la fin (de ses commandements) a été bien dit; ceux qui agissent ainsi suivent la droite voie; ils resteront sains dans leur foi pour un long temps à venir. 11 y en a qui font des offrandes sanglantes, (mais) de ceux-là il y en a. peu; ceci (la foi biiddhique) est juste et convenable; je protège ceux-ci (ceux de la foi), (et de même) ceux qui vivent en compagnie des houmies justes et non avides. Les écritures des Munis (lés Vêdas) sont observées par
' B/ia(/ara(/(/ftd, chap. VI, st. g; éd. Lassen. ^ La pierre porte en effet Pijadoiê au nominatif ;
- Journ. as. Soc. oj Gieat-BriUiinj t. XII, p. 212. ce n'est qu'une autre forme de Piyàdasi.
leurs disciples; l'avenir est pour eux à redouter. Les textes des Vêdas dans lesquels est enjoint le sacrifice (des animaux) sont misérables et faux; (n'y obéissez pas); suivez ce que le seigneur Buddha a commandé. Agissez ainsi, (pratiquez) pour la glorification delà loi (Dharma). Ce que je désire, c'est que vous tous, prêtres et prêtresses, hommes et femmes en religion , oui, que chacun de vous, entendant toujours cette déclaration, la porte dans son cœur. C'est là mon plaisir; c'est ce que j'ai fait écrire, oui, je l'ai voulu ainsi. »
A cette interprétation, je propose de substituer la suivante, qui résulte certainement d'une explication plus littérale du texte , quelles que soient les difficultés qui peuvent encore subsister sur un petit nombre de points : les. mots que j'ai ajoutés entre crochets sont destinés à mieux faire comprendre la suite du discours.
« Le roi Piyadasa , à l'Assemblée du Magadba qu'il fait saluer; a souhaité et peu de peines et une existence agréable. Il est bien connu, seigneurs, jusqu'où vont et mon respect et ma foi pour 'le Buddha, pour la Loi, pour l'Assemblée. Tout ce qui, seigneurs, a été dit par le bienheureux Buddha, tout cela seulement est bien dit. Il faut donc montrer, seigneurs, quelles [en] sont les autorités; de cette manière, la bonne loi sera de longue durée : voilà ce que moi je crois nécessaire. En attendant , voici , seigneurs , les sujets qu'embrasse la loi : les bornes marquées par le Vinaya (ou la discipline), les facultés surnaturelles des Ariy^s, les dangers de l'avenir, les stances du solitaire, le Sûta {le Sûtra) du solitaire, la spéculation d'Upatisa (Çâriputtra) seulement, l'instruction de Lâghula (Râhula) , en rejetant les doctrines fausses : [voilà] ce qui a été -dit par le bienheureux Buddha. Ces sujets qu'embrasse la loi, seigneurs, je désire, et c'est la gloire à laquelle je tiens le plus, que les Religieux et les Religieuses les écoutent et les méditent constamment, auissi bien que les fidèles des deux sexes. C'est pour cela, seigneurs, que je [vous] fais écrirececi; telle est ma volonté et ma déclaration. »
Tout le début de l'inscription, jusqu'au mot êtchuhho, vers le milieu de la troisième ligne, a été analysé en plusieurs foiî> dans le cours du présent paragraphe. Quelque difficulté que présentent encore divers mots de la proposition suivante, je crois cependant en avoir deviné le sens général. D'abord t? tcku khô est pour yô tcha kku, en pâli, « et quel « certainement. » Cet e « quel » se rapporte sans aucun doute au masculin pamijajé, dont l'analyse exacte n'est pas aisée, mais qui; pour le sens, répond certainement dans ce dialecte aux mots classiques de pramâna et pramiîi, » autorité , texte qui fait loi ; » pour la forme, pamiyayê représente un terme comme pramyaja, ou même praméya, « ce qui est « prouvable, » pris dans le sens de « ce qui doit être reconnu comme autorité. » Je ne ferais mênie aucune difficulté d'admettre que pamiyayê est le nominatif singulier masculin d'un participe de nécessité, se rapportant au sujet non exprimé de la proposition précédente, auquel se réfère déjà bkcisité, « tout ce qui a été dit; » la phrase toute entière signifierait littéralement : n c'est pourquoi, que ce qui [de cela] est démontrable, soit indiqué. » C'est dans ce sens que j'ai traduit avec l'addition nécessaire de en , et en mettant « les « autorités » au pluriel pour plus de clarté. Je ne crois pas qu'on fasse difficulté d'admettre le sens que je propose pour disiyâ; j'y vois une troisième personne singulier du
726 APPî>NDICE. — N-'X.
précatif du radical dis ( diç ) , « montrer, » pris au 5ens passif; cela rappelle la désinence prâcrite du même temps en îa, qu'a si parfaitement analysée Lassen ^
Des niots suivants, les seuls encore inexpliqués sont àlahânii hakâih, où lé verbe est pour le sanscrit arhâmi, qui ne serait probablement pas très-classique dans le sens où l'emploie notre inscription. Quant à hakâm, il faudrait plutôt le lire hakam: je renvoie, pour l'explication de ce mot, dont je fais le pronom ahaih de ce dialecte, aux conjectures que j'ai exposées plus haut ^. Les deux mots tâva tavâ, pour tâva tâva, et en sanscrit tâvat tâvat, qui suivent cette déclaration du roi, sont destinés à servir d'introduction à l'énumération des sujets qui passent aux yeux de'Piyadasi pour être içs véritables autorités de la loi. Je les ai peut-être un peu exagérés en les rendant par « en attendant; » il se pourrait qu'un mot comme or suffît.
La période qui suit immédiatement l'énumération des autorités de la loi est intéressante', et, si je ne me trompe, suffisamment intelligible. L'adjectif kitihihakê pour kitibakuké, peut se rapporter soit au roi, soit aux Religieux dont il est parlé dans la phrase. De quelque manière qu'on le place, il doit signifier <i<:eiui.pour lequel la gloire est beau- « coup. » Ce sens ne me paraît pas pouvoir être changé, quand même on lirait bâhuké, comme semble l'autoriser la lithographie de M. Kiltoe. Si cette épithète se rapporte au roi , elle ne doit pas avoir d'autre sens que celui que je propose; si .on la rapporte aux Religieux, il faudra la traduire par « abondants en gloire, glorieux, » ce qui donne un sens moins satisfaisant que le précédent, pour une inscription surtout dont l'auteur a déclaré plus d'une fois, dans d'autres monuments analogues, qu'il mettait toute sa gloire à faire fleurir la loi. Dans le mot suivant, nous devrons chercher une nouvelle forme du pâli bhikkhu « mendiant, » ou bien le texte aura été altéré, soit par le graveur indigène, soit par le copiste anglais, car je n'ai pas encore rencontré un mot comme bhikhapâyê, pour représenter le pâli bhikkhavé. Si cette forme est authentique, elle rappelle le dérivé d'un verbe causal, qui est possible à la rigueur, mais qui ne serait pas classique, conanie bhikchâpayâmi; dans celte hypothèse , bhikhapâyê signifierait « ceux qui se font donner des au- •' mônes. » Au reste, il ne paraît pas qu'on ait tenu beaucoup à la correction eu transcrivant ces titres d'ailleurs si respectés ; au lieu de bhikhâniyê , il est clair qu'on devrait lire hhikhaniyé; un petit trait qui reste sur le fac-similé, à droite du kh. appartient même probablement à la consonne à demi effacée.
Je soupçonne encore quelque inconection dans suuaya « qu'ils entendent, » que j'aimerais mieux lire sunêyu; la voyelle finale devrait aussi être allongée, conformément à l'analogie du verbe suivant, upadhâlêyayâ. Je n'oserais affirmer que cette dernière leçon soit parfai tement correcte; si elle veut rendre un subjonctif de la forme causale, il serait mieux de l'écrire upadhâlayéyû ; si elle représente une forme de la première conjngaison, ce qui païaît moins probable, on devrait supprimer la syllabe j'ai et lire upadhâlr 't. Au reste, j'aurais peut-être tort de trop rigoureusement presser ces mots qui appartiennent à un dialecte qui s'éloigne déjà si sensiblement de la primitive correction du sanscrit. On se laisse quelquefois entraîner trop loin dans ce genre de recherches; cependant, nous serions en
Insiit. liiig. prucrit. p. 355 et 356. — "^ Ci-dessiis, S 3, p. 675, 697 et 699.
partie justifiés de nims montrer ici plus diÇQciles, car le lecteur remarquera que ces subjonctifs se rapprochent beaucoup plus du typr> classique , par la conservation du / de la désinence , que ne le font les mimes temps sur les autres édits , par la substitution d'un v à cette même lettre j, qui est fondamentale au subjonctif. Je n'insisterai pas sur ahhikhinani qui -est une forme prâcrite du sanscrit abhîkchnam , ni sur les mots updsakâtchâ upâsikâtchâ , que j'ai déjà cités au commencement de ces notes ^ On voit de suite qu'il faut lire êtêna «par là, » au- lieu de êtêni; quant à la formule finale ahhimati me tchâ umiiii, je la lis d'après les apparences qu'offre à mes yeux la lithographie de Calcutta, en remarquant que la voyelle initiale- du mot umtîti est retournée, J au de lieu {,. Lassen, qui n'a examiné de près que cette partie de l'inscriptioS , quoiqu'il ait bien reconnu qu'il y avait beaucoup à corriger dans l'ensemble, soit pour le texte, soit pour la traduction, lit ahhimati mê fcka hôtCti^. Je suppose, quoique avec peu de confiance, que le mot altéré u/ntàz peut répondre à utti, pour ukti, « dire, déclaration; » mais je crois que le tchâ de cette phrase est mal placé , ou qu'il devrait être répété.
Tel est, si je ne me trompe, le sens qu'il faut .assigner aux diverses parties comme à l'ensemble de cette curieuse inscription. La forme sous laquelle elle se présente, les sujets qui y sont touchés,- la destination que lui a donnée son auteur, tout en fait un des monuments les plus intéressants des premiers temps du Buddhisme. C'est, ainsi que l'a bien vu M.Kittoe, une missive adressée par le ro; Piyadasi à l'Assemblée des Religieux réunis à Pâtaliputra, capitale du Magadha, pour la suppression des schismes qui s'étaient élevés parmi les Religieux buddhistes, assemblée qui, selon le Mahâvama, eut lieu ia dix-septième année du règne d'Açôka^.La forme est en elle-même très-remarquable. L'inscription en effet, n'est pas gravéç comme les autres monuments de ce genre qui portent le nom de Piyadasi, soit sur une colonne monolithe, soit sur la surface d'un rocher adhérant aux flancs d'une montagne. Elle est écrite, et très-soigneusement, sur un bloc détaché de granit qui n'est ni d'un volume ni d'un poids considérable, n'ayant que deux pieds anglais sur deux de ses dimensions, et un pied et denii sur la troisième. Ce, bloc, de forme irrégulière, peut être aisément transporté, et M. Burt, auquel on en doit la découverte, a même oflPert de l'envoyer à la Société de Calcutta. C'est une lettre que le roi a fait graver sur ia pierre avec l'intenlion avouée d'assurer la durée de cette expression si claire de son orthodoxie, peut-êlre aussi avec celle de faire transporter facilement et sûrement cette singulière missive dans les diverses parties de l'Inde où se trouvaient des Religieux. En effet, la distance qui sépare Byrath de Pâtaliputra ne permet pas de supposer que le bloc actuel soit celui-là même qui fut adressé à l'Assemblée du Magadha. à moins qu'on n'admette l'hypothèse que les gens du roi avaient mission de le transporter dans les nombreux monastères buddhiques répandus à cette époque sur la plus grande partie de l'Inde , et que la pierre, par une cause ou par une autre, était restée à Byrath. Au reste, que cet exemplaire de la missive royale soit unique , ou qu'il en ait existé d'autres encore inconnus
' Ci-dessus, ch. i, f. 4 a, p. Soy. Tumour, Examin. ofpâli Buddk. AnnaU^ dan» Joarn.
^ Lassen, Ind. Âlierih.t. II, p. 221, note. as. Soc. ofBengal, t. VI, a'part. p. 5o5; Lassen
' Journ. as. Soc. of Bengal, t. IX , 2' part. p. 6 1 9; Ind. Allerlh. t. II , p. 229.
aujourd'hui, il serait digne du zèlç et'de l'activité des officiers anglais qui se sont honorés dans l'Inde par une noble curiosité scientifique, de faire des recherches, à Bhabràetà Byrath, et en général dans tout le pays que traverse la route qui va de Delhi à Djaypour. Si la forme est intéressante, le fonds l'est encore bien davantage. D'aLhord,r£marquons que rinscription est écrite dans l'ancien dialecte mâgadhî, dont- elle porte ces marques caractéristiques , Zpolir r, et ê pour d, et la suppression du y initiai. Cela n'a pas droit de nous surprendre, puisqu'elle était adressée par le roi du Magadha à des Religieux réunis dans le centre de ce pays. Elle débute par une forme de salut parfaitement bùddhique et conçue dans les termes mêmes que nous voyons employés par les plus anciens Suttas pâHs. Tout ce dont elle parle est bùddhique aussi : c'est le Buddha, la Loi, l'Assemblées cette célèbre triade qui est certainement une des plus anciennes formules au moyen desquelles la doctrine de Çâkyamuni a passé du domaine individuel de la morale sur le théâtre pilblic d'une religion populaire. Elle exprime également, par des termes consacrés et connus' d'ailleurs, la foi et le respect du roi pour la loi qu'il a adoptée et qu'il veut propager. C'est là un des liens par lesquels cette inscription si courte, mais si pleine de choses, se rattache aux autres grands édits dans lesquels le roi promulgue des prescriptions morales très-détâillées sur la pratique de la loi. L'orthodoxie du -monarque paraît dans cette assertion solennelle, qu'il n'y a de bien dit que ce qu'a dit le Buddha, bienheureux; d'où nous devons tirer deux conséquences, la première, que la parole du Buddha passait pour le fondement de la doctrine qui reconnaissait en lui son auteur; la seconde, que cette pjurole était' en question, qu'on ne s'entendait pas partout sur ce qu'elle permettait ou défendait; enfin, qu'on n'était pas d'accord sur les autorités qui la devaient reproduire et en assurer la complète authenticité. C'est là , si je ne me trompe , une allusion directe à l'objet spécial de l'Assemblée des Religieux réunis dans le Magadha. Pour ramener la discipline à sa pureté première , les Religieux devaient reconnaîti;e les livres qui en . renfermaient les prescriptions, les consacrer comme authentiques, exclure les autres, en un mot, réviser le canon des écritures émanées de la prédication de Çâkyamuni. S me paraît résulter de là, que dès cette époque, des parties plus où moins considérables de la doctrine devaient être rédigées par écrit; car une tradition purement orale n'aurait pas- offert à ce travail de révision une base suffisamment solide:; il est même probable qu'on n'aurait pas eu l'idée de cette révision; si l'on n'eût pas possédé les moyens de l'exécuter avec quelque chance de succès.
Quoi qu'il en puisse être, le roi, non content de déclarer que les doctrines orthodoxes ne se trouveront que dans les paroles du Buddha, s'empresse de dire qu'il faut montrer au grand jour quelles sont les autorités dans lesquelles on devra chercher ces paroles fondamentales; par là, seulement, sera assurée la durée de la loi; par là, elle sera mise à l'abri des dangers auxquels l'exposent les prétentions discordantes des schismatiques occupés à produire, sous le nom du Buddha, les conceptions de leurs systèmes personnels. C'est manifestement demander aux Religieux de fixer le canon des écritures authentiques. Soit d'accord avec eux, soit par respect pour des recueils déjà reconnaa par le plus grand nombre des Religieux, le roi devance en quelque sorte, ou tout au
moins trace en termes généraux la marche de leur travail, en énumérant les sujets qu'embrasse la loi, ou avec plus de précision, les exposés de la loi, les livres qui l'exposent. C'est un fait des plus curieux et des plus satisfaisants que de le voir rappeler les deux grandes divisions des écritures buddhiques sous les noms généraux de Vinaya et de Sutta. Il n'y avait donc rien eu de changé depuis le premier concile jusqu'au second (ou au troisième, selon les Singhalais) , touchant cette classification fondamentale de la discipline et de la morale conservée dans les axiomes et les préceptes du Maître, classification qui s'est peiçétuée par une tradition constante jusqu'à nos jours. Ainsi , nous voyons cité 1? le Vinaya, avec des qualifications qui désignent clairement le caractère restrictif de cette partie de la doctrine; 2° le Sutta qui est attribué au solitaire, c'est-à-dire à Çâkyamuni lui-même, expression collective qui réunissait sous le titre unique de Satta (Sâtra) tout ce qu'on avait conservé de ses paroles prononcées dans des opcasions plus ou moins solennelles ; 3° les Gâthâs ou standes qui lui sont attribuées et qu'on trouve encore aujourd'hui distribuées dans les Suttas, notamment dans ceux des Singhalais. Ces titres sont, ScUis exception, ceux-là mêmes que nous reconnaissons encore aujourd'hui sur les livres dépositaires de la doctrine de Çâkya.
Le roi ajoute à la mention de ces autorités celle d'autres recueils, et, si je ne me suis pas trompé, d'autres noms qiii, pour ne pas être tous aussi clairs, offrent cependant un très-grand intérêt. Il s'agit d'abord de ce que j'interprète par» les facultés surnaturelles des « AHyas (Aryas) et les dangers de l'avenir, » sujets que. je ne retrouve dans aucun titre de livre actuellement existant, du moins en Europe, mais qui se représentent à tout instant dans les livres canoniques, qui y occupent une place très-considérable, et qui en forment même des parties entières, comirie par exemj)le dans le Makâvasta, dont le début est un long exposé de là destinée future de l'honime et des châtiments qui attendent le pécheur. Je désirerais bien avoir rencontré juste dans mon explication des mots upatisa et lâghula; car nous aurions ici une merveilleuse preuve de l'accord de l'inscription avec la tradition religieuse la mieux avérée. En effet , si Upatisa est U'patissa, autrement dire Çâriputtra ^, nous savons par un livre qui jouit d'un grand crédit chez les Buddhistes , que Çâriputtra passe pour avoir écrit sur la métaphysique^ ; et si Lâghula est Bâhula, qui est réputé fils de Çâkya , nous savons par des autorités également respectables que iîôAaZa fonda de son côté une doctrine que nous ne devons pas nous étonner de voir condamnée en partie par le roi, dans une misaive destinée à rappeler à l'orthodoxie primitive, Le reste de l'inscription va de soi-même; le roi y exprime le désir que les Religieux et les fidèles des deux sexes écoutent et méditent sans cesse les véritables discours du Buddha, et il finit en disant que tel est le motif et llobjet de sa missive. C'est là aussi que doit s'arrêter mon anaîyse; j'ajouterai seulement que cette courte inscription se rattache de la manière la plus intime aux grands édits, qu'elle émane du même roi, qu'elle est conçue dans le dialecte mâgadhî qui se montre particulièrement sur les colonnes de Delhi, d'Allahabad et dans les grottes hypogées de Gayâ; qu'ainsi on ne peut, en aucune manière, la séparer des grands édits relatifs- à la loi, et que les conséquences auxquelles elle conduit sont presque intég -'tle- ' Ci-dessus, ch III , f. 53 a, p. 373-. — ' ItHrdd.'à l'hist. da Baddh, ind. 1. 1, p. U8.
ment applicables a ces édils mêmes, malgré le silence qu'ils gardent sur les principaux objets du culte religieux des Buddhistes.
S 5. SUK LES MOTS SAAfVATTA, APATCHITI, VYANDJANA, HITASVKHA, M^HALLAKA .
VÉDALLA, BBÂGA.
Je vais réunir dans ce paragraphe quelques ternies ou expressions propres à la doctrine ou au langage des Buddhistes, qui se trouvent dans les inscriptions en dialecte mâgadhî du roi Piyadasi. Ces termes, dont j'ai déjà promis d'examiner un certain nombre, sont en réalité autant de liens nouveaux par lesquels ces inscriptions se rattachent au Buddhisnie, en même temps que, sous le rapport critique, ils doivent, s'ils sont bien interprétés, jeter du jour sur quelques passages obscurs ou controversés de ces. inscriptions. J'examinerai successivement ces mots dans l'ordre oii je viens de les énumérer en tête de ce paragraphe, en les distinguant les uns des autres par un numéro.
1. Le premier terme sur lequel je désire appeler l'attention du lecteur est le mot pâli sarhvatia, par lequel les Singhalais désignent « la destruction de l'univers ', « ou plus exactement, la période pendant laquelle l'univers est, si l'on peut 's'exprimer ainsi , à l'état de destruction. J'ai- déjà eu l'occasion, en exposant la théorie des Kalpas ou périodes de destruction et de renouvellement du monde, de citer ce terme, auquel est opposé celui de vivatia, c'est-à-dire la période pendant laquelle l'univers tend à se reformer jusqu'à ce qu'il soit parvenu à son complet achèvement 2. J'ai à peine besoin de faire remai'quer que ces termes pâlis sont des formes populaires des deux mots sanscrits safhvarta et vivarta, littéralement « renversement et retour, » dont le premier est donné par XAmarakocha , avec le sens de « destruction de l'univers, terme d'un Kalpa^. >• Or, si je montre que ce mot est. employé dans un des édits de Piyadasi, ce sera certainement une présomption en faveur de l'analogie que je suppose exister entre le textede ces inscriptions et la doctrine la plus générale des Buddhistes sur les destructions et les renouvellements successifs de l'univers. Je dis simplement une présomption , parce que comme sanivarta est un mot parfaitement classique, qui appartient aux Brahmanes conm[ie aux Buddhistes, on ne peut pas, à la rigueur, s'en servir pour prouver que les inscriptions de Piyadasi exposent, dans les endroits où ils en font usage . une théorie purement buddhique. Au reste , le lecteur va juger par lui-même de la valeur de l'induction qu'on peut tirer du texte que je compte citer. Ce texte se trouve vers le -milieu du quatrième édit de Girnar; comme l'édit est intéressant en lui-même, je vais le reproduire ici intégralement d'après le facsimilé de Westei^aard, en l'accompagnant d'une traduction qui, en beaucoup de points "est tout à fait nouvelle.
j Atikâtarh amtararh bahuni vâsasatâni vadhitô éva pânârafhbho vihimsâlcha hhutdnaih iiâtîsu I 2 asaihpatipatî hâmhanasâmanânafh asafhpatîpatî ta adja Dêvânafh piyasa piyadasinô
Çiçugh, Singhal. Diclion. t. II, p. 689. Amarakocka, \. I, chap. i,sect. 3, st. 33; édif.
Ci-clessns, aux notes, p. 327. Loiseleiir, p. 28.
rânô I 3 dhafhmatcharanéna hhêrigkôsô ahô dhammaghôsô vimânadasanâtcha hasiidasanâtcha j l\ agikhamdhânitcka anânitcha divyâni râpâni dasayitpâ djanam yârisé hahûhi vasa[sa]tihi j 5 na bkûtafh pavé târisê adja vadhitê Dêvânam piyasa piyadasinô rânô dhafhmânusastiyâ anârani | 6 hhô pânânafh flvihifhsâ hhutânam nâtînafh saihpaiipati bdmhanasamanânam sampatipati mâtàri pitari | 7 sususâ thâirê snsusâ ésa anêtcha hahuvidhê dhammatcharané vadhaté vadhayisatitchéva Dêvânam piyô \ 8 piyadasi râdjâ dhafhmatcharanam. idarh putâtcha pôtâtcha papôtâtcha Dêvânam piyasa piyadasinô rânô j 9 vadhayisafhti idafh dhafnmatcharanafh âva savatakapâ dhafhmamki sîlamhi tistafhiô dhammam anasâsisafhtï j" 1 o sahi sêitê kammê ya dhathmânusâsanam dhafnmatcharanépi na tithati asîlasathâ imamhi athamhi [ 1 1 [va]dhitcha ahimtcha sâdhu êtâya athâya ida[m\ lêkhâpitafri imasa <itha[sa]vadhiyu djafhta' hîni mu | "i 2 lôtchêtavyâ dvâdasâvâsâbhisitêna Dêvânam piyêna piyadasinâ rânâ idafh lêkMpiiafh.
« Dans le temps passé , pendant de nombreuses centaines d'années , on vit prospérer uniquernent le meurtre des êtres vivants et la méchanceté à l'égard des créatures , le manque de respect pour les parents, le manque de respect, pour les Bâmhanas et les Samanas (les Brahmanes et les Çramanas). Aussi, en ce jour, parce que Piyadasi, le roi chéri des Dévas, pratique la loi, le son du tambour [a retenti]; oui, la voix de la loi [s'est fait entendre], après que des promenades de chars de parade, des promenades d'éléphants, des leux d'artifice, ainsi que d'autres représentations divines ont été montrées aux regards du peuple. Ce que depuis bien des centaines d'années ou n'avait pas vu auparavant, on l'a Vu prospérer aujourd'hui, par suite de l'ordre que donne Piyadasi, le roi chéri des Dévas, de pratiquer la loi. La cessation du meurtre des êtres vivants et des actes de méchanceté à l'égard des créatures, le respect pour les parents, l'obéissance aux père et mère, l'obéissance aux anciens ( Théra), voilà les vertus, ainsi que d'autres pratiques de la loi de diverses espèces, qui se sont accrues. Et Piyadasi, le roi chéri des Dévas, fera croître encore cette observation de la loi; et les fils, et les petits-fils, et les arrière-petitsfils de Piyadasi, le roi chéri des Dêvas, fero'nt croître cette observation de la loi jusqu'au Kalpa de la destruction. Fermes dans la loi, dans la morale, ils ordonneront l'observation de la loi; car c'est la meilleure des actions que d'enjoindre l'observation de la loi. Cette observation même de la loi n'existe pas pour celui qui n'a pas de morale. Il est bon que cet objet prospère et ne dépérisse pas; c'est pour cela qu'on a fait écrire cet édit. Si cet objet s'accroît, on n'en devra jamais voir le dépérissement. Piyadasi, le roi chéri des Dêvas, a fait écrire cet édit, la douzième année depuis son sacre. »
Je n'aurai pas. besoin d'un grand, développement de preuves pour justifier l'interprétation que je viens de donner de cette inscription, qui est assez intelligible dans son ensemble, et où les difficultés ne commencent que vers la fin. Jusqu'au milieu de la seconde ligne, c'est-à-dire jusqu'au mot ta, le début a été traduit de la même manière par Wilson et par Lassen qui a eu occasion de citer diverses parties de cet édît^ Il me suffifa de remarquer que atikâtafh afhtaram, et, suivant la version de Dhauli, atikamtam amtalam, est
' Wilson, dans Journ. roy. as. Soc. of Great-Britain , t. XII, p. 177; Lassen, Indische AUerthumshunde , t. Il, p. 226, note 2.
une expressioà consacrée dans le style de ces inscriptions pour dire « un intervalle écoulé , « un ;tenips déjà passé, » La préposition qui entre dans la composition du mot asampafipàtî, « lé manque de respect, » est, sur le monument même , écrite tantôt avec un J^ ii, tantôt avec un (J fi; cette dernière orthographe doit être préférée ; mais l'indécision du copiste mérite d'être notée, parce que nous ne sommes que trop souvent arrêtés par de simples variations orthographiques auxquelles nous sommes quelquefois tentés d'accorder une valeur exagérée. Une remarque plus importante est celle qu'on doit à M. Wilson, et qui porte sur la place qu'occupent dans les diverses versions de cet édit, les noms de Brahmane et de Çramana.: à Girnar, le nom de Brahmane précède , tandis qu'à Jhauli et à Kapur-di-giri , c'est celui de Çramana. M. Wilson, qui, dans tout le cours de son mémoire , s'efforce de faire prévaloir l'idée que les inscriptions de Piyadasi ne sont pas buddhiques , pense que la leçon de Dhauli désigne à la fois les Brahmanes et les ascètes , le mot çramana étant un terme générique qui s'applique également aux ascètes brâhmaniètes et aux ascètes buddhistes, et que, d'un autre côté, la leçon de Girnar ne se rapporte qu'à une seule classe de personnes, c'est-à-dire à des Brahmanes ascètes^, lime semble au contraire, que, vu le grand nombre de traits. qui permettent d'affiraier l'origine buddhique de ces inscriptions, il y a une très-grande probabilité que les deux termes de Çraman.as et de Brâhmanas désignent deux classes de personnes, les unes Brahmanes, les autres Buddhistes, comme cela se reconnaît dans les légendes du Divya avadâna. C'est ce que M. Wilson sçmble lui-même admettre dans un autre passage de son mémoire ^.
Je n'insisterai pas longuement sur la période suivante , qui commence avec ta et se termine un peu au delà du milieu de la ligne quatrième. Quoique, selon M. Wilson, tout le passage soit of a very qûestiqnable purport, et, comme il l'affirme, ne puisse être absolument traduit avec aucun degré de confiance, Lassen l'a parfaitement entendu, et ii y a vu le sens que j'ai adopté^. Sans m'arrêter à chacun des mots' qui sont individuellement assez clairs, je remarquerai que ta est pour tafh, et qu'il se rattache à ce qui précède, de cette façon , « aussi, c'est pourquoi. » Le mot adja, « en ce jour, » a fourni à Lassen cette observation, que c'était seulement la douzième année de son règne que le roi Piyadasi avait fait une déclaration publique de son attachement au Buddhisme, auquel, d'après un autre édit, le VIII* de Girnar, que j'étudierai bientôt, il s'était déjà converti, la dixième année depuis son sacre. J'ai conservé , d'après la lithographie de Westejtgaard , le mot ahô, qui me semble indiquer la juxtaposition de ces deux termes, «le bruit du « tambour et le bruit =de la loi, » pour dire, « le bruit du tambour qui annonce que le roi « observe et recommande la loi; » Lassen préfère api avec la rédaction de l'édit de Dhauli, mais il en tire exactement le même sens. Le fac-similé de Westergaard donne clairement dasayitpâ djanafh, « ayant montré au peuple ; » c'est aussi la leçon que suit Lassen , et elle est même confirmée par le texte de Dhauli et de Kapur-di-giri, qui ont, l'un dasayitu. et l'autre darhsayitu. Cependant M. Wilson a lu dasayi padjanafh, ce qui se traduirait bien, « a été montré au peuple. » Quoique cette leçon donne à la phrase une marche plus
' Wilson, dans Jowrn.roy, asiat. Soc. of Great- * Wiison, Itîd. p. 24i«
Britain, t. XII, p. 177. ' Ind, Allerth. t. Il, p. 227 et 328, note 4.
dégagée, je n'ai pas voulu l'adopter en contradiction avec le texte formel des trois reproductions que nous possédons de cet édit.
Je ne suppose pas qu'un lecteur attentif trouve de difficulté réelle dans la proposition énumérative qui suit, et qui s'étend jusqu'au milieu de la ligne septième. La comparaison des variantes que fournissent les trois éditions de ce monument confirme le sens des points qui pourraient être controversés. Je signalerai d'abord le relatif -ârisê, qui est à KapuT-âigiri yâdiça, et à Dhauli, âdisé; cest le sajascvit yâdrïça , diversemMit altéré par la prononciation populaire. M. Westergaard donne hhâtafh pape, ce qui est une légère inexactitude du graveur, pour bhûtapuvé en un seul mot; sauf la forme, qui est prâcrite, l'expression est parfaitement classique. On pourrait être en doute sur la véritable orthographe de vadhatê, au milieu de la septième ligne ; c'est cependant bien ainsi que le représente la lithographie de Westergaard, et cette leçon peut répondre au sanscrit vardhaté, « il s'accroît. » Cependant, conome les autres textes ont vadkité, et que ce terme se présente déjà plus haut au conm[iençement de la période, c'est, je pense, vadhitê qu'il vaut mieux lire.. Je ne crois pas nécessaire d'insister sur l'orthographe incertaine de ce mot, qu'on trouve écrit, tantôt avec un dh. ordinaire, tantôt avec un ^A cérébral; cette indécision trahit les habitudes flottantes des dialectes prâcrits, et le choix entre ces. deux lettres n'est pas encore fixé pour tous les cas, dans le dialecte même le plus élaboré des compositions dramatiques.
La proposition suivante, jusqu'à savaiakapâ, est claire dans son ensemble; elle est particulièrement intéressante pour nous, parce qu'elle nous donne l'expression âva savatakapa, que M. Wilson traduit « à travers tous les Kalpas ou tous les âges. » Mais M. Wilson n'a pas remarqué que savala était écrit avec un ( /a, et non avec ^ ta, ce qui empêche qu'on ne le confonde avec savata, pour sarvatra, « partout. » Lassen , auquel n'a pas échappé cette particularité , représente l'expression par le sanscrit samvrîttakalpât, et la traduit «jusqu'à l'achèvement du. Kalpa^, » Je propose de faire un pas de plus et d'identifier safhvata avec son homophone en pâli, qui n'est lui-même que le sanscrit safhvarta. Ce mot est consacré dans le Buddhisme pour désigner la destruction de l'univers , et l'expression complète qui signifie «jusqu'au Kalpa de l'anéantissement, » est certainement un trait de plus à ajouter à tous ceux qui nous permettent de rattacher la langue et la doctrine de nos inscriptions à la langue et à la doctrine des Buddhistes.
Je ne crois pas que l'on fasse difficulté d'admettre la version que je propose pour les mots dhammamhi silamhi tistamtô dhafhmam anusâsisaikti , « se tenant dans la loi, dans la «morale, ils enjoindront la pratique de la loi. » Cependant M. Wdson a donné de ce passage la traduction suivante : « Que la vertueuse ordonnance de Piyadasi dure autant « qu'une montagne pour l'établissement du devoir. » Pour arriver à cette interprétation, il faut remplacer tistamtô, qui est très-clair, par tistatu, et prendre sîla dans le sens de montagne, et non dans celui de moralité qu'appelle le contexte.
Le sens de la proposition commençant la dixième ligne, qui a fort embarrassé M. Wilson, n'a pas échappé à Lassen ; il est évident qu'elle signifie ? car c'est la meilleure des actions
' Indisvhe âherthumskande , t. II, p. 227.
« que d'enjoindre l'observation de la loi; » sêiié est pour le sanscrit çréchihah. Ce qui suit n'est pas aussi clair; j'ai transcrit le texte d'après Westergaard , et je propose de le diviser ainsi : dhafhmatcharanêpi, « l'observation de la loi même, » natithati, « ne. se tient pas, ne « subsiste pas ; » car c'est bien cette leçon que donne le fac-similé de Westergaard, quoique M. Wilson ait préféré bhavati, entraîné sans doute par l'exemple de Prinsep et par l'autorité de Dhauli et de Kapur-di-giri. Enfin, lisant en un seul vaot asîîasa , je traduis « pour « celui qui n'a pas de morale, » et je ne suis plus embarrassé que de la dernière syllabe ihâ, qui rappelle athâ, et qui peut indiquer le début de la proposition suivante, si, profitant de l'indécision du trait sur la lithographie de Westergaard, on n'aime mieux lire cette syllabe va, comme le propose M. Wilson, en la joignant en manière d'enclitique à l'adjectif précédent , asilasa.
Je ne me dissimule certainement pas combien ce qui suit, sauf la dernière phrase de l'inscription, est encore obscur; c'est au lecteur à voir ce que ma traduction- offre de vraisemblance. Je fais d'abord une première proposition jusqu'à êtâya; je constate ensuite qu'à Dhauli on a imasa athasa, au lieu de imamhi aihatnhi, c'est-à-dire le génitif à la place du locatif. Le même changement ayant lieu à Kapur-di-giri , les deux premiers mots de la proposition doivent passer pour subordonnés à vadhî, « l'augmentation; ».d'où l'on doit traduire littéralement , « l'augmentation en cet objet ou de cet objet. » La répétition des deux tcha prouve que ahini a les mêmes rapports grammaticaux que vadhi : je fais de ce mot un substantif abstrait signifiant «l'absence de privation, de dépérissement;» et ce terme, qui est exactement le contraire de vadhi, s'y ajoute, par suite de ce goût pour la tautologie du positif et de l'absence du négatif que recherchent les peuples anciens, et en particulier les Buddhistes, «l'augmentation et le non dépérissement ^ » Une fois ces divers points admis, il est clair que sâdhu est l'attribut de la proposition, et ainsi se trouve justifiée la version que je propose.
Quoique la proposition suivante offre un mot qui nie paraît encore peu certain , je doute cependant à peine du sens généi-al. Ce terme difficile est athavadhiyn, que Dhauli et Kapur-di-giri lisent en deux mots, athasa vadhyum et vadhiya. Il est évident, ea premier lieu, qu'il faut lire athasa, puisque nous avons le pronom imasa, qui annonce un substantif au génitif. On voit bien encore que vadhiya ou vadhâyu, comme le lit Wilson, est un substantif qui doit signifier « augmentation ; » mais le choix n'est pas aussi facile à faire entre les trois leçons des trois édits. Pour moi , cette considération que nous avons déjà le mot vadhî, « augmentation, croissance, » me décide en faveur de la leçon de Kapurdi-giri, vadhiya, «par l'augmentation, » et je traduis « par l'augmentation de cet objet. • La suite paraît aller de soi-même, quoique la lithographie de Westergaard nous donne mu, là où le texte de Dhauli a la négation ma Avec cette négation, et en faisant de hîni (pour hi'nî), l'opposé de ahînî, on obtient la vei'sion suivante : «jamais le dépérissement ne doit " être vu. » Le texte de Dhauli a même ici une variante curieuse et confirmative de ce sens, dans l'aoriste alotchayi pris passivement, a il a été vu », au lieu du participe de nécessité Utchélavyâ, « devant être vu. » La leçon de Dhauli conduit en effet à, ce sens, « par l'aug Voyez ci-dessus. Appendice, n" VIII, p. 687.
« mentaliou de cet objet, jamais le dépérissementn'en a été vu , » ce qui revient à dire, sous une autre forme, « si cet objet s'accroît, on n'en devra jamais voir le dépérissement. » C'est ce passage que M. Wilson traduisait comme il suit ; « Que le peuple soumis ne con- « çoive aucune pensée de s'opposer à cet édit. »
2. JiC second mot placé en titre du présent paragraphe est apaickiti; voici pour quelle raison je crois utile de le signaler ici. Je trouve au commencement du Lotus de la bonne loi ' une longue formule dont on se sert ordinairement pour dire que le Buddha est l'objet des respects .et des hommages de ceux qui l'entourent. Des termes dont se compose cette formule, je compte n'examiner en ce moment qu'un seul mot, celui d'apatchita, « respecté , » qui est un participe dérivé du radical même auquel est emprunté le substantif apatchiti qu'on emploie dans les inscriptions de Piyadasi pour exprimer le respect dû aux parents et aux précepteurs spirituels. Après avoir annoncé, dans le IX" édit de Girnar, qu'aucune solennité n'égale le Dhamma mamgala, c'est-k-dire « la fête de la loi , ^ ou celte chose de si bon augiire, qui est la loi, le roi procède à l'énumération des vertus qu'embrasse la fête de la loi; je, transcris d'après la copie de Westergaard : taiéta dâsabhatakamhi samna pdtipati garûnain apatchiti sâdhu, « c'est ainsi que la bienveillance amicale pour les esclaves « et les serviteurs , le respect des père et mère , sont une bonne chose ^. « Ce texte , quoique présentant do légères incorrections, est cependant facile, et il a été ainsi traduit par J. Prinsep : that is to say, kindness to dependents, révérence to spiritual teachers are proper, et par'.Wjlson : such as the respect of the servanc to his master, révérence for hoîy teachers is good. Le premier mot tatéta peut se diviser de deux façons, iata êla, ou tat éta. La preu)ière division donnerait en pâli tatta étafh, « ici cela, » pour dire « c'est, ce sont;» la seconde répondrait à tam étiha, «cela ici,» pour dire voici. J'incline pour la première analyse , et peut-être reconnaîtra-t-on plus tard qu'il faut terminer le mot éta par un amsvdra. Ce q'ui me confirme dans ce sentiment, c'est qu'au commencement du XP édit de Giriiar, où le texte qui nous occupe est reproduit presque mot pour mot, la formule annonçant l'énumération des vertus qui constituent la loi est ainsi conçue : Iata idarh bhavati, « là (dans ce cas) ceci est, » pour dire '« ce sonl^.»
La traduction que donne M. Wilson pour dâsabhatakamhi safhpatipati , est certainement inférieure à celle de Prinsep, quoique cette dernière soit incomplète ; je n'hésite pas à dire qu'elle est directement contraire au sens. L'expression du texte est un composé qui serait en sanscrit dâsabhrïtaka . « esclave et sei'viteur à gages; » on ne voit vraiment pas pourquoi M. Wilson a renoncé ici à l'interprétation de Prinsep, puisque plus bas, dans le XP édit , où se représente l'énumération des mêmes vertus . il traduit dâsabhatakamhi sampalipali par the cherishing of slaves and dependents '^ Je ne puis être aussi affir-
' Ci-dessus, cb. i, f. i a^ p. 3. •" Prinsep, dans Joorn. as. Soc. of Bencjal, t. Vil.
^ Prinsep, On the Edicts of Piya<{asi, etc. dans impart, p. 2/io;WihQn, dans Joum.roy.as. Soc. aj
Journ. as. Soc. of Ben(jalyt. Vif, i" part. p. 289 jel. Great-Britainy t. XII, p. ai 3.
257 ; Wilson, On the Rock iilsvript. dans Journ. roy. * On the Rock iitscripL dans Joarn. roy. as. Soc. of
as. Soc. of Great-Brilain, i. XII, p. 2o4 et 208. Great-Bntain, t. XII, p, 2i3.
matif sur le commencement du mot, que l'on transcrit safhpatipatî. La copie de Westei^aard a ici un caractère M , mna, qui donne samna; est-ce une abréviation fautive pour samanay «bienveillance, >> de sorte que samna patipatî signifierait « égards bienveil- « lants? » est-ce une orthographe spéciale de sammâ, pour samyak, « une bienveillance par- « faite? » J'avoue que je ne~ saurais décider ces questions en un sens plutôt que dans l'autre, quoique j'incline pour le dernier. Je remarque seulement que patipatî est ailleurs écrit avec un premier t cérébral, ce qui est plus conforme aux habitudes du dialecte populaire. Il vaut également mieux le lire avec un a bref, selon Prinsep, qu'avec un a long, patipatî, comme le donne la copie de Westergaard.
Puisque j'ai touché au XI* édit de Girnar, qui reproduit à peu près identiquement une partie du IV*, je crois utile de présenter ici la traduction entière de cet édit, dont l'interprétation a été certainement très-avancée par Prinsep , sans qu'elle ait été portée , sur deux ou trois points du moins, à toute la précision désirable. Je me contenterai de transcrire- le texte pour ménager l'espace, d'après Westergaard et Prinsep, me réservant de faire usage du caractère des inscriptions dans les endroits où la lecture est douteuse.
1. Dêvânarh piyô piyadasi râdjâ évafh âha nâsti êtârièam dânam yârisaih dharhmadânam dhammasamstavôvâ dhammasafhvibhâgôvâ dhanimasafhhafhdhôvâ 2. iata idafh bhavati dâsdbhalakamhi samnapatipatî mâlari pitari sâdhu sususâ mitasastatanâtikânafïi bâkmanasamanânafh sâdha dânam 3. pânânafh anârambhô sâdhu étafh vatavyam pitâva palênava bhâtâva mitasastutanâtihênava âva pativésiyéhi idafh sâdhu îdam katavyam 4. sô tâthâ kara i[ha]lôkaicha saârâdkô hôti paratatcha anamtam pumnam bhavati têna dhafhmaàânêna , «Piyadasi, le roi chéri des Dêvas, a parlé ainsi : Il n'y a pas de don pareil au don de la loi, ou à l'éloge de la loi , où à la distribution de la loi , ou à l'alliance dans la loi. Ce don a lieu ainsi : La bienveillance poui: les esclaves et les serviteurs à gages, l'obéissance à nos père et mère sont bien; la libéralité envers les amis, les relations, les parents, les Brahmanes, les Samanas est bien; le respect de la vie des créatures est bieh, voilà ce qui doit être dit par un père, par un fils, par un frère, par un ami, par une connaissance, par un parent, et même par de simples voisins; cela est bien, cela est à faire. Celui qui agit ainsi est honoré dans ce monde; et, pour l'autre monde, un mérite infini résulte de ce don de la loi ^ »
Je me bornerai à signaler ceux des termes de l'inscription qui ont fait difficulté jusqu'ici. Le mot que Prinsep lisait mitasaxata, et qu'il traduisait par « le fils d'un ami, » interprétation justement critiquée par M. Wilson, est écrit sur la copie de Westergaard, une fois mitapasiuta, et une seconde fois mitasastuta. Je ne crois pas que cette lecture puisse faire question pour ceux qui consulteront la planche de Westei|[aard et du capitaine Jacob, aussi-bien que celle qui accompagne le mémoire de M. Wilson. Sous la lettre ^ est placé le J^, à la base duquel est tracée à droite la voyelle u, de cette manière J^. Une fois ce point établi , il n'est plus besoin que d'une correction très-faible, la restitution d'un
1 VriTtse^., On theEdicts of Piyadasi, dans Journ. Wiison, On the Roch . inscript, dans Joiirn. roy.. as.
as. Soc. ofBengal, t. VII, 1" part. p. 2^0 et sSg-, 4>oc. of Great-Britain , t. XII, p. 2i3 et. 21/I.
anusvâra, pour faire de ce mot sanistata, qui doit avoir la signification du sanscrit sanisiava, «connaissance, relation, ami. » 11 n'y a rien de conjectural dans cette correction, puisque sur le Kl* et le XIII* édit de Girnar, nous trouvons le mot même qui nous occupe écrit avec Yanusvâra manquant dans le XI°; c'est une remarque déjà faite par Lassen , du moins pour le IIP édit ^. Je pense avec Prinsep que vatavyafh est le sanscrit vaMavyam, et non varlavyam, comme paraît le supposer M. Wilson, quand il traduit, «cette vie doit « être menée. » Je suis également convaincu que âva paiivêsiyêhi signifie «jusque par les « voisins, » âva est pour yâva=.yâvat, ainsi que je l'ai remarqué déjà, plus d'une fois.
La lecture du mot qui suit lâlhâ, pour tathâ, me paraît douteuse; M. Wilson, dans sa transcription, le représente par karui et katai; mais il est évident qu'il joint à tort au mot karu ou kata, la voyelle i, qui appartient au terme suivant, ilôka pour ihalôka, comme le lit bien la copie de Kapur-di-giri par M. Norris. Quant au mot qui reste après la suppression de cette voyelle, on peutie lire sur la copie de Prinsep, kau ou kara, sur celle de Westei^aard, peut-être karu, quoique le signe soit confus, et sur le fac-similé qui accompagne le mémoire de M. Wilsoiï, kata. Ces diverses leçons cachent certainement une forme de participe adverbial répondant au participe sanscrit en tvâ:; et me fondant sur l'analogie qui existe entré le mâgadhî et le pràcrit, j'aimerais à supposer que la véritable leçon doit être kata, pour krïtvâ., qui a donné naissance kkadua dans le dialecte le plus altéré. Après Uôkatcha, pour ihalôké, par cuite de l'oubli d'une syllabe, je lis en un seul mot saâradhô, et j'en fais un composé de sa, pour sam, et de âradha, pour ârâdha, qui peut êtreiin synonyme de ârâdhana, « hommage, culte. » Il est, en effet, impossible que sa soit le pronom indicatif, puisque ce pronom est déjà au commencement de la phrase dans la proposition, initiale, sô tathâ kata, « lui, ayant ainsi fait. » L'explication que je propose est donc la seule possible; et elle s'accorde d'ailleurs parfaitement avec une des particularités les plus frappantes de la grammaire pâlie, suivant laquelle le préfixe sa se joint trèsfréquemment à^des mots commençant par une voyelle, tout en en restant distinct, contrairement à la règle invariable du sanscrit : d'où je conclus que sa ârâdkô, lu en un seul mot, doit signifier « accompagné de respect, honoré. »
3. Je passe au troisième mot qui sert de ^itre à ce paragraphe, à vyandjana.Da.ns une note que j'ai consacrée à l'explication de ce terme, j'ai annoncé qu'on le trouvait avec les sens d^attribut, de caractère, et, par extension, déforme, dans un des édits de Piyadasi^. Il me semble, en effet, qu'on pourrait assigner à ce mot un sens analogue, celui de la forme opposé au fonds, dans la phrase finale du III* édit de Girnar, sur laquelle un terme très-controversé et encore obscur peut laisse»* de l'incertitude. Je v«ux parier du teTuxeyuté onyntô, sur la signification duquel M. Wilson n'est pas d'accord avec J. Prinsep, le premier interprète. Voici le passage même, reproduit d'après la planche qui accompagne le mémoire de M. Wilson : parisâpi yuté anapayisati gananâyafh kétutôtcka vyamdjanatôlcha^. Sur la planche de M. Wilson, la barre qui de "^ tê, dernière syllabe
' In^che AlUrÛiumskunde, t. II, p. 229, note. ^ Prinsep, On ihe Edîcts ofPiyadasi, dans Journ.
* Ci-dessus, chap, i, f., ix a, p. 33o. as. Soc.ofBengal, t. VII, i"partie, p. 228 et 260;
738 APPENDICE. — iS°X.
de Yuté, ferait j[" tô, est indiquée par des points; et, en effet, sur la copie de Wester- • gaard, qui est, en grande partie, la base de la planche de M. Wilson, la syllabe en question est lue té; c'est conune faisant doute et seulement au-dessous de la ligne que la leçon tô a été ajoutée '. D'un autre côté, là transcription de l'inscription de Kapur-di-giri , telle que l'a déchiffrée M. Norris, donne iciyutra; c'est, du reste, le terme pour lequel les diverses copies offrent le plus de variantes. Voici comment J. Prinsep traduit ce passage : AH this the leader of the congrégation shall inculcàte to the assembly with (appropriate) explanation and example. Pour trouver ce sens, il rendaitpamapeju<e( qu'il lisait yutô), par « le président de l'Assemblée, » sens que M. Wilson a jugé avec raison impossible. De .son côté, M. Wilson s'exprime ainsi sur Je passage entier : « Les mots parisâpi yutô on pari- « sapayatra, à Kapur-di-giri , répondent probablement à patisarpa yiikta, c'est-à-dire progrès « convenable, mots qui sont suivis du verbe au passif de la forme causale, sera commandé ■' dans l'énumération, peut-être aux périodes indiquées; car gananâ n'a que le sens à'énuméra- " tion, et non celui de g^ana,. troupe, nombre. » Ces observations l'ont donc conduit à proposer la version suivante : Gontinuance in this course (the discharge of thèse duties) shall be commanded both by explanation and exemple. Plus récemment, Lassen , s'occupant d'une manière incidente de ce passage, a remarqué i° que pâma, « l'assemblée, » est distinguée de gananâ, « la foule; « d'où il suit que parisâ désigne « l'Assemblée des maîtres , '■l'Assemblée religieuse,» et que c'est un synonyme de sam^ /m; 2° que Prinsep n'a pas été suffîsanmient exact en traduisant ce mot par leader?.
Si je viens à mon tour, après de si savants hpmmes,, proposer mon interprétation , c'est que comme pei'sonne ne peut se flatter d'arriver du premier coup à l'intelligence défî- )iitive de ces monuments difficiles,' il n'y a personne non plus qui ne puisse se flatter d'aider à leur interprétation. Voici donc comment je me représente la fin de cet édit. Le texte est consacré à recommander la confession , ainsi que l'a bien vu Lassen ; cette confession doit avoir lieu parmi les fidèles attachés à la loi que veut répandre le roi Piyadasi. Ces fidèles sont ceux que le texte norameyatê, pour le sanscrit jaftta, ici à l'accusatif pluriel masculin. M. Wilson, rappelant cette interprétation qui appartient primitivement à Prinsep , déclare qu'elle ne peut être admise pour le commencement de f'inscription où elle paraît déjà; et quant à la valeur du mot dans le passage même qui nous occupe, il en fait, comme on vient de le voir, l'adjectif ja/cta. Qu'il met en rapport avec le substantif pomapa, pour parisarpa. Mais il me semble que l'emploi de juta, tel que le proposait Prinsep et quelque insolite qu'il puisse paraître, est justifié par une expression analogue du pilier de Firouz , celle de djanam dhamniayutaih , que Prinsep a traduite par the peoplè united in religion, « le peuple uni dans la loi'. » Et l'on peut croire que cette expression était consacrée , dans la pensée du rédacteur de l'édit, pour désigner ceux qui partageaient
Wilson, On ihe Rock inscripl. of Kapur-di-giri, dans - Iiidische Allerthamskunde,i. II, p. 229, à la note
Journ. as. 6'oc. o/ Great-Brifain, t. XII, p. 171. qui commence p. 228.
' L. G. Jacob, et N. L. VVestergaard, Copy ofthe ' Inlerpret. of ihe most anciént oj ihe Inscript, dans
Asoha iiLscript. al Girnar, dans Joitrn. of ihe Bombay Jou.ru. as. Soc. of Benyil, t. VI, 2' part. p. 600
•is. .Soc. n" V, avril i8/i3; p. 260. et 602.
la foi du monarque, puisqu'elle se représente deux fois sous la forme de dhanimayaiasa (gén. sing.) et dé dkammayatânam (gén. piur.), dans l'édit même où Piyadasi établit les dhamma mahâmâtâ, ou les grands officiers chargés- de surveiller l'observation de la loi religieuse '. Sous la seconde dé ces deux formes, Lassen adopté le sens proposé par Prinsep, puisqu'il traduit « ceux qui sont liés par la loi ^. » L'institution de 1^ confession publique était d'ailleurs trop spéciale au Buddhisme pour que le roi pût la recommander à la totalité du peuple^ il ne se croyait sans doute le droit, de l'imposer qu'à ceux qui étaient. unis,yata, par le lien de la loi, dhamma, c'est à dire qu'à la partie du peuple qui avait adopté la foi nouvelle. Il' n'est même pas dilHcile de comprendre comment cette portion du peuple a, pu, dans un édit aussi spécial, être désignée deux fois par l'expression elliptique de «les réunis, les unis, » au lieu de «les réunis par la loi. »
On voit que si j'adopte au fond le sens dé Prinsep pour yuta, je n'admets cependant pas sa traduction de « le président de l'Assemblée; » les trois premiers mots de notre passage signifient, selon moi : « l'Assemblée elle même instruira les fidèles. » La critjque de M. Wilson sur le mot suivant gananâyam est fondée; je n'y puis voir, ni avec Prinsep, ni avec Lassen, soit l'Assemblée, soit la foulé; mais, d'un autre côté, gananâ, «l'énumé- " l'ation , » n'indique pas , comme M. Wilson le pense , l'énoncialion successive des époques auxquelles doit se tenir l'Assemblée consacrée à via confession générale. Celte énumération^st celle des vertus louées par l'édit : l'obéissance à nos père et mère, faunjône faite aux Religieux, et d'autres encore. C'est à la pratiqué dé ces devoirs moraux, dont l'édil vient de donner rénuméi^tion,.que l'Assemblée religieuse est invitée par le roi à préparer le peuple réuni dans .la même croyance. Et comment l'instruira-t-elleP De la manière la. plus complète, dit le texte, hêtatôtcha vyamdjanatôlcha, c'est-à-dire «avec ex- « plication et exemple , • comme traduisent Prinsep et Wilson , ou plus littéralement peutêtre, « d'après la cause et d'après la lettre , »'à peu près comme quand on dit " au fond « et dans la forme^. » L'analogie de ces deux expressions, hêta vyamdjana et aiika vyafhdjana, m'engage à faire à la première l'application du sens que j'ai essayé d'établir plus haut pour la dernière.
4. En examinant, dans les notes du chapitre second du présent ouvrage» les fonnules par lesquelles les Buddhistes expriment ce qui est un avantage, un profit, un bien, j'en ai signalé deux , l'une assez développée , l'autre plus brève et qui se trouve d'un plus fréquent
' Wilson, dans Journ, roy. as. Soc. oJ'Great-Britain , I. XII, p. i83, 1. i4 et 29.
=* Indische Aherthamskande , t. II, p. 238, note.
•^ A l'occasion de ce passage, M. Wilson avance que vyàndjana n'est pas un mot pâli ou prient, et qu'il devrait s'écrire viiidjana. 'J'ignore sur quelle autorité repose cette assertion, mais je puis affirmer que je n'ai jamais rencontré dans les textes pâlis d'autre orthographenlu sanscrit v^an((/ana, que celle de.vyaSidjana même ou de bycuidjana. Le mot est
assez communément employé dans les Sutlai du Dîgka nikâya, mais il l'est surtout à cLaque ligne de la grammaire pâlie intitulée, Pudarùpa siddhi; or dans ces ouvrages je n'ai jamais rencontré une autre orthographe. {Voy. Wilson dans Journ. roy. as. Soc. oj Great-Brilain , t. XII, p. 173.) Du reste, je ne conteste pas l'existence du mot vindjana en lui-même. . Il se trouve réellement en Hindi , et il est donné par le vocabulaire du Prem sagar, avec le sens de condaneni. [Prem sa^ar roca6ii/arj, p. 96.)
usage dans les textes que j'ai lieu de regarder comme les plus anciens ^ C'est aussi celle que l'on rencontre le plus souvent dans les édits de Piyaiasi, et l'on ne doit pas s'étonner que la destination philanthropique de ces inscriptions l'y ramène aussi fréquemment. La formule dont je veux parler est hitasakha, «l'avantage et le plaisir, » qui paraît dans la version' de l'^dit de Girnâr telle qu'on la trouve à Dhauli et à Kapur-di-giri ; elle y est écrite hitasukhîyê ou hJtaâuhhdya , « pour l'avantage et le plaisir 2. > Cette expression paraît encore dans riuscription de Delhi, côté de l'ouest-, qui est datée de la vingt -sixième année du règne du roi , dans nn passage que je cfois nécessaire de reproduire ici en entier, parce que je pense qu'on en peut- interpréter une partie autrement qu'on ne l'a fait jusqu'à présent. Dans ce passage, il est question de ces officiers royaux sur le nom desquels j'avais commis une erreur qu'a justement relevée Lassen'; ils sont appelés sur la colonne de Delhi, comme dans les autres reproductions de cette même inscription, râdjaka, radjaka, ladjaka, ladjuka, lâdjûka. Il est très -vraisemblable que c'était" là une institution spéciale que iç roi Piyadasi avait établie depuis sa conversion au Buddhisrne ; c'est dd moins ce que pense Lassen , et il est bien certain que la fonction de surveillance que leur délègue le roi est une chose tout à fait nouvelle; mais. je ne cirois pas que les monuments appuient d'une manière expresse la distinction que Lassen a essayé d'établir entre le mot râdjûka, « pays gouverné par des rois, » et celui de râdjaka, « offi- « cier du roi*; » car dans l'inscription même où il- est question de'^ce genre d'officiers, on remarque plus souvent ZaJ/ufta et ladjaka que ladjaka. J'ajouterai mêmfr que les versions de cet édit qu'on trouve à Ea^hiah et à Matbîah , versions qui, pour n'être pas aussi lisibles que celle de Delhi et d'ÂUahabad, méritent-cependant d'être consultées, portent uniformément radjdka et ladjuka. En ce qui regarde la forme, je ne serais pas éloigné d'admettre que les suffixes oAa. et ufea s'échangent indifféremment l'un pour l'autre,, et que, daiîs un dialecte populaire aussi flottant que celui de ces inscriptions, le second doit être même plus usité, tout comme on voit en pâli- les formes râdjunô et râ4jund employées concurremment avec rannô et ranifïo. En ce qui regarde le sens, je serîus disposé à croire que l'adjectif râdjaka ou radjdka, par cela seul qu'il gignifie royal, peuti suivant le contexte, recevoir des sens d'extension comme ceux de « appartenant à un roi, « ou homme du roi, officier, ou même sujet du roi, » où encore «formé de rois ou pays « gouverné par des rois. »
Au reste , quoi qu'il en puisse être de cette question , qui n'aurait d'intérêt véritable que pour un autre passage de l'inscription de Girnar et de Dhauli, voici le texte des colonnes de Delhi et d'Allahabad dans Içquel je remarque l'expression hitasakha, objet principal de cette note^.- Je reproduirai l'inscription tout entière, à cause de l'intérêt qui s'attache aux sujets qu'elle renferme, et parce que l'interprétation véritable en est,
^ Ci-dessus, chap. 11, f. aS a, p. 35o. ' Ini. Alterth. t. II, p. 256, note 2.
' On the Bock inscript, dans Journ. roy. as. Soc. * Lassen, Ibià. t, II, p. 228 et 256.
o/Great-Britcùn, t. Xllj'p. i8Z; Lassen, hd. Alterth. * Prinsep, Interpret. of the most ancient of the
t. II, p. 238, note 1 . Le passage manque à Gimar, Inscript, dans Journ. as. Soc. ofBengal, t.VJ, 2* part.
'û est effacé. p. 678 et 585.
si je ne me trompe, encore trop peu avancée. On verra, dans ie conrs des explications dont je la ferai suivre, de quelle utilité pourrait être une collation nouvelle dos copies de Mathiah et de Radhiah.
1. Dévânafh piyé piyadasi lâdja kêvam âhâ saddavîsati vasa [ 2. ahhisiténa mé iyaih dhamalipi likhàpitâ ladjûkâ mé i 5. hàhûsa pânasatasahasêsu djanasi âyatâ iêsafh yêabhihâlêva I 4. dafhdévâ atapatiyé mé katê hiifiïi ladjûkâ asvathâ àbhîtâ j 5. kammâni pavatayévû djanasa djanapadasâ kitasukham upadàhévûm . j 6. anugahinévatchâ sukhîyanam dakhîyànam djanisamii dhammayaténatcha j 7. viyôvadisafhii djanarh djanapadafh kimti hidatafhtchapâlatafhtcha | 8, alâdhayévdti .ladjdkâpi lâgKamtv patitchalitavé mafh pulisânipi mé } 9. ichhamdamnâni patitchaliiafhti iêpi tchakâni viyôvadisamti yéna mafh ladjûkâ \ 10. tckaghaihti alâdhayitavi athâhi padjam viyatâyé dhâliyé nisidjita.\ 11. asvathé hôti viyatadhâti tchaghati mé padjafh sukhafh halihâtavê [12. hévam marna lâdjukâ katâ djanapadasâ hUàsukhâyé yénà été abhttâ ] i3. asvathâ saihlafh avimanâ kamâni pavatayévûti éténa mé ladjukânam |" lA. àbhihâîévà darhdêvâ atapadyé katé itchhitaviyéhi ésâ kiti j i5. viyôhâlasamatâtcha siyâ dafhdaiafnatâtcha ava iîépitcha mé âvuti | 16. haihdhanàbadhânam munisânarh iîlitadarhdânam patavadhânafh timni divàsâni mé \ ij. yôté difhné nâtikâvakâni nidjhapayisamti djtvitdyé tinafh |.i8. nâsamtafnvâ niàjhapayitd âAnarh dahafhti pâlatikam upavâsaihvâ katchhaThti\ 19. itchkâhi méhévath niladhatipi kâlasi pâlatam alâdhayévûti djanasatcJia I 20. vadkati i}mdhadkafhmatchalané sayamé dânana vihhâgéti.
« Piyadasi, le roi chéri des Dêvas, a parlé ainsi. La vingt-sixième année de mon sacre j'ai'iait écrire cet édit de la loi. Des. officiers royaux ont été placés par moi au-dessus du peuple pour de nombreuses centaines de mille d'habitants. Les confiscations et les amendes qui pourraient les frapper leur ont été remises par moi à leur profit. Eh quoi! que les oiBciers royaux, sans inquiétude et sans crainte , remplissent leurs fonctions; qu'ils fassent le bien et le bonheur du peuple et du pays. Et toujours bienveillants , ils s'informeront de la prospérité et de l'infortune , et ils avertiront , conformément à la loi , le peuple et le en disant : pùissent-ils obtenir les biens de ce monde et ceux du monde futur! Les officiers royaux ont aussi tout pouvoir pour m'examiner; ils rechercheront aussi les desseins de mes gens; ils repreadront aussi les ai-mées. Il doit être pourvu à ce que les officiers royaux mé gardent. De même qu'un homme ,- ayant confié son enfant à une nourrice expérimentée, est sans inquiétude [et se dit :] une nourrice expérimentée garde mon enfant, ainsi ai-je institv.é des officiers royaux pour le bien et le bonheur du pays. Afin que ces officîûrs, sans crainte et sans inquiétude, puissent tranquillement et sans trouble remplir leurs fonctions, les confiscations çt les amendes qui pourraient les frapper leur ont été remises par moi à leur profit; car la gloire qui est à désirer, c'est l'impartialité dans les jugements et dans l'application des amendes. Enfin, voici .quelle est, à partir d'aujourd'hui, ma résolution. Aux hommes retenus en prison, qui'ont mérité ie châtiment et qui doivent subir ta peine de mort, j'ai accordé trois jours de sursis; ils ne devront restée dans la vie- ni plus ni moins de temps. Conservés à la vie jusqu'au terme de ces trois jours, ils donneront une aumône en vue de l'autre monde, ou garderont le jeûne; car
c'est mon désir que, pendant le temps même de leur captivité, ils puissent gagner ainsi l'autre monde, et que puisse croître pour le peuple l'accomplissement des divers devoirs, l'empire exercé sur soi-même et la distribution des aumônes. »
Je vais examiner successivement les passages les plus difficiles de cette inscription, en me bornant aux observations strictement nécessaires. Le début est relatif à l'institution des Radjûka ou Ladjâka, « officiers royaux, » auxquels est confiée la surveillance de plusieurs centaines de mille d'habitants. On ne trouvera pas sans doute qu'il y ait beaucoup d'exagération dans cette expression, si l'on songe à l'étendue de pays qu'embrassait la domination du roi Piyadasi : il régnait certainement sur la partie la plus civilisée et la plus peuplée de la presqu'île indienne. J'entends le mot âyatâ dans le sens adopté par Lassen ^ celui du sanscrit samâyattd, « occupé de, » et par extension « chargé de s'occuper. » Je ne reviendrai pas sur le titre de ces officiers royaux, ladjûka;^e le lis ainsi avec les copies de l'édit à Mathiah et Radhiah; c'est également à la première de ces deux copies que j'empruii te l'orthographe de hahûsu, pour bahusa, qui me paraît la plus fréquente dans ce dialecte populaire. .
La proposition suivante est plus difficile, quoique tous les mots à l'exception d'un seul soient isolément assez clairs. Ainsi abhihâlê et dafhdé sont bien les mots sanscrits abJiihâra et danida, « confiscation et amende. » Mais sur atapaftjerPrinsep et Lasseû ne sont pas d'accord : l'un y voit le sanscrit atipâta, « transgression, faute, » l'autre y retrouve une forme sanscrite atapatya, qui n'est pas usitée, mais qui doit signifier « sans douleur. » D'où il suit que , pour Prinsep , la phrase veut dire : « j'ai ordonné les amendes et les punitions " suivantes pour leurs ti'arisgr^ssioas, » et que Lassen la traduit ainsi : « leurs châtiments « et leurs punitions ont été exemptes de douleur, » pour dire sans doute qu'ils se sont interdit les châtiments corporels. Quoique cette intsrprétatioii soit parfaitement en harmonie avec les dispositions philanthropiques de Piyadasi , qui se liiontrent si clairement dans nos inscriptions, j'avoue que je ne suis pas satisfait du sens, qu'elle donne katapadyê. Je propose d'y retrouver la forme pâlie d'un terme sanscrit comme âtmâpatti, en prenant dpatti dans le sens d'acquisition, obtention. Si cette conjecture est admise, il paraît nécessaire de faire rapporter ata, pour atnian, .aux officiers auxquels le roi annonce qu'rl leur fait remise de la confiscation, et de l'amende. Je croirais -difficilement qu'il soit ici question des confiscations et amendes perçues par les officiers sur le peuple , que le roi déclarerait s'attribuer à lui-même; cette déclaration n'aurait rien de bien neuf pour l'Inde, si Von se rappelle surtout le despotisme et la violence des rois qui y gouvernaient quelques siècles avant notre ère. .^e ne suppose pas non plus qu'il s'agisse davantage des amendes perçues par les officiers sur le peuple, et que Piyadasi les autoriserait à s'attribuer à eux-mêmes au lieu de les restituer au roi, car on sait à combien d'extorsions se livrent dans l'Orient les délégués de la puissance souveraine, Si Ton admet que Piyadasi a voulu donner ici quelque preuve signalée de sa bienveillance à ces officiers qu'il investit d'une autorité si considérable , il est bien plus naturel de penser qu'il entend les mettre à l'abri des confiscations et des amendes auxquelles les exposaient d'ordinaire les
' Lidisclie Alterthumshnude.t. [î. p. 557.
caprices du despotisme royal. C'est ainsi qu'il les relève de la crainte et des inquiétudes qui les troubleraient dans l'exercice de leurs fonctions, idée qui, si je ne me trompe, est positivement exprimée dans la phrase suivante et répétée une fois encore au milieu de l'inscription.
Dans cette phrase, en effet, les mots asvathâ ahhùâ, que Prinsep et Lassen traduisent par « près de l'arbre Açvattha, » signifient, selon moi, « consolés et sans crainte; » je vois dans le premier mot le sanscrit âçvasta, «consolé, tranquille, » sous une forme mi-partie pâlie et sanscrite, pâlie en ce que l'o nécessairement long est abrégé' devant la double consonne sva, et que le groupe sia est changé en tha; sanscrite en ce que sva, pour çva, a échappé à la loi dé l'assimilation. Je crois me rappeler, quoique je ne puisse pas retrouver le passage, que Prinsep était revenu sur la valeur qu'il attribuait à asvathâ; il l'a fait certainement pour abkitâ : je ne pense cependant pas que ces corrections partielles aient contribué à lui donner ce que je crois le vrai sens de l'ensemble. Avec la leçon hammâni, on rie peut guère trouver à la fin de la phrase. d'autre sens que celui qu'y voient Prinsep et Lassen , « qu'ils remplissent leurs fonctions ; » j'en fais la remîU'que parce que plus bas , dans un passage identique, la version de Mathiah lit kâmâni, ce qui, on le verra, suggère une autre traduction. La proposition qui suit : « qu'ils fassent le bien et le bonheur du « peuple, » nous offre l'expression qui a été l'occasion des présentes recherches, hitasakhaih, «l'avantage et -le bonheur. » Lassen a pensé que le verbe upaddhêvûfh, où nous voyons Vanasvâra final qui est rare à ç,e mode, devait être remplacé par upadâpévu, parce qu'il tire cette forme du radical dâ^. Si cependant on admet l'explication que j'ai proposée plus haut pour, les formes analogues que je dérive de daha, en sanscrit dM, i\ n'y aura rien à changer au texte, et apadahévâ signifiera « qu'ils causent, qu'ils procurent. »
Je ne crois pas qu'il puisse s'élever aucun doute sur le sens proposé pour la phrase qui commence à la ligne 6. Le premier mot anugahiné doit signifier « ayant de la bienveii- « lance, témoignant de la faveur; » il est au pluriel et forme le sujet de la. proposition. Nous revoyons ici le substantif sakkiyanam-, écrit sans doute plus exactement avec un î long qu'avec une brève, comme nous l'avons déjà remarqué la première fois que s'est présenté ce. terme. Cette orthographe est justifiée par celle du mot dukhfyanafh , « l'infortune. » Ces deux substantifs sont également dérivés, au moyen du suffixe anâ, de verbes nominaux formés dé sakhaet de dakha; ils doivent donc signifier littéralement, « ce qui rend heu- « réux ou malheureux. » Lassen doit avoir bien interprété le moè dhamm'ayatêna, comme le lit Prinsep, en le traduisant par «conformément à la loi;» seulement, il faut l'écrire dhafhmayuténa, avec la copie deMathiah : on a ainsi une expression répondant au mot sanscrit dharmayukténa , qui doit représenter dharmêna, « selon la loi. » Mais je m'éloigne du sentiment de Lassen dans la traduction de la courte phrase qu'il attribue, avec raison je crois, aux officiers royaux chaînés d'avertir le peuple. Lassen dit : « accueillez « avec faveur ce qui est donné et ce qui est fermement établi , » pour hidatamtcha pâlaiafhtcha. Je ne puis voir dans hidata autre chose que le contraire de pâlata, « le monde d'ici- « bas » opposé à « l'autre monde. » C'est incontestablement au radical sanscrit râdh qu'il • Indische. Aherthumshunde , t. Il , p. 256, note 2.
faut rattacher le verbe alâdhayévûti , avec la conjonction lït ajoutée; le texte de l'inscription l'écrit toujours avec un a bref initial, quoiqu'on sanscrit une longue (la préposition â] soit ici nécessaire : le sens de ce verbe est, selon moi « mériter d'obtenir, » ou « soi- " gner, chercher à obtenir, » et selon Lassen « accueillir favoi'ablement. »
L'interprétation de la proposition suivante est de quelque intérêt, parce qu'elle entraîne, si je ne me trompe, celle du milieu de l'inscription à l'explication de laquelle nos devanciers ont à peu près renoncé. J'emprunte à la version de Mathiah le verbe lagkamti, au lieu du Jahafhti de Delhi , que Lassen proposait de remplacer par lapafhti. Ce verbe doit être le radical indien Idgh, « être compétent pour, » qui est d'un usage rare en sanscrit, mais qui va fort bien ici, dans un passage où je suppose que le roi donne à ses officiers royaux l'autorité suffisante pour le surveiller lui-même , certainement sous le rapport de son respect pour la loi. Cette surveillance est exprimée par ie mot patitchaliiavé, dont 1 je fais un inûnitif pâli, formé sur le type des anciens infinitifs védiques et répondant au sanscrit pratitcharitum. Elle doit s'étendre sur les gens du roi , sur ceux qui l'approchent le plus près et que l'inscription nomme pulisâni; mais ici les termes ne sont pas si clairs. Au lieu de pulisâni que donnent Delhi et Allahabad, j'aimerais à lire pulisânath, leçon qu'on pourrait déduire de la variante puUsânapimé qu on trouve àRadiah. Je subordonnerais en effet ce génitif au terme commençant la ligne g tchhamdanâni , dont j'emprunterais l'orthographe au pilier de Mathiah, au lieu de lire tchhamdamnâni avec les autres inscrip lions. En faisant de tchhamdanâni un synonyme du sanscrit tchanda, « intention, dessein, » on a le sens que je propose, « ils rechercheront aussi les desseins de mes gens. » J'avoue que j'hésiterais à faire du neuti'e pulisâni le synonyme de pulisê, « les hommes, » quoique avec la leçon tchhamdamnâni, pour tchhandadjna , on obtiendrait à la rigueur ce sens, « ils rechercheront aussi les hommes qui me sont agréables, qui me sont chers; » mai? je ne sais pas si tchhandadjna serait un substitut admissible de manôdjna. Le sens de la phrase suivante dépend de celui de tchakâni; on adoptera celui que je propose, si l'on admet que tchakâni réponde au sanscrit tchakrâiii.
La proposition qui vient ensuite est réellement difficile à cause du peu de lumières que nous avons sur ie sens propre du mot tchhaghafhti , dont on ne peut contester la lecture , car il va se représenter exactement avec la même orthographe dans la phrase suivante. Dans ce dialecte où les consonnes sont souvent soumises à des altérations considérables, on n'est jamais sûr qu'une consonne aspirée, surtout quand elle est aussi peu commune que gh ou djh, ne cache pas quelque groupe plus ou moins compliqué. Je n'ai cependant rien pu faire de tchaghamti dans cette première hypothèse, et je me suis trouvé réduit à supposer que l'ancien radical védique tchagh, qui serait peut-être congénère à quelque racine comme tyagh, dont il paraît un analogue dans tigh, avait le sens de dagh, " protéger, défendre; » c'est, je l'avoue, la manière dont Westergaard a rédigé l'article de ces deux radicaux qui m'a inspiré cette idée. La suite du discours ou la découverte de quelque passage parallèle décidera jusqu'à quel point est fondée cette conjecture. Mais ce n'est pas tout : il faut admettre encore que alâdhayitavé est le participe neutre de nécessité , pour le sanscrit ârâdhayilavyam , « il doit être pris soin , il doit être effectuéi »
Qu'il y ait, dans le dialecte de nos inscriptions, des formes neutres en e, c'est ce que semblent établir des mots comme dâné, « l'aumône, " satchtchê, « la vérité, » sôlchavé, « la n-pureté, » que nous avons vus précédemment; mais le lecteur philologue fera peut-être quelque, difficulté de prendre pour un- participe neutre en tavjairi, une forme dont j'ai déjà fait un infinitif, et cela avec une .grande apparence de vraisemblance. Cependant, de quelque manière que j'aie retourné ces quatre mots, je n'en ai jamais pu tirer autre chose que cette interprétation littérale, « de manière que les officiers royaux me gardent, « il doit être effectué , » phrase qui semble dire que Piyadasi veut ajouter aux fonctions religieuses et morales des Ladjûka, celles de gardes de sa personne. Je ne dois pas oublier de faire observer que j'ai emprunté à la copie de Mathiah la bonne leçon main, au lieu de ma que donnent les autres colonnes.
Au reste, "quelle que soit la valeur de mon interprétation, le sens qu'elle m'engage à donner au yerbe tchaghamti jette le jour le plus inattendu sur la phrase suivante, dont l'obscurité, sans rexpHcation proposée de ce verbe, serait à peu près impénétrable. Voici, par suite de quelles transformations je retrouve dans chaque mot du texte la signification que je lui attribue; athâhiesi jiour yathâhi , « or, de même que; » padjarh. égale pradjâm, « la « progéniture; » viyatâyê est le génitif ou le datif prâcrit de viyatà, pour le sanscrit vyâptâ, « célèbre; » je prête seulement un peu au sens en préférant le mot expérimenté; dhâtiyê est le même cas du substantif dAafrï, « nourrice. » On ne fera pas difficulté d'admettre que nisidjita soit dérivé du radical sridj, « abandonner, » et avec le préfixe ni, « confier; » ta, dans ce dialecte, répondant quelquefois au suffixe sanscrit iua, je traduis avec assurance, « ayant « confié. » Ce que j'ai dit tout à l'heure sur asvatkâ prouve que asvathê /loti signifie certainement, «il est tranquille. » Si tckaghati veut dire «il garde, « le sens des quatre mots suivants n'est pas douteux; ils signifient : « une nourrice expérimentée garde mon enfant. ■<
La difficulté reparaît avec les deux mots suivants : sukhafh halihâtavé; le premier est « le bonheur, » et il est plus que probable que ce mot est subordonné au suivant; mais ce dernier mot même est très-diversement écrit dans les diverses copies de cette inscription. Sur celle qui a servi de texte à Prinsep , on lit halâkâtavé ; mais après la révision d'une autre colonne, on a trouvé la fin du mot écrite lihafhtavé; cette dernière orthographe s'accorde avec celle de Mathiah, qui porte halihaiavê, tandis que le pilier de Radhiah lit palâhatavê. Je ne crois pas impossible de ramener ces leçons divergentes à une orthographe vraisemblable. Si nous commençons par celle de Radhiah , l'analogie des deux lettre (, pa et [f. ha explique comment on a pu lire païâ, au lieu de halâ. Celle des groupes -^j' là et -j! /i permet de comprendre la coexistence de ces deux types, haldhdtavè ei halihc.tavé. Maintenant lequel choisir? Si l'on supprime lavé, dont je fais ici un infinitif, on a kalâhd, ou haliha; ou encore liham, dont on ignore le commencement; or, dans ces syllabes, je crois reconnaître une forme intensive du radical sanscrit hrï « saisir, prendre , » aA'ec cette différence que le redoublement se fait par la lettre radicale même, au lieu de' s'opérer comme en sanscrit par un dj, et avec cette particularité remarquable que le suffixe tavé prend un f cérébral et devient /até', sous Tinflucnce du r radical qui se fait seniir L-iicore, même après qu'il a été supprimé. Il résulte de là que halihâtavé serait en sàû'scrît djarî-
hartum, «pour prendre abondamment, » ou « pour qu'il prenne abondaniment du bon- « heur. » Je ne dois pas oublier de dire que si de nouvelles copies ou une révision plus attentive des anciennes venait à démontrer qu'il faut lire pâli, au lieu de hali, on aurait palihâtavé, qui ne serait plus une forme intensive, mais qui répondrait au sanscrit panharlum, sans- doute avec le sens de «protéger,» et qu'on traduirait, «pour protéger son « bonheur. » Ce sens, je n'hésite pas à le dire, serait plus direct et moins forcé que celui que je tire de la forme intensive de hrî. Si je ne l'adopte pas dès à présent, c'est que le témoignage des autres copies est plus favorable à la lectwe de hali.
Je n'aurai d'autre observation à faire sur la ligne douzième, si ce n'est que la seconde partie de la période ou l'apodose est marquée par hêvam. « ainsi , de même ; » le. reste signifie clairement : « de même, des officiers royaux' ont été créés par moi pour l'avantage et le " bonheur du pays, » phrase où nous voyons reparaître l'expression sacramentelle AiïasaMa, principale occasion de cette note. Nous n'aurons pas besoin de beaucoup plm de paroles pour justifier la traduction de ce qui suit : c'est un résumé, ou, plus exactement, une répétition confirmative de la disposition principale par laquelle débute l'édit. Nous n'y voyons de nouveau que les deux teriae& samtam avimanâ , jqui sont vraisemblablement en sanscrit çântam et avimanasah , du thème avimanas , " exempt de trouble d'esprit. » Je remarquerai en outre, pour tenir à une promesse que j'ai faite plus haut sur le pt^mier mot de la ligne 5, que la copie de Prinsep lit kamâni, et celle de Mathiah, kâmâni. Si cette leçon répond au sanscrit kâmâni, « les objets du désir, » et non à karmâni, «les fonctions, » çn devra traduire : « qu'ils répandent les plaisirs; » cette nouvelle interprétation me paraît cependant moins vraisemblable que la première.
La proposition suivante n'oflfre aucune difficulté; je l'entends conmie fait Lassen, qui en a très-bien expliqué le mot le plus difficile, viyôMla, dont j'emprunte la véritable orthographe au pilier de Mathiah '. Je dois avertir qu'ati lieu de kiti «gloire, » on trouve à Mathiah, kimli, comme si cette conjonction appartenait à la proposition suivante, les mots itchhitaviyéhi êsâ résumant ce qui précède de cette manière, «car cela est à désirer. Eh " quoi! puisse exister l'égalité dans les jugements. » Je u'hisite pas à préférer la leçon qui fait de kiti\e sanscrit Mrti «gloire; » Lassen a également bien vu que ava,' qu'on devrait lire âva, comme à Girnar, signifiait «jusqu'à, » quoiqu'il ne paraisse pas l'ayoir identifié avec le sanscrit jduaf, ce qui me paraît nécessaire; il croit aussi justement que itêpi représente itô'pi; mais je na'éloigne de son opinion en ce qui touche le mot âvuti. Lassen le lit avuti avec la copie de Prinsep; cependant sur le pilier de Radhiah et dans l'aneienne copie des Recherches asiatiques, qu'il y a souvent avantage à consulter pour la division dès mots, on trouve âvuti, qui est le sanscrit âvrïti, mot dont le sens doit être « retour, révolu- « tion , changement de direction , » et que j'entends ici par* résolution nouvelle; » d'où il suit que cette courte proposition signifie « tellement que , à partir de ce môment-ci , ma résplu- « tion [est que — ]. » Cette résolution nouvelle que prend le roi, c'est, selon Lassen, que la peine de ceux qui ont été condamnés à mort ne leur soit pas appliquée ; qu'en conséquence, il accorde à ceux qui ont été condamnés à cette peine, un répit de trois jours;
' Indiscke Allerthuniskuiule , t. If, p. 260.
APPENDICE. — iVX. 747
passé ces trois jours, les juges ne devront pas les faire mettre à mort; ils devront, au contraire, leur accorder une prolongation de vie ^. On a pu voir, par ma traduction, que je pense avec Lassen, qu'il s'agit ici d'un délai de trois jours accordé à ceux qui ont été condamnés à mort; mais sur ce qui devait avoir lieu après ce délai, je m'éloigne sensiblement de son opinion, .^e vais essayer de justifier la nouvelle interprétation que je propose pour ce passage réellement difficile.
Le- premier mot de la ligne 16, et, selon moi, de toute la proposition qui se termine à dimnêde la ligne 17, répond au sanscrit haiidhanabaddhânâin , « de ceux qui sont enchaînés « dans des liens; » Lassen pense que ce composé doit signifier « condamnés à mort; » pour moi .trouvant cette dernière idée dans un autre terme de la proposition , je crois qu'il s'agit ici uniquement de l'état de captivité des condamnés. .l'emprunte la désinence ncm au pilier de Mathiah, ainsi que la bonne leçon munisânafh « des hommes. » C'est à Radhiah que je trouve la véritable orthographe de iîUtadamdânafh , que je fais rapporter à munisânafh , « qui « ont passé par le châtiment , » c'est-à-dire « qui ont encouru la peine par jugement. » Lassen lit tîlitadamdané au locatif, « le châtiment étant encouru ; » le sens des termes pris isolément est le même, mais l'ordonnance générale de la phrase est grandement modifiée. C'est encore à munisânam que je rattache patavadhânafh ; Lassen lit avec Prinsep pâta, au lieu de pata, pour pâtaka « péché, » et il traduit le mot entier par « condamnés à mort; » mais pata, qui serait en pâli putta, nous conduit au sanscrit pra^ta; et avec vadha, prâptavada ne peut signifier que « celui qui a encouru la peine de mort , » sans l'avoir encore subie. Nous avons donc ici , si je ne me trompe , les diverses circonstances qui se réunissent sur le coupable condamné à mort qui attend le moment de sa peine : « pour les hommes rete- « nus en captivité qui ont encouru une condamiiation capitale, et qui vont êti-e mis à « mort. » La suite va de soi-même et se traduit certainement ainsi littéralement : « trois «jours par moi un sursis est donné. » Le seul mot difficile est jatê, que Lassen tire du sanscrit yâukta, dont le dérivé yâuktikci^signiRe «conforme à l'usage; «mais comme cet usage, nouveau qu'introduit le roi par son édit revient à un délai , ce sens de « délai . «sursis, » qui est purement conjectural , n'en est pas moins forcément appelé par -l'ensemble du texte. Peut-être faudrait-il lire yôgé, mot qui, répondant au sanscrit yôgak, donnerait- le sens assez vraiseu)blable de période.
La difficulté augmente avec ce qui suit. Lassen a fort avancé l'explication du mot nâtikâvakâni , en y niontrant d'abord la négation na qui tombe sur le verbe, et atikâvakâni , épithète de divàsâni, où atika dérive de ati « au delà, après, » et de vaka pour vat, à peu près comme dans êtaka pour état; cette analyse lui donne le sens de « les jours suivants. ■■ J'irai peut-être un peu plus loin eh coTupant ainsi na-atika-avakâni , « ni des jours en plus, « ni des jours en moins, » aua/ca étant un adjectif de même formation que atika. Le roi me semble vouloir dii^e que le terme de trois jours est absolu et que rien ne doit être changé au sort des condamnés ni avant, ni après l'expiration de ce terme. Le mot important est celui qu'on lit avec l'alphabet complété de Prinsep , nidjhapayisafiili. Quand la valeur du signe \^ djfia n'était pas encore déterminée rigoureusement, La.ssen transcrivait ce mot
' Indische Alterthumskunde , t. II, p. j6o, note i.
7'i8 APPENDICE. — N'X.
nighapayisamti , et le traduisait par « ils feront mettre à mort, >> en parlant des juges criminels; mais je ne crois pas que le radical, quel qu'il soit, qui est caché sous cette forme ni-djhapayisamti, se prête au sens de « faire mourir. » Ne trouvant rien en ;^anscrit qui réponde directement à ce verbe, je m'autorise d'un changement, assez rare, il est vrai, qui en prâcrit transforme un kcha sanscrit en djha, pour chercher ici le radical kchap, « durer, «passer, » en parlant du temps, d'une période, d'un jeûne. Je complète l'idée exprimée par le verbe , au moyen du mot djîvitâyê, « pour la vie , » et j'entends le tout littéralement : ■• ni plus ni moins de jours, ils ne passeront pour la vie, » c'est-à-dire, ils ne vivront pas au delà de ces trois jours, mais ils ne seront pas non plus exécutés avant l'expiration de ce délai. Si l'on trouvait la transformation de kchap en djhap un peu trop forte, parce qu'elle est insolite, il y aurait deux moyens d'expliquer, dans un sens identique ou analogue, ce radical obscur. On pourrait premièrement supposer qu'on à lu à tort \^ djha pour 'Y khi, ce qui donnerait khip, en sanscrit kchip, qu'il faudrait admettre comme synonyme àe-kchap; mais cette explication serait, selon moi, beaucoup plus forcée que le changement: de kcha en djha; d'ailleurs, il est difficile de supposer que, sur des inscriptions aussi soigneusement gravées en général . on ait pu lire p ce qui était écrit 'y, surtout quand on pense combien l'attention de Prinsep était éveillée sur ce signe longtemps douteux de p. On pourrait secondement conjecturer que le mâgadhî nidjhapayisafhd cache le radical ja, ou yâp, à la forme cau;iale et précédé de nir, radical qui est très-fréquemment employé par les Buddhistes du Nord, dans des formules qui expriment la durée et l'existence de la vie, de-cette manière, « ils vivent, ils subsistent, ils durent '. » Cette analyse me paraîtrait même parfaitement acceptable, si le djh, au lieu d'être aspiré, était simple; car nous savons qu'en prâcrit, le groupe sanscrit rya devient djdja. Le lecteur choisira entre lés radicaux kchap et yâp; quant à présent, je persiste à croire que le mot difficile qui nousr occupe signifie non « faire mourir, » mais plutôt « durer, subsister, » ou, plus correctement, « faire durer. »
Les difficultés que ce mot nous oppose laissent certainement subsister des doutes sur la proposition suivante, dont le sujet estnidjhapayitâ. Fidèle à son systèrae d'explication, Lassen traduit ce mot par « ceux qui doivent être exécutés; » dans mon système, il faudrait traduire « ceux qui ont été conservés à la vie , » ceux que l'on a laissé vivre pendant les trois jours de sursis accordés par le texte précédent aux condamnés. Lassen traduit nâsamtaih par «jusqu'à la mort, terminé par la mort. <> Tout en analysant cemotde même, je ne verrais pas dans nâsamtafk la mort des condamnés, mais la disparition, de quoi? fmam, '« des trois jours, » d'après la lecture de la colonne de Mathiah, que je préfère au iânaih de Diîlhi dont je ne puis rien faire; ce qui donne ce sens : « ceux qui sont conservés à la " vie jusqu'à l'expiration même des trois jours. » Je suis parfaitement d'accord avec Lassen
' Cette forniuie se trouve au commencement de !e mot jour et dans le sens de passer; ainsi on trouve
notre Lotus même, chap. i,.i. à h, p. 4 : et ch- ii, tchatvâriniçut dinâni yûpayâmâsuh , oils pas.sî'rciit.
f. 36 a, p. 35/i. Je remarque ici en passant que ce « quarante jours. » Gen. l, 3. (Voy. The Holy Bib''
radical râ, et à la forme causale yâp, est employé in tke sanscrit lunguagi', t. I, p. 96; Calcutta, iS48,
parles derniers traducteurs du Peniateuque avec in-8". )
pour la fin de la phrase qui indique ce que doivent faire les condamnes; ils donnent une aumône destinée à leur assurer l'autre monde, ou observent le jeûne. Le verbe daliamd ne fera pas difficulté , si l'on y voit, comme je l'ai proposé, une transformation du sanscrit dhâ par-la substitution du k au tZ/i. J'ai dit plus haut, sur le S 2 de cette note, comment je rattachais le verbe katchhamti au sanscrit karchanii. Il semble que, sur le monument de Radhiah, on doive lire kavarhti, qui rappelle assez bien le pâli kuhbcafdî; ne se pourrait-il pas que le J, tchha de katchhamti ne fût que la réunion de deux ^ vu ? Je n'oserais cependant substituer cette explication à celle que j'ai indiquée plus haut.
Le lecteur exercé remarquera sans peine quel jour les explications précédentes jettent sur le passage renfermé dans la ligne dix-neuvième, et commençant par « car mon désir « est ainsi. • Il n'y avait là qu'un mot difficile, c'était le niladhasi de la copie de Prinsep : l'édit de Mathiàh, en donnant niludhasi, nous tire d'embarras; car niludha ne peut être que le sanscrit nirôdha, « captivité. » Peut-être, au lieu de niludhasi, serait il mieux de lire niludhasa au génitif; cependant le sens du passage n'en est pas moins certain. Le roi veut manifestement exprimer cette intention, que le sursis de trois jours qu'il accorde aux criminels condamnés à la peine capitale leur serve à mériter le ciel, par les moyens qu'il vient d'indiquer lui-même, l'aumône et le jeûne. Ce qui termine l'inscription n'est pas moins clair : le roi exprime l'espérance qu'il verra croître parmi le peuple l'accomplissement des divers devoirs , car je lis vividha avec l'édit de Mathiah ; et « l'empire qu'on exerce « sur soi-même, » car je rends sayamê par svayama, et non pas par safhyama, comme on l'a dit quelque part, leçon que je n'hésiterais pas à admettre, si on trouvait quelquefois samyamé; et enfin la distribution des aumônes. C'est en effet propager et répandre de plus en plus ces bonnes pratiques dans le peuple, que d'essayer de leur conquérir le respect des plus grands criminels, pendant le peu de jours que le roi leur accorde
5. Je passe maintenant au cinquième des mots buddhiques que j'ai promis d'examiner dans le présent paragraphe, c'est-à-dire à mahallaka. J'ai dit, en analysant ce mot dans une note relative au chapitre ni du Lotus \ qu'un passage de l'édit de Girnar, malheureusement trop incomplet pour être expliqué avec certitude, semblait établir que mahalaka signifiait «religieux âgé, » comme théra, auquel il est substitué par d'autres copies. J'en trouve un second exemple sur l'édit en forme de résumé général qui circule autour de la colonne de Firouz. Comme la lecture de J. Prinsep ne paraît sujette à aucune difficulté, je ne crois pas nécessaire de me servir du caractère original. Au milieu du § 7 de la copie de Prinsep, orr lit : Dévânafh piyê piyadasi lâdja hêvafh àhâ yânihi kânitchi mamiyâ sâdhavâni katâ,ni tam lôké anûpâtîpafhnê tafhtcha annvidhiyamti téna vaclhitâtcha vadhisamtitcha mâtâpitîsa sasusâyâ gulusu sasusâyâ vayâmahdlakânam anupaiîpatiyâ bâbhanasamanésu kapanavalakésa ava dâsabhatakésu safhpaiipatiyâ , « Piyadasi, le roi chéri des Dêvas, a parié ainsi: Les bonnes actions, quelles qu'elles soient, que j'ai faites, voilà ce que le monde recherche et ce à quoi les hommes se conforment. C'est par là qu'ils ont crû et qu'ils croîtront en obéissance pour leurs père et mère, en obéissance pour leurs pré-
' Ci-dessus, chap. lu, f. 420, p. 367.
cepteurs spirituels, en égards pour les hommes d'un grand âge, en bienveillance pour les Brahmanes et les Samanas, pour les malheureux et les enfants, jusques et y compris les esclaves et les domestiques ^ » Ce texte n'offre, à vrai dire, que peu d'irrégularités. On y trouve bien un sujet au singulier, lôkê, rapproché d'un verbe au pluriel, anuvidhiyamti ; mais il s'agit d'objets que l'on considère collectivement , comme les bonnes œuvres qui sont résumées sous le pronom lam, « cela, » et comme les hommes que l'on comprend sous le singulier lôhê. Il y a aussi une variété fautive d'orthographe dans anûpâtipanmê et anapaiîpaiiyâ, où les deux prépositions anû. paiî doivent se lire annpaii; on doit de même remplacer ava par âva, pour le pâli yâva, en sanscrit rai^af, «jusqu'à. » Mais le seul mot réellement douteux est maniiyâ, qui ne se laisse pas facilement analyser, qu'on le prenne soit pour un instrumental du pronom de la première personne, « par moi , » soit pour un adjectif possessif dérivé de ce pronom, et au pluriel neutre, « les miens. » Il semble qu'à l'aide du sufïixera, on ne pourrait former que mâmiya, et au pluriel neutre mâmiyâni, avec la même désinence que les autres mots de la phrase. C'est peut être encore comme pronom à l'instrumental que le mot maniiyâ est le moins difficile à expliquer; on trouve, en effet, dans la même inscription un mot très-semblable, mamaj'a, qui, d'après le contexte, doit signifier «par moi.» Cette forme, si elle est légitime, rappelle les ablatifs prâcrits, comme inamadô, niamadu, et l'accusatif /namam , où une. désinence classique plus ou moins altérée se joint au thème ma redoublé en marna. De cette manière', mama-yâ peut passer, sinon pour régulier, du moins pour conforme à l'analogie. Je ne décide pas quelle est la meilleure forme de mamiyâ ou mamayâ; mais je doute à peine de la valeur et du sens de ces deux termes.
Avant de reproduire ici le passage où je retrouve mamayâ, je dois ajouter quelques remarques à la version du texte que je viens de traduire. Le mot sâdhavâni, «les. bonnes «actions, » est le pluriel du sâdhavê que j'ai signalé plus haut; cette forme de pluriel prouve que le singulier sâdhavê est un neutre, à moins qu'on ne veille admettre que le mot en question est masculin au singulier et neutre au pluriel. Dans le participe anûpaiîpamnê\ pour le sanscrit anupratipannak , c'est la préposition ami qui me paraît décider •du sens, jyans vayâmahâlakânam on reconnaît mahâlaka» grand, » objet de cette note, et vayd, que je préférerais lire vayô, pour le sanscrit vayas, « âge; » le composé entier doit signifier « grand par l'âge. » On retrouve sans peine le sanscrit krïpana dans le mâgadhî kapana; les autres' mots sont faciles et déjà trop connus pour nous arrêter.
Voici maintenant le second passage de l'inscription résumée de Firouz dont j'ai promis de parler. Après avoir rappelé qu'il a fait planter des arbres nyagrôdhas (ficus indica) sur les routes , afin de donner de l'ombre aux hommes et aux animaux ; que des plantations de manguiers ont été faites de demi-krâça en demikrôça; que dts puits ont été creusés pour la jouissance des animaux et des hommes, le roi Piyadasi ajoute, vers la fin du paragraphe troisième de la copie de Prinsep : Esa paiibliâgê nâma vividhâyâ hi sakhâyanâyâ puUmékipi lâdjihi mamayâtcha sukhayitê lôkê imatcha dhammânapaiipatî anupaiipadja-
' Prinsep, Inizrpret. of ihe most ancient of the Inscriptions , etc., dans Journ. as. Soc. of Bcntj. t. VI, 2' pari, p. 601 et Bo-ï
tati êtadathâ me êsa kaiê. Voici comment J.Prinsep traduisit le premier ce passage : se that as the peopie , finding the road to every species of pleasure and convenience in thèse places ofentertainment, thèse new towns rejoiceth under my nile, so iet them thoroughly appreciate and foïlow after the same (system of henevolence). This is aiy object and thus hâve I done ^ Lassen, plus récemment, a traduit ce même passage avec beaucoup plus de précision : « Dièses ist mein Gehuss (d. h. dièse Anstalten zum G.enusse) zur « verschiedenartigen Beglûckung in der Stadt und in der grossen von meinen Unterkçnigen « beglûckten Welt^. » Cette interprétation, que Lassen d'ailleurs ne donne pas comme parfaitement su e, repose en partie sur la manière d'envisager le mot puliméhipi, ou, d'après une autre transcription , puUmahipi. Lassen , suivant l'autorité de Prinsep , voit dans puli le sanscrit puri, « dans la ville. » Il substitue mahâpi à méhipi, ou mahîpi, et admet que 7ari/ï/ii désigne les rois soumis à Piyadasi, le monarque souverain qui parle. Selon moi, le texte se divise en trois courtes. propositions , dont la seconde commence à puliméhipi, et la troisième -à imatcha. La preinière, qui se rapporte auxlbndations faites par le roi et précédemment énumérées, signifie, si je ne me trompe, «ces moyens de «jouissance sont certainement destinés à répandre diverses espèces de ])onheur. « Je ne crois pas qu'il reste ici un seul mot qui puisse faire difficulté.
Dans la seconde proposition , la seule qui soit difficile , Piyadasi rappelle le souvenir des rois ses prédécesseurs; car je lis, sans rien changer à la transcription de Prinsep, puliméhipi lâdjihi, « par les rois antérieurs, » et mamayâtcha ,n ainsi que par moi, » texte où paraît le mamàyâ signalé tout à l'heure. Cette explication me semble heureusement confirmée par les deux mots suivants, sukhayité lôkS, au nominatif et non au locatif, « le « monde a été comblé de plaisir. » Je traduis donc la seconde proposition comme il suit : « Par les anciens rois aussi et par moi, le monde (ou le peuple) a été comblé de bon- '. heur, » Enfin le roi, arrivant aux manifestations d'attachement -qu'il a produites en faveur de la loi , résume sa pensée en disant qu'elles lui ont toutes été inspirées par son désir de voir cet attachement imité par les autres : « Et puisse cet attachement pour la loi [dont «j'ai donné des preuves] exciter un attachement semblable; c'est. en effet dans ce dessein » que je l'ai manifesté ainsi. » Je ne dois pas oublier de remarquer, pour confirmer le sens que j'attribue à la partie la plus importante de ce passage, que ce n'est pas la première fois que Piyadasi rappelle dans ses édits ce que les rois ses prédécesseurs ont fait pour fa loi et pour le bien du peuple. C'est ce que prouve la seconde partie de l'édit de la colonne de Delhi et d'AUahabad, qui est gravé sur la face orientale.
Je reviens maintenant à un troisième et dernier exemple de mahâlaka qui m'est fourni ])ar les inscriptions de Piyadasi, et notamment par le quatorzième édit de Girnar; cet exemple prouvera, si je ne me trompe pas, que mahâlaka seul, et sans aucun mot destiné à marquer particulièrement l'idée d'âge, doit signifier «grand, insigne, » comme le sanscrit mahat au sens moral, ainsi qu'on le voit dans tant de passages classiques.. L'intelligence de l'édit où se trouve ce terme a été fort avancée par Lassen qui fa traduit
' Interprel. of ihe most ancieul of ihr Inscript, dans - Indisclie Alterlhumshunde, t. II, p. 258, note 8
Journ. asiat. Soc. oj' lkn(jttl,t. VI, p. 600 et Go/|. cl p. 259.
presque complètement dans une des notes de ses Antiquités indiennes^. Je n'en crois pas moins nécessaire-de le reproduire ici en entier pour relier entre elles les diverses phrases qu'en a extraites Lassen, et aussi pour proposer quelques interprétations nouvelles qui me semblent plus précises. En voici la transcription d'après Westergaard.
1 Ayant dhammalipi J)êvânam piyêna piyadasinâ rânâ îikhâpitd asti éva | 2 samkhitêna àsti madjhamêna asti vistatêna natcha savarhpi vata ghatitam j 3 mahâlaképi vidjitarh hahuichà likhitam Ukhâpayisafhtchéma astitcha êtakam | 4 pana puna vutarli tasa iasa atkasa madhûratâya kimti djanô tathâ patipadjétha j 5 taîi ékadâ asamâtafh. likhitam asadésarhva satckhayakaranamva j 6 alôtchétpâ lipikarâparâdhênava.
Voici la traduction que je propose pour ce texte qui termine la série des quatorze édits formant la grande inscription de Girnar : « Ce texte de la loi a été écrit par l'ordre de Piyadasi , le roi cbéri des Dêvas. 11 se trouve sous une forme abrégée , il se trouve sous une forme de moyenne étendue, il se trouve enfin sous une forme développée; et cependant le tout n'est certainement pas mutilé. De grands hommes aussi ont fait des conquêtes et ont beaucoup écrit; et moi je ferai aussi écrire ceci. Et s'il y a ici autant de l'épétitions , c'est à cause de la douceur de chacune des pensées qui sont répétées. -11 y a plus ! puisse lé peuple y conformer sa conduite ! Tout ce qui peut, en quelques endroits, avoir été écrit sans être achevé, sans ordre et sans qu'on ait eu égard au texte qui fait autorité, tout cela vient uniquement de la faute de l'écrivain. »
Je vais maintenant essayer de justifier cette traduction pour'les points où elle s'éloigne de -celle de Lassen; Jusqu'au milieu dé la troisième ligne, c'èst-à-dire jusqu'au mot likhâpayisam, la version de Lassen est irréprochable ; c'est elle qiie j'ai suivie. On remarquera seulement qu'il serait plus exact d'écrire madjhiména, comme on ferait en pâli, pour le sanscrit madhyaména, « sous une forme moyenne; » de même, vistatêna est le remplaçant du sanscrit vistrïténa. Lassen a bien vu que, dans cet édit final, le roi Piyadasi annonçait qu'il avait publié des édits de la loi sous des formes plus ou moins développées, des courts, des moyens et àes étendus, mais que le sens, dans son. ensemble, aavait rien perdu sous ces rédactions diverses. C'est ce qu'exprime la courte proposition natcha savarhpi vata ghatitam, que Lassen traduit ainsi,.- mais le tout n'est cependant mutilé en « aucun point. » Cette iriterprétation très -ingénieuse roule sur l'assimilation que Lassen a faite de gkalitafh avec le sanscrit ghaitita. Je crois donner un peu plus de piécision à cette explication en lisant savarhpi, au lieu de savampa, comme faisaient Prinsëp et Wilson. Sur la lithographie de Westergaard , le.p a, dans sa partie supérieure, un petit trait qui répond vraisemblablement à la voyelle i. Cette lecture a l'avantage de nous donner la conjonction pi pour api, que le sens demande nécessairement, et de plus, elle nous débarrasse du mot pavata, que Lassen identifiait avec parvata, sans l'expliquer sufiTisamment. Avec la correction que je propose, vata, qui reste isolé de pi et de ghatitam, est l'adverbe sanscrit qui signifie «celles, assurément. »
Au commencement de la troisième ligne, Lassen a proposé de lire mahniakéhi, au lieu
Indiscke Al(erlhiimshunde , t. il, p. -lao, note 3.
APPEiNDICE. — N-X. 753
de mahâlaképi, que donne le texte de Girnar, en remarquant que l'édit malheureusement mutilé de Dhauli lit, à la placé de ce mot, mahanléhi, « par- les grands. » Cette variante fixe d'une manière définitive le sens du mot mahâîaka; c'est celui de grand, sans doute par la dignité et la gloire. 11 me paraît évident que le roi Piyadasi entend ainsi désigner les grands hommes et les grands rois qui se sont illustrés par des- victoires et ont élevé des monuments pour en conserver le souvenir : « De grands hommes aussi ont « fait des conquêtes et ont beaucoup écrit, » Mais si Piyadasi dit vrai, combien n'est-il pas à regretter que le temps ne nous ait pas conservé ces- anciens monuments, comme il a respecté les siens! Je m'éloigne du sentiment de Lassen touchant l'explication du mot Ukhâpayisamtchéma, qu'il traduit, « et il a été fait écrire. » Je vois ici les trois mots likhâpayisafh icha ima : le premier mot est un futur, celui de la forme causale du verbe signifiant écrire, «je ferai écrire; * tcha est la conjonction -ef, qui est jointe par sa voyelle au- mot ima, sans doute pour imam, «ceci.» Le roi se rappelant que ses prédécesseurs ont fait inscrire sur des monuments le souvenir de leurs victoires, s'écrie : «et moi, je «ferai écrire ceci.» On ne doit pas objecter contre ce sens, qu'il fait répétition avec ce qui est déclaré plus haut, savoir qujB l'édit a été écrit par ordre du roi Piyadasi. 11 ne faut pas juger ces monuments anciens d'après les idées- qu'on acquiert par l'étude des compositions littéraires plus modernes. Ici le style est coupé; les pensées se heurtent sans liaison et surtout se répètent sans motif apparent : il paraît même que le roi s'en est aperçu , car il va immédiatement donner une raison curieuse des nombreuses répétitions dont ses inscriptions abondent. Cette raison se trouve dans la phrase suivante , qui , littéralement rendue, signifie : « et il a été autant dit encore et encore, à cause de la dou- « ceur de tel et tel sens, » ce qui veut dire, « et s'il y a ici autant de répétitions, c'est à « cause de la douceur de chacune de ces pensées. » Lassen n'a pas manqué ce sens, qui répond si heureusement à l'état réel des édits de Piyadasi , où les mêmes maximes et les mêmes conseils ne cessent de se répéter. Je remarquerai seulement que cette expression un peu inattendue de «la douceur d'un sens, » doit être familière aux Buddhistes, car elle se trouve au commencement du Mdhâvamsa, dans un passage où il est dit que Çâkya parvenu à la perfection de Buddha, s'occupe de montrer aux hommes la douceur de cet état^ Je ne diffère de l'opinion de Lassen qu'en un point très-peu important; il s'agit des mots kithti djanô taiha (que je lis taihâ) patipadjétha, que Lassen traduit ainsi: « afin que le peuple apprenne à le connaître, » et que je rends par «puisse le peuple « agir ainsi , s'y conformer; » le mot patipadjétha est exactement la forme pâlie du radical , pad a. h, 3* pers. sing. du subjonctif moyen.
La proposition finale de l'inscription est beaucoup plus difficile, et sans pouvoir affirmer que j'aie deviné juste, j'éprouve cependant beaucoup de difficulté à concilier l'interprétation de Lassen avec le texte. Voici d'abord.sa traduction : « afin que le peuple « ne fasse pas attention (alôtchétpâ) à .ce qui y a été écrit d'une manière incomplète ou « sans mandat, ou à ce qui serait omis par la faute de l'écrivain. » Le sens de chaque . terme, pris à part, a été bien déterminé par Lassen; c'est seulement sur l'agencenient du
' Malidwanso, t. I, p. 2, 1. 6.
tout que je m'éloigne de son opinion. Lassen remplace le premier mot tati par iti; cette correction n'est pas injustifiable, mais elle n'est pas absolument nécessaire; car tati, qui n'est guère employé dans la langue classique qu'au pluriel , peut signifier au singulier, « autant, tout ce qui. » Le mot suivant ékadâ, que Lassen rend- bien par mitanter, signifie « en un endroit, en quelque endroit. » Je regarde avec Lassen asamâfani comme le représentant. du sanscrit asamâptam, et asadésam, comme celui de asandêçain, auquel il manquerait une nasale. Je suis même bien près d'admettre que le va qui suit ce mot, et qui, sous cette forme, doit répondre à éva, « même, » serait mieux écrit va, « ou bien; » mais je ne trouve plus Vidée d'omission dans le composé satchhayaharanaihva, où semble la voir Lassen. Pour moi, ce mot est formé de satchhaya, qui représente le sanscrit sâkchya, « té- « moignage, autorité, »etde karanam,« cause, ce' qui produit, » ou peut-être même, «titre, « écrit. » Je pense aussi que le verbe est alôtchétpâ ,. mais j'en fais le participe adverbial sanscrit alôtchdyitvâ, « n'ayant pas pris en considération, n'ayant pas fait attention. » En résumé, la phrase entière donne ce sens littéral : «tout ce qui, en quelque endroit, a « été écrit incomplètement , même sans ordre , même sans avoir fait attention au texte « qui témoigne [de la teneur de l^dit]. » La seconde partie de la période n'est marquée que par l'enclitique va, pour ^va, qui suit lipikarâparâdhéna, de cette manière : «c'est <' par la faute de l'écrivain.» Cette nouvelle disposition des termes me paraît seule donner un sens suivi et parfaitement lié.
6. Il «'agit maintenant d'examiner le sixième des termes annoncés dans ce paragraphe, c'est-à-dire védalla. Quand j'ai énuméré les neuf sous-divisions de la loi, selon les Singhalais, dans une note relative au second chapitre ^, j'ai donné, d'après Clough, le nom de védalla comme, synonyme de vâipulya, c'est-à-dire que j'ai constaté que les Singhalais nommaient védalla les livres, ou les portions des livres, que les Buddhistes du Népal nomment vâipulya. Faut-il conclure de ce rapprochement que ces deux termes sont étymologiquement identiques , et que védalla, où lia représente très-bien lya et vé, vâi, n'est que l'altération irrégulière du sanscrit vâipulya? ie ne le pense pas, et les deux mots sont, selon moi, deux synonymes pour le sens, et non deux homophones. En ramenant védalla à sa forme première, qui doit être sanscrite, on a vâidalya, substantif abstrait dérivé de vidala, et si vidda signifie « développé, ouvert, » comme une fleur, vâidalya doit avoir le sens d'expansion, de développement. On voit par là comment on* a pu nommer vâidalya et védalla a. Ceylan, ce qu'on nommait ailleurs vâipulya. Mais ce qui est plus digne d'attention, c'est la preuve de l'exactitude de cette synonymie que nous fournit l'un desEdits de Piyadasi à Dhauli dans le Cattak. Je veux parler de celui qui, à Girnar, porte le n° VU; coumie il est très-peu étendu, et que malgré les éclaircissements qu'a rassemblés M. Wilson sur les principaux ternies dont il se compose, il présente encore d'assez grandes difficultés, je crois nécessai'-e de le reproduire avec quelques observations nouvelles. Ici, comme pour les autres édits de Girnar, Dhauli et Kapur-di-giri , je me sers des copies publiées par M. Wilson , d'après Westergaard et Norris. ' Ci-dessus, chap. ii, f. 28 6, p. 355 et 356.
APPENDICE.— iVX. 755
1. Dévânafh piyô Piyadasi râdjâ savata itchhati savé pâsanidâ vaséyu savê té sayamaihtcha I 2. bkâvasudhirhtcha itchhati djanô ta ulchâvatchaichhafiidô iitchâvatcharâgô té savamva kâsamti ékadésafhva kâsarhti j 3. vipulé tupi dânê yasa nâsti sayamé bhâvasudliitâva katarhnatâva dadhàbhatitâcha nitchâ hâdharh, «Piyadasi, le roi chéri des Dêvas, désire en tous lieux que les ascètes de toutes les croyances résident [tranquilles]; jls désirent tous l'empire qu'on exerce sur soi-même et la pureté de l'âme; mais le peuple a des opinions diverses et des attachements divers, [et] les ascètes obtiennent, soit tout, soit une partie seulement [de ce qu'ils demandent]. Cependant, pour celui-même auquel n'arrive pas une large aumône, l'empire sur soi-même, la pureté de l'âme, la reconnaissance et une dévotion solide qui dure toujours, cela est bien '. »
Je ne reproduirai pas ici, àfm de ménager l'espace, la traduction de Prinsep, non plus que celle de M. Wilson; la version de ce dernier, qui est bien préférable à celle de Prinsep, "est renfermée dans un recueil qui est assez facilement accessible sur le. continent. D'ailleurs, le lecteur reconnaîtra par les analyses qui vont suivre que je ne m'éloigne pas sensibl.enient de M. Wilson pour l'interprétation des mots pris isolément; la seule différence de mon explication consiste dans une disposition différente des propositions et dans le but général que j'assigne à l'édit. Constatons d'abord que M. Wiison a donné une grande vraisemblance, sinon toute la certitude désirable à cette opinion que le mot pâsanda, en sanscrit pac/iançîa , n'est pas employé dans les inscriptions de Piyadasi avec cette acception restreinte d'hérétique qu'il a chez les Brahmanes; pour Piyadasi, ce titre semble désigner seulement les Pieligieux et les ascètes d'une croyance qui n'est pas la sienne 2. C'est Lassen , et après lui Wilson , qui ont établi que le verbe vaséyu signifie «qu'ils habitent, >■ avec l'addition nécessaire de cette idée, « sans crainte d'être persé- «fcutés^. » Je crois que cette addition est fort' heureuse ; elle va bien aux sentiments de tolérance^du roi Piyadasi. Il serait cependant possible que, sans rien ajouter, on trouvât dans l'inscription , par le rapprochement de savata « en tout lieu , » et de vaséyu, un moyen suffisamment clair d'interprétation. On traduirait alors : « le roi désire qu'en tous lieux « les ascètes de toutes les croyances puissent habiter, » c'est-à-dire qu'ils ne soient pas exclus des lieux mêmes où triomphe sans rivale la foi à laquelle le roi s'est soumis.
Après cette déclaration de tolérance en faveur de toutes les espèces de Religieux , le roi se plaît à reconnaître le but moral qu'ils se proposent également tous, et par là il justifie la faveur qu'il se montre disposé à leur accorder. C'est là sa seconde proposition , que je rends ainsi : «ils désirent tous l'empire qu'on exerce sur soi-même et la pureté de l'âme.» M. Wilson a paru être embarrassé du singulier itchhati, qu'on lit à Girnar, avec un sujet au pluriel ; mais outre qu'à Kapur-di-giri et à Dhauli , le verbe est au pluriel , itchhafnti, cette irrégularité grammaticale d'un sujet pluriel régissant un verbe singulier, qui ne serait pas admissible en sanscrit, est très-fréquente en pâli, et il n'est pas étonnant que le dialecte
' Prinsep, On <Ae Edictî o/"Py'adn«, dans Joum. 'Wilson, On ihe Rock inscripf. of Kapur-di-giri,
as. Soc. oj Bengcd, t. VII, 2' p«/f*i p. 238 et 255 ; Dfiauli and Girnar, dans 'Joarn. roy. as. Soc. oj Gfeai-
Wilson, àstns Jottrn. roy. as. Soc. of Great-Briiain, BnVain, t. XII, p. 186 et 217. .
t. VIH, p. 3o6 et t. XII, p. 198 et 199. ' Ind. .■iltcrlL t. II, p. 264, note 2.
uiâgadhî suive cette grammaire peu rigoiin.'ii.scN surtout quand il s'agit d'un sujet collectif comme celui-ci, " les ascètes de toutes les croyances. » La.ssen,' d'ailleurs, n'hésite pas à lire au pluriel itchhaniii, connue les versions de Dhauli et de Kapur-di-giri. Ensuite, qu'on veuille, avec Lassen et Wiîson, retrouver dans sayainani le sanscrit A-amjama?7i,. ou, avec moi, svayamam, le sens n'en sera pas considérablement- modifié; ce sera, dans un cas, une conduite dirigée par les prescriptions de la morale, dans l'autre, l'empire qu'on exerce sur soi-.mème. . .
Cela posé, le roi constate, ainsi que l'a bien deviné M. Wilson, cette disposition du peuple, qu'il a de.s opinions diverses et des attachements qui ne le sont pas moins. Pourquoi cette maxime générale, si ce n'est pour préparer les Religieux des diverses croyances à ne pas s'étonner si, au milieu des passions et des attachements si variés de la multitude, ils ne reçoivent pas partout ni toujours un accueil également favorable ? C'est ce qtie le roi exprime d'une manière concise, quoique très-nette, dans la proposition suivante : «ils -' obtiennent, soit tout, soit une partie seulement. « Remarquons que, pour arriver à ce sens, il faut lire avec l'inscription de Dhauli, va, «ou bien,» au lieu dei-'a,,pour éva, ■•même, » et faisons honneur à M. Wilson du tact avec lequel il a reconnu ropposition qui existe entre savaih ei ékadcsaili, opposition qui pouvait difficilement échapper à un indianiste aussi expérimenté. Le sens qne j'ai essayé de donner plus haut à kâsafhti me -parait pleinement confirmé par ce passage. Le roi vient donc de signaler les instincts ordinaires du peuple, ce sont la variété et l'inconstance ; il a de même indiqué l'effet de ces instincts en ce qui touche les Religieux: ils recueillent, soit tout, soit seulement une partie, évidemment de ce qu'ils demandent, des aumônes qu'ils sollicitent. Cette addition est si naturellement appelée par le sens de ce passage, qu'il serait à peine besoin de voir dans }a suite le mot dânê, « don, aumône, » qui- vient déterminer de la manière la plus précise ce dont entend parler le roi. Arrivé à ce point, il se place dans l'une des deux conditions qu'il a indiquées tout à l'heure, c'est-à-dire, dans le cas où un ascète n'a obtenu qu'une partie de ce qui lui est nécessaire , et il ajoute : « cependant, pour celui même auquel " n'est pas [donnée] une aumône abondante; ^i car je ne puis séparer, avec M. Wilson, vipalétupi ddnê de yasa nâsti; tous ces mots se tiennent et forment une proposition dont la réponse se trouve dans l'énumération des vertus dont le roi fait honneur aux Religieux, et qu'il les invite à pratiquer. Sous ce dernier rapport, je pense qu'il n'y a rien absolument à changer à l'explication que M. Wilson donne de chaque mot pris à part, et que la traduction qu'il propose pour bâdh.am est irréprochable ; mais je ne puis adopter
la disposition qu'il fait de l'ensemble de la phrase , quand il la traduit : « oii il y a
'■ vme grande libéralité, quoiqu'il manque à la conduite morale la pureté 4e disposition, "la gratitude, ou une ferme dévotion;, cependant cela est toujours bien. » Selon moi, le roi, pour prix de la protection qu'il accorde aux Religieux de toutes les croyances, a voulu leur rappeler les vertus dont il est avéré qu'ils recherchent la possession, et leur montrer qu'ils ont une belle occasion de les déployer au milieu des attachements et des pss.sjons vaiiables de la multitude. '
11 nous est maintenant possible de .signaler le terme qui a été roccasion de cette dis-
cussion sur le texte de Girnar. A l'endroit même où la version de Girnar et celle de Kapurdi-giri lisent vipalé, «grand, large, » adjectif qui est en rapport avec le substantif dans (nomin. neut.), le texte de Dhauli porte vidalâ. Il ne faut pas s'ax'rêter à la voyelle finale qui, si le monument était examiné de nouveau, se lirait peut-être ^; mais l'emploi de ce riiot en lui-même est certainement remarquable. M. Wilson a trouvé que cette leçou n'éclaircissait pas beaucoup le passage où elle paraît : il eût été cependant bon de remarquer que vidala est un synonyme fort bien choisi de vipala. Ces deux adjectifs sont tous deux parfaitement sanscrits; ils signifient «large, grand, étendu, développé,» et coj)ime ils ont un grand nombre de significations communes, l'emploi qu'on a fait ici de l'un pour l'autre, confirme complètement la valeur qu'on est naturellement conduit à donner à chacun d'eux. Enfin, et c'est ici la conclusion particulière qui résulte de cette discussion sur l'identité fondamentale du style des Buddhistes avec le dialecte des inscriptions de Piyadasi , on sera moins étonné de voir à Ceylan védalla substitué au sanscrit vâipulyo. , quand on reconnaîli'a que , dans l'Inde , une substitution analogie avait eu lieu sur des monuments manifestement Buddhistes, et cela dans une province maritime qui a eu de toute antiquité des rapports naturels et directs avec l'île de Ceylan.
7. Le septième des termes annoncés dans le titre dé ce paragi-aphe est bhâga, que les textes pâlis emploient avec une acception toute spéciale, celle de temps. On eu trouve un exemple parfaitement clair dans une des légendes publiées par Spiegel : atha aparahhdgé, « ensuite dans un autre temps'. » Cette signification de temps donnée au mot bhâga vient certainement de celle de portion, partie, la durée étant considérée comme divisée en deux ou plusieurs parties relativement à un fait qui se passe en un moment donné. Elle est, autant que je puis le croire, propre au- style buddhique; du moins je ne pourrais en citer un exemple dans' ce que je connais de la littérature des Brahmanes. Maintenant, si je retrouve ce terme avec cette acception même dans une des inscriptions de Piyadasi, ce sera un fait de plus à ajouter à ceux par lesquels je cherche à établir que ces inscriptions sont des monuments réellement buddhiques. Or, ce mot paraît à la .fin du MIP' édit de Girnar, dans une phrase dont le sens ne peut être entièrement fixé que par le rapprochement de celle qui commence l'inscription. Comme l'édit est court et que j'en comprends diverses parties autrement que mes devanciers, je vais le reproduire entièrement, en me servant de la copie rectifiée de Westergaard et du capitaine Jacob -.
1. Alikâlam amtaraih râdjdnô vihdrayâiâni ûajdsa eta magavja anânitcha ètârisâni j 2. ahhiramakdni ahuâisa sô Dévânaihpijô piyadasi râdjâ dasavasâhhisitô samtô ajdja safïibôdhim j 3. têna sa dhammayâtâ êtayani hôti hamlianasamanânain dasanêtcha dânétcha Ihdirânaih dasanétcha j à. hiranapalividhinétcha djanapadasatcha djanasa dasanam dhammânusastitcha dhamapariputchhâtcha | 5. tadôpayd êsd bhiiya rali bhavati Dévânain piyasa piyadasino rufn> bhâgé amné.
' Spiegei , Anecdota palicay p.Zi et 54. \\'Uson,OntheRochinscripl.ofK(ipiii-di-(jiri,l)lnMlt
^ Westergaard et Jacob, dans Journ. of die Boni- and Girnar, dunsJourn.of dic roy.asiat. Suc. of deiitbaybranch roj. as. Society, n° Y, aprjl i8/i3, p. 257; BfiUdit, t. Xlf , p. igg.
758 APPENDICE. — iY X.
Je supprime, pour économiser l'espace, les traductions données par Prinsep et par Wiison; elles se trouvent dans le recueil auquel je viens de renvoyer pour le texte. On verra par les observations qui vont suivre, les raisons que je crois avoir d'en proposer une qui est sensiblement différente. «Dans le temps passé, les rois connurent la promenade du plaisir; alors la chasse et d'autres divertissements de ce genre avaient lieu. [Mais] Piyadasi, le roi chéri des Dêvas, parvenu à la dixième année depuis son sacre, obtint la science parfaite que donne le Buddha. C'est pourquoi la promenade de la loi est celle qu'il faut faire : ce sont la visite et l'aumône faites aux Brahmanes et aux Samanas, la visite faite aux Thêras, et la distribution de l'or [en leur faveur], l'inspection du peuple et du pays, l'injonction d'exécuter la loi , les interrogatoires sur la loi ; ce sont là les moyens qui causent un, extrême plaisir à Piyadasi , le roi chéri des Dêvas , dans cette période de temps , différente [de celle qui l'a précédée]. »
Voici maintenant les points ou difficiles ou encore douteux de cette inscription. Il ne peut exister, je le crois du moins, aucun doute sur le sens de vikârayaiâm, dont les deux syllabes finales répondent au sanscrit jaïram ; M. Wiison traduit ce mot par travelling about, « promenade » : il faut dire avec plus de précision « promenade de délassement ou déplaisir. « Sur noQ'âsu, M. Wiison remarque que c'est un mot d'une interprétation douteuse; il me semble qu'avec une correction bien légère, si l'on compare les formes faciles à confondre de ces caractères, J] yâ et jJjJi on obtient nayisu, qui rappelle la troisième personne pluriel d'un aoriste pâli du radical djnâ, « ils ont connu. » Cette interprétation me paraît plus vraisemblable que celle de compagnons, qui a pris place dans la version de M. Wiison. Le commencement de l'inscription signifie donc littéraleinent : «Dans l'intervalle passé, « les rois ont connu la prx»menade de délassement. »
Le mot suivant est sans contredit plus difficile : je propose d'y reconnaître le pâli éttha « là, » avec cette différence qu'il viendrait d'une forme sanscrite comme itra ou étra, dont le r serait supprimé. Je préfère cette conjecture à la supposition qui ferait de ce mot une forme du veibe i. Il faut avouer, cependant, qu'on se trouverait naturellement conduit à cette supposition par la comparaison des édits de Dhauli et de Kapur-di-giri , qui, au lieu de éta, lisent, le premier khamisa, avec la lacune d'une lettre au commencement et à la fin, le second, nikhamicha. M. Wiison propose de remplacer cette dernière leçon par le mot nichkraniéchu , « dans les sorties. » Quoique l'état des copies deDhàuli et de Kapur-di-giri ne me permette pas de rien affirmer de positif sur là valeur granomaticale de ce terme, j'y trouverais une forme verbale de la racine ni-kham, pour le sanscrit nich-kram. Et pour revenir à éta de Girnar, voilà quel argument pourrait appuyer l'idée que éta est ùh temps d'un radical comme i « aller. » Toutefois , ce rapprochement ne me semble pas aussi concluant qu'il paraît au premier abord., A Dhauli et à Kapur-di-giri, la première phrase de l'inscription n'est pas coupée de même qu'à Girnar. Ici, le verbe est nâyisu, .« ils ont connu; » là, au lieu de ce verbe, nous trouvons nâma, « nommément, à savoir; » de sorte que le passage tout entier doit signifier littéralement quelque chose comme : « Dans le temps passé, les rois sont sortis, nommément pour des promenades de plaisir. »
Il n'y a aucun doute sur la phrase suivante, comprise entre les mots magavya, que
M. Wilson lit magavyâ, et ahaihsa. Prinsép et Wilson l'entendent de même, et je ne dififère pas de leur sentiment, au moins en ce qui concerne chaque mot pris à part. Je remarquerai seulement que le verbe final ahurhsu n'est pas aussi éloigné de l'aoriste pâli àhésufn que semble le croire M. Wilson; la leçon ahhavasu de Kapur-di.-giri prouve suffisamment que nous avons ici une forme populaire de l'aoriste du verbe ihû: La proposition suivante, dont la fin seule est difficile, reçoit un jour nouveau de l'étude exacte de la copie rectifiée du capitaine Jacob et de Westergaard. Après dasavasâhhisitô. je remarque d'abord safhtô, dont je ne vois pas de trace dans les versions de mes devanciers; je n'hésite pas à y reconnaître le participe présent à forme pâlie du verbe as, pour le sanscrit san «étant,» littéralement, «étant sacré depuis dix années." Puis je lis distinctement ayâya safhbôdhifh; M. Wilson, tout en se félicitant de cette lecture qy'avait ignorée Prinsep, supprinie Yanusvâra final de samhôdkifh et joint à ce mot ainsi mutilé le pronom tênâ, qui suit, et qui, selon moi, commence une proposition nouvelle. Il lit donc ayâyàmm bôdhitêna, et traduit : «Piyadasi étant dans sa dixième année, par «lui éveillé cette conduite morale...; » puis, dit-il, on manque d'un verbe pour terminer la phrase. Cela est vrai; cette lecture, et en particulier cette manière de couper le texte privent M. Wilson de la possibilité de trouver le verbe de la proposition , et surtout de l'avantage plus considérable de reconnaître le mot capital de safhbôdhini, qu'il eût été certainement très-heureux de rencontrer, comme une preuve palpable du caractère buddhique de cette inscription. Selon moi, le verbe est ayâya, pour le sanscrit iyâya, «il « alla, il atteignit, il obtint; » son complément est sambôdhifa , « la science complète delà «Bôdhi, » ou la connaissance de ce qu'enseigne le Buddha^. La preuve que tel est bien réellement le sens de ce passage , c'est que aii lieu.de ayâya, l'édit de Dhauli porte nîkhama, «il sortit, » mot qui est choisi sans doute pour marquer l'opposition de la conduite de Piyadasi bomparée avec celle des rois ses prédécesseurs, qui sortaient, eux, pour se livrer au plaisir, tandis que lui, il est sorti pour aller obtenir la connaissance du Buddha. Et si l'on insistait en remarquant que, de toute manière, le dja, qui à Dhauli remplace le safntô de Girnar et de Kapur-di-giri , reste toujours inintelligible, je répondrais que ce mot est l'abrégé de adja, pour le sanscrit adya, « aujourd'hui, » et que' la phrase « sacré depuis dix « ans aujourd'hui, » est^un excellent substitut de « étant sacré depuis dix ans. » Je n'insiste pas davantage sur le sens de saifibôdhim;le roi Piyadasi ne veut pas dire par là qu'il devint un Buddha, mais qu'il eut l'intelligence ouverte à la croyance du Buddha et qu'il s'y convertit. Ce qu'oftre de curieux ce passage de l'inscription , c'est que le roi nous donne luim.ême la date de sa conversion, trait de rapport bien frappant avec les légendes du Nord relatives au roi Açôka, et qui le représentent comme occupant le trône avant d'être devenu buddhiste. Il est vrai que cette date de la dixième année du règne s'accorde mieux avec les
* Quoique Lassen n'ait pas traduit littéralement « la dixième année depuis son couronnement qu'il
cette partie de notre inscription , il est facile de voir, c obtint la vue complète.» (Iiid. Alterth. t. II,
par l'usage qu'il en a fait dans ses Antiquités in- p. 227 et note 3.) Evidemment Lassen a lu comme
dienfies, qu'il l'entend comme je propose de le faire. moi samhôdhiih, «la vue ou la science complète,» et
Voici les. propres paroles de Lassen : « C'est seulement compris de même ayâya.
circonstances de la vie de Kâlâçôka qu'avec celle de Dharmâçôka; mais il y a, touchant ces deux personnages, des difficultés chronologiques que j'essayerai d'examiner et de résoudre ailleurs.
Dans la courte proposition qui suit, je ne vois de terme réellement diiUcile que le mot êtayam. Est-ce une autre forme du participe de nécessité, êtavyam, ou est-ce seulement une faute du graveur ou du copiste pour ce mot même à'étavyarh? Je ne saurais le décider; mais ce qui me paraît absolument nécessaire, c'est de traduire dans ce sens : « c'est « pourquoi cette promenade de la loi est la marche qui doit être suivie, «littéraiement, « la « promenade par laquelle il faut aller, n Je ne crois pas nécessaire d'insister sur l'énumération des divers buts de promenade que le roi Piyadasi marque à sa piété. Un mot mérite une attention particulière, c'est l'orthographe de thâirânafh, qui semble prouver, si toutefois nous lisons bien la syllabe ^ thâi, que la diphthongue ai se conservait quelquefois dans ce dialecte populaire. Je lis, avec Prinsep et Wilson, Mranapaiividhânê ou vidhânô; mais si paii devait se remplacer par pata^ on devrait traduire , « la distribution de vête- « ments précieux et d'or. « M. Wilson lit ensuite le troisième mot de la proposition finale , bhajarati, et il rend ce composé par « l'éloignement , la cessation de la crainte, » de la part du roi Piyadasi ; mais l'examen des copies de Westergaard et Jacob prouve , si je ne me trompe, qu'il faut lire bhuya rati. Or, une correction très-légère donnerait bhûyô'. pour le sanscrit -6/(ujas, «abondamment, beaucoup, » de sorte- que le composé bhûyô rati devrait signifier «volupté extrême, plaisir abondant. " J'ajoute que la copie de Kapur-di-giri lit bhayé, mot où ïé final est pour un o pâli, et que la leçon de Dhauii, abhilâmé, » le pla'isir, « le bonheur, » au lieu du tthdyô rati de Girnar, prouve qu'il n'est pas ici question de crainte. Que veut dire en effet le roi Piyadasi.'* Veut-il proclamer que l'observation de la vie nouvelle qu'il embrasse peut seule faire cesser les craintes qu'inspire toujours la vie future.^ Je ne le. crois pas; il veut dire que c'est de ces moyens,, iadôpayâ, pour tadapâyâ (adj. fém.), «que la plus grande volupté,» ésâ bhâyô raii, «résulte pour le .roi Piyadasi, chéri des « Dêvas, » bhavati Dêvânam piyasa piyadasinô rdnô; ces promenades avec leur but bienfaisant et religieux, ce sont là ses plaisirs, à la différence de ces divertissements futiles pour lesquels les rois ses prédécesseurs sortaient de leur palais. ^
Si tel est le sens très-régulièrement suivi de tout ce passage , il est bien difficile qu'on trouve dans les mots bhâgê affiné -autre chose que l'indication de la portion du temps ou de la période pendant laquelle le roi se livre à ces nobles divertissements. Une fois l'idée de crainte exclue de la phrase que je viens d'analyser, celle d'une -< portion différente , •> pour dire « d'une autre vie, d'une existence future, » n'a plus rien qui la soutienne, ta locution aparahhâgê, » dans une portion subséquente , » pour dire « dans u« autre temps, » se présente au contraire inévitablement à la pensée. C'est en effet dans une portion de temps différente de celle qui l'a précédée, que le roi se livre à ces plaisirs nouveaux, puisque c'est depuis qu'il a acquis la connaissance de la doctrine du Buddha. Le sens serait même pen changé si l'on préférait opposer l'idée exprimée par bkâgé aihné, » dans un autre « temps, » à celle qui ouvre l'inscription, atikâtafh afhtarafïi, « dans le temps précédemment « écoulé; » car cette époque déjà passée embrasse non-seulement le temps qu'ont vécu les
anciens rois, mais encore celui qua passé le roi Piyadasi en dehors de la foi nouvelle qu'il déclare embrasser à la dixième année de son règne.
§ 6. -SUR LE DOUZIÈME EDIT UE GIliNAB.
Je me suis trouvé Irop souvent en désaccord avec M. Wilson dans le cours des analyses précédentes, pour ne pas saisir avec empressement l'occasion déparier d'un des monuments dont il a le mieux compris le but et apprécié l'importance. On verra cependant que mon interprétation diffère encore un peu de la sienne; mais quand même je devi'ais ici avoir touché plus près du but que ce savant homme, il lui resterait toujours le mérite d'avoir le premier donné une explication très-satisfaisante d'un des termes les plus dilBciles des inscriptions de Piyadasi. Je veux parler du mot de pâsamda qui, dans les mommients de la. littératiire brahmanique, n'a jusqu'ici paru qu'avec la signification d'hérétique, et que M. Wilson prend poiir l'expression générale de « religion ..croyance. » Il semblerait cependant que ce sens n'a pas été inconnu à Turnour, puisque, dans la partie du Mahdvamsa où est racontée la conversion d'Açôka au Buddhisme, il tradml nânâ pâsaddhiké (qu'il faut iire pâsandiké a.vec le commentaire) , par « les ministres de toutes les religions ^ » Je n'ai cependant rien trouvé qui justifiât cette interprétation dans le commentaire- que iVlahânàma a écrit lui-même sur son Mahâvafhsa, et comme" Mahânânaa était un buddhiste fervent, il y a toute apparence qu'il a continué de prendre le terme de pûsandika dans son sens classique indien,. déclarant hérétique ceux qui suivaient une autre croyance que le Buddhisme. Au reste, on citerait diilicilemènt un exemple plus frappant de ce que l'intelligence exacte d'un mot ambigu peut jeter de jour sur une inscription diUicile. Du moment que M. "Wilson a eu traduit pâsamda par « croyance, religion, » le sens générai de l'inscription, qui est un édit de tolérance, lui est apparu dans ses principaû}^ traits. L'examen auquel j'ai soumis le texte ne m'a pas conduit à un résultat essentiellement différent; mais j'ai essayé d'obtenir ce résultat par des moyens plus rigoureux et plus strictement philologiques.
Je transcris ici l'inscription entière telle que l'a donnée Westergaard, el en tenant compte du fac-similé et des lectures qui accompagnent le mémoire de M. Wilson. Je ne me servirai du caractère original que pour les cas où la lecture serait dou^euse.
1 . Dêvânàm piyê piyadasi râdjâ savapâsarhdânitcha pavadjitânitcha gharasidnitcha pûdjayati dânênaicha vividhâyatcha pûdjaya pûdjayati né \ i. na tu tathd dânamva pûdjéva Dévânafh piyu mafhnatê yathâ kitisâfavadhi asa savapâsartidânam sârayadhiiu bahavidhd j 3. tasa tasa tu idam mûlam ya vatchitutî kimti âtpapâsafhdapûdjdva parapâsamdagarahdva nô bhavé apakaranamhi lahakâva asa | Ii. tamhi tamhipi karané pûdjêtaydtu êva parapâsafhdd téna tanapi karanéna êvam kasim. [ou katarh] âtpapâsamdatcha vadhayati parapàsafiidasatcha apakarôti j 5. tadafhnathâ karôtô àtpapâsarhdaihtcha tchhanôti parapdsafiidasatchapi apakarôti yopi kd^hi
' Turnour, MahàivansOj X. I, chap. v, p. 23, 1. 5; nâma explique ce terme par nânàpâsandê , ce <jui ne Mahâvaihsa Uhâj p. 71 a; le commentaire de Mahâ- laisse, aucun doute sur la vraie. leçon.
762 APPENDICE. — rs°X.
âtpapâsamdafh pudjayali parapâsafhdafhva garahati j 6. sàva âtpapâsarhdàbhaliyâ kimli âtpapâsamdaih dipayéma ili sôva puna tatha karaiô âtpapâsamdafh hâdkataram upahanati ta' samavâyô êva sâdhu | 7. kiniti manamaihnasa dhammajh sunàdjatcha susumsératcha évafhhi Dévânam piyasa itchhâ kifhti sayapâsaihdâ bahasutâtcha asu. jkalânâgamâtcha osa | 8. yélcha tatâ tata pasafhnâ.téîn vatavyam Dévânam piyô nô tathâ dânamva pûdjava mamnaté yathâ kitisâravadhi osa savapâsaifidânafh hahakâtcha êtaya | g. athâ vyâpaiâ dhammamahâmâtâtcha ithâdjhakhamahâmâtâtcha vatchahhûmikâtcha aiiêva nikâyâ ayanUcha- êtasa phald ya âsu pâsurhdavadhùcha hôti dhafhmasatcha dîpanâ ^.
Sans m'arrêter à répéter ici les traductions de Prinsep et de M. Wilson , dont j'aurai d'ailleurs roccasion de discuter plusieurs points, je passe à Texposé de celle que m'ont fournie mes analyses. « Piyadasi, le roi chéri des Dêvas, honore toutes les croyances, ainsi que les mendiants et les maîtres de maison, soit par des aumônes, sôit par diverses marques de respect. Mais le roi chéri des Dêvas n'estime pas autant les aumônes et les marques de respect que l'augmentation de ce qui est l'essence de la renommée. Or, l'augmentation de ce qui est essentiel [en ce genre] pour toutes les croyances, est de plusieurs espèces; cependant le fonds en est pour, chacune d'elles la louange en paroles. H y a plus : on doit seulement honorer sa propre croyance, mais non blâmer celle des autres; il y aura ainsi peu de tort de produit. Il y a même telle et telle circonstance où la croyance des autres doit aussi être honorée; en agissant ainsi selon chacune de ces circonstances , on augmente sa propre croyance et on sert celle des autres. Celui qui agit autrement diminue sa propre croyance et fait tort aussi à celle des autres. L'homme , quel qu'il soit, qui honore sa propre croyance et blâme celle des autres , le tout par dévotion pour sa croyance, et bien plus, en disant : Mettons notre propre croyance en lumière , l'homme , dis-je , qui agit ainsi , ne fait que .nuire plus gravement à sa croyance propre. C'est pourquoi le bon accord seul est bien. Il y a plus; que les hommes écoutent et suivent avec soumission chacun la .loi -les uns des autres; car tel est le désir du roi chéri des Dêvas. Il y a plus; puissent [les hommes de] toutes les croyances abonder en savoir et prospérer en vertu! Et ceux qui ont foi à telle et telle religion, doivent répéter ceci : Le roi chéri des Dêvas n'estime pas autant les aumônes et les marques de respect que l'augmentation de ce qui est l'essence de la renommée et la multiplication de toute:» les croyances. A cet effet ont été établis des grands ministres de la loi et des grands ministres surveillants des femmes, ainsi que des inspecteurs des lieux secrets et d'autres corps d'agents. Et le fruit de cette institution, c'est que l'augmentation des religions ait promptement lieu, ainsi que la mise en lumière de la loi. »
Il ne peut exister aucun doute sur la signification de la première ligne. Prinsep, Wilson et Lassen^ l'entendent de la même inanière, et la rendent à peu près dans les termes que j'ai employés, sauf en ce qui touche, le mot pâsamdâni qui, selon l'ingénieuse hypothèse de M. Wilson, doit signifier «forme de religion, croyance ou profession de
' Copy of the Aioka inscripl. utGirnar, dans /oar/j. roy. asiaLSoc.ofGreat-Brilain,t.X.Ht p. aiS.etsuiv.
o/f/iciîonitaycw. Sac. n^V, avril 1843, à la fin; /ourn. * Indisché Alterthumskundc , t. If, p. 264, note 3.
i> foi ^. u-Gomnie M. Wilson, je. trouve très-clair le début de ce texte; seulement je lis gharastâni et non gharistârii, « les hommes dans l'état de maître de maison. » L'examen des deux 'fac-similé ne me paraît laisser aucun doute sur l'exactitude de ma lecture. Le monosyllabe qui termine la première ligne, ne, doit être une autre forme de la négation nd en pâli; il s'unit au na classique de la seconde ligne, non pour le contredire, mais pour le confirmer; sans doute l'auteur a voulu insister avec plus de force en disant : « non , «le roi chéri des Dévas n'estime pas autant, etc. » Je signalerai en outre dans celte phrase pûdjéva', qu'on s'attendrait à voir écrit pu^çmva, pour le sanscrit pâdj an i éva;je ne puis expliquer l'orthographe de notre inscription qu'en supposant que la désinence afh est tombée devant la conjonction éva, qui seule est restée.
Le mot important de la proposition commençant par jai/ia, « comme, autant que, » est kitisârdvadhî ; Prinsep le traduisait par « la vraie gloire, » en rapportant cette gloire au roi qui parle dans l'inscription. M. Wilson se débarrassant de kili, qu'il dit être écrit plus bas Aimfi, traduit le reste par «l'augmentation de la substance (de la religion).» Mais outre que l'existence de la conjonction kimti dans cette même inscription ne prouve rien contre celle de kiti, puisque ces deux mots se trouvent déjà ailleurs dans les édits de Delhi et d'Allahabad, je ne comprends pas pourquoi on ne traduirait pas littéralement le composé kitirsâra-vadhî par « l'augmentation de l'essence de la gloire , •> c'est-à-dire l'augmentation de ce qu'il y a d'essentiel pour la bonne renommée, pour la gloire, sans aucun doute des croyances diverses que le roi couvre de sa protection tolérante. Que dit en eiîet le roi Piyadasi? Qu'il honore toutes les croyances par des aumônes et par toute espèce de marques de respect. Mais ni'les aumônes ni les marques de respect n'ont à ses yeux autant de valeur que ce qui augmente tout ce qui contribue essentiellement à une bonne renommée. C'est ce que me paraissent exprimer très-nettement les trois ni ots yalhâkitisâravadhî osa, « comme serait l'augmentation de l'essence de la renommée. » Le mot sâra est employé en pâli, comme en sanscrit, avec cette signification générale dé « ce qui est es- « sentiel, » notamment par le Mahâvafhsa, à la fin du xxvi^ chiipilre, dans une stance où le coimposè pahtchagunayôgagahitàsâra signifie littéralement : « les résultats essentiels obtenus «par l'union avec les cinq qualités^, » sens qui paraît plus clairement encore dans cette expression : itchtchassa sâragahané matimâ ghalêyya, «en pensant ainsi, l'honmie doit « faire effort pour obtenir ce qu'il y a d'essentiel en cela. » Quant au sens général du composé. \\ n'est pas inutile de faire remarquer que, sans s'être entendus dans leurs explications qui ont paru à peu près en même temps, MM. Wilson et Lassen n'ont pas plus tenu compte l'un que l'autre du mot kiti, qui me paraît au contraire d'une importance réelle pour la suite de l'inscription , si toutefois j'en comprends bien la teneur. Lassen interprétant comme ses devanciers le commencement du texte, donne à sâravadht une signification en quelque sorte politique, et le traduit par « augmentation de puissance; » mais la version qui résulte de cette interprétation sera mieux placée tout à l'heure sur la lin de la seconde ligne où je compte l'examiner.
' On the Rock inscripl. etc. dans Joum. roy. asiàt. .^' Mahâxuanso, t. I, chap. xxvi, p. 161; Mahâ-
Soc. ofGreat-Britain, t. XIF, p. 217. varhSàtJhâ, f. !'%& a.
76i APPENDICE. — N'X.
Si. je ne me suis pas trompé sur la valeur de kitisùravadhi. nous n aurons plus à nous inquiéter du sens propre do sdrava'IIii, où M. Wiîson a bien fait de repousser la signification de .salut proposée par Prinsep. C'est le même mot que kitisdravailhi, moins Jiiii , mais s'y référant, sans aucun doute, et en reproduisant le fond et la partie la plus importante. En laissant de côté et à la fin de la phrase- précédente le mot asa, pour le pâli usa, <[ui est un aoriste avec le sens du subjonctif, et non le génitif du pronom ajafn, connue l'a cru M. Wilson, on a littéralement et sans forcer le sens d'aucun mot, «or >. i'uugmeniation de l'essentiel pour toutes les croyances est de plusieurs sortes, » est multiple; et non, aiiisi que l'a cru M. Wiîson, «ses encouragements pour l'augmentation de « la substance de toutes les croyances, sont multiples. « Je ne puis davantage admettre le sens proposé par I.assen, quoique j'avoue qu'il est plus près du texte que celui de M. Wilson. Lassen réunissant en une seule période les deux premières lignes de l'inscrip-. tion, on rend ainsi la fin : nicht aber versteht der gôttergeliebte Kônig die Gabé und die Verehrung so, dass etwa seine Kraftvermehrung aucb eine vielfâltige Kraftvermehrung aller Pùshanda werde. Celle interprétation ingénieuse repose en partie.sur l'opinion que asa se rapporte au roi , ce que j'ai dit plus haut ne pouvoir admettre, puisque je fais de ce mot un verbe à l'imparfait. . . ■
La troisième ligne commence par une courte phrase où je trouve ce .sens très-conséquent à ce qui précède, savoir : qu'il y a pour chaque croyance une base commune de ce qui contribue essentiellenuMit à l'augmentation de sa renommée; cette phrase se 1er- • mine à kiihti. M. Wilson, trouvant que les cinq syllabes qui précèdent kiniii ne sont pas en a])parence indispensables au sens, les omet complètement dans sa version, et réuni! en une seule période ce qui suit jus(ju'à nô hhavê; mais on conviendra que celte méthode ne saurait êtie sérieusement admise comme moyen d'interprétation. M. Wilson ne tient pas non plus conipte de la répétition du pronom iasa iasa, qui a un sens dislribulif et qui a certainement trait au savapâsanulânani précédent. Il s'agis.stiil à la fin de la seconde ligne de la multiplicité des moyens qu'ont toutes les croyances d'augmenter ce qui peut servir esscnlieilement à leur gloire; le roi nous dit maintenant, au commencement de la troisième ligne, ([ue pour chacune d(î ces croyances [tasa tasa), il y a un fondement commun, mûlaih., aux divers moyens d'augmenter leur renom. Ce fondement, il l'annonce parles deux pronoms idaiu ya, ])oiir ra/7), " cette base qui est..! " Mais quelle est cette base? Ici la dilViculté est très-grande; Prinsep lisait va tchacjiiti les quatre syllabes suivant ya; Wilson les corrige et lit va vignti. Après un exanjen attentif de la lithographie de Westergaard, je crois pouvoir lire valchiluti : l'embarras vient de ce que, dans les copies actuelles, le signe f\ (ju el le signe J^ lu sont très-dvfficiles à distinguer l'un de Fautre. Si l'on préfère la leçon (jali, on aura le sanscrit gupti, "faction de garder, de conserver; ■• mais vatchi ne donnei'a de sens que si l'on corrige la preinière voyelle pour avoir vâtchi, savoir ^J vâtchi, au lieu de ^^ vaichi du texte. Cette lecture donnera à ces deux mots le sens de « la retenue dans le langage « et pour toute la phrase, la traduction suivante : - X cependant le fonds en est pour chacune d'elles la retenue dans le langage. » J'ajoute que celte version s'accommoderait parfaitement avbc l'ensemble de l'inscription et particuliè-
rement avec la phrase suivante, où le roi recommande de ne pas exalter sa propre croyance et de ne pas injurier non plus celle des autres. J'aurais même adopté cette interprétation de préférence à celle que j'ai admise, si j'avais pu me convaincre que les l'ac-simile portenl giiti ; c'est. tuii que j'y lis à ne pas m'y méprendre, et alors j'arrive directement au sanscrit stali, «la louange. » Ici, comme pour la lecture ])récédente, le changement de vatchi en vâtchi est également nécessaire, et le sens général devient celui-ci : •■ cependant le fonds I en est, pour chacune d'elles, la louange en paroles, » le roi voulant dire qu'en vain distribuera- 1-il des aumônes aux. hommes des diverses croyances, en vain leur donnera-t-il des marques de respect, rien de tout cela ne servira à augmenter ce qui contribue essentiellement à leur gloire, comme ce qui en est le fonds, savoir : « la Iquange en paroles, >■ ou les louanges que les discours des honmies répètent en l'honneur des i-eligions que rend respectables la conduite de leurs sectateurs.
C'est à M. Wilson qu'-on doit la véritable interprétation du mot âtpafidsamdu, qui commence la phrase suivante après kimti, el qui joue un rôle considérable c^ans tout le cours de l'inscription. Prinsep voyait dans ce terme, « les hérétiques convertis, >■ et Lassen , « les " amis >> opposés à para « les étrangers, les ennemis; » Wilson le traduit par « la croyance « personnelle. » Je ne suis cependant pas convaincu qu'il ait raison de lire âtta le mot. qui est visiblement écrit sur les fac-similé \\-[j âtpa; mais remarquant, comme je l'ai déjà dit, que le Q tpâ de nos inscriptions répond au sanscrit tvâ, j'aime mieux lire utpa, que je prends ici pour âtnia, ainsi que je l'ai déjà fait observer plus haut^ Cette remarque toutefois ne porte que sur la forme; M. Wilson n'en a pas moins parfaitement raison de voir dans ce mot ambigu le substitut populaire du classique âtman.
J'ai dit que lu valeur assignée par M. Wilson au terme âipapdsamda jetait la plus grande lumière sur toute l'inscription; c'est ce dont se convaincra le lecteur à mesure que nous avancerons Et d'abord, elle met hors de doute l'interprétation de la phrase commençant à kifkii'el se terminant à nci bhavé. Je n'adopte ceperrdant pas la traduction proposée par M. Wilson : « respect pour sa propre foi, et absence de blâme ou d'injure pour celle des « autres ; » d'abord , parce qu'il lie à tort cette sorte d'apposition à la phrase précédente dont je la crois détachée; ensuite, parce qu'il y englobe trois mots, ceux qui terminent la ligne troisième et qui , selon moi, doivent en rester séparés. Le texte, si je ne me trompe, ne peut avoir d'autre sens que celui-ci : « Il y a plus; on doit seulement honorer sa propre « croyance, mais non blâmer celle des autres. » La fin de la phrase, parapâsamdacjarahâvu nô bhavé, « que le blâme même de ia croyance des autres n'ait pas lieu, » détermine nettement la valeur du terme qui pi'écède , « le respect seulement de sa propre croyance; » tout ici roule sur la valeur limitative de va pour êva, conjonction qui dispense de l'emploi d'un verbe.
Les trois mots qui se lisent à la fin de la troisième ligne ne font pas plus difficulté pour moi, quoiqu'ils olfrent un terme d'une irrégularité presque barbare. J'ai déjà dit que M. Wilson les réunissait à la proposition quejcA'iens d'expliquer, bien à tort, certainement, puisque apakaranamhi, « dans l'injure, » est un locatif, tandis que p'uljâ et garahd sont des
' Ci-dessus, S i, p. 660.
nominatifs, et'secondement, puisque cette réunion conduit tout simplement M. Wilson à supprimer 7afe.afeava, le seul mot difficile du passage. Quelque hardie que puisse paraître mon explication , je prends lahahâva, que je divise en lahakâ et -va, pour. un dérivé anomal de lahu pour laghu, « léger, peu abondant. » Je suppose que ce mot se présente comme l'opposé de hahahâtcha, que nous trouverons a la fin de la huitième ligne et qui est aussi peu régulièrement tiré de baha, pour bahu. C'est surtout la vraisemblance du sens résultant de cette explication qui me le fait adopter. Je propose donc de traduire /a/iafta par « légèreté, manque d'abondance, » comme je proposerai de traduire iahakâ par « poids, « abondance , »- d'où je tire pour la phrase ce sens littéral , « dans le tort peu d'abondance il "Y aurait, » et plus clairement, «il y aura ainsi peu de tort de produit.» En eEFet, si chacun se contente d'honorer sa propre croyance, sans blâmer celle des autres, on ne fera de tort à personne; et chacun se conduisant ainsi, on n'entendra plus dans le monde que ce concert de louanges , qui , selon mon interprétation , fait le fonds de la bonne renommée que le roi Piyadasi souhaite à toutes les religions.
La "quatrième ligne commence par une proposition qui se termine à téna exclusivement. Je lis ici autrement que Prinsep et Wilson un naot qui; sous celte forme nouvelle, donne un sens tout différent à la phrase. Après iamhi lamhi, mes devanciers trouvent pakarané, que M. Wilson identifie avec le sanscrit prakarané, «de la manière, » le tout signifiant « de telle et telle manière. » Mais si l'on examine attentivement la lithographie de Westergaard, on découvre à la partie supérieure du \j pa une légère déviation de la ligne droite qui doit représenter la voyelle i, comme en [J pi: Je lis donc tamhi tamhipi karanê, « même dans tel et tel cas. » Le reste de la phrase va de soi-même; pûdjêtayâ tu signifie certainement « doit être honorée cependant , « mot où nous trouvons une fois encore le suffixe taya correspondant au sanscrit tavya. Les deux derniers mots êvaparapâsafhdâ signifient « la croyance des autres aussi. » La réunion de ces analyses donne ce sens^ littéral : « cependant même en telle et telle circonstance la croyance des autres aussi doit être ho- « norée. » Cette proposition s'adapte parfaitement à celle qui précède : le roi venait de dire qu'il fallait se contenter d'honorer sa propre croyance et qu'on devait se garder d'attaquer celle des autres. Il va plus loin dans le présent texte, en annonçant qu'il y a des cas où l'on doit des marques de respect , même à la religion des autres. Cette déclaration , ins-pirée par la plus haute tolérance, s'accorde très-bien, non-seulement avec ce qui précède, mais encore avec un autre conseil que le roi va donner à ses sujets au commencement de la septième ligne. M. Wilson traduit ce passage comme il suit : « Qu'il soit témoi- « gné du respect selon les divers modes appropriés aux différences de religion. » On voit que ma version n'est pas très-éloignée de la sienne, si l'on se contente de placer en regard l'une de l'autre les deux traductions isolées du reste de l'inscription. La différence cependant devient, considérable , si l'on rétablit la phrase au point même qu'elle occupe dans l'ensemble du texte.
La Ifgne que nous examinons est terminée par une proposition- qui forme un tout complet. Le sens en est très-clair, et il n'a pas échappé à M. Wilson. Il y parait cependant un mot difficile et quelques formes incorrectes, qui sont probablement dues à l'inattention du
jjraveur. Après téiia, les fac-similé. nous donnent tanapi qu'il faut cerlamejnent renipiacer par tênapi; lisant karanéna, je traduis le tout : « selon telle et telle circonstance. » A la suite de évam vient un mot qui semble être écrit kasim, et que M. Wilson lit katam. Cette lecture donne un sens très-satisfaisant, quoique peut-être un peu forcé, «ce qui est fait 'I ainsi selon telle et telle circonstance. » J'ai cependant cru devoir conserver dans ma transcription la lecture de kasiiîi , pour le cas où l'on viendrait à y découvrir quelque forme de pai'ticipe adverbial répondant au sanscrit krïtvâ. On ne peut penser en effet à un aoriste pâli comme akâsim, «je fis, » parce que les verbes qui suivent sont à la 3^ personne et non à la i". Quelque incertitude qui puisse rester encore sur la forme, il n'est pas douteux que le passage entier ne doive se traduire : « en agissant ainsi, selon chacune « de ces circonstances,, on fait croître sa propre religion, » âtpapâsafhdatcha vadhayati, où un anusvâra est omis à tort à la fin de pâsamda, « et on sert celle des autres, » parapâsaihdasatcha upakarôti. C'est de cette manière que M. Wilson entend ces quatre derniers mots auxquels les Pandits de Prinsep n'avaient rien compris.
La cinquième ligne s'ouvre par une phrase qui finit à jdpz exclusivement. Cette phrase continue le sujet précédent, et l'exemplifie par la déclaration de ce qui arrive, quand on ne suit pas le conseil de la tolérance religieuse. Si, en honorant la religion des autres, on augmente le crédit de la sienne, en même temps qu'on sert celle des autres, on arrive exactement au résultat contraire en tenant une conduite opposée, c'est-à-dire, ainsi que nous le verrons tout à l'heure, en honorant exclusivement sa religion , et en blâmant celle des autres. C'est là le sens même adopté par M. Wilson, et il est juste de reconnaître que Prinsep y a contribué par quelques bonnes déterminations. Je remarquerai seulement qu'après tadamhatliâ , « autrement que cela, » Prinsep et Wilson lisent karôti « il fait, » ce qui laisse. la phrase sans sujet, et produit une incorrection grave. Mais sur le fac-similé de Westergaard, on trouve Aardid, qu'avec une correction très-légère , l'addition d'un anusvâra devant tô, on ramènerait au participe présent pâli karontô, « faisant, celui qui fait. » Cette correction indispensable s'harmonise parfaitement avec la phrase toute entière, et nous donne le moyen de l'expliquer sûrement ainsi : tadafhhathâ karontô, « celui qui agi' o autrement que cela, » âtpapâsamdafhtcfia tchhanôti, « anaoindrit sa propre croyance, » où Wilson approuve Prinsep d'identifier tchhanôti avec le sanscrit kchanôti, et pattipâsanidasatckapi apakaroii, « fait tort aussi à celle des autres'. »
A partir deyôpi, au milieu de la ligne cinquième, commence une proposition qui offre quelque difficulté, non en ce qui touche chacun des mots pris à part, mais parla manière, dont sont disposées les parties qui la composent. C'est une grande période dont le début s'étend jusqu'au milieu de la sixième ligne , et dont la seconde partie commence avec sôvade cette même ligne, pour s'arrêter au verbe upahanati. M. Wilson a bien saisi cette disposition générale, et il a vendu la période toute entière conformément au sens de l'inscription , sauf en Un point encore un peu obscur pour moi , mais où il me parait qu'il s'est trompé. Nous ne nous arrêterons pas aux six premiers mots qui terminent la cinquième ligne : en lisant kôtchi au lieu dé kâtcki, légère faute de copiste, on a ce sens • Lassen, Instit. ling. priacrii. p. 268.
littéral : « l'homme quel qu'il soit, qui honore sa propre religion [et] blâme même celle " des autres ; » c'est le sens qui résulte de l'analyse précédemment faite de chacun de ces termes, qui ont déjà pjaru dans l'inscription. La difficulté commence avec la sixième ligne, et avec les trois mots sdva àtpapâsafhda hhatiyâ. M. Wilson les rattache intimement à la proposition qui. suit kirhii , en les faisant rentrer dans la phrase guillemettée par iti, et en les considérant comme des paroles prononcées par des hommes dévoués avec exagération à la gloire de leur propre croyance, de cotte manière : «disant, ayant « étendu à tous notre propre religion. » Pour justifier cette traduction, on ne trouve que sava 1 tout, » et âipapâsamda , " propre croyance; » le dernier mot, hhatiyà, reste inexpliqué. Selon moi, ce doit être l'instrumental de bhati, pour hhakti, et bhatiyâ représente le sanscrit hhaktyâ, « avec dévotion. » Ce terme est uni en composition avec âtpapâsamda, de cette manière : « par dévotion pour sa propre foi. ■> 11 y a lieu de croire que sava ,' quoique ne portant aucune désinence , est détaché des deux termes que je viens d'expliqiier ; mais il est certain qu'il fait difficulté ici. En supposant l'omission d'un anasvâra, on lirait sàvnm « tout, » et on traduir-ait, « le tout par dévotion pour sa propre croyance, » Je ne me dissimule cependant pas ce que cette explication a d'un peu forcé et d'un peu moderne en apparence; mais je n'ai pu rien faire autre chose de ce malencontreux sava, et j'ai mieux. aimé le traduire ainsi que de l'omettre. Pour en tirer un sens plus facile, il faudrait changea le texte et lire sôva, au lieu de sava. On traduirait alors, « lui-même par dévotion pour sa « propre croyance, « et on aurait comme une sorte de parenthèse intercalée entre le commencement et la fin de la. période; mais l'ensemble du discours n'y gagnerait pas beaucoup en clarté.
Il n'y a pas de doute possible sur la valeur des quatre mots qui suivent; M. WilsOn les à parfaitepient rendus par « répandons la lumière de notre propre foi ; » c'est i^ne petite phrase que le roi met dans la bouche de ceux qu'il représente comme animési du désir d'honorer leur propre croyance, en blâmant celle des autres. Je crois qu'avec le sens que j'attribue au mot bhatiyâ, cette phrase se rattache mieux encore à ce qui la précède. Ce qui suit, sôva pana tatha karatô, où je suppose qu'il faut lire tathâ et karômtô, quoique M. Wdson écrive toujours karôti, est le commencement de la seconde partie de la période qui signifie littéralement : « celui-là même de nouveau ainsi agissant. » C'est le rajppel et le terme corrélatif du sujet yôpi kôtchi, et puna n'y doit pas signifier « de nouveau., « mais il doit répondre à notre dis-je français. Le roi , après avoir décrit avec quelque détail ce que fait le sectaire intolérant qui croit augmenter la gloire de sa religion en blâmant celle des autres, sent le besoin, pour rattacher plus, sûrement la fin de sa période au commencement, d'en rappeler le sujet avec un peu plus de force que par le seul pronom sôva, « celui-là même, » et il s'exprime ainsi : « celui-là même, dis-je, agissant ainsi. » Le résultat qu'un tel homme obtient de cette conduite est exprimé par les trois mots âtpapâsafhdam bâdhataram upakanati, « il détruit plus fortement sa propre croyance. » M. Wilson traduisait ainsi : <■ il jette des difficultés dans la voie de sa. propre croyance; » mais cette traduction qui repose sur la supposition que bâdhataram vient du sanscrit, hâdh pris dans le sens de « faire obstacle , » pourrait difficilement se soutenir, car elle omet complètement le
verbe upahanati, qui ne peut signifier autre chose que « il détruit. » Selon moi , bâdhaturum est le comparatif du mot bâdha, «- abondant, excessif, « employé adverbialement, de cette manière, « plus fortement, plus abondamment. » Quand on a sous la main bddha, qui est aussi classique que populaire , il me paraît inutile de s'adresser à un autre radical, dont le moindre inconvénient est de rendre peu explicable l'orthographe du bâdkatarurh de l'inscription.
Les trois mots qui terminent la sixième ligne ont paru à M. Wilson un des passages les plus embarrassants du texte (very perplexing), et quc^qu'il ne consente pas à reconnaître l'exactitude de la version de Prinsep, il .déclare qu'il n'est pas aisé de deviner ce que signifie la phrase. Prinsep traduisait : « un tel acte dans toute son étendue et son bien- « être, a à quoi M. Wilson substitue ceci : « cette conduite , qui est la sienne, ne peut être « bonne. » Certainement , si l'on divise comme on a fait la fin dé la ligne tasa ma vdyô évn sddhu, il sera difficile de tirer quelque. chose de clair de ces fragments de mots. Mais si, lisant tout d'un trait avec la lithographie de Westergaard qui ne divise pas, tasamavâyô êvasâdhu, on se liaisse guider par cette espèce d'instinct, qui n'est au fond que le jsouvenir des mots d'une langue «qu'on pratique, on tombera sur ces coupes naturelles : tasamavâyô êva sâdiia. Le premier mot peut être à son tour divisé de deux façons; ou bien ta en sera détaché, ou il y restera uÈi. S'il est détaché, il représentera le pâli iam, moins Vanusvâra final que nous savons manquer fréquemment, dans le dialecte de nos inscriptions, à la fin des pronoms ta et ya, pour iam et yafk. Et comme le tafh pâîi est employé de la même manière que le tat sanscrit , quand il sert de conjonction , et avec le sens de « c'est « pourquoi, » le ta, séparé du mot suivant, ouvrira une proposition nouvelle, et se traduira, » aussi, c'est pourquoi. »Si l'on aime mieux le laisser joint à ce mot, qui est écvil samavâyô, ce sera toujours une formé pronominale; mais cette forme, unie en composition avec le terme suivant et représentant le thème absolu du sanscrit tat, devra se rapporter, soit aux âtpapâsamda, soit aux parapâsamda , soit à ces deux ordres de croyants à la fois. De ces deux suppositions, la première me parait la plus vraisemblable; car c'est une circonstance" digne d'être remarquée, que le style haché de ces inscriptions ne laisse presque aucune phrase sans l'accompagner de quelque conjonction qui lalie à ce qui précède. Maintenant , samavâyô nous conduit directement au sanscrit samayâyah ; et ce n'est sans douté pas trop forcer la signification de ce terme , qui a le plus souvent la valeur logique de « connexion, rapport intime, » que de l'envisager sous le point de vue moral, et de le traduire par «accord, harmonie.» Cette interprétation donne ce sens très-satisfaisant, « c'est pourquoi le bon accord seul est, bien. » Cette déclaration se lie parfaitement avec les préclêdentes , et elle ajoute un trait de plus, à ia pensée de tolérance que Piyadasi développe dans tout le cours de son édit.
La ligne septième est claire dans son ensemble, quoiqu'elle offre quelques formes d'une explication difficile. Elle se compose de trois courtes propositions dont la première est kifhti manamamnasa dhafhmam sanâdjatcha siisurnsératcha. M. Wilson a déjà remarqué que si l'on pouvait -se débarrasser du m qui commence le mot manamamnasa, on lirait anamafahoM, « l'un de l'autre. » Je crois cette remarque très -fondée; seulement je serais bien
770 APPENDICE —ÎS"X.
près d'admettre que ce m initial a été ajouté euplioniquementpourfavoriser la rencontre des deux mots kimti et ananiamnasa ; Clough nous apprend que l'insertion de cette lettre a quelquefois lieu en pâli dans de pareilles circonstances. M. Wiison a rendit cette phrase ainsi : « le devoir d'une personne consiste dans le respect et le service des autres. » Je ne crois pas que cette interprétation puisse se soutenir, et voici les raisons de celle que je préfère. Je constate d'abord que le mot anamamnasa suppose deux termes , deux sujets rapprochés l'un de l'autre , et placés l'un à l'égard de l'autre dans un rapport mutuel. Ces deux sujets doivent être sans doute ceux qui paraissent constamment dans le cours de l'édit, les âtpapâsamda et les parapdsamda. Celte dualité de sujets devra décider du nombre sous lequel paraîtra le verbe, s'il y en a un en effet dans la phrase; et comme il n'y a pas d'apparence que le dialecte de nos inscriptions possède plus le duel que le dialecte pâli, le verbe sera au pluriel. Or c'est exactement à ce nombre que je trouve la forme verbale susumsératcha, qui termine notre proposition. Avec sa désinence éra, susumséra{.c]uquc\ il faut détacher la conjonction tcha) , rappelle le potenflel pâli moyen , 3^ pers. plur. de sasuihsa, « désirer d'entendre, » puis, « obéir, obtempérer à. » En pâli, ce verbe serait susasérani; l'orthographe de -l'inscription susumséra donnerait à croire que Vanasvâra a été fautivement déplacé par le graveur, si l'on ne se rappelait qu'en pâli même, comme dans le pràcrit des drames indiens, une nasale s'insère aisément devant une. sifflante, surtout quand un r placé dans le voisinage de cette sifflante a été supprimé. Ainsi le sanscrit çuçrûch a été traité, par le dialecte de nos inscriptions, comme Test açru, «larme, » par le prâcrit, qui en fait amsu^.
I^a forme de susunisératcha une fois constatée, » et qu'ils obéissent, » il est évident que le mot sanâdjatcha doit être également un verbe au pluriel , et probablement au même temps. Sans doute M. 'W^ilson a eu raison de contester que sunâdja puisse jaiuais représenter le sanscrit çrujafdni; comme le voulait Prinsep; mais je ne croîs pas qu'il ait été plus heureux en faisant de ce mot l'instrumental de sanati, nom substantif signifiant « révérence, «respect..» A mes yeux, le mot sunâdja est, sous sa forme actuelle, inexplicable; mais je n'en suis pas moins convaincu que c'est un verbe signifiant « qu'ils écoutent. » Je doute même que le mot soit correctement lu , et j6 soupçonne le dja final de n'être qu'une figure altérée du ra qui, sur les lithographies de Westergaaiid et de Jacob, est souvent très-contourné et quelquefois même peu reconnaissable. Peut-être un examen nouveau du monument pei'mettra-t-il de retrouver sanêra sous le sunâdja actuel "2. Quant à présent, c'est conformément à cette supposition que je traduis, et je trouve pour toute la phrase le sens suivant : «Il y a plus; qu'ils écoutent et suivent avec soumission chacun la loi les uns « des autres. » J'ai mis « les hommes -^ dans ma: version suivie; mais il est bien évident qu'il
' Lassen, Instil. ling. pracrit. p. 253. subjonctif pâli, 3* pers.pl. en êyyum. Il faudraitalors
"^ Il y aurait encore un moyen moins violent d'ex- supposer que le graveur a écrit sunêdja, pour le srni-
pliquer la forme sunâdja, il faudrait cependant mo- à^yuih d'un dialecte voisin. Ce temps signifierait
diCer toujours la lecture. Si au lieu de dja, on lisait «qu'ils entendent,» et rien ne serait change à la
ijn, cette désinence dju serait la transformation d'une traduction. Sur la transformation de^ en djdj, voyez
forme primitive portantun^, commelad^sinençedu "Lassen, /nifit. Zina. pracrif. p. i6o.
faut entendre ici les hommes des diverses croyances que le roi convie à la plus haute preuve de tolérance qu'ils puissent donner, puisqu'après les avoir avertis qu'ils doivent se contenter d'honorer leur foi, sans attaquer celle des autres, il leur apprend qu'il y a même des circonstances où la religion. des autres est aussi un objet digne de leurs respects, que l'honorer leur, est aussi profitable à eux-mêmes qu'aux autres, que le bon accord entre les diverses croyances est seul ce qu'il y a de bien, et qu'enfin il expiime le désir qu'ils consentent mutuellement à prêter une oreille docile aux prescriptions de la Joi de leur prochain.
Rien n'est plus clair que les quatre mots suivants, évafhhi Dêvânarh piyasa itchhâ, « car « tel est le désir, du roi chéri des Dêvas.» Cela termine l'énumération des vœux que vient d'exprimer Piyadasi. La suite ne présenterait pas plus d'incertitude , si MM. Wilson et Lassea n'avaient pas , à l'occasion de ce texte, mis en avant une conjecture plus ingénieuse, à nion avis, .que fondée. Elle roule sur les deux mots hahusutâtcha et kalânâgamâtcha, mots où M. Wilson reproche à^Prinsep de ne pas avoir reconnu les deux termes sacramentels, suta, « axiome, » et âgama, « livré religieux. » De cette détermination, que Lassen a également admise de. son"- côté ^, il résulte pour M. Wilson la traduction suivante : « car dans « toutes les religions, il y a beaucoup d'écritures (Suira) et beaucoup de textes sacrés {Âga- « ma). » Cette traduction a un double inconvénient; elle omet complètement le terme de kimti, qui n'est jamai&inuHle, à ma connaissance du moins, dans les inscriptions de Piyadasi; ensuite, elle se lié moins bien à l'ensemble de l'édit que la version qui résulte des mots de la phrase pris dans leur sens ordinaire. En effet, en rétablissant kimti et en prenant <ua au sen& du subjonctif , sens qu'a l'imparfait du verbe as dans toutes les phrases commençant par kiihti, on devrait traduire : « il y a plus; que toutes les croyances aient « beaucoup de Sutas, qu'elles aient de saints Agamas. » Ou je me trompe fort, ou ce vœu que le roi exprime de voir se multiplier les livres sacrés de chaque croyance, quelque bienveillance qu'il indique en faveur de ces croyances diverses, ne me semble pas répondre assez directement à l'idée principale de l'inscription. Quelle est en effet la pensée qu'a développée le roi pendant tout le cours de son édit.'' Que la renommée des diverses croyances puisse croître dans ce qu'elle a d'essentiel. La tolérance lui a paru le premier et capital élément d'un bon renona. Il a insisté sur ce mérite en en montrant les avantages. Maintenant, il souhaite à tous les sectaires. le savoir et la vertu , en désirant qu'ils soient hahusutu, . «abondants en savoir, » pour le sanscrit hahuçratâk, « ayant beaucoup appris, » et kaîdnâgamâ, « ayant une accession de vertu, » ■çonv kalyânâgamâh, «ayant des profits de vertu. ■ Cette interprétation très-naturelle me paraît aussi aisément justifiable en logique qu'en gramnfifiire.
Je voudrais être aussi sûr de ce qui suit; mais, dans ce genre d'études, il est plus aisé de critiquer les opinions des autres que de leur en substituer de meilleures. Des six mots qui ouvrent la ligne huitième, M. Wilson rattache les trois premiers à la phrase que je viens d'expliquer, et omet le dernier.Selon lui, yêtcha se rapporte aux livres sacrés dont il.adnaet qu'il est parié dans la proposition précédente, et pasafhnâ té ne
' Indischi Alterihttmskuhde,t. Il, p. 264-
forme qu'un mot qu'il traduit par « au moyeu de [nia] faveur, » en se référant au sanscrit prasannât. Ces analyses lui donnent le sens suivant pour toute la phrase : « livres qui doivent « être à l'avenir suivis sous ma protection. » Mais je ne crois pas qu'il soit possible de faire un mot unique de pasafhnâ et de té; cette réunion laisse isolé hi, qui ne commence jamais une proposition et qui appartient à té, têki, « par eux; » et dans le fait, têhi est le complément indirect de valavyam, « il doit être dit par eux. » Quels sont ceux péU" qui doit être dite la déclaration que nous allons voir reproduite tout à l'heure? Ceux-là même qui sont annoncés par le pronom relatif j^fcAa, • et ceux qui. » A ces personnes se rapporte, sans aucun doute; le participe pasafhnâ, « bienveillants, favorables,, ayant de la foi pour. » Et ce pourquoi ces personnes ont de la foi est exprimé vaguement par taidtata, qu'il serait plus régulier de lire tata tata, ,en sanscrit tatra tatra, de sorte que les quatre mots réunie signifient littéralement, « et ceux qui ont de la foi de tel et tel côté, » et la phrase entière, « et ceux qui ont. foi en telle et telle doctrine, par ceux-là il doit être dit : le roi chéri des « Dêvas n'estime pas autant les aumônes et les marques de respect que l'augmentation de « ce qui est l'essentiel de la renonmiée. » ■
La répétition de cette déclaration , base de i'édit , répétition qui , selon l'interprétation de M. Wilson, n'a aucun motif apparent, vient , selon ma version nouvelle, du désir «qu'exprime le roi de voir cette déclaration dans la bouche des diverses sectes qu'il invite aune tolérance mutuelle. Après avoir exprimé le vœu qu'ils soient tous riches en science et eijl vertu, il les invite à se rappeler la déclaration qu'il a faite lui-même, afin de se coiifiimer dans les sentiments élevés qu'elle résunie. Voilà du moins comme je crois pouvoir entendre ce texte; mais j'avoue que mon interprétation ajoute peu à l'ensemble des idées de cette inscription, d'ailleurs si bien remplie; et je ne serais pas étonné ou qu'un nouvel examen du monument lui-même, ou que le rapprochement futur de quelque texte analogue vînt déranger ces combinaisons , que quelques lecteurs trouveront peut-être un peu artificielles. Il faudrait, par exemple , vérifier si pasarhnâ, où je reconnais le sanscrit prasanna, ne cache pas quelque altération d'une forme dérivée du radical prïtchh, « inter- » roger. » Enfin j'aimerais mieux rencontrer une proposition comme të hi vatavyê, « car ii « faut leur dire, » que de conserver la leçon actuelle iêhi vatavyam; cai- la répétition de la déclaration royale se comprendra toujours mieux dans la bouche du roi son auteur, que dans celle de ses sujets auxquels elle est adressée.
Cette déclarfition d'ailleurs, dans quelque bouche qu'on la mette, est augmentée à Ia (in de la ligne huitième de deux termes, savapâsamdânam hahakâtcha, dont M. Wiison traduit justement , selon moi , le second par « dissémination. » En effet hahuM, ainsi que je l'ai dit plus haut, est un substantif de même formation que lahakâ;}e le rends donc par « la multiplication. » Je ne crois cependant pas qu'on" puisse réunir -ces mots aux deux suivants, étâya alhâ, comme paraît le faire M. Wilson; le icha s'y oppose formellement. Les mots « et la multiplication de toutes les croyances , » suivent et terminent la déclaration .oyale; il ne peut exister sur ce point aucun cloute.
Prinsep et Wilson sont à peu près d'accord sur le sens général de la première des deoix propositions qui remplissent la ligne neuvième et terminent l'inscription ; mais la version
de M. Wilson est plus exacte quant aux détails.- C'est certainement par suite de l'inattention du graveur qu'au commencement de la ligne g, on lit athà, au lieu de athâya; avec cette correction, le commencement de la phrase procède ainsi : « Pour cet objet ont été établis « et des grands ministres de la loi. » Dans le.terme suivant que je" lis ithâdjhakhamahâmâtâ , quoique j'ignore pourquoi le 0!- thâ porte deux fois l'une sur l'autre deux figures de l'a long 0:, M. Wilson a bien reconnu l'ahération du pâli itthi, pour le sanscrit siri, «fename; » mais il n'a pas. poussé assez loin son analyse, et n'a pas vu que les deux syilabeS djhakhà devaient être les restes du sanscrit adkyakcka, « surveillant, » de sorte que le mot composé tout entier signifie : « des grands ministres chargés de surveiller les « femmes. »
Je suis beaucoup moins assuré du sens du mot qui suit, et j'ai longtemps tésité si j'exposerais celui qu'il me paraît avoir: 'nais quelque. inattendue que soit ici la présence des agents dont parle Tédit, ce n'est pas ie seul passage de nos inscriptions où il en soit question. En deux mots , valcha me parait être le pâli vatcha, représentant du sanscrit vartchas, en laXin fœces , et hhâniikâ (ici au pluriel), estun adjectif dérivé de &7iùmi, « terre, « endroit, » savoir, « ceux qui ont l'inspection des endroits secrets. » J'avoue que M. Wilson avait mis la main sur une interprétation beaucoup pi us^ décente, en voyant dans ce mot valsabkâmika, « siège de tendresse., » et, par extension , « des officiers de compassion. » Mais ce sens né va guère avec l'autre passage que je vais citer, et il n'offre pas une traduction suffisamment claire. En effet, dans le sixième édit de Girnar, qui, à la différence de celui qui nous occupe., est répété à Dhauli et à Kapur-di-giri, le roi établit des paiivêdakâ, ou des espèces d'inspecteurs ou d'espions, chargés de lui rapporter.ee qui se passe et de venir le chercher en tout temps et dans quelque endroit qu'il se trouve, ôrôdhanamhi, « soit « dans le palais fermé par une enceinte , » galhâgâramhi, « soit dans les appartements in- « térieurs ou dans le gynécée, » vatchamhi, « dans l'endroit secret, » ou, selon M. Wilson, «pendant lin entretien,» vinitamki, n dans le lieu de retraite religieuse,» plutôt que, d'après M. Wilson , « pendant les échanges de courtoisie, » uyânésUt • dans les jardins ^. » Si la Vraisemblance du sens que j'attribue ici à vatchamhi, qu'oh trouve écrit vatchasi (sanser. vartchasi) à Kapur-di-giri , résulte de l'ensemble des termes qui l'accompagnent, cette vraisemblance s'étend aussi au composé vatchabhdmikâ , où. l'on trouverait seuleiuent l'une de ces deux significations,.!'' « la demeure du langage, » comme le propose M. Wils'On pour vatchamhi pris séparément, 2° « la terre de l'éclat, » en donnant à vatcha, pàur vartchas, son autre sens classique.
Quelque inattendue que Soit ''''nterprélation que je propose, j'en trouve cependant la justification dans un passage du Mahâvaihsa, où le mot vatchtcha a -certainementle sens que je vois ici. Lorsque cet oiivrage décrit la fondation d'Anuràdhapura , il nous apprend que lejroi PÛRdukâbhaya y institua entre autres gardes", un corps de deux cents Tchandâlas, nommés Vatchtchasôdhakê\ Le commentaire remplace ce terme par celui de pupphh tchhaddaké^ qui, selon Ciough.est employé en singhalais pour désigner « l'homme
' Joum. of the ray. asiat. Soc. of Great-Britaia, * Mahdwanso, 1. 1," ch. x,.p. 66.
t. XJI, p. igoet igS. ^ Mahâvaihsa tîkâ,î. loi 6.
« chargé de balayer les fleurs fanées ' ; » mais- il est à peu près certain que ee terme a une significalion beaucoup plus étendue , puisque Turnour le traduit par te mot anglais nightman, sur là signification duquel je n'ai pas besoin d'insister. Il résulte deJà que valch tchasodhakê signifie « ceux, qui nettoient les ordures. »
Je ne puis déterminer ayecj)lus de précision ce que le texte entend par. an^ua {anétcha?} nikâyâ, « et d'autres corps, » mais je crois que M. Wilson a bien raison de traduire ces mots par « et d'autres officiers; » je le rends d'une manière non moins générale par « et d'autres « corps d'agents. » La fin de la neuvième ligne et la conclusion de l'inscription est heureusement beaucoup plus claire, et je n'ai aucune observation à présenter sur la traduction •de M. Wiison, si ce n'est qu'il a omis le mot âsn, «rapidementi promptement. » Je remarqu^en outre qu'il faut certainement lire phalàrh, au lieii de phala.de l'inscription. Nous sommes sulïisamment préparés, par les analyses précédentes, à la suppression d'une nasarfe finale , quelque nécessaire qu'elle soit grammaticalement. .