‹ Le Louvre et son histoireChapitre 22 sur 67 · L'ENFANCE DE LOUIS XIIL · texte numérisé non relu

L'ENFANCE DE LOUIS XIIL

Le soir de la mort d'Henri IV, Louis XIII, Agé de neuf ans, iut servi en roi, à son souper, par son gouverneur, M. de Souvré, qui lui présenta les plats à genoux. L'enfant étonné le regarda, rit, puis se mit à pleurer : — Je voudrais, lui dit-il, n'être pas roi, et que mon frère le fût plutôt; car j'ai peur qu'on rae tue, comme on a fait le roi, mon père.

Le caractère égoïste et sans grandeur du fils de Henri IV se révèle dans ce propos d'enfant. Elevé avec ses frères et ses sœurs, au cliâteau de Saint-Germain, il vint en 1609 seulement loger au Louvre, d'abord au rez-de-chaussée, puis dans une chambre située au-dessus de celle du roi et qui sans doute donnait sur les basses-cours, car son fidèle historiographe, le médecin Héroard, raconte que Louis fut éveillé un matin par les chapons qu'on engraissait au-dessous de sa chambre.

Son cabinet est situé dans une tour, peut-être celle de la Librairie; il y étudie et il y joue; on lui enseigne le latin, l'histoire, la géographie; il apprend l'escrime et la danse; mais pour lai, les jeux sont plus variés, et plus nombreux que les études. Les cartes, le rêversis, les dames rabattues, le billard, l'oie, les échecs, le sabot, le renard et les poules, le distraient; il s'amuse avec des marmousets d'argent ou de faïence achetés à la foire Saint- Germain, avec des es-

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cadrons de petits bonshommes en plomb qu'il dresse sur une table verte percée, avec des petits canons faits de cartes à jouer, inventés par lui, qu'il charge de poudre et de papier et qui no crèvent point; il monte des horloges, dont les ressorts enflamment la poudre. Dans son bain qu'il prend dans une cuve, il fait voguer de petits bateaux sur l'eau où flottent des feuilles de roses.

Henri IV lui avait donné pour compagnon trente-deux petits gentilshommes appartenant aux meilleures familles. II joue avec eux à croix ou pile, à trois clés, à la chaîne, à « Je vous prends sans vert », à cligne-musette. 11 joue surtout au soldat, parfois dans le cabinet des livres où il tire au blanc à l'arbalète, le plus souvent dans la grande galerie qui est terminée, et dont l'entretien est confié à François Moynier, concierge du Louvre et garde des meubles du roi. Il y mène ses petits gentilshommes tambour battant, enseignes déployées, jusqu'aux Tuileries; il leur fait faire les chevaux, « en se tenant aux manteaux par derrière ». Sa passion pour les bêtes et pour lâchasse est extrême. Il élève un marcassin dans sa cuisine; il a des guenons qu'il fait courir dans sa chambre; il porte un chat-huant sur son poing. 11 fait dresser des linottes et des moineaux pour chasser des mouches et des papillons; il fait voler un cochevis qui se sauve dans un grenier. Ses petits chiens courent un lièvre dans sa chambre. La grande galerie, où il se promène dans un petit carrosse traîné par deux dogues, est surtout le théâtre de ses chasses. Il y fait voler des cailles par des émerillons, des moineaux par des pies-grièches, une crécerelle et un perroquet jaune. Un jour, il y voit courir un chameau que lui a donné M. de Nevers.

Le futur roi a le goût des travaux manuels. Dans la grande galerie que des ouvriers sont en train de carreler, il prend plaisir à les aider; on le voit plus tard s'amusant à tourner de l'ivoire, à faire des vases, à seconder le menuisier qui dresse un jeu de billard. Comme Charles IX, il a une forge; mais celle-ci est située, non dans les caves, mais à un étage supérieur du château.

Lorsqu'il succède à son père, le bruit court qu'il aime la chasse et la peinture, mais que dans ses autres actions il est enfant enfan-

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tissime. Il est du reste traité comme tel, tout roi qu'il est; à son gouverneur, Souvré, qui le sert à table à genoux, il demandera pardon à genoux de ce qu'il lui a dit un mot blessant; pour avoir injurié un comte, frappé un de ses petits gentilshommes ou jeté ses échecs à la tète d'un de ses enfants d'honneur, il est fouetté plus ou moins serré. Le fouet est jugé tellement nécessaire dans l'éducation à cette époque que le plus haut rang n'en préserve pas.

En revanche, on lui prodigue les divertissements et les spectacles; la ménagerie du Louvre paraît avoir été rétablie, car il regarde de sa fenêtre un homme combattre un lion, des dogues harceler un ours; en soupant, on lui montre des sauteurs et des joueurs de marionnettes; ses petits gentilshommes et sa sœur déclament des tragédies de Garnier et d'Emon dans sa chambre; ils jouent des comédies devant lui. Il aime la musique, et plus tard il en composera; quand il est couché, il se plaît à chanter et à faire chanter tous ceux qui, sont auprès de lui; des joueurs de luths le charment par leurs accords, tandis que le chanteur Bailli le berce des accents de sa, voix et du ■son de sa lyre. ' " ; ' ■

Quoiqu'il eût peu dégoût pour la danse, il fut obligé de l'apprendre, surtout pour 'faire des révérences. Ses leçons lui servirent aussi à faire figure dans les ballets. Il devait y prendre, part avant même la mort de son père. En I6I3, ces divertissements redevinrent fréquents au Louvre. On donne des ballets chez les dames d'honneur comme chez le petit roi. Les branles sont en vOgue.-Au milieu d'un ballet, unberger faitdanser un homme habilléen chien, avec des bouffonneries si agréables, que Malherbe ne vit jamais rire personne comme il vit rire ce soir-là la reine Marie de Médicis. En 1614, un intermède du ballet des Argonautes représente des personnages burlesques sortant d'une caisse et d'une gaine. En 1616, le roi lui-même « dansa en pantalon » dans un ballet, qui n'atteint pas en magnificence celui de la Délivrance de Renaud, donné en janvier I6I7. La foule qui s'y presse est telle que c'est à peine si Louis XIII peut entrer dans la salle, et qu'une demoiselle de la cour se pend à ses chausses en lui disant : — Si vous entrez, j'entrerai.

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— On y entendit entre autres intermèdes un chœur de musique, chanté par soixante-quatre voix, avec accompagnement de vingt-huit violes et de quatorze luths.

La Porte-Neuvi

La fête du saint dont le roi portait le nom devint une occasion de fêtes publiques, qui se renouvelèrent chaque année le 25 août sous le règne des Louis. Des feux d'artifices, dont les habitants de la ville jouirent presque autant que les seigneurs de la cour, furent allumés en 1613 en vue du Louvre. On en tira au-dessus du Pont- Neuf, où des pyramides étincelantes accompagnaient un Neptune de

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feu, puis sur le haut de la tour de Nesle, sur les vieilles murailles du Louvre et sur la porte Neuve qui touchait à ces murailles. Pour le feu du Pont-Neuf, le roi donna le signal de la fenêtre de son cabinet en agitant un flambeau; pour les autres, il se plaça sur le balcon de la galerie des tableaux, et mit lui même le feu à une fusée, qui portée sur un cordage, courut enflammer les autres.

Les plaisirs auxquels se livre le jeune Louis XIII ne l'empêchent pas d'observer les pratiques religieuses et de remplir quelques-uns

des devoirs d'apparat de la royauté. Parfois il assiste à la messe chez les Jacobins, à la chapelle de Bourbon « où l'on ne voit goutte », aux Tuileries, le plus souvent au Louvre, dans sa petite chapelle, dans celle de l'antichambre de la reine ou dans la chapelle de la tour de la Salle. Le jeudi saint, l'évoque de Montpellier prononce un sermon dans la grande salle, sans doute celle d'en bas, et le roi y lave les pieds à douze pauvres. C'est également dans cette salle ainsi que dans la grande galerie que, selon la coutume traditionnelle, il touche cinq fois par an les malades atteints des écrouelles, qui lui sont présentés, et dont le nombre va toujours en augmentant, de deux cents à plus de mille-

On voit qu'il existait encore plusieurs chapelles dans le château. Celle de la reine devait être la plus grande; on y célébra en 1614

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