‹ Le Louvre et son histoireChapitre 21 sur 67 · SS LE LOUVRE · texte numérisé non relu

SS LE LOUVRE

de Médicis s'était enfermée au Louvre; elle en avait fait murer toutes les portes et les entrées, sauf la porte principale située devant l'hôtel de Bourbon; à l'intérieur de cette porte, dont elle ne laissa ouvert que le guichet, veillaient des archers de la garde; au dehors, des Suisses. L'ancienne rue d'Autriche, qu'on appelait désormais la rue du Louvre, fut fermée à ses deux extrémités. En 1577, nouvelle alerte. Le roi renforce ses compagnies de Suisses par l'adjonction d'une compagnie de soldats français. Ce n'est pas la dernière alarme. Tantôt, on fait soudain lever les ponts-levis et faire « bon guet » en dehors des fossés; tantôt, le roi fait coucher auprès de lui les quarante-cinq gentislhommes gascons qui sont chargés spécialement de le défendre.

Mais toutes ces précautions sont vaines, lorsque Paris se soulève et devient menaçant. On le vit bien à la journée des barricades en 1588. Henri III, entouré de ses gardes et de ses Suisses, se crut assez fort pour braver dans le Louvre le duc de Guise et les Parisiens. S'il laissa échapper l'occasion d'arrêter le duc, lorsqu'il vint le visiter au château , il fit occuper, le la mai, les ponts de la Cité par 4,000 Suisses et 2,000 gardes; mais de toutes parts des barricades se formèrent, les bourgeois coururent aux armes, des bandes d'écoliers et de moines marchèrent contre le château, et te roi, acculé dans le Louvre, avec cinq cents gentilshommes, fut réduit à chercher son salut dans la fuite. Tandis que le menu peuple proférait des injures contre lui, que l'on tirait des coups d'arquebuse dans la direction du Louvre, il sortit, en habit de ville, la baguette à la main,. se dirigeant vers les Tuileries, comme pour faire sa promenade, et trouvant là des chevaux prêts dans ses écuries, il quitta Paris à toute bride, non sans maudire cette grande ville et sans jurer qu'il n'y rentrerait que par la brèche.

Il n'y rentra jamais. Le 1" août 1589, il fut poignardé par Jacques Clément à Saint-CIoud. Le Louvre, abandonné par lui et dans lequel son successeur, Henri IV, ne put immédiatement revenir, avait repris sa physionomie sévère du temps de Louis XI. Dans sa cour, où le mai, planté chaque année, s'était renversé en 1588, comme un présage funeste aux yeux du roi, ne circulaient plus les gentilshommes et les dames couverts de velours, de soie et de pierreries, mais les soldats de

Hosted by

HENRI m liT LA LIGUE. §7

la Ligue et des princes lorrains. De nouveaux crimes sont commis ; le président Brisson et d'autres magistrats sont mis à mort par les Seize. Le duc de Mayenne accourt à Paris, où il s'installe au logis de la reine; mais il se rend immédiatement au Louvre pour tenir conseil avec les membres du pariement sur les mesures à prendre. Dans la

nuit du-4 décembre 1501, quatre des plus coupables parmi les Seize furent arrêtés, et sur l'ordre du duc, pendus aux solives de la salle des Cariatides. Les prédicateurs de la Ligue tonnèrent contre cette exécution, en exaltèrent les victimes comme des martyrs, et pendant quelque temps, le nom d'un d'entre eux, le commissaire Louschard, fit appeler la salle basse la chapelle Saint-Louschard.

Lorsqu'il y a de graves décisions à prendre, c'est au Louvre que Mayenne convoque les princes, le légat et les ministres d'Espagne.

Hosted by

Le V octobre 1592, on y décide la convocation d'états généraux, qui s'ouvrent avec un grand apparat, dans la salle haute, le 26 janvier de l'année suivante. Le duc de Mayenne présidait, sous un dais de drap d'or; les nobles et les dignitaires étaient assis sur des sièges couverts de velours, d'où les fleurs de lis étaient absentes. N'était-on pas disposé à les bannir de l'écu de France, en excluant Henri IV du trône? Mayenne, dans un discours qu'on entendit à peine, tant il parlait bas, annonça que le principal sujet de l'assemblée était l'élection d'un roi catholique pour terminer les malheurs du royaume. D'autres harangues furent faites aux états de la Ligue, dont les séances, espacées à de longs intervalles, .«e prolongèrent jusqu'au mois d'août, sans aboutir à aucun résultat pratique. L'agitation politique continuait. Des placards séditieux étaient attachés clandestinement aux abords du château; des pierres furent jetées sur Mayenne un jour qu'il en sortait; et dans les premiers mois de ISM, des criminels étaient pendus aux portes mêmes du Louvre. Les bourgeois finissaient par se lasser des longues discordes civiles et religieuses ; la conversion du roi au catholicisme apaisait les objections les plus fortes, et ce fut sans résistance que Henri IV rentra le 22 mars 1594, à Paris, par la porte Neuve, que son prédécesseur avait traversée pour gagner la campagne. Après avoir été entendre la messe à Notre-Dame, il revint au Louvre, oii son dîner était préparé, comme s'il n'avait jamais eu d'autre résidence. Les cloches sonnaient, les trompettes et les tambours retentissaient de toutes parts, tandis qu'une foule immense, se pressant aux abords et dans les cours du château, répétait mille fois les cris de Vive le

Hosted by

Les transformations du Louvre sont en rapport avec les progrès de la puissance royale et de l'unité nationale. François I" et Henri II renversent une partie du château féodal pour lui substituer des édifices construits d'après des règles nouvelles, plus régulières et plus savantes; mais les fils de Henri II sont arrêtés dans leur tâche par les troubles civils et religieux; ils sont tenus en échec par les manifestations de l'indépendance seigneuriale et municipale ; ils n'achèvent pas la démolition du Louvre du moyen âge. Catherine de Médicis préfère construire des bâtiments nouveaux plutôt que de remplacer les anciens; les Tuileries s'élèvent, et les premières assises des galeries destinées à les réunir au Louvre sont posées. Henri IV, qui met fin aux guerres intérieures, aura la puissance nécessaire pour achever les galeries; mais au Louvre même, il terminera à peine la façade de Charles IX, et la mort ne lui permettra pas de réaliser les vastes plans qu'il conçoit pour son achèvement.

L'esprit actif, résolu, plein d'initiative et de hardiesse féconde de ce roi contraste avec les allures fantasques et l'agitation stérile de son prédécesseur. Aussitôt qu'il est rentré à Paris, Henri IV veut stimuler le commerce et l'industrie ; il veut que l'on continue les « bâtiments commencés » sous ses prédécesseurs; « leur dépense serait inutile, dit-il, s'ils étaient délaissés; b il affecteà ces travaux quelques-uns des

Hosted by

revenus de son domaine; et bientôt on ne voit que « maçons en besogne » ; mais il continue l'œuvre de Catherine de Médicis plutôt que celle de François I". Pour achever les deux galeries, il n'a rien à démolir; les rez-de-chaussée sont élevés au-dessus du sol; les matériaux sont tout prêts ou sont apportés aisément par la rivière; et puis, en reliant le Louvre aux Tuileries, il se ménagera une issue couverte, par laquelle il pourra sortir sans être vu de la ville et gagner la campagne, au milieu de laquelle s'étendent les Tuileries et leurs jardins. En moins de deux ans, la maçonnerie et la toiture des premiers étages de la petite galerie, de la salle des antiques, de la grande galerie jusqu'au pavillon de Lesdiguières furent terminés, vraisemblablement pour cette dernière partie sous la direction de Louis Mélezeàu, qualifié en 1596 d'architecte des bâtiments du roi. Dès 150ô, toute la façade de la petite galerie était élevée, sous la conduite, croiton, d'Isaïe Fournier, et l'Anglais Moryson la trouvait supérieure au reste du palais, avec ses décorations de marbre et de porphyre. - A l'extrémité qui regardait la rivière, sur l'emplacement d'une tour démolie, une large fenêtre s'ouvrait sur un balcon, d'où l'on jouissait, selon Sauvai, de la plus belle vue du monde. « D'un côté, dit-il, les yeux roulent avec les eaux de la Seine et se promènent agréablement sur le pendant imperceptible de ce long demi-cercle de collines rampantes... toutes jonchées de maisons de plaisance, de villages , de bourgs, de vignes et de terres labourables. D'un autre côté, la vue, éblouie des beautés de la campagne, vient se renfermer dans la ville, et après s'être égayée sur le Pont-Neuf, le Pont au Change et les maisons uniformes de la place Dauphine, elle se perd dans ce grand cahos de ponts, de quais, de maisons, de clochers et de tours qui semblent sortir pêle-mêle du fond de la Seine, s

Il y a dans le Louvre trois morceaux d'architecture originaux et superbes, chacun dans leur genre ; la façade de Pierre Lescot avec le pavillon de Lemercier; la petite et la grande galerie, la colonnade. Peut-être la pins séduisante, la plus caractéristique, la plus personnelle est-elle la façade de la grande galerie, qui regarde la Seine et qui se dresse entre le pavillon des antiques et celui de Lesdiguières? C'est cependant celle

Hosted by

dont l'histoire est la moins connue ; certains auteurs contestent à Métezeau l'iionneur de l'avoir édifiée, pour l'attribuer à Etienne Dupérac ou à l'un des Du Cerceau ; une tradition invétérée la fait remonter à Henri II, et le nom de Jean Goujon, qu'on a donné de nos jours à la porte centrale, lorsque jamais Jean Goujon n'a travaillé à cette façade construite longtemps après sa mort, contribue à propager cette erreur. Les frères Lheureux, qui avaient sculpté les frises de la façade de Charles IX, fouillèrent de leur ciseau souple et flu, de 1594 à 1590, les délicieuses frises de la galerie du bord de l'eau. Les sculpteurs Pierre Biart et Barthélémy Prieur concourent aussi à sa décoration, et c'est à ce dernier qu'on doit les figures couchées, représentant des renommées et des génies, qui décorent les tympans des arcades de la petite galerie.

Henri IV montrait l'estime qu'il faisait des artistes et des ouvriers habiles qu'il employait, en consacrant à leur logement les appartements de l'entresol ou mezzanine de la galerie. Non seulement, il voulait que ces artistes concourussent à la décoration de son palais; mais il avait aussi pour but de stimuler l'art national et de vivifier l'industrie de son royaume. « Il faisait vraiment de ses galeries, comme le dit M. deChennevières, l'abri, le cœur et le foyer de l'art et de l'industrie. » En mettant des ateliers à la disposition des artisans qu'il logeait, le roi voulait, non seulement « les voir parfois travailler sous ses yeux », mais, comme il le déclare dans ses lettres patentes de 1608, créer une « pépinière d'ouvriers, de laquelle, sous l'apprentissage de si bons maîtres, il en sortirait plusieurs, qui peu après se répandraient par tout le royaume et sauraient très bien servir le public. »

C'était une sorte d'école d'art décoratif qu'il fondait. Parmi les maîtres dont il parle, que l'on appelait tous les Illustres et qui presque tous étaient inscrits sur la liste de ses valets de chambre, figurent Bunel, l'auteur des portraits royaux, le peintre Desmartins, les sculpteurs Franqueville et Guillaume du Pré, des orfèvres, des graveurs en pierres précieuses, des fourbisseurs en damasquiné, des fabricants d'instruments do mathématiques, des tapissiers de haute lice, des

Hosted by

menuisiers faiseurs de cabinets. Les princes avaient toujours eu des artisles et des artisans de choix attachés à leur maison ; mais jamais ils ne les avaient installés auprès de leur palais d'une manière aussi large et pour ainsi dire aussi officielle.

Parmi les ateliers que l'initiative royale suscita dans les galeries, il faut signaler particulièrement ceux de tapisserie, qui furent créés en 1G08 sous ladirection de Laurent et de Dubout, et dans lesquels furent tissés de belles tentures de haute lice jusqu'en 1071, où ils furent transférés à la manufacture royale des Gobelins, Par cela seul qu'ils étaient les hôtes du roi, les artisans étaient affranchis des entraves corporatives et soustraits à la juridiction ordinaire. Certains privilèges étaient aussi octroyés aux artistes qui étaient employés aux travaux du Louvre. C'est ainsi que des lettres de naturalité, qui dispensaient du droit d'aubaine, étaient accordées à la femme du sculpteur Guillaume Pons, de Reims, qui avait décoré la salle des antiques, et au marbrier romain Félix Menart « pour reconnaître les services qu'il rendait journellement au château du Louvre b.

De 1600 à 1609, Henri IV fit continuer la grande galerie depuis le pavillon de Lesdiguières jusqu'au pavillon de Flore, commencé en 1607 et vraisemblablement terminé au moment de sa mort. Cette seconde partie, qui était loin d'avoir le piquant et le charme de la première, fut construite dans un ordre colossal de pilastres accouplés, sans doute sur les dessins de Jacques Androuet du Cerceau, qui aurait fait élever aussi le pavillon de Flore et le corps de logis qui le relie aux Tuileries. Cette architecture correcte et froide indique une tendance nouvelle dans l'art français, qui s'éloigne des inspirations originales et souriantes pour s'astreindre à des règles plus classiques, plus nobles et plus froides.

Dans les premières années de son règne, jusqu'à son mariage avec Marie de Médicis, le roi se préoccupe moins de l'aménagement intérieur de son palais que des constructions dont il l'agrandit. Sa vie nomade, irrégulière, s'accommode mal avec les exigences d'une étiquette qu'il dédaigne. Il est affable, plein d'entrain et plus familier qu'il ne convientà ungrand roi, de l'avis d'un écrivain anglais, qui préfère les

Hosîed by

usages plus compassés des cours d'Angleterre, de Suède et de Pologne. lia nombre considérable de gentilshommes, d'officiers de tous genres, de serviteurs de toute qualilé figuraient sur les contrôles de son hôtel. Trente-cinq maîtresd'hôiel par quartier, soixante-sept genlilshommcs sen iiils huit échin<>ons \inot tiois i.cu\eis Iraiicliiuis

conim.indaient une armée d'écuyers de cuimuo, de maîtres queux, de hàteurs, de potagers, de garde-vaisselle, de galopins, do sommeliers de panneterie et d'échansonnerie, d'huissiers et de porteurs. Ils avaient beau recevoir des gages annuels pour le service de sa table ; soixantesept valets de chambre, vingt-deux porte-manteaux étaient en vain attachés à sa personne; le roi, lorsqu'il viont.à Paris, ne descend pas toujours au Louvre; il va souvent diner et même coucher chez des

Hosted by

grands seigneurs, des financiers et des magistrats, où il est plus à l'aise que dans son palais, chez Gondi, chez Sancy, chez M. d'Elbeuf, chez Zamet, chez Montglat. En 1599, il vient de Blois à Paris, en un seul jour, à cheval, avec huit gentilshommes de sa suite. L'un d'eux, Berlnghen, a le sang tourné par le soleil ardent qui l'a brûlé pendant la route. Le roi descend chez le président de Verdun; le lendemain, il s'invite chez un autre. Un contemporain le compare « aux ménétriers qui ne trouvent pire maison que la leur ».

Il faut pourtant venir au Louvre pour recevoir les ambassadeurs et donner quelques fêtes. La sœur du roi, Catherine de Navarre, y est installée; huguenote convaincue, elle fait prêcher dans la salle des Cariatides pendant plusieurs années; des milliers de personnes viennent entendre les ministres de leur culte. Elle y fait célébrer des mariages protestants, en attendant qu'elle épouse elle-même, en 1599, Henri de Lorraine, dans la chambre du roi, où la bénédiction nupliale leur est donnée par l'archevêque de Rouen.

Dans la même salle où l'on prêchait les doctrines calvinistes, Madame donnait des fêtes et des ballets. Tel est celui qu'elle avait fait représenter, lorsque le duc de Guise eut (ait son accord avec le roi, mais auquel le duc assista d'un visage mélancolique et refusa de prendre part. A certaines époques, c'est le roi qui stimule et provoque les fêtes. Dans l'hiver de 1597, ce ne sont que réjouissances au Louvre : « courir lices, bagues et barrières, jouer au bâton, au palle-mail et à la paume, démener l'amour aux dames, danser et faire momeries et mascarades i-, telles sont les occupations journalières. Le maréchal de Biron organise un ballet, composé de quatorze seigneurs des plus galants de la cour, et Sully en fait partie pour obéir au désir du roi.

Celui-ci mène de front les plaisirs et les affaires ; il achève la conquête de son royaume; il lutte contre les Espagnols. Un matin, Sully est mandé au Louvre. Il accourt; il trouve le roi dans sa petite chambre, au delà de son cabinet aux oiseaux; quelques-uns de ses gentilshommes sont appuyés contre la muraille sans parler. Henri IV est en robe, en bonnet et en bottines de nuit; il est absorbé dans ses

Hosted by

réflexions. En voyant Sully, il s'avance vers lui et lui dît d'une voix plaintive : — Ah! quel malheur! Amiens est pris. — Sully le réconforte, lui signale des ressources, et lui montre les moyens de reprendre la ville, qu'il a perdue par surprise et qu'il ne tardera pas à recouvrer. Les réceptions des ambassadeurs se font toujours avec un certain apparat; mais on remarque que le jour où ceux de Venise sont admis à son audience, le roi passe son temps à rire et à « gausser les dames » . L'accueil qu'il fit aux envoyés d'Espagne en 1598 fut plus solennel; tout habillé de noir, il était placé sous un magnifique dais élevé dans la grandesalle;mais,au scandale d'un Anglais, le roi voyant que le trône n'était pas placé carrément sous le dais, en rectifia la position lui même. Parmi les Lspa gnols qui furent pri^^en tés à Henri IV, se trom iit le capitaine qui avait tiit prendre Amiens, en \ faisant entrer une ch u rettede noix. — Combien vos noix? — lui dit le loi en riant, et il ajouta qu il les avait payées bien cher; mais en mf^nit temps, il loua fort 1 Ls pagnol, souhaitant d i voir beaucoup de ueivi teurs comme lui. La suit* du duc d'Âscot, ambas sadeur d'Espagne, se composait de sept cents personnes et coûtait au trésor royal, pour son entretien, 2,000 écus par jour. Dans un bal , qui fut donné au Lou-

Hosted by

96 LE LOUVIÎE.

vre en leur honneur, les Espagnols ne purent se lasser « d'admirer l'artifice et la parure des dames s. Dans une autre fête, celies-ci sont si chargées de pierres et de pierreries qu'elles ne peuvent remuer.

Henri IV tient à éblouir davantage les ambassadeurs des cantons suisses en 1602. Fort bien en point, habillés de velours avec des chaînes d'or, on les comparait à des dieux Bacchus qui viennent de faire les vendanges. La grande salle et l'escalier principal étaient garnis d'archers et d'Écossais en haie, lorsqu'ils furent conduits dans la chambre du roi, qui les attendait, habillé plus somptueusement que de coutume, une aigrette de diamants à son chapeau. Il les embrassa tous et fit à leur harangue une réponse « fière etjolie ». De nombreux festins furent surtout offerts aux Suisses qui « s'escarmouchaient à coups de verres b, et se retirèrent du dernier de ces repas « en leur logis, tout doucement, contents, saouls et traictt^s ».

L'intérieur du Louvre devint plus somptueux et plus brillant après l'arrivée de la reine Marie, élevée dans tous les raffinements de luxe et d'élégance qui distinguaient la cour des Médicis.

Ce mariage avait été décidé à la suite du « desmariement du roi », comme dit Bassompierre, avec la reine Marguerite. Le roi était dans son cabinet, lorsque Sully, après avoir conféré avec le connétable, le chancelier et Villeroy, vint lui dire : — Nous venons de vous marier, Sire! — Henri fut un demi-quart d'heure rêvant, se grattant la tète, écurantses ongles sans répondre. Puis tout à coup : — Hé bien, pardieu, soit! s'écria-t-il , il n'y a donc de remède, puisque pour le bien de mon royaume et de mes peuples, il faut être marié; il le faut donc être!

Le mariage fut célébré à Lyon en I60I. Lorsque le roi ramena sa jeune femme à Paris, il n'osa la faire descendre au Louvre, qui n'était pas suffisamment préparé pour la recevoir. Il la conduisit d'abord chez Gondi, au faubourg Saint-Germain; elle y resta cinq jours, cl de là, s'en fut loger chez Zamet; ce fut seulement trois jours après, le 15 février, qu'elle fit son entrée au Louvre, et quelle entrée! Elle n'y trouva, en arrivant le soir, assez tard, dit Philippe Hurault, aucune lumière pour la conduire, ni à la sortie de son carrosse, ni à la

Hosted by

salle des gardes, antichambre, chambre du roi, par où elle passa, ni presque dans son déparlement, ses femmes et ses officiers y étant arrivés et ne s'y reconnaissant pas encore... Partout, dans cette grande maison, la solitude et robscurité; rien que « les vieils meubles qui y étaient d'ordinaire ». Aussi Marie de Médicis « raconta-t-elle plusieurs fois depuis qu'elle n'avait jamais été si étonnée et effrayée,

Le l.oun-c Cl ses aijoids vers liilO i d'aprùa le plan de Paris de Mathieu nériaii.

croyant que ce n'était le Louvre ou que l'on faisait cela pour se moquer d'elle s. Et Philippe Hurault ajoute : « car en Italie, et principalement à Florence, on n'eût pas manqué de faire allumer un milliassc de flambeaux blancs pour éclairer à une telle première réception. »

N'y avait-il point quelques exagérations dans les plaintes de la reine? Gregori d'Ierni vante les très belles tapisseries tissées d'or qu'on admirait dans le château en 1596. Les chambres du roi et de la reine n'avaient-elles pas conservé leurs merveilleuses boiseries sculptées, qui subsistent encore pour la plupart de nos jours? Peutêtre, dans la fréquence des déménagements royaux et par suite de la

08 LE LOl'VRE.

mobilité des décorations intérieures, les plus belles tentures et les meubles les plus précieux étaient-ils restés dans d'autres châteaux, à Fontainebleau, à Blois,à Saint-Germain, par exemple? Dans tous les cas, la grande saile du premier étage de la petite galerie, connue aujourd'hui sous le nom de galerie d'Apollon, allait être décorée par des peintres estimés, d'après un programme tracé par le géographe Antoine de Laval. Selon la mode de cette époque, où l'on aimait à réunir des séries de portraits historiques, chaque trumeau de la galerie reçut l'image d'un roi ou d'une reine de France, accompagnée de figures allégoriques ou mythologiques, d'armoiries, d'inscriptions, de devises latines gravées ou peintes sur des cartouches ou des panneaux. Bunel peignit la plupart des portraits des rois, grands comme nature; sa femme, qui avait non moins de talent, ceux des reines qui étaient placés en face. Le beau portrait de Marie de Médicis, par Porbus, aujourd'hui conservé au musée, faisait partie de cette collection, qui fit donner à la salle le nom de galerie des Rois, jusqu'au moment où elle fut détruite, comme nous le verrons plus loin, par l'incendie de 1661. Le plafond fut couvert de scènes empruntées à la fable par Du Breuil et ses élèves, qui donnèrent à plusieurs dieux et déesses les têtes de Henri IV et do la reine. Les épisodes de Perséc et d'Andromède, de Jupiter et de Danaé, les scènes tourmentées de la gigantomachie, complétèrent pour cette admirable galerie une décoration qui fut terminée en 1604, et que l'Anglais Coryat n'hésite pas à déclarer « ce qu'il y a de plus beau au monde ». Il y avait longtemps que des galeries avaient été ornées à Fontainebleau de fresques représentant des scènes allégoriques ou mythologiques; elles avaient été créées par le pinceau d'italiens célèbres, le Primatice, le Rosso, Nicolo del Abbate; c'était la première fois qu'on employait au Louvre sur dételles proportions de semblables décors, et l'on avait fait appel pour les exécuter surtout au talent de peintres français.

Le jardin, situé au nord, fut décoré d'orangers, dont le jardinier Nicolas Guérin eut la garde ; une galerie fut construite pour les conserver l'hiver, tandis que le berceau, qui traçait autour des parterres un carre long, était soigneusement entretenu et taillé par le jardinier.

Hosted by

On discerne parfaitement ce berceau, avec ses portiques de verdure, dans le grand plan de Paris dessiné par Mérian en 1615.

Les honnmes de ce temps, vêtus de soie et de velours, n'avaient pas sous certains rapports la délicatesse d'odorat et de vue que nous éprouvons de nos jours. La cour du Louvre, mal nivelée, était parfois souillée d'immondices. II y avait bien au rez-de-chaussée des retraits qu'on désignait sous le nom euphémique de chambres courtoises; mais leur odeur même en éloignait, et l'on ne se servait, dans les garde-robes des chambres, que de chaises percées dont on jetait par les fenêtres le contenu dans les cours et dans les fossés. Ceux-ci, remplis d'une eau mal renouvelée, devaient être curés de temps à autre.

11 règne toujours au palais un certain sans-façon , une sorte de laisser-aller et de familiarité sans morgue dont le roi donne l'exemple. Voulait-il imposer plus de décorum à ses courtisans, il n'j' parvenait pas. Il ordonne un jour que l'on se découvre, même en son absence, dans son cabinet; à une heure de là, « tout y était couvert, dit Malherbe, jusqu'aux garçons do chambre ».

En 1601, le roi avait fait venir à Paris Tristano Martinelli, dit Harlequin, et sa troupe de comédiens. Lorsqu'Harlequin alla le saluer, il se glissa prestement sur le siège royal et contrefaisant le roi, il dit d'un ton protecteur : — Eh bien ! Harlequin, vous êtes venu ici avec votre troupe pour me divertir; j'en suis bien aise; je vous promets de vous protéger, de vous donner tant de pension. — Hola! fit à la fin Henri IV, qui ne le dédit pas, il y a longtemps que vous faites votre personnage, laissez-moi faire le mien.— Sully nous le montre un soir, rentrant de la chasse au Louvre, tenant en main des perdreaux que ses faucons ont pris, plaisantant avec son maître d'hôtel, qui lui apporte des melons, dans un bassin doré recouvert d'une serviotle. 11 se les fait servir avec des perdreaux et des cailles, et en envoie à la reine. Tous les ans, le P"" janvier, Sully se rend au Louvre, dès le matin , dans son carrosse, accompagné de trois de ses secrétaires, portantdes sacs de velours remplis de jetons d'or et d'ai^ent. Ces jetons viennent d'être frappés, avec des emblèmes et des devises latines à la fois ingénieuses et flatteuses. En 1601 et ou lOtHÎ, Sully monte dans la

Hosted by

chambre du roi, qui n'est pas encore levé. Celui-ci, qui l'entend faire la révérence, tire les rideaux de son lit et dit à la reine qui est auprès de lui : — Ma mie, voici Rosny, il vient nous apporter nos étrennes. — Et la conversation s'établit plaisante, pleine de bonhomie et de grosse gaieté, entre le couple royal et le ministre. On badine sur les officiers de service et les femmes de chambre, entre qui les jetons d'argent doivent être répartis. Ceux d'or sont réservés aux princes, tandis que Sully fait distribuer d'autres jetons à de pauvres invalides loqueteux, qui grouillent sur les quais de la rivière, sous les fenêtres de la grande galerie.

Lorsque la cour est à Paris, le Louvre fourmille de courtisans, de gentilshommes de la suite des grands, de curieux, qui comme Malherbe, viennent aux nouvelles, interrogent les conseillers du roi, causent avec les familiers du château. Dans cette foule bigarrée d'officiers de service, de parasites et de laquais, nul doute que l'oisiveté n'engendre de nombreux vices. Henri IV donne l'exemple d'une vie irrégulière; il provoque, en s'adonnant aux trois dés comme au lansquenet, le jeu sans frein des courtisans. Les bourgeois de Paris, comme L'Estoile, se scandalisent du désordre, des querelles, des débauches, des blasphèmes qui se commettent au Louvre. Ils parlent en revanche avec admiration des fêtes qu'on y donne. Les exercices du corps sont toujours en honneur. On va voir le roi jouer à la paume « en son tripot du Louvre ». En 1605, le duc de Nevers lui demande la permission de faire un combat à la barrière, et le roi la lui accorde avec d'autant plus d'empressement qu'il prenait grand plaisir à ces galanteries, surtout lorsqu'elles ne lui coûtaient rien. En 1606, un carrousel et un autre combat en champ ouvert furent donnés ; on représenta également un ballet à cheval dans la cour du Louvre, qui fut entourée de barrières, et qu'auraient éclairée plus de deux mille flambeaux et de mille lampes attachées aux murailles. Au mariage du duc de Vendôme, en 1609, l,e roi court la bague, et l'enfile souvent, à la honte de ses concurrents.

Le mariage du duc de Vendôme avec M"" de Mercœur fut célébré avec un grand éclat. L'épousée et les dames avaient été si longues à

Hosted by

se parer qu'elles ne quittèrent qu'à cinq heures du soir la chambre de la reine pour se rendre à la messe. Le roi, richement vêtu, menait la mariée, et le cortège des dames de la suite, en mantes de gaza noire, relevée d'or, d'argent et de diamants, descendit les « degrés du quartier de la reine », et se rendit après la messe dans la salle du

festin. Celui-ci, préparé sur une table en potence, fut suivi d'un grand bal.

Les ballets restent toujours en vogue. En 1602, le comte d'Auvergne vient Jouer au Louvre celui des Sept fols et des sept sages. La reine en fait représenter un, pendant les jours gras, non seulement au Louvre, mais à l'évêché et dans d'autres palais. Un des plus beaux fut donné en janvier 1610, par le duc de Vendôme, dans la grande salle du Louvre.

Elle avait été entourée pour la circonstance d'échafauds et de ga-

Hosted by

leries à trois étages; les murs en étaient tendus de tapis de Turquie, de Perse et de Chine. Des chandeliers dorés en forme d'étoiles, portant force flambeaux, étaient suspendus au plancher supérieur; audessus de l'estrade destinée au roi, on admirait deux lustres superbes, l'un représentant un soleil, avec des flambeaux de cire jaune, l'autre la lune, avec des flambeaux de cire blanche. Le roi et la reine, entourés de leurs gardes et de courtisans, étaient assis sur l'estrade. Près des barrières, des exempts et des maîtres de cérémonies veillent pour empêcher toute confusion. Le silence se fait, et le rideau, qui garnit le fond de la salle, tombe.

Il laisse apercevoir un palais enchanté, dont les portiques soutenus par des colonnes forment amphithéâtre; et soudain apparaît le magnifique messire Goblemagne, grand confalottier de l'île des Singes, en costume clinquant et grotesque, suivi d'esclaves turcs, à masques basanés et vêtus de jaune. Goblemagne se transforme soudain en jeune More galamment costumé, qui fait des tours de souplesse. Il serait fastidieux d'énumérer toutes les entrées de magots verts, de a crotesquos », de naïades, d'instruments gigantesques, de nains, de chevaliers, de personnages allégoriques, qui se succèdent sans relâche. Comme dans le ballet de la reine, sous Henri III, c'est une magicienne, Alcine, qui retient dans son palais des personnages qu'elle frappe de ses enchantements; mais le goût paraît moins élevé, et l'invasion d'un burlesque quelque peu puéril se mêle à l'élégance et à la pompe du spectacle. Ainsi l'on voit entrer des tours en osier de sept à huit pieds de haut, des pots de fleurs et des hibous gigantesques, des violes aussi grandes que des moulins à vent, et de ces tours, de ces pots de fleurs, de ces hibous, de ces violes et de ces moulins sortent des naïades, en corset de toile d'argent et incarnat, avec de grands éventails ornés de miroirs, ou des nymphes en robe de brocatelle à ramages vert et argent. Le dernier tableau représentait le palais enchanté d'Alcine, oîi se tenaient douze chevaliers immobiles comme des statues. A la vue du roi, ils descendent de leur piédestal, le palais disparait, et les douze chevaliers, à la tète desquels était le duc de Vendôme, tous vêtus uniformément de pourpoints d'argent et de

Hosted by

casques légers couverts de pierreries, forment des figures diverses, au son des instruments; puis ils invitent des dames, les branles commencent, et le bal continue jusqu'à ce qu'il plaise au roi de se retirer.

Queiques-uns des personnages des ballets récitaient ou chantaient des vers, d'ordinaire à la louange du roi. Plusieurs de ces pièces de poésie, notamment des stances pour le ballet des Demi-dieux marins, furent écrites par Malherbe, qui était gentilhomme ordinaire de la chambre; mais bien qu'elles figurent dans ses œuvres, il les estimait peu, qualifiant de vers de nécessité ceux qu'il faisait ainsi sur commande.

L'ardeur que le roi, malgré son ;ige, témoigne pour les distractions de tout genre, ne l'empêche pas de s'occuper des affaires de l'État. Dans les conseils qu'il préside, il développe des plans de réforme et d'améliorations financières; il les fait étudier; il montre les qualités maîtresses d'un prince, qui sait voir et faire agir. Sully peut à peine satisfaire à sa tâche, car il faut qu'il s'occupe de la politique, de l'administration et de la diplomatie, non moins que des querelles qui s'élèvent dans le ménage royal et des difficultés que la conduite privée du roi fait surgir. Une nuit oîi il doit se lever à trois heures du matin, il est mandé à onze heures du soir au Louvre, pour conférer avec Henri IV. Il conseille celui-ci, il conseille ensuite Marie de Médicis, qui le reçoit dans son petit cabinet, où elle s'est enfermée, tandis qu'Éléonore Galigaï, Madame Concini, en garde la porte. Le poi délibère souvent sur les intérêts publics dans !a salle du conseil; mais dans certains cas, il s'en entretient dans son cabinet des livres.

Ce cabinet était-il placé dans l'ancienne tour de la librairie, qui existait encore? Le président de Thou avait le titre de maître de ce cabinet; Guillaume de Langle , qui recevait les mômes appointements de 400 livres, en était le garde. De Langle était logé dans une maison que lui avait concédée le roi, « sur le vieil portail, vers le jeu de paume où sont les marbres ». Le cabinet des livres était situé à un étage supérieur, et le roi y montait parfois après son dîner. Vn jour, il commanda à Sully d'y faire placer un beau cabinet à layettes, doublé

de satin cramoisi, pour y renfermer des papiers d'État; il voulait aussi que l'on conservât dans son cabinet la correspondance de son ministre. Le 1" janvier 1610, année de sa mort, il y monta avec Sully, Vendôme, Beringhen et La Varenne, et leur développa ses grands projets pour assurer la grandeur de la France par l'abaissement de la maison d'Autriche.

De grands desseins se formaient dans son cerveau fécond. De même qu'en politique il raédilait de vastes plans pour la confédération des États européens, il songeait à réaliser l'achèvement du Louvre d'après un grand projet d'ensemble, qui pouvait être celui de Pierre Lescot. 11 est certain que du vivant de celui-ci, en 1577, on savait qu'il était loin d'être exécuté, puisque Lippomano écrivait à celte époque que « de ce palais destiné à être l'un des plus beaux du monde un quart seulement était construit » . Lorsqu'Henri IV décida la reprise des travaux en 1Ô94, il eut soin de dire qu'il « désirait leur continuation d'après les plans et dessins qui en avaient été ci-devant faits o. Le désir du roi n'était pas seulement d'achever le quadrilatère de la cour, en le quadruplant d'étendue, avec un pavillon central, à l'ouest, situé au même emplacement que le pavillon de l'horloge actuel, mais moins surchargé dans sa partie supérieure; son ambition était de rejoindre le Louvre aux Tuileries par la création de grandes cours bordées de bâtiments de dépendances et d'écuries, en rasant les maisons et les églises qui s'élevaient entre les deux palais. Projets superbes et gigantesques, qu'attestent des témoignages d'écrivains contemporains et les débris d'une fresque de Fontainebleau, concordant avec deux plans conservés au Cabinet des estampes de la Bibliothèque nationale. L'un d'eux indique, au nord de la galerie du bord de l'eau, plusieurs grandes cours rectangulaires, séparées par un vivier d'un jardin, dont les parterres, reproduisant les chiffres du roi et de la reine, se seraient étendues à l'est de la façade des Tuileries. Henri IV, s'il eût vécu, n'eut sans doute pas réalisé dans son entier ce vaste plan, que sa mort inattendue vint ajourner avant même qu'il ait pu y faire mettre la première main.

Le 14 mai 1610, Henri IV se leva avant six heures; après avoir

Hosted by

Hosted by

Hpsted by.

pris son habillement dans son petit cabinet, il se recoucha pour faire sa prière, puis causa avec Villeroy et fit sceller des lettres. L'ullégresse était sur son visage, lorsqu'il se rendit aux Feuillants pour entendre la messe. En dinant, il cause de travaux publics et de l'armée avec quelques-unes des personnes présentes; il reçoit ensuite ses filles, et passe après diner au cabinet de la reine , où il fait et dit mille bouffonneries avec mesdames de Guise et de la Chaire. 11 hésitait à sortir pour aller voir Sully malade à l'Arsenal. A plusieurs reprises, il demande : — Irai-je ou n'irai-je pas? — Enfin il se décide, embrasse la reine en disant : — Je ne ferai qu'aller et venir. ~ Son capitaine des gardes veut l'accompagner au moment où il monte en carrosse, au pied de l'escalier de la reine. Il refuse ses services. Il part... Un quart d'heure après, le carrosse revient; on en tire. Henri IV, frappé du couteau de Ravaillac, ayant perdu la parole, expirant. On lui donne un peu de vin; mais bientôt, il rend le dernier soupir au bas de l'escalier qu'il venait naguère de descendre si allègrement. Comme on ne saurait compter Jean I" parmi les rois, on peut dire de Henri IV que c'est le seul roi de France qui soit mort au Louvre; c'est celui qui sera le plus regretté.

Le bruit de sa fin tragique s'étant rapidement répandu, le château se remplit d'une foule émue, anxieuse, effrayée, criant, pleurant et se lamentant. La reine, selon Pontchartrain, se pâme, s'exclame, sort de soi-même; au milieu de ses larmes et de ses cris, elle implore l'appui des grands qui remplissent son grand cabinet. En attendant qu'elle se rende au Parlement, pour faire confirmer ses pouvoirs de régente, le Louvre se couvre de tentures de deuil. Pendant des semaines, la cour du château fut garnie de quatre ceintures de serge noire et d'une ceinture de velours noir, décorées des armes de France. Dans la salle des Cariatides, au centre du tribunal, l'effigie du roi fut exposée, selon le singulier usage du temps, sur un lit recouvert de drap d'or et tout environné de cierges. Cette effigie était un mannequin, avec une figure de cire semblable à celle du roi, vêtu, comme il l'était de son vivant, d'une chemise de toile de Hollande, d'une camisole de satin cramoisi, d'une tunique de satin azuré fleurdelisé, et du grand

Hosted by

manteau royal do velours cramoisi-violet, fleurdelisé et doublé d'hermine. Sur sa tète était un petit bonnet de velours brun entouré de la couronne royale; il avait à ses pieds des bottines de velours rouge fleurdelisées. A droite et à gauche, le sceptre et la main de justice étaient posés sur deux carreaux. Une table était dressée non loin du

lit entre deux colonnes; à l'heure accoutumée des repas , les officiers faisaient le service, comme du vivant du roi, si ce n'est qu'on ne criait pas : grand pannotier ni grand sommelier. Les plats étaient présentés à l'effigie. On comprend mieux que des prie-Dieu aient été disposés pour les grands, qui venaient garder l'image du roi, suivis de leurs gentilshommes, et qu'on eût disposé dans l'embrasure de chacune des douze fenêtres de la salle des autels, où l'on disait cent

Hosted by

messes par jour. Le jeune roi Louis XIII vint jeter solennellement de l'eau bénite sur le lit, en grand manteau à cinq queues portées par cinq princes du sang.

Après onze jours d'exposition , l'effigie fut portée sous le portique de la salle, et remplacée par le corps du roi, posé dans un coffre couvert de drap d'or avec une croix de satin blanc, et surmonté d'une couronne d'or. Aux tentures d'or qui recouvraient les murs et les bancs furent substituées des tentures noires, jusqu'au jour des obsèques, le 29 juin, où le corps de Henri iV fut transporté solennellement hors de ce Louvre, dont il avait poursuivi l'agrandissement, plus qu'aucun de ses prédécesseurs, surtout par la construction des , galeries, qui le reliaient aux Tuileries.

Hosted by

vni.

Page 1