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quelque fatigue et alla s'asseoir solitairetnefit sur un botte de foin qu'avait préparée pour elle la galanterie d'un danseur. Evidemment cette danseuse élait plus délicate que ses compagnes; elle était aussi plus svelte, plus dëg^agée; ses vêtements trahissaient plus de goût et même une innocente coquetterie : mais ce qui la distinguait principalement était un petit bonnet de tulle de la plus grande simplicité, dont les barbes venaient s'attacher sous le menton. Cette coiffure élégante , qui contrastait avec la toile et le grosfinon des autres jeunes filles, faisait bien des envieuses dans l'assemblée féminine, mais la petite n'y prenait pas garde. Somme toute, on eût dit d'une grisette vive, accorte, sémillante, et dont les grâces naturelles pouvaient très-bien occuper l'attention d'un personnage plus difficile que ne devait l'être le conscrit l'Endiablé.
Aussi était-il depuis quelques instants dans une sorte de contemplation devant cette jolie fillette, lorsque Pierre Lenoir, le jeune conscrit qui l'avait amené à la fête, s'approcha de loi et lui demanda à demi -voix d'un air respectueux :
— £h bien, mon jeune monsieur, comment trouvez-vous la veillée?
L'Endiablé administra à celui qui l'interpellait ainsi un léger coup de pied dans les jambes, en lui disant avec colère et en patois, la langue habituelle de tous les invités :
— A quoi diable penses-tu, Pierre? Sou-
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yiens^toi qu'ici je ne m'appelle que Baptiste tout court.
Pierre ne parut pas s'être aperçu de ce qui 8*était passé à la base de son Hidividu et il répondit en ricanant :
— C'est vrai, e'est yrai! j'oublie toujours que vous ne voulez pas qu'on sache....
— Finiras - tu ? Mais , dis - moi , connais - tu cette jeune fille qui est assise là-bas en face de nous?
En même temps il désigna la jolie grisette.
Pierre regarda de ce côté :
^ Ça^ dit-il, celle qui a un bonnet aous h couf
— Oui.
— C'est la nièce au meunier bailli du moulin de Yernay; elle s'appelle Suzette; c'est une defnoiaelle, voyez comme elle a de beaux ajus* tements! Ah! dame Lili lui laissera tout son bien, et Suzette est un bon parti.
— Elle est charmante, reprit l'Endiablé distraitement; et tu dis qu'elle est la fille du meunier ?
— Non, non, monsieur... Baptiste, veux-je dire ; elle est sa nièce. Elle a été élevée à la villC) et il n'y a qu'un an qu'elle est dans le pays. Son père, qui était marchand à Bellac, est venu à mourir, et alors Suzette s'est retirée chez son oncle et et sa tante , au moulin de Vernay.
L'Endiablé resta un moment silencieux.
— J'étais bien sûr qu'elle n'avait pas passé
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toute sa vie dans ses campagnes sauvages, re^fu'il-il enfin. £h bien ! Pierre va dire au menétrier de jouer une valse; ou je me trompe fort, ou mademoisellc^uzette doit valser.
Pierre ouvrit de grands yeux étonnés, car à cette époque la valse était proscrite chez les paysans limousins; mais sur un signe de son interlocuteur, qui semblait avoir la main aussi leste que le pied, il courait déjà vers le joueur de musette pour lui présenter la requête du mystérieux Endiablé, lorsqu'un incident nouveau vint faire diversion aux plaisirs de la soirée. Jean Lavignette se montra tout à coup sur le seuil de la porte et cria de cette voix forte et avec ce gros rire qui lui étaient particuliers :
— Allons, jeunes filles 1 allons mes drôles, venex faire réveillon !
Cette invitation excita des acclamations universelles, et les danses cessèrent comme par enchantement. Cavaliers et dames firent volteface et se précipitèrent vers la salle à manger. On se pressait, on se foulait dans un désordre - joyeux. Les garçons ne se gênaient pas pour passer les premiers sans s'inquiéter de leur danseuses, qui, de leur côté, jouaient des coudes et des mains pour arriver de bonne heure au banquet. Malgré cet empressement général le galant l'Endiablé chercha du regard la jolie Suzette pour lui offrir sa main, et il resta le dernier dans la grange; mais Suzette n'était plus là. Plus leste que les autres, elle s'était
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glissée inaperçue dans la pièce voisine, et lorsqu'à son tour le conscrit alla rejoindre la compagnie, il aperçut la petite assise sur un escabeau, à côté de sa tante, et défendue par la formidable rangée de matrones qui entouraient le feu.
Ou peut croire que l'invasion de toute cette jeunesse turbulente et affamée excita un peu de désordre dans une pièce où il semblait impossible d'introduire une personne de plus un moment auparavant.
Cependant, comme les assistants n'étaient pas difficiles, tout le monde trouva place dans la salle. La plupart des jeunes filles, comme Suzette, allèrent s'asseoir près de leurs mères ; les garçons se tinrent debout derrière les convives, et ils allongeaient leurs grosses mains pardessus la tête de leurs vénérables chefs de file pour prendre leur part du festin. Les rafraîchissements étaient conlenusdans deux grands cribles posés de chaque côté de la table, l'un rempli de châtaignes fumantes, l'autre de galettes de sarrasin. Par une grâce spéciale un peu de lait avait été réservé aux petites-maîtresses de la société, et Suzette, qui semblait être la favorite de la maison, était du nombre de ces dernières. On voit que le réveillon n'était pas plus somptueux que le reste. Jean Lavignette n'avait pas dépensé cinq francs en tout pour se faire, pendant quinze jours, une réputation colossale d'urbanité et de générosité dans le pays.