J LE LOUVRE
venir le rejoindre. Mais, dans sa garde robe, à peine séparés du lit par de grands rideaux de tapisserie, quarante gentilshommes huguenots, attachés à la personne du prince, sont là, pour le défondre au besoin, discourant des événements du jour et des appréhensions qu'ils ressentent. D'autres entrent pour donner des renseignements ou pour en demander. Parmi eux, se trouve Jean de Mergey ; il vient, de la part du comte de La Rochefoucauld, prévenir le roi de Navarre que les ducs de Guise et de Nevors ne couchent pas au Louvre. Le capitaine des gardes avertit les gentilshommes que les portes du château seront bientôt fermées et qu'ils n'ont pas de temps à perdre s'ils veulent se retirer. Ils répondent qu'ils jouent, qu'ils causent, et qu'ils préfèrent rester. Mergey va rejoindre le comte de La Rochefoucauld. Dans la cour, depuis l'escalier de la grande salle jusqu'à la porte, les compagnies des gardes sont en bataille. Le capitaine de la porte, qui reconduit La Rochefoucauld et Mergey, avait connu ce dernier à la guerre; il lui serra la main en lui disant d'une voix pitoyable : — Adieu, monsieur de Mergey, mon ami.
L'heure approche où le signal du massacre doit être-donné. Le roi, la reine, M. de Guise, sont debout. Ils regardent sans doute par l'une des fenêtres extérieures du château. Le grand silence de la fin de la nuit plane sur la ville. Soudain, un coup de pistolet retentit; Charles IX éperdu veut donner contre ordre. Il est trop tard. De toutes parts, les cloches, les arquebuses, les cris éclatent, frappent et déchirent l'air. Le massacre est commencé.
Quelques instants auparavant, Henri de Navarre s'était levé, disant qu'il allait jouer à la paume; ses gentilshommes le suivirent; mais à peine était-il sorti qu'il fut appelé chez le roi, où il trouva le prince de Condé. Charles IX était très surexcité ; « Je ne veux qu'une religion dans mon royaume, s'écriait-il ; la messe ou la mort, choisissez ! s Henri était plus disposé à choisir que Condé, qui fut menacé d'être mis à mort sous trois jours s'il n'obéissait. Cette alternative ne fut pas offerte aux gentilshommes navarrais. Le mestre de camp des gardes les fit descendre dans la cour, où ils furent presque tous assassinés par les suisses, sans que l'hospitalité du château royal ait pu les protéger.
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CATHERINE DE MfiDiCIS ET CHARLES IX,
Après le départ du roi de Navarre, la reine avait fait fermer sa porte par sa nourrice; elle commençait à dormir, lorsque tout à coup on frappa bruyamment à la porte, en criant : Navarre! La nourrice ouvre; un genlilhomme, blessé, poursuivi par quatre archers, entre dans la chambre éperdu, se précipite sur le lit de la reine, et la prenant à bras le corps, implore sa protection. La reine et le blessé crient ; les archers veulent le saisir, lorsqu'heureusement le capitaine des gardes survient, fait retirer les archers, en accordant à Marguerite la vie du gentilhomme, qu'elle fait panser par ses femmes.
Parmi les victimes de cette iournée néfaste, f'^s"" ■'' uiaries ix, mi
" ' de France (li-OO-JBTt),
une légende a longtemps fait figurer Jean Gou- 'lou^ roioniies eniraïajon, qui aurait été tué d'une balle, tandis qu'il tra- ,,'^,7, TdTTjusurà! raillait à la décoration extérieure du Louvre. Jean Goujon avait cessé, depuis 15G2, de prêter son concours à Pierre Lescot ; il avait quitté la France, et s'était fixé dans le nonl de l'Italie, où tout porte à croire qu'il serait mort avant 1508.
La Saint-Barthélemy est la tache la plus sanglante qui ait été imprimée au Louvre. La cour et ses abords furent remplis de cadavres, et l'on raconte que des dames allèrent se repaître du spectacle de ceux qui étaient étendus en dehors des portes. Charles IX, qui fut responsable du massacre en l'autorisant, y prit-il une part personnelle, en tirant d'une des fenêtres de sa chambre sur les fuyards qui traversaient la Seine? II est certain qu'il ne tira point du rez-de-chaussée de la petite galerie, qui ne présentait point alors d'ouverture sur la rivière; mais, en présence de témoignages contradictoires, il n'est pas interdit de croire que son caractère sujet aux impulsions soudaines ait pu le porter à saisir une arquebuse et à faire feu dans la direction de la Seine, des fenêtres de sa chambre. Fureur sans doute passagère, car dans la journée même, sur les représentations du prévôt des marchands, il donna, mais en vain, l'ordre de cesser le massacre.
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Son esprit maladif et vibrant à la moindre impression s'émut quelques jours plus tard au souvenir de ces scènes horribles. Des volées de corbeaux tournoyèrent un soir sur les toitures du Louvre et se posèrent en croassant sur les corniches. Grand émoi chez les habitantsdu château donU'àme est hantée par des idées superstitieuses. La nuit suivante, Charles IX se réveille en sursaut; il entend des cris, des gémissements, comme à la Saint-Barthélémy, et il faut pourle rassurer que des émissaires envoyés aussitôt au dehors viennent lui affirmer que tout est calme dans la cité.
Pour étouffer les remords qui l'assaillent, il se livre à dos passetemps violents; pendant des heures consécutives il forge avec frénésie des cuirasses et des casques dans ses caves : ce prince, d'esprit cultivé, à qui l'on attribue des vers bien frappés, prend plaisir à voir combattre sous ses yeux des lions et des taureaux contre des dogues. Il a fait reconstruire la ménagerie, et se plaît à ces spectacles hideux, qui lui rappellent l'image de la chasse, à laquelle il se livre avec passion et qu'il a su décrire dans son traité de vénerie. Mais ses remords le poursuivent; sa santé s'altère, et moins de deux ans après la Saint- Barthélémy, il s'en va mourir tristement à Vincennes à l'âge de vingtquatre ans.
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