‹ Le Louvre et son histoireChapitre 23 sur 67 · L'ENFANCE DF. LOUIS XIH · texte numérisé non relu

L'ENFANCE DF. LOUIS XIH

le baptême de Gaston d'Orléans, âgé de six ans, et de sa sœur Henriette, plus tard reine d'Angleterre. Tous deux étaient vêtus de satin blanc et répondaient aux questions qui leur furent posées. La cérémonie se fit avec un grand éclat.

Le Louvre est alors dans toute sa gloire. Sa renommée a traversé les mers, et Shakespeare s'en fait l'écho, dans sa tragédie d'Henri VIIL Des ff'tes plu'^ splendides que les précédentes y avaient été célébrées

en 1612, pour les accordailles de Louis XIII, qui avait onze ans, et de sa sœur qui en avait dix. L'un était fiancé à Anne d'Autriche, l'autre, la princesse Elisabeth, au roi d'Espagne Philippe IV. Leurs contrats de mariage furent signés au Louvre. A cette occasion, la cour quitta le deuil qu'elle portait depuis la mort de Henri IV, et l'on donna à la place Royale un tournoi magnifique. Le duc de Pastrane, ambassadeur d'Espagne , fut reçu au Louvre avec un cérémonial inusité. Non seulement les Cent-Suisses faisaient la haie dans la cour, mais dans la grande salle haute, tous les pages de la grande et de la petite écurie étaient rangés, tenant chacun deux flambeaux allumés ; il en était de même dans la galerie, où les flambeaux étaient portés

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par les pages de la chambre du roi et de la reine. Au fond de la galerie, où l'on accédait après avoir traversé la chambre du roi, s'élevaient, sur une estrade , les sièges de Louis XIII et de la reinemère. Les princesses étaient assises sur des formes, tandis que les dames de la cour étaient placées sur des gradins. Au milieu des haies de porte-flambeaux, le duc s'avança, précédé d'estafiers, et suivi de trente seigneurs espagnols. En s'approchant du roi, ils firent trois grandes révérences; puis le duc remit deux lettres à Louis XIII, et lui adressa un compliment auquel le jeune prince répondit.

A la suite de cette audience, le duc de Pastrane alla saluer Madame Elisabeth; après avoir traversé une galerie toute tapissée de haute lice, rehaussée d'or et d'argent, et une antichambre non moins riche, il trouva la petite princesse, dans sa chambre, sur une chaise basse et sous un dais; elle était vêtue de satin incarnadin brodé d'or, portant au cou une croix estimée 120,000 écus, avec un collier de perles, dont chacune valait 1,000 écus, et de nombreux diamants scintillant sur sa tète. Après un échange de révérences et de compliments, le duc de Pastrane se rendit chez Monsieur frère du roi et chez la princesse Christine, qui habitaient d'autres parties du château.

Les enfants de France y résident presque constamment pendant la régence de leur mère, ils ne le quittent guère que trois semaines par an, « qui est le temps ordinaire, dit Malherbe, que l'on donne à nettoyer le Louvre ». On en profite pour faire curer les fossés non moins que pour réparer l'intérieur. Marie de Médicis n'avait pu s'occuper de constructions nouvelles, lorsque dans les premiers temps de sa régence, elle cherchait surtout à consolider son autorité; 'mais elle ajouta beaucoup à l'agrément des appartements du roi et de la reine ainsi que de la petite galerie, en transformant en jardin la bassecour qui s'étendait entre ces appartements et la Seine. Cette bassecour, entourée d'échoppes et d'appentis, encombrée de matériaux de rasée genres, notamment de marbres et de modèles de sculpture, fut tous et nivelée, et sur son emplacement on traça des allées, bordées de cyprès ou de parterres de broderie à dessins variés ; on creusa un

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bassin du milieu duquel s'élançait un jet d'eau. Ce jardin, désigné sous le nom de Jardin neuf en 1612, de Jardin des Vues du Louvre en 1615, n'était séparé de la Seine que par une sorte de galerie à arcades. Recouverte d'une terrasse, elle servit de volière et d'orangerie. Louis XIII en fit « la chambre des oiseaux » ; plus tard on y transporta les orangers du grand jardin, qu'on exposait l'été sur la terrasse dont elle était surmontée.

Lorsque le mariage du roi fut décidé, Marie de Mcdicis songea

qu'elle devait un jour céder à la jeune Anne d'Aulriche l'appartement des reines situé au premier otage, pour descendre dans celui qui était affecté aux reines mères. Non contente d'acheter au duc de Luxembourg de vastes terrains sur lesquels elle allait faire édifier un palais, elle se fit arranger, en 1613, au rez-de-chaussée du Louvre, un logement plus vaste et plus somptueux que celui dont s'était contentée Catherine de Médicis. Elle ajouta à celui-ci les chambres de la princesse de Conti et des filles d'honneur, ainsi que la salle où se tenait le conseil, qui fut désormais convoqué dans l'aile septentrionale du château du moyen âge. Elle créa des entresols qui lui donnèrent un plus grand nombre de pièces. Sa chambre fut ornée de lambris

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dorés, encadrant des panneaux peints par les meilleurs artistes de son temps, Dubois, Freminet, Evrard et Bunel ; elle faisait l'admiration

des contemporains ; mais Sauvai en disait quarante ans plus tard : a Le luxe a fait de tels progrès que ce qui passait alors pour une merveille n'est pas aujourd'hui d'une beauté médiocre. »

Dans l'automne de 1613, on travaillait à l'appartement de la reine, qui était à Fontainebleau avec le petit roi, tandis que Gaston et Christine élaient restés au Louvre. Ils y furent malades tous deux, et vu les 1 incommodités qu'ils recevaient de la présence des ouvriers, » il fut question de les emmener à Saint-Germain. Mais la maladie s'aggrava; la reine mère dut venir soigner le duc d'Orléans, et lui fit prendre un « cristère » par force, « cinq à six personnes étant assez empêchées de le tenir ». Au commencement de novembre, la cour revint au Louvre. Madame de Monglat, gouvernante des enfants, fit aérer la chambre du roi et y brûler du bois de genièvre, « afin qu'elle demeurât sans soupçon de mauvais air ».

Tout autour du Louvre, sur les terrains inoccupés qui touchaient à ses murs, étaient venus s'accrocher des constructions concédées à des personnages en faveur, comme des végétations parasites qui se développent sur certains arbres. C'est ainsi qu'il avait été accordé à Frontenac, capitaine du château, une « place vague, » située derrière le grand jardin, avec le droit d'y bâtir selon sa commodité et môme « d'étendre son bâtiment sur la porte qui entrait dans ledit jardin ». Une concession analogue fut faite à la marquise d'Ancre, en 1612, d'un terrain situé à l'angle sud-est du jardin neuf et au bord de la Seine. La marquise y fit construire un petit hôtel, adjacent au jardin, qui était relié aux appartements de la reine mère par un pont de bois. Elle attestait ainsi l'influence grandissante de son mari, qui bientôt nommé maréchal de France, allait exercer une autorité sans égale à la cour.

Cette autorité fut loin de diminuer, lorsque le roi, entré dans saquatorzième année, eut été déclaré majeur et fut sacré. Dès 1614, il réside moins souvent au Louvre; il tient à Nantes les états de Bretagne. Dans l'hiver de 1615-1616, il se rend en Guienne à la rencontre de sa jeune

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femme, Anne d'Autriche, qu'il ramène à Paris en 1616. Pendant ces années, où Marie de Médicis garde encore le pouvoir, la cour est agitée comme la France par des troubles, des discordes et des soulèvements. L'esprit féodal se ravive, tandis que la monarchie parait s'affaiblir. Les prétentions et l'audace de la noblesse se révèlent même dans des questions d'importance secondaire, comme celles d'étiquette. Il était réservé aux enfants de France et au premier prince du sang d'entrer dans la cour du Louvre en carrosse; ce privilège était aussi concédé comme un honneur à certains grands personnages, tels que le duc d'Épernon et Sully; les gentilshommes devaient descendre de cheval avant de franchir la porte du château; mais après la mort de Henri IV, ils usurpèrent même le droit d'y pénétrer en carrosse. Cependant, lorsque le duc de Nevers vint saluer la reine en 1614, les cinquante gentilshommes de sa suite mirent pied à terre à la porte, et l'accompagnèrent à pied, avec ses douze pages et ses nombreux valets, vêtus d'une livrée jaune brodée de blanc et de noir. A la cour même, à chaque instant, des querelles éclatent pour des questions de préséance et d'attributions. La reine mère a fort à faire à les réprimer; un jour, elle dut faire mettre à la Bastille un courtisan qui en avait insulté un autre dans le voisinage de sa chambre.

Le Louvre fut bientôt le théâtre d'événements plus graves. En 1614, le duc de Vendôme, fils de Henri IV, fut arrêté par le capitaine des gardes du corps, qui le fit surveiller par des archers dans sa chambre dont les fenêtres furent garnies de barreaux de fer. Précautions inutiles, car le duc s'évada par une petite porte de service qu'on avait condamnée et par une porte de derrière du château, oii il trouva un cheval tout sellé. Le prince de Condé fut mieux gardé en 1616. En sortant du conseil, qui se tenait dans le vieux Louvre, il avait traversé la salle des Suisses, pour se rendre dans la chambre de la reine mère à l'entresol, où le roi était accoudé à la fenêtre. Ce fut dans le cabinet même de la reine que Condé fut arrêté. Les gardes françaises et suisses occupaient toutes les avenues du Louvre. Le prince fut conduit dans une chambre située au-dessus de la grande

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salle et « treillissée de fer, » d'où il ne sortit que pour se rendre à la Bastille.

Afin d'apaiser les troubles, les États généraux furent réunis en 1614, aux portes mêmes du Louvre, dans la grande salle de l'hôtel de Bourbon, entièrement peinte de fleurs de lis. L'année suivante, le Parlement résiste aux volontés souveraines. Ses chefs sont mandés dans la chambre du roi, qui leur fait connaître ses volontés par l'organe de son chancelier. Le maréchal 'd'Ancre triomphe de ses adversaires; mais il a compté sans le roi, qui se lasse de sa domination et de son arrogance. Un jour que celui-ci était dans sa grande galerie, dans une embrasure de fenêtre, le maréchal entra, suivi de plus de cent personnes, qui l'accompagnaient tète nue, et passa près de Louis XIII, sans aller près de lui. Un autre jour, il se serait couvert devant lui en jouant au billard, avant de lui en demander la permission. Le jeune roi, qu'il tenait écarté des affaires, était réduit àse promener, selon Ponchartrain, dans les jardins des Tuileries, avec des valets et des fauconniers. Il aimait sans doute l'équîtation , où il excellait, ayant eu pour maître, à partir de 1615, l'écuyer Piuvinel , l'auteur du beau livre intitulé le Maneige royal. Il avait la passion de la fauconnerie; ses cabinets étaient remplis d'oiseaux de vol, dont la direction était confiée, depuis I6I1, à un descendant des Alberti, de Florence, d'Albert de Luynes; mais son esprit s'irritait du dédain qu'on semblait faire de son autorité, et son favori, d'Albert, sut exciter son mécontentement contre Concini , dont il convoitait le pouvoir non moins que les richesses.

Le 24 avril I6I7, le maréchal d'Ancre, sortant de son petit hôtel situé près du jardin neuf, se rendit à pied au château. Suivi d'une quarantaine de gentilshommes et de pages, il était vêtu brillamment, en pourpoint de loile d'or sous un manteau de velours noir garni de passements de Milan, portant à la main un bouquet, au doigt un diamant superbe. La grande porte, dominée par les deux tours du moyen âge, lui fut ouverte. A peine était-il sur le pont dormant que Vitry, accompagné d'archers, s'avança vers lui, et lui dit : — Je vous arrête, aii nom du roi. — Au même instant, trois coups de pisto-

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