L'ENFANCE DE LOUIS XIH
let se font entendre; Conciiii tombe; une de ses galoches et son bouquet roulent dans le fossé. Ses gentilshommes, sauf deux qui font mine de le défendre, s'enfuient; deux pages se jettent en pleurant sur son corps; on les repousse, en leur volant leurs chapeaux et leurs manteaux. La porte d'entrée est fermée, tandis que le cadavre du
maréchal, dépouillé do ses vêlements de prix et de ses bijoux par les gardes, est déposé dans la petite salle des portiers.
Soudain tout le château se remplit de tumulte. Les gardes, qui sont dans la cour, crient : Vive le roi! Une femme de la reine mère, ouvrant un châssis, demande à Vîlry ce qui arrive; elle apprend la mort du maréchal, court l'annoncer à Marie de Médicis, qui murmure accablée : — J'ai régné sept ans ; je n'attends plus qu'une couronne au ciel! — Louis XIII, lui, exulte; il descend à la liâle du cabinet des oiseaux; il se montre à une fenêtre de la grande salle , porté sur les bras du colonel d'Ornano, le chapeau au poing, criant : — Grand merci à vous! à cette heure je suis roi ! ■ — Puis il courl à une fenêtre
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donnant sur la cour des cuisines, vociférant : — Aux armes! aux armes! compagnons! — De toutes parts, les gentilshommes, les magistrats, les courtisans envahissent les salles du palais ; ils affluent dans la galerie, où le roi, pour se dégager, monte sur un billard, répondant aux acclamations par une harangue où il se félicite du succès de l'entreprise et s'efforce de justifier l'assassinat, en racontant les insolences de la victime. Parmi ceux qui l'entourent en ce moment, se trouve un prélat qui a servi la reine mère et qui doit être un jour plus puissant que ne l'avait été Concini; c'est l'évêque de Luçon, Richelieu.
Pendant ce temps, le conseil est en permanence dans lo cabinet des livres, où les députés du Parlement vont le rejoindre, après avoir prolesté de leur soumission au jIUrtf^,"^''w™6ft'«^ ™ ° " " roi. La reine mère avait
CfiF il devail mourir oh AflW ffiate pvleaa
MumHtr.^!o^.,tr,.on,«on«^t. raison de dire qu'elle avait
cessé de régner. Dans son antichambre, ses gardes sont immédiatement remplacés par ceux du roi; le pont de bois, qui relie ses appartements au jardin neuf, est rompu; sa confidente, la maréchale d'Ancre, est enfermée dans la salle haute, qui avait servi de prison à Condé, en attendant qu'on la conduise à la Conciergerie du Palais, pour lui faire le plus inique des procès; son intendant, Barbin, est mis à la Bastille. Le 3 mai, Marie de Médieis doit quitter Paris pour se rendre en exil à Blois. La voici, dans son antichambre, pleurant, tenant devant ses yeux son mouchoir qu'elle masque de son éventail. Le roi, qui vient lui faire ses adieux, échange avec elle des phrases de politesse contrainte, dans l'embrasure d'une fenêtre qui regarde le jardin; elle le conjure de lui laisser son inlen-
AssaBBiiiat de Concini; d'après nue enlïure, lirée d'un pi cord inlitulo ; HMoirc véritable de la vie el mort Conchini. [Coll. Henniu.) Au-desaoua de coite gravure, ■ lit le cjuaLraiji suivant :
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dant, sans pouvoir le fléchir. Lorsqu'il s'est retiré après une profonde révérence, elle s'appuie contre la muraille, entre les deux fenêtres, en versant des larmes amères. Deux courtisans fidèles, Chevreuse et BasSompierre, baisent le bas de sa robe en pleurant. Enfin elle monte dans son carrosse; Louis XIII la suit des yeux, du balcon de la chambre delà reine, et courtà la galerie des Rois pour lavoir encore de loin passer sur le Pont Neuf, « avec une pompe quasi funèbre b, dit un contemporain, dans son grand carrosse couvert de velours noir traîné par six chevaux bais, suivi d'un carrosse de rechange à six chevaux blancs, au milieu de la cavalcade de ses gentilshommes et de ses gardes qui lui ont été rendus pour l'escorter dans son exil.
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RICHELIEU ET LE MERCIER
Pas plus que le maréchal d'Ancre, d'Albert de Luynes n'usa de son pouvoir pour faire reprendre les travaux du Louvre. Le roi n'y songeait guère; les exercices de piété, la chasse, l'équitation, le conseil, des délassements quelquefois puérils, occupaient tout son temps. Il allait tous les jours à la messe; il ne manquait pas un sermon; à la Fête-Dieu, en 1617, où l'on tendait « d'excellentes pièces de tapisseries » la cour du Louvre, il suivait pieusement la procession, en satin gris de lin, à côté de la reine Anne d'Autriche, qui, le masque à la main, vêtue de taffetas vert naissant, marchait comme les sœurs du roi, à l'ombre de grandes « umbrelles » . Le roi n'avait pas de vices, dit Fontenay-Mareuil; il revenait même de la chasse pour assister au conseil. Il faisait exercer aux environs de Paris de petites compagnies de gens de pied, à la mode de Hollande.
Les ballets, dans lesquels il figurait, reprenaient au Louvre à chaque carnaval, et dans les circonstances solennelles, comme le mariage de sa sœur Christine avec le duc de Savoie en 1619. On y dansa lo grand ballet de Tancrède, où le roi représentait l'un des quatre chevaliers des Aventures; mais on remarqua que le premier des quatre était le duc de Luynes. Les années suivantes. les ballets qui furent donnés dans la grande salle avaient pour titre : a Les chercheurs de midi à quatorze heures, les Bacchanales, ,hmon la nopcière, les
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voleurs. » Le roi prit part au plus grand nombre d'entre eux. Il n'y en eut pas en 16^1. Louis XIII avait voyagé pendant plus de vingt mois dans son royaume. Il ne séjournait plus à Paris d'une manière presque continue, comme au temps de- la régence. Son petit château de Versailles l'attira souvent depuis 1624, et les troubles civils et religieux qui éclatèrent sur différents points de la France l'obligèrent à des déplacements fréquents et prolongés.
L'histoire du Louvre s'identifie plus que jamais à celle de la
royauté; chacun des progrès de l'autorité centrale sur la féodalité s'atteste par la destruction d'une partie du vieux château de Philippe-Auguste et de Charles V. Aussi Richelieu en renversera-t-il un des corps de logis en attendant que Louis XIV en abatte le reste, fl Le grand dessein » projeté par Henri IV fut ajourné sous la régence. U ne fut plus question de réunir le Louvre et les Tuileries, en rasant les édifices qui s'élevaient entre eux, En 1018, la marquise de Rambouillet fait reconstruire son hôtel dans la rue Saint-Thomas du Louvre, où le duc de Luynes achète en 1G30 l'hôtel de la Vieuville, qu'il agrandit. Des terrains furent concédés, la môme année, au médecin Héroard et à d'autres, entre la grande galerie et la porte du Louvre, le long des remparts de la ville, qui ne devaient pas tarder à être
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12fi LK LOUVRE.
reportés au delà des Tuileries. Ces particuliers furent autorisés à faire bâtir des maisons sur des plans donnés par les trésoriers de France, à la condition qu'ils ne pourraient réclamer aucune indemnité pour le sol, « lorsqu'il plairait au roi de parachever le grand dessein du Louvre ». Ce grand dessein, Richelieu chercha-t-il à le réaliser, en arrivant au pouvoir? II est probable qu'il ne voulut que doubler en étendue les bâtiments de Pierre Lescot, au lieu de chercher à les réunir par de vastes cours aux Tuileries. Aussitôt qu'il est ministre, on sent la volonté d'un génie créateur, qui veut donner une impulsion nouvelle au travail comme à la politique. Comme au temps de Henri IV, les monuments vont surgir de nouveau à Paris. Des églises s'achèvent ou se commencent. Le Palais Royal, la Sorbonne, le Val-de-Gràce s'élèveront bientôt. Richelieu a sous la main un architecte habile qui s'est inspiré au spectacle des monuments de l'Italie, qui sait créer par lui-même, mais qui a le mérite plus rare de s'inspirer des créations de ses devanciers dans ce qu'elles ont de supérieur. Cet architecte, c'est Jacques Le Mercier, qui construira le pavillon de l'Horloge, et reproduira à la droite de ce pavillon un corps de logis analogue à celui que Lescot a bâti au commencement du règne de Henri H.
Est-ce le plan de Lescot qu'il a réalisé en agissant ainsi? Il est certain que, dans ses grandes lignes, celui qu'il suivit pour le vieux Louvre était conforme au projet formé par Henri IV et peint à fresque sur les murs de Fontainebleau. Richelieu l'avait sans doute en vue, lorsqu'il faisait défendre, en janvier 1624, de construire dans un certain rayon, indiqué a sur les plans et dessins de la structure du château du Louvre ». Il fit démolir en même temps le corps de logis du nord, avec la tour de la librairie, la tour du milieu qui regardait les jardins et l'escalier à vis construit par Raymond du Temple. A la fin de juin, le roi vint à Paris poser solennellement la première pierre « à la fondation du bâtiment nouveau ». 120,000 franes y furent consacrés pour cette année.
Les travaux furent-ils poursuivis sans discontinuité? 11 est permis d'en douter. De nouvelles guerres étrangères et religieuses, succé-
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RICHKLIEU ET l.E MEUCIRR,
e pour la pose de la ^renii(;i de raclitvemcnl du Louvre. Pi'cmi du pavillon de l'Horloge,
dant à deux années de paix, ]es arrêtèrent. En 1624 même, on faisait refaire un parterre, planter des ypriots et des charmes, réédifier des pavillons au grand jardin, que les constructions projetées devaient atteindre. A l'assemblée des notables de 1627, comme le président d'Onsembray proposait de eonseiller au roi « de su^ pendre ses bastiments jusqu i ce que les finances fussent eu meilleur état », Bassompiei re s'écria que Louis XIII méritait plutôt le nom de destructeur que d'éditicateur; il cita le nom de nombreuses places fortes qu'il" avait rasées et démolies, a II n'a pas ajouté, dit Bassompierre, une seule pierre aux Tuileries, et la suspension qu'il a faite depuis seize ans au parachèvement de ses autres bâtiments commencés fait voir clairement qu'il n'est pas disposé à bâtir et que les finances de la France ne seront pas épuisées par ses somptueux édifices; si ce n'est qu'on lui veuille reprocher le chétif château de Versailles, dont un simple gentilhomme ne voudrait pas prendre vanité. B
Si l'on peut contester l'exactitude absolue des dires de Bassompierre, il n'en est pas moins vrai que les travaux entrepris au Louvre, sans doute suspendus par le défaut d'argent, marchaient très lentement, car les comptes de 1639 sont consacrés seulement à la construction d'un vestibule, depuis le rez-de-chaussée jusqu'au haut de la corniche du premier étage, du côté de la cour, et à la continuation d'un escalier neuf qui faisait pendant à l'escalier de Henri H. Une grande salle devait se trouver à la suite de l'escalier neuf. Les dépenses, s'élevant à 103,267 livres, sont surtout appliquées à des travaux de maçonnerie, à la sculpture des chapiteaux du vestibule et
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de tèles de lions à la cimaise de la corniche du premier ordre , dont l'exéculion est confiée à Roger Faucombe et à d'autres. On fait aussi cette année-là de grandes coupes de bois dans la forêt de Coucy pour les charpentes du Louvre.
Le vestibule formait le rez-de-chaussée du pavillon destiné à devenir le centre de la façade. Sur la médaille, qui fut placée en 1624 par le roi sur la première pierre, a été gravée l'image d'un monument moins élevé que celui qui fut construit et peut-être mieux proportionné au reste de l'édifice. Le Mercier, tout en s'inspirant de l'architecture du pavillon du roi, avec lequel le nouveau pavillon s'harmonise sur la façade extérieure de l'ouest, donna peut-être trop d'importance sur la cour à l'étage supérieur, qu'il décora d'élégantes et superbes cariatides, regardées comme le chef-d'œuvre dejacques Sarazin. Sarazin, qui, comme tous les grands artistes de son temps, avait séjourné en Italie, sculpta les huit grandes figures de femmes, groupées deux par deux, comme pour soutenir le fronton triangulaire du pavillon, qui est encore aujourd'hui la décoration la plus monumentale de la cour du Louvre. La partie supérieure de ce pavillon, avec le dôme un peu lourd qui le surmonte, est la seule œuvre vraiment personnelle de Jacques Le Mercier, qui se conforma pour le reste au modèle laissé par Pierre Lescot, sans vouloir créer des édifices tout nouveaux, comme l'avaient fait les architectes de la grande et de la petite galerie. Il sut ainsi imprimer une harmonie suprôme à la cour du Louvre, harmonie à laquelle ses successeurs ont donné une certaine monotonie, mais dont nul ne saurait méconnaître l'imposante grandeur.
A quel point en étaient les travaux d'agrandissement du Louvre, lorsque la mort vint frapper Richelieu et Louis XIII? Les cariatides de Sarazin, les sculptures de ses élèves ou de ses compagnons, Guérin, Poissant et Buyster, qui accompagnaient les siennes, étaient-elles terminées? Le pavillon d'angle, qui faisait pendant à celui du roi, n'était point achevé, et si l'on en croit Sauvai, les fondations du corps de logis du nord n'étaient pas encore jetées. La gravure d'Israël Sylvestre, représentant « la vue du dedans du Louvre faict du
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