S 7. SUR LES INSCRIPTIONS DES GROTTES PRES DE BUDDHA GAY
Parmi les monuments qui ont mis le plus brillamment' en relief la rare sdgaeité de J. Prinâep, il faut placer au premier rang les inscriptions buddhiques gravées sur les parois des belles grottes creusées dans les montagnes voisines de Buddha Gayâ. Grâce à l'application heureuse de son système de déchiffrement, il y découvrit la mention d'un roi Buddhiste du nom de Daçaratha, dont il fit le second successeur du grand monarque Arôka, en s'autofisant du témoignage de Paràçarav reproduit par Çridhara svàmin^. Quoique jiisqu'ici on n'ait pu, faute de documents analogues, tirer de cette inscription d'autres conséquences que celles qu'en a déduites J. Prinsep , l'inscription eile-niéme n'en mérite pas moins une attention particulière, et il importe que la critique soit fixée, autant que cela est actuellement possible, sur sa véritable signification. Elle nous fournit,. d'ailleurs, une occasion excellente de montrer combien il est toujours nécessaire de vérifier sur les monuments les copies des inscriptions qu^on a lieu de croire relevées avec te plus de soin, et de rendre ainsi hommage au zèle et à l'habileté d'un des collaborateurs et successeurs de Prinsep , le capitaine Markam Kittoe.
Nous devons en effet à cet officier plein de talent une révision , attentive des inscriptions déchiffrées par Prinsep, révision qui lui a fait découvrir des fragments nouveaux que n'avaient pas aperçu les précédents voyageurs^. Les copies qui en sont le résult-at nous fournissent le moyen d'éclaircir divers points restés obscurs pour Prinsep, ou imparfaitement expliqués par lui. Quelques xemarques suffiront pour montrer la supériorité des copies du capitaine Kittoe sur celles que Prinsep avait eues à sa disposition.
Des six inscriptions relevées par M. Kittoe, deux, lès n"' 5 et 6; sont malheureusement très-incomplètes; trois, les n"* .i, 2 et 3, portent le nom du roi Daçaratha, une
' Singhal. Diction, t. II, p. 4o8. • = M. Kittoe, Notes on thè caves of Barahur, dans
- Fac-similés of ancient Inscript.' dans Journ. asiat, Jôurn. as. Soc. ofBengal, t. XVI, i** part. p. 4oi et Soc. of Bençjoljt. VI, p. 876 et suiv.- suiv.
seule, le n° à, émane du roi Piyadasi, soit quece nom désigne le Piyadasi des inscriptions dites dMço/ia. soit qu^il rappelle Daçaralha lui-même par .l'épithète qui le signale dans les autres inscriptions. Je dois naturellement examiner d'abord celles des inscriptions de Daçaratha qui ont été déchiffrées par Prinsep, puisque c'est à ce déchiffrement qu'aidé par les excellents fac-similés de i^I. Kittoe, je compte apporter quelques rectifications. Je reproduis donc ie a° i d'après la copie de. cet officier, en séparant par des chiffres "les quatre ligues dont se compose rinscriptiqn.
• En voici la transcription exacte : gppikd kabhâ Dasalathêna dêvânarh piyéna dnarhtàliyani àhhisitêna âdivïkêfhhi bhadamtêhi vâsanisidiyâyê nisiihâ dtchamdamasûUyam , et la ti'aduction suivant Prinsep : <■ La caverne de la laitière creusée par les mains de la «secte la plu&i dévote des ascètes Bàuddhas, pour y résider dans la retraite, a été « désignée pour le séjour à perpétuité par Dûsa/afAa (Daçaratha) , le bien aimé des dieux, X immédiatement après son ascension au trône. » Quand on pense à l'imperfection de l'analyse sur laquelle J. Prinsep appuyé cette traduction, on a lieu d'être surpris qu'il ne se soit pas plus écarté du sens véritable. Cependant, on peut traduire plus exactement encore : « La caverne de. la bergère a été destinée par le roi Dasalatha, le bien aimé «des Dêvas, aussitôt après sa consécration au trône, à être un lieu d'habitation pour les « respectables mendiants, tant que dureront le soleil et la lune. »
. Je ne crois pas que le texte autorise cette supposition que la caverne ou la chambre si régulière et si soigneusement polie où se trouve cette inscription , ait été creusée par des Religieux Buddhistes. Les mots âdivikéihhi hh.adam.tehi sont subordonnés à vâsanisi diyâyé, de cette manière : « pour le séjour de l'habitation par les respectables mendiants. » Il y a même lieu de supposer que la caverne existait déjà et qu'elle était connue sous ie nom de gôpikâ , « la caverne de là bei^ère, » Gela semble résulter aussi de l'emploi du mot nisithâ, qui est le ,pâli nisitthd, probablement pour le sanscrit nichlhitâ, « fixée, » ou encore pour nisrîchtâ, » confiée, » Cette dernière preuve cependant ne vaut pas celle que je tire du nom en apparence préexistant de la caverne, et le participe nisithâ pourrait très-bien se dire aussi d'un premier établissement. Ce qu'il y a de probable, c'est qu'il existait dans le groupe de rochers granitiques qui s'élève au nord de Gayà , des' cavenies naturelles qu'on avait déjà distinguées par des noms , et que Daçai'atha en fit des cellules qu'il ^destina aux Religieux Buddhistes qui voulaient vivre dans la retraite.
On doit à Prinsep l'explication du mot kubhâ, quaje n'ai cependant pas encore rencontré dans les textes pâlis de Ceylan avec le sens de caverne, ainsi que celle des mots gôpikâ, ânamtaliyam, abhisiténa et bhadafhtéhi. he premier de ces termes, gôpikâ, donne cependant lieu à une observation purement philologique en apparence, mais qui, avecli'autres mots que celui-ci , pourrait avoir plus de portée. En traduisant gôpikâ kubhâ, par/« la ca- « verne de la laitière, » on fait de ce terme un composé où gôpikâ est le substantif sanscrit signifiant bergère. Mais ne serait-il pas possible aussi que gôpikâ fut un adjectif dérivé de
gôpa, en rapport avec kabhâ? On traduirait alors * la caverne des bei^ers, » la caverne où des bei|[ers avaient coutume dç se réunir. La modification que cette analyse apporte ici au sens n'est certainement pas considérable; il fallait cependant l'exposer, pour le cas où elle pourrait profiter à d'autres inscriptions moins faciles.^
Quant aux autres parties du texte, Prinsep-a été moins heureux. Ainsi vâsanisidiyâyê ne répond pas bxl sansccii vâsana siddhyâi , miais à vâsa nisîdyâya, au datif, si toutefois un tel mot peut èlre régulièremenl formé avec le sens de « lieu qui doit être habité, lieu fait « pour qu'on s'y établisse, » Les copies de M. Kittoe , en donnant âtchamdamasôliyarh. (ce que Prinsep eut pu reconnaître daifô-la seconde de ses inscriptions), nous fournissent le véritable sens de Texpression où Prinsep voyait âtchandramâ âlaycùi, « demeure qui doit « durer autant que la lune. » Ce composé se divise ainsi â-tchamdama-sûliyafh , et le dernier mot y représente le sanscrit ' suQ'a/n. Sur les trois inscriptions qui portent le aom de Dasalatha, deux lisent ^fcfcamdama sâliyam, et une seule a fc^iamcZamaahyam. C'est d'après cette dernière leçon qu'avait traduit Prinsep , et c'est elle qui l'avait engagé à chercher en cet endroit l'idée de demeure, âlaya. L'autorité de Prinsep a fait croire à M. Kittoe que la leçon sûliyaih était une faute du graveur^; c'est le contraire qu'il faut dire : sâliyafh, pour sûryam, est la leçou véritable, et âliyafh, s'il existe en réalité sur le m&nument, ne donne aucun sens et a été gravé à tort à là place de sûliyam.
Le seul terme vraiment difficile de cette inscription est celui que je lis âdivikêmhi avec les fac-similés n"' 3 et 4 de M. Kittoe; cardans l'inscription n°i, la syllabe di ressemble plutôt à si. Prinsep a cru reconnaître dans ce mot le sanscrit ac^iviAramai^, auquel il a donné le sens de « par les plus dévots. » Mais il se présente contre cette explication une objection grave; c'est que le sanscrit vrkramâih devrait, dans ce dialecte populaire, se montrer sous la forme de vihraméhi ou vikamêinhi, Vanusvâra qui précède la syllabe hi étant destina à renforcer la formative de l'instrumental éhiy -et ne représentant pas le m radical de vikrama. Pour moi , je n'hésite pas à faire ici appel à une transformation de lettres qui, pour ne plus exister, à ma connaissance du moins, que dans le singhalais, a cependant pu se produire anciennement dans l'Inde centrale sous l'influence des mêmes causes que celles qui ont présidé à la transformation des mots sanscrits en singhalais (Jtf îSi Élu. En deux mots, la syllabe <Zi représente pour moi la syllabe sanscrite dji, et âdivilcêrkhi est pour âdjîvikâih, « par les mendiants ^. » Ces mendiants sont qualifiés de bhadamta « respec- « tables, « titre qu'on applique aux'Religieux Buddhistes; ce ne sont donc pas des ascètes étrangers ià-la croyance de Çâkyàmuni, comnie oh le voit quelquefois dans des textes pâlis et sanscrits , où on rapproche les âdjtvikas des Niganihas et autres Religieux que les
^ Notes on the cuves of Burabur, dans Journ. asiat. âêla, «le meilleur,» s. djyêéhthi; diya^ «victoire,»
Soc. of Bengalj t. XlVl , i " part. p. A 1 2 • s. djaya, et aussi « monde , » s. djagat : dava , a rapide-
* Yoici une liste de quelques mots singhalais «ment,» s. djava, «hâte;» dttio, «eaii,» s. djah;
comparésàieurprototype sanscrit, qui prouve l'exis- dana, «naissance,» s. djana, et aussi «genouii,»
ténce de- cette trcmsformation; je me borne aux cas s. djânu; dada, «oiseau,» s. dvidja: ddnnavâ, «con-
ok la lettre à transformer est initiale : singhalais a naître , » s. djnâ. Cette transformation rappelle celle
dÀvi, «vie, » sanscr. d/foo; dîna» «langue, » s-, djihvât d'un z zend en un d persan.
Buddhistes méprisent pour leurs habitudes grossières. li faut donc conclure de l'emploi qu'on fait de ce mot dans une inscription royale, que le nom d'âdjwika (comme on doit l'écrire ici) n'avait rien d'injurieux, et que signifiant, d'après son étymologie, « celui «qui vit de la charité des autres,» il pouvait aussi bien s'appliquer aux Buddhistes qu'aux Brahmanes. Le texte de. notre inscription est d'ailleurs un argument de quelque poids en faveur de l'orthographe qui lit âdjîvika , plutôt que adjîvàka, avec un à. L'îdiongement de ia première voyelle doit résulter en effet de J'influence du suffixe ika qui s'ajoute au primitif adjiva, a absence de moyens de vivre, » d'où ââjivika, « celui pour qui existe « l'absence de moyens de vivre. »' Je ne dois pas oublier cependant de remarquer que Lassen a proposé pour ce mot une interprétation un peu différente, qui en restreint davantage le sens; il traduit adjîvika, avec un a bref, par ohne lebendes, et pense qu'on désignait ai.nsi les ascètes qui ne mangeaient rien de ce qui avait eu vie *.
Quelques mots nous suffiront pour signaler les particularités par lesquelles les autres inscriptions des grottes de Gayâ se distinguent de celle que je viens d'expliquer, La seconde inscription rie diffère de la première que par le mot vapiydkê kubhâ et paî* nisithê, au lieu de nisiihâ; la leçon nisithê (le masculin pour le féminin) est certainement fautive. Quant au terme qui ouvre l'inscription. et qui exprime le nom sous lequel était connue la caverne, Prinsep croyait qu'il représentait le sanscrit vjpri&a garhhah, et il le traduisait par « la caverne de la jeune fille Brâhmaûî^. » Je ne pense pas que cette explication puisse se soutenir, parce qu'on ne s'explique pas comment vipra, « Brahmane, « aurait perdu son i étymologique pour devenir vapiyaka. De plus , il n'est pas évident que nous ayons encore la lecture véritable de ce mot; le cap. Kittoe, qui a examiné avec soin l'inscription même, dit que la seconde lettre ressemble assez à un \j. ha, mais qu'on remarque au-dessous un trait qui peut répondre à Yikar bref (est-ce le rï qu'il v-cutnlire?} qu'on a supposé ne pas exister en pâli; puis , après ces remarques, dont je ne comprends pas bien la portée, parce que le fac-similé de M. Kittoe ne me paraît pas en fournir les éléments, l'auteur ajoute que cette nouvelle lecture donnerait vapriha, au lieu de vapriya, de sorte qu'après avoir suspecté l'exactitude -de la seconde lettre du mot, c'est la troi' sième qu'il change ! Mais sa copie et celle dé Prinsep , les seuls documents dont nous puissions faire usage à Paris, donnent i t J^^-, que Prinsep nous a appris à lire vapiyakê, probablement pour vapiyaka, terme qui serait ici au féminin comme dans les autres cavernes. Cette lecture, je l'avoue, ne m'a pas conduit à un sens définitif. On peut y voir l'altération d'un adjectif qui viendrait, soit du thème vâpi, «fontaine,» soit du thème vapra, « butte, chaussée, rempart. » Cette dernière explication répondrait assez à la situation ^e la caverne, au milieu des rochers granitiques où elle a été découverte. D'un autre côté, le nom de gôpikâ donné à une autre cellule nous invite à supposer que ces cavernes étaient dénommées d'après la profession de ceux qu'on voyait s'y retirer; de sorte qu'on pourrait songer aussi au primitif vâpa ou vâpin, « l'art de tisser'ou le tisserand, » et traduire vapiyaka knhkâ, « la caverne des tisserands. » Lassen, qui remarque juste-
' Laasca, Ind. Alterlh, t. II, p. 107, note 2, à * Fac-similés of ancient Inscript, dans joarn. asiat.
l'occasion du Mahâxeanso, chap. x, p. 67. Soc. oJBengal, t. VI, i' part. p. 677.
meut que les noms de ces grottes ne sont pas très-clairs , propose de ramener vapiyaka à vâpyaka et de traduire ce mot par étenduK
L'inscription n" 3 ne diffère des deux précédentes que par le mot initial qui sert d'épithète à kubhâ et qui est écrit ir^Q-f vadathikâ. Je soupçonne sous vadatha, primitif de vadathikâ. le sanscrit vrïddhâriha, a celui quia fait croître ses richesses; » car j'ai remarqué que l'influence d'un rî sanscrit, même après qu'il a été supprimé en pâli, agit encore sur la dentale voisine , et change un ^ da en 3 da. La dénomination résultant de cette analyse n'aurait rien d'extraordinaire. On aurait dit « la caverne de celui qui a cru en « richesses, «soit qpi'un homme eurichi s'y fût retiré pour mettre à l'abii ses biens, soit qu'il y eût vécu en anachorète , après avoir renoncé à sa fortune.
Les trois inscriptions que je viens de rappeler portent toutes le nom de Dasalatha, le roi chéri des Dêvas ; elles sont contemporaines de son accession au trône ; conséquemment, en admettant avec le Vichnu purâna que Daçaratha soit le petit-fils d'AçôIça'^, et avec Turnour et Lassen, qu'Açôka soit le même que le Piyadasi deg grandes inscriptions buddhiques dont je me suis occupé plus haut, les inscriptions de Gayâ ne seront pas de beaucoup postérieures à l'an 226 avant notre ère, époque à laquelle Lassen place la mort d'Açôka ^. Les monuments ne nous ont pas jusqu'ici donné le moyen d'étendre ou de préciser davantage ce résultat exposé par Prinsep et adopté par Lassen*. Au reste, en attendant que de nouveaux livres viennent éclairer cette partie si importante d;e la chronologie indienne, je reproduirai ici le texte même du Bhâgavata purâna avec la glose de Çrîdhara svâmin, parce que Prinsep, qui en a fait usage le premier, a oublié d'indiquer en quelle partie de cette grande compilation il fallait le chercher. Au commencement du livre XII, chapitre i, stance 12 , on lit trois stances sur la famille des Mâuryas dont voici la traduction littéréde :
«C'est ce Brahmane (Tchânakya) qui consacrera roi par l'onction royale Tchandra- « gupta; le fils de ce roi sera Vârisâra, qui aura pour fils Açôkavardhana.
"Le fils de ce dernier sera Suyaças et le fils de Suyaças, Samgata. Ce dernier aura " poursuis Çâiiçûka, qui donnera le jour à Sômasarman.
« Ensuite Çatadhanvan naîtra de Sômasarman et le fils de Çatadhanvan sera Vrihadra- « tha; ce sont là les dix rois Mâuryas, qui ont régné ensemble cent trente-sept ans ^ »
Si l'on additionne les nomsi cités dans ces stances, on n'en trouvera que neuf; et si l'on compare ce résultat avec celui qui est consigné dans Vichnu purâna, on trouvera également ces neuf noms, plus celui de Daçaratha, qui est donné comme fils de Suyaças et comme père de Samgata ". Annoncer dix rois et n'en nommer que neuf, c'est compter sur la conuciissance que le lecteur est censé avoir à l'avance de ce dont on lui parle, et disons le franchement, c'est remplir son devoir de compilateur avec une incurie plus qu'indienne. Aussi Çrîdhara svâmin , qui est malheureusement trop sobre de rectifications de ce genre, commentant la troisième de ces stances en Une .phrase qui s'applique à
' Ind. Alierth. t. II, p. 272, note a, ^ Ibid. t. II, p. 272.
- Wilson, Vishnn purâna,^. 470 et note 24. ^ Bhâgavata purâna, iiv. XII, chap. i, st. 12.
' Ind. Alterih. t. II, p. 27!. " Vishnu purâna, p. 468 et suiv.
toutes les trois à la' fois , s'exprime ainsi : « Daçaratha , nommé le cinquième de ces rois «■'par Parâçara et par d'autres, doit être réintroduit ici; avec ce roi, les Mâmryas sont au « nombre de dix , et ils ont régné ensemble cent trente-sept ans. » .
Au reste, quand même d'autres moïiuments viendraient plus tard déranger la place qu'occupe actuellement Daçaratha dans la série des Mâuryas, ce que nous devons tenir pour certain, c'est que les trois inscriptions qui portent son nom sont des monuments buddhiques. J'en trouverais la preuve dans un seul mot , dans le nom de hhadanta donné aux Religieux auxquels étaient assignées les grottes de Gayâ. Ce titre me paraît rarement employé chez les ascètes brahmaniques. La dérivation des grammairiens indiens, qui le tirent de hhad, me parait* trop insuffisante : c'est bien toujours à ce radical que je Je rattacherais; mais j'en ferais la forme prâcrite du participe présent de ce verbe, bhadanta pour bhadat.
Il nous reste encore à examiner trois, inscriptions en caractères anciens qui portent sur le fac-similé de M. Kittoe les n"" 4, '5 et 6. Il est à regretter que ces inscriptions soient aussi frustes; car quoiqu'elles soient courtes et d'une rédaction peu variée, elles eussent pu nous fournir quelques mots ou encore inconnus, ou imparfaitement expliqués jusqu'ici. Elles ofifrent toutes les trois le nom du roi Piyadasi; deux sont datées de la douzième année de son règne, la troisième l'est de la dix-neuvième année. La première de ces trois inscriptions étant parfaitement lisible, il suffira d'en donner la transcription : lâdjinâ piyadasinâ duvâdasavasâbhisitênâ iyani kuhhâ khalatikapavaiasi dinâ âdivikénihi, «Par le « roi Piyadasi, la douzième année de son sacre , cette grotte dans la montagne Khalalika a « été donnée [pour être habitée] par les mendiants, » Il est probable que l'inscription est incomplète et qu'elle devait se terminer à peu près comme les formules plus entières expliquées plus haut; car le mot âdivikêfhhi signifie ici comme dans les autres cavernes, « par a les mendiants , » et ce mot appelle nécessairement une idée comme celle de ■■ donnée « afin d'être habitée par, etc. « Il se pourrait cependant que le mot âdivikêmhi ait été employé comme datif, et s'il était démontré que l'inscription est réellement complète, ce serait la seule explication possible, et il faudrait traduire : « cette grotte a été donnée aux " mendiants.')' Il est en effet à remarquer que M. Kittoe ne dit pas positivement que l'inscription soit restée inachevée ; il signale seulement cette circonstance qu'il a restauré avec beaucoup d'attention les cinq.derniers caractères qu'on avait cherché à effacer. à coups de marteau. Toutefois, comme le travail intérieur de la grotte n'a pas été terminé, il se peut qu'il en soit de même de l'inscription.
Le seul mot encore inconnu de l'inscription et le plus intéressant est celui que je lis khaïatika pavatasi, pour, le sanscrit skhalatika parvàtê , «dans la montagne glissante, » et plus littéralement, dans la montagne sur laquelle on ne peut marcher sans faire des faux pas. La grotte était domi- creusée dans une partie de la montagne où l'on n'arrivait que difficilement; or c'est là exactement la situation où la description de M. Kittoe place la grotte dite de Viçvamitra sur Içs murs de laquelle a été gravée notre inscription. Voici ses propres paroles qui méritent d'être rapportées : « Nous arrivons ensuite au haut de « la face raide et glissante d'une masse nue de syénite déplus de cent pieds, où paraissent
>' les restes d'un mur grossièrement construit qui relie entre elles les masses de rochers; a avançant au delà, à une petite distfincc, et glissant du haut en bas d'un roc que la ré- " pétition de cette pratique a fini par polir, nous nous trouvons auprès .de la première " cavef ne. nommée Viçvamitra^. » On voit que la naontagne où se trouvait cette grotte ne pouvait (ître mieux désignée que par Je mot khalatika. <• où l'on ne marche qu'en glis- '> sant; « la convenance d'une telle dénomination, jointe à la forme même du mot khalatika, m'engage à croire que c'était là le nom propre de cette montagne.
La cinquième inscription, qui est du même roi et de lai même année, est mutilée et illisible dans ses- huit derniers caractères. Ce que M. Kittoe en a copié donne cette lecture : lâdjinâ Piyadasinâ davâdasavasâhldsitcnâ iyaih nigôhakubhc, di , plus huit lettres frustes. Cette inscription qui se voit dans la grande grotte à l'extrémité de laquelle est un TcMiiya, et qu'on nomme actuellement Saigarbha, a été, selon M. Kittoe, détruite à coups de marteau , parliculièroment vers la fin. M. Kittoe y lit nigôpa le seul mot" qui soit encore inconnu ; mais son fac-simile donne clairement nigôha, sàufiâ première lettre qui est un peu confuse. Si l'on admet qu elle représente la syllabe ni, le mot nigôha signifiera, soit cachette, soit le figuier indien; car nigôha est l'altération populaire àe nigrôdha, qui a été employé concurremment avec le classique nja^rdJAa. La syllabe di qui suit ce mot, est peut-être l'initiale de dinâ ou dimnd, pour dinnâ, «donnée; » mais ce peut être aussi le commencement du mot par lequel on dénommait la montagne oii était creusée cette caverne. Ce qui me porterait à croire que cela est ainsi, c'est que, à la troisième avantdernière figure. On peut encore reconnaître la syllabe 5i, qui serait la fin de pavatasi, comme dans l'inscription précédente. La partie de l'inscription qui reste actuellement doit se traduire ainsi : « Par le roi Piyadasi', la douzième année de son sacre, cette caverne « du nigôha (le figuier indien) a été donnée; » le reste manque.
La sixième inscription qui se compose de cinq lignes se trouve dans la grotte dite Karan tchâupar. Il est fort à regretter qu'elle soit si fruste ; car, outre qu'elle est du même roi Piyadasi, elle porte une autre date de son règne, et les termes y sont disposés d'une manière nouvelle. A la première ligne, on voit distinctement lâdjâ Piyadasi, « le roi Piya- « dasi , » ce qui met le roi en scène au nominatif, à la différence des autres inscriptions OÙ il parait à l'instrumental. Le signe qui vient ensuite est presque effacé", mais je crois y reconnaître un e initial que je joins aux signes suivants, lesquels me donnent., si je ne me trompe, ékânévisitivasâbhisilé. En admettant quelques légères irrégularités dans la fornae des voyelles', on doit Wre. iSkônavîsativasâbhisitê , « la dix-neuvième année depuis son sacre. » Ce qui reste de l'inscription est trop effacé pour suggérer, à mes yeux du moins , même un sens conjectural. Après deux caractères frustes vient f/iam, qui ferait penser à fftan^fe/ia, si le signe qui succède à thain était plus clair. On aimerait à voir ici sûathamhha, tco- « lonne de la morale , » ce qui serait une allusion aux édits moraux qu'avait déjà fait inscrire Piyadasi sur un si grand nombre de colonnes dans diverses contrées de l'Inde centrale. Malheureusement, je ne puis rien faire des deux signes qui suivent tham et aaixr quels succède mathâia, plus un signe illisible. Viennent ensuite six caractères parfaitement ' Journ. asioL Soc. of Ben(ja], t. XVI, i" part. p. 4o5.
lisibles qui donnent : iyam kuhhâ samyêkha, ou peut-être sapiyékha, ce qui semble indiquer une proposition qui commence et qui devait renfermer à peu près les termes suivants, «cette caverne, » avec sa désignation ou celle des personnes auxquelles elle était destinée par ie roi, le tout rendu par six caractères, dont les quatre premiers se lisent, conmie je viens de le dire, sapiyêkka, et dont les cinq autres sont complètement effacés, plus ie mot dinâ, dont la première syllabe est fruste et la seconde, nâ, est parfaitenient visible. L'inscription est terminée par le signe du Svastika. Quelque peu productives que soient, quant à présent, ces remarques, j'ai cru cependant devoir les donner, pour que des lecteurs , ou mieux servis que moi. par leur pénétration , ou éclairés par la connaissance d'autres monuments, puissent s'exercer sur ces curieux restes de la puissance du Buddhisme dans le Bîhar, l'ancien théâtre des premières prédications de Çâkyamuni.