‹ Le Louvre et son histoireChapitre 25 sur 67 · R[CI1E1.!EU ET LE MKRCIKR · texte numérisé non relu

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rogne de Louis XIII » ne saurait inspirer une confiance absolue, car elle a pu être tiréo postérieurement. Le.^ autours de cette époque

pouvaient ignorer ou méconnaître parfois les œuvres mêmes de leurs contemporains; ainsi l'auteur d'un Voyage de France publié en IG-IS attribue entièrement le Louvre à François T' cl à Henri II, comme

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i;iO LE LOUVRE.

le fera plus tard la légende d'une gravure dessinée par Chevrotât au dix-huitième siècle, et représentant la façade occidentale sur la cour. Le voisinage des maçons, la démolition de l'aile du nord n'empêchaient pas la cour de séjourner au Louvre et de s'y livrer au plaisir. Si les comédiens espagnols et italiens, qui étaient venus à Paris de 1619 à 1623, ne donnaient plus de représentations dans la grande salle, les ballets sont plus brillants que jamais, et le roi, malgré son air grave et presque morose, ne laisse pas que d'y (igurer. En 1625, il représente un des « quatre vaillants combattants s dans le ballet des Fées de la forêt de Saint-Germain. Ces fées sont appelées Guillemine la Quinteuse, Gillette la Hasardeuse, Jacqueline l'Entendue, Alizon la Hargneuse et Macette la Cabrioleuse. 11 y a toujours un mélange de grotesque et de magnificence dans ces divertissements. En 1626, la douairière de Billebahault et son tils Fanfan de Sotteviile reçoivent la visite d'Américains, de Turcs, de Groenlandais et d'Africains. En 1627, après les Quolibets, les Sérieux et les grotesques, voici les Nymphes bocagères de la forêt sacrée, où la reine joue un rôle. Quelque temps après, le Bureau de rencontre, d'où Théophraste Renaudot va faire sortir la Gazette de France^ sert de prétexte à des Iravostissenients de tout genre. L'affluence des spectateurs, qu'on évalue à quatre mille, fut surtout considérable au ballet du Château de Bicêtre, qui fut représenté trois fois dans la même nuit du 14 février 1633, sous la direction du comte de Soissons, au Louvre, à l'Arsenal et à l'Hôtel de ville. Bicêtre était alors en ruines et passait pour hanté; aussi y faisait-on défiler des sorcières, des monstres, des diables, des lutins, des magiciens, des écoliers et des oiseaux gigantesques, dont le dessin en couleurs nous a été conservé. Mais le plus remarquable de tous les ballets, le plus beau du siècle, dit la Gazette, fut celui de la Vieille cour, qui futdonné le 18 février 1635, dans la grande salle, entourée de gradins montant jusqu'au plafond, et brillamment illuminée par huit cents flambeaux de cire blanche posés dans huit cents chandeliers d'argent enrichis de cristal. Le roi y figura dans trois entrées, changeant à chaque fois do costume et de danse; il représenta entre autres un capitaine des Suisses, avec une grande per-

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RICHELIEU ET LE MKRCIEli. 13I

ruque et une barbe à la mode de son pays. A la suite de ce divertissement, où l'on vit des musiciens grotesques costumés en cloches, en cages à moineaux et en pintes frappant sur des salières, des a rébus » et des cymbales, le ballet de la reine commença et dura jusqu'à trois heures du matin. «Seize divinités », parmi lesquelles figuraient la charmante mademoiselle de Bourbon, plus tard duchesse de Longueville, contribuèrent à l'éclat de cette fête, que la Gazette comparait à l'échelle de Jacob, « par laquelle il semblait que le ciel fût joint avec la terre ».

Marie de Médicis, qui s'était réconciliée avec son fils en 1621, assista à la plupart de ces ballets jusqu'en 1630, époque de son dernier exil. Quant à la jeune reine Anne d'Autriche, elle avait dû se séparer, en 1618, de ses dames espagnoles, qui vêtues comme des nonnes, étaient accusées de gaspiller à leur profit les 160,000 écus destinés chaque année à l'entretien de sa maison. Richelieu ne lui permit pas de prendre une part active à la politique. Très pieuse, elle se livre à de nombreux exercices de dévotion. En 1635, la veille de Noël, la musique du roi chante laudes et matines dans son cabinet; elle y assiste avec le roi, ainsi qu'aux trois messes qui sont dites par son aumônier. Des baptêmes, comme celui de la fille de Gaston d'Orléans, âgée de neuf ans, sont parfois célébrés dans la chambre ou dans la chapelle de la reine.

Gaston d'Orléans habita le Louvre, où le roi, son frère, le faisait surveiller le soir, pour l'empêcher d'aller chercher en ville des distractions et des plaisirs qu'on ne trouvait pas au château. Le jeune prince se coulait souvent par le guichet, sous le manteau d'un page ou d'un mousquetaire, faisant porter une lanterne devant lui, comme s'il eût été un simple officier de la maison du roi. Un soir, -un de ses compagnons, lecomte de Brion, l'emmena avec lui, comme s'il cûtété son page, et pour empêcher qu'on ne le reconnût, il lui donna, en passant sous le guichet, un coup de pied avec une admonestation. Le prince se contenta de lui dire, lorsqu'il fut sorti : — Parbleu! Brion! n'y retournez plus; vous m'avez trop bien déguisé! — Gaston, en véritable écervelé, ne respectait rien. Ne s'avisa-t-il pas une nuit, en rentrant au Louvre, de surprendre la sentinelle, de la bâillonner et

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d'arriver au corps de garde en criant : Tue! L'officier de service, Pontis, saute de sa paillasse, Vépée à la main ; ses mousquetaires le suivent; ils se précipitent sur le prince et ses gentilshommes, les poussent dans le corps de garde et les y enferment. A ce moment, Pontis reconnaît le duc d'Orléans. — Ah! Monseigneur! ,s'écrie-t-il, qu'avezvous fait? Vous avez joué à vous perdre et à nous perdre avec vous. — Tout fut raconté au roi le lendemain matin : — Je vois qu'ils ont été battus comme il faut, dit-il à Pontis, en parlant de Gaston et de ses amis, mais n'importe, ils le méritaient. — Le jeune duc ne garda pas rancune aux mousquetaires ; mais il fut si ému qu'il se fit saigner.

Gaston d'Orléans cessa d'habiter le Louvre en 1627, après la mort de sa première femme, Marie de Bourbon-Montpensier, qui venait de donner le jour, dans le château, à une princesse, célèbre plus tard sous le nom de la Grande Mademoiselle. Pendant longtemps, il n'entra au Louvre qu'avec a un ressentiment extrême » de la perte qu'il avait faite.

C'était alors le beau temps des mousquetaires, des chevau-légers, des gendarmes du roi, avec leurs feutres à grandes plumes posés crânement sur les cheveux flottants, de ces mousquetaires dont quelques-uns des types les plus pittoresques ont été rendus populaires de nos jours par un romancier d'une verve incomparable. Pontis est presque un contemporain de d'Artagnan. Comme tant d'autres, c'est un soldat courtisan , qui sait demander à propos et tirer profit des circonstances. En 1629, la lingère de la reine était à la mort; comme elle était étrangère et ne s'était pas fait naturaliser, ses biens devaient, en vertu du droit d'aubaine, revenir au roi. Un jour que Louis XIII, allant à la chasse, descendait « fort légèrement l'escalier », il s'appuya sur le bras de Pontis; celui-ci en profita pour demander l'aubaine de la lingère. Le rot la lui promit, et la faveur que le mousquetaire obtint ainsi au passage suscita bien des réclamations et lui fit des envieux, car au premier abord elle fut estimée 200,000 livres.

Dans les dernières années de son règne, Louis XIII ne vint à Paris qu'accidentellement. 11 séjournait surtout à Versailles, à Chantilly, à

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illCHELlEr ET LE MURCIKIi. 133

Fontainebleau, à Saint-Germain, où la reine mit au montie ses deux fils; mais il se rendait souvent au Louvre pour donner des audiences solennelles, tenir son conseil, faire connaître ses volontés au Parlement, recevoir les ambassadeurs. Il y manda fréquemment le Parlement, admettant ses délégués, dans a sa petite chambre et son petit

cabinet », ses membres en corps, soit dans le cabinet du conseil, soit dans la galerie. En 1G37, la cour prit le deuil à l'occasion de la mort de l'Empereur, et tous les ambassadeurs vinrent saluer le roi et la reine, qui reçurent leurs condoléances en grandes mantes noires. En 1041, les envoyés de Catalogne vinrent prêter serment de fidélité, au nom des États de leur province. Les succès et les revers de nos armes avaient des échos dans le palais des rois. En 1027, quarante-

quatre drapeaux pris aux Anglais dans l'ile de Hé furent apportés aux deux reines, qui se trouvaient alors au Louvre. On fit faire le tour de la cour à ces étendards, avant de les porter à Notre-Dame, où ils furent suspendus dans la nef. En 1036, l'ennemi s'est emparé de Corbie et semble menacer Paris. Les corps constitués et les habitants de la grande ville sont prêts à tous les sacrifices pour la défendre. Louis XIII reçoit leurs députés au fond de la galerie des rois. Ceux des corps de métiers viennent lui faire offre de leurs personnes et de leurs biens, à genoux devant lui , lui baisant les pieds et criant : Vive le roi ! comme on ne l'avait pas fait depuis longtemps. Le patriotisme se manifestait parle dévouement passionné du peuple envers le souverain.

Richelieu , comme Henri IV, (émoignaitde l'estime qu'il avait pour l'industrie et les artisans, en continuant d'affecter aux plus habiles d'entre eux les entresols el le rez-de-chaussée de la grande galerie. Au rez-de-chaussée, non loin du manège où Pluvinel avait enseigné l'équitation à Louis XIII, Richelieu installa la Monnaie et l'Imprimerie royale, qui n'étaient séparéesque par un vestibule. La Monnaie occupait des pièces spacieuses, dans laquelle on frappait en six ans pour 100 millions de louis d'or et 20 millions de louis d'argent qui, par leur rondeur égale et juste, méritèrent, dit Sauvai, l'admiration même de nos ennemis. On y frappait aussi, comme l'attestait une inscription mise sur une des portes en 1639, « les médailles, jettons et pièces de plaisir d'or et d'argent, bronze et de cuivre ». Le graveur Varin avait la direction de ces ateliers. Mais l'établissement delà Monnaie n'était que le déplacement d'une fabrication déjà exercée dans d'autres locaux, tandis que l'Imprimerie royale peut être regardée comme une véritable création de Richelieu.

Au moment où le génie français prend un essor nouveau avec Corneille et Descartes, où la publicité s'éveille avec la gazette de Renaudot, Richelieu comprend la puissance de l'imprimerie et la consacre en l'installant dans le palais des rois. Il fait de celle du Louvre la plus grande et la mieux conditionnée du monde, en la plaçant dans une longue suite de vastes chambres, dont les portes en correspondance, selon Sauvai, faisaient une profonde perspective. Elle fut dotée avec

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RICHELIEU ET LE MERCIER

une royale magnificence. 368,731 liv. furent dépensés dans les sept premières années, dont 120,185 liv. en 1642, pour faire sortir de ses presses, sous la direction de Sébastien Cramoisy, ces belles éditions.

aux caractères nets et au papier durable, qui ont contribué a maintenir et à élever le niveau de la typographie française.

Louis XIII portait un intérêt particulier à l'imprimerie; il la visitait fréquemment. 11 voulut même avoir à sa portée un de ses ateliers, qu'il fit installer au pavillon de la reine et dans lequel il fit tirer en 1642 un livre d'heures, en deux volumes in-quarto, intitulé : Parva pietatis officia.

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13G LE Loi;vRr:.

Tandis qu'on donnait au rez-de-chaussée de la grande galerie une destination méritoire et féconde, on songeait à décorer l'intérieur du premier étage d'une manière digne de sa dimension exceptionnelle. Dans quelle autre ville, dans quel autre palais auraiton pu citer une pièce de deux cent trente- deux toises, 452 mètres, do long, éclairée par quatre-vingt-seize grandes croisées? On conçut le dessein magnifique d'en revêtir les murs et les plafonds de peintures superbes, et de faire appel à des artistes illustres pour les exécuter. Il y avait alors à Rome un artiste français d'un grand style, dessinateur puissant et noble. C'était Poussin. Le surintendant des bâtiments Sublet des Noyers l'appela à Paris. Tandis que le paysagiste Feuquières aurait peint dans les panneaux placés entre les fenêtres les vues des quatre-vingt-seize plus belles villes de France, Poussin devait retracer sur la voûte, dans des sortes de cadres ou de compartiments en stuc, les principaux épisodes de la vie d'Hercule. il se mit h l'œuvre, et s'il faut en croire Blondel, les sujets, qu'il peignit en camaïeu et en grisaille, aui-aient suffi à immorlaliserson nom. Il avait exécuté déjà dix-neuf d'entre eux, tels que la naissance d'Hercule, le lion de Némée et d'autres encore qui furent gravés par Pesne; les compartiments avaient été terminés sur une longueur de cinquante toises, lorsque la mort de Richelieu et celle du roi étant survenues, Poussin se déclara dégagé de ses engagements et retourna à Rome. Encore une fois, les travaux du Louvre allaient se trouver suspendus, et dans un moment où ils étaient poursuivis avec une ardeur extrême, a gran furia, dit le voyageur italien Ruccellaï.

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Vingt-quatre heures après la mort de Louis XIII, Anne d'Autriche et le petit Louis XIV, âgé de cinq ans, vinrent de Saint-Germain à Paris, escortés des princes, de toutes les compagnies et régiments des gardes françaises et suisses, des gendarmes, des chevau-légers et des mousquetaires du roi. ils allaient pour ainsi dire prendre possession du Louvre, où ils séjournèrent à diverses reprises jusqu'à l'hiver suivant. C'est là que la fille de Gaston d'Orléans, mademoiselle de Montpensier, va tous les jours jouer avec le roi et son frère, le duc d'Anjou, a très joli enfant s. C'est là que le duc de Beautort, accusé de conspiration, fut arrêté le 3 septembre 1643 dans le grand cabinet de la reine, par son capitaine des gardes, Guitaut. Mais Anne d'Autriche ne devait pas tarder à quitter le Louvre, parce que son appartement, dit M"'' de Motteville, ne lui plaisait pas, malgré les « ouvrages » qu'elle y fit faire en 1643, notamment à son oratoire. Un palais moins vaste, mais tout récemment construit par Le Mercier, lui offrait des chambres et des salles plus modernes, mieux décorées et plus commodes, avec un jardin superbe où le petit roi pouvait s'ébattre. C'était l'hôtel élevé non loin du Louvre par Richelieu. Légué par lui au roi, il devait conserver sous la Régence le nom de Palais-Cardinal et devenir plus tard le Palais-Royal. La régente et ses deux fils y séjournèrentjusqu'en 1002.

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Les travaux du Louvre, suspendus à la mort de Louis XIII, furent sans doute repris les années suivantes, jusqu'à ce que les troubles de la Fronde vinssent les arrêter; mais ils ne paraissent pas avoir été poussés avec vigueur. Le grand dessein de Henri IV est de plus en plus ouljlié. De beaux hôtels vont se construire dans le quartier de Saint-Thomas du Louvre. Un guichet est même ouvert, en 1G43, sous la grande galerie, pour faire communiquer ce quartier avec le quai, ' et l'on fait « retrancher des maisons s, qui empêchent de ce côté la circulation des carrosses.

La grande galerie reçoit, en 1644, une destination imprévue. Elle sert de grenier d'abondance, et la Gazette nous apprend que pour rendre moins sensible la disette, la reine y fait vendre des grains qu'elle a fait venir des pays du Nord. Pendant la Fronde, en 1649, on donna l'ordre d'y conduire les farines et les blés qui entreraient dans la ville, et les boulangers ainsi que les pâtissiers furent tenus de venir s'y approvisionner.

On continuait à frapper la monnaie au rez-de-chaussée de la galerie; mais quelques années plus tard , les ateliers étaient transférés dans des pièces aussi restreintes qu'obscures, que Sauvai qualifie de trous et de nids à rats.

Le 10 mai 1648, Théophrastc Renaudot, nommé historiographe du roi en 1646, vint établir son bureau d'adresses s aux galeries du Louvre, devant la rue Saint- Thomas. » La protection de Mazarin, dont Renaudot fut le fidèle partisan, lui avait valu cette faveur, La Gazette, les Nouvelles et leurs suppléments sortirent désormais des presses qu'il établit au rez-de-chaussée de la galerie. Le premier journal, qui fut publié en France, reçut seize ans après sa fondation un abri au Louvre, qu'il conserva pendant plus d'un siècle. 11 devint une sorte de publication officielle, car, au dire d'un ambassadeur vénitien, il était revu par les ministres avant de paraître.

Le vieux Louvre ne fut pas totalement abandonné pendant que la cour était au Palais-Cardinal. En 1048, on y convoqua le parlement. De 1644 à 1648, il servit de résidence à la reine d'Angleterre, Henriette de France, fille do Henri IV, que les événements avaient con-

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ANNE D'AUTRICIU: ET MAZAIÎlN- i:i'J

trainte à se réfugier en France. Elle y fut reçue comme en triomphe; le roi l'amena lui-même dans son carrosse au Louvre; quatre cents carrosses remplis de princes el de grands formaient son cortège. Les appartements de la reine-mère furent mis à sa disposition. D'abord, la cour pourvoit largement à ses besoins et à ceux de sa nombreuse suite, en consacrant 1200 liv. par jour à ses dépenses. Mais un vent

de révolution vint à passer sur Paris; Anne d'Aulriclie et le roi durent quitter la capitale; Mazarin fut réduit à un tel dénuement qu'il dut engager les diamants de la couronne pour payer la solde des gardes suisses; les subsides royaux furent suspendus, et la reine d'Angleterre dut « étaler pour ainsi dire, selon la parole de Bossuel, au Louvre, où elle était née avec tant de gloire, toute l'étendue de sa misère ». Le cardinal de Retz la trouva, par une froide matinée du mois de janvier 1648, dans la chambre de sa fille Henriette, la future duchesse d'Orléans, qui était obligée de garder le lit

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140 LE LOUVRK.

parce que sa mère n'avait pas un fagot pour faire du feu. Le cardinal sollicita pour elle des secours du parlement, en attendant qu'elle se retirât dans un couvent de Chaillot. Mais son fils Charles, le futur Charles II, toujours qualifié de roi d'Angleterre, continua de résider au Louvre, où le duc de Lorraine alla le visiter au commencement de janvier 1652.

Pendant les troubles de la Fronde, le Louvre est au second plan. C'est au Palais-Royal que sont reçus les coups dirigés contre la royauté, et plus d'une fois ses hôtes éprouvèrent les inconvénients que pouvait présenter pour leur sécurité, comme le dit madame de Motteville, une « maison particulière sans fossés ». Le Louvre avait encore les siens, et la façade extérieure de l'est gardait ses ponts-levis et ses tours. Aussi, lorsque Louis XIV, après une longue absence, rentra triomphalement à Paris, le 21 octobre 1652, descendit-il dans ce château pour y établir désormais sa résidence officielle. Il était accompagné d'une brillante noblesse, parmi laquelle figuraient les compagnies des quatre académies d'équitation ; le cardinal de Retz, à la tête du clergé, l'attendait aux portes; le parlement était assemblé dans la grande galerie, où le roi, précédé des Cent-Suisses, tambours battants, vint tenir un lit de justice et faire lire par son cliancelier une déclaration d'amnistie.

Lorsque Mazarin revint à Paris en 1653, après avoir triomphé do ses adversaires, il ne se contenta pas du palais fastueux qu'il avait fait élever à l'extrémité du jardin du Palais-Royal et qui lui aussi n'était pas entouré de fossés; il voulut avoir son appartement au Louvre, et souvent il y logea. Il était là, au cœur de la cour et pour ainsi dire de l'État, àportée du cabinet du conseil, qu'il faisait refaire, plus à même de diriger le roi, et plus rapproché d'Anne d'Autriche, à laquelle on croit qu'il était uni par un mariage secret. Son appartement, situé au second étage, au-dessus de la grande salle et de la chambre du roi, n'était pas « fort grand, ni richement meublé », lit-on dans un récit de voyage du temps; mais il était décoré de ses chifi'res et de ses attributs, et deux petits cabinets voisins de sa chambre à coucher étaient ornés de très beaux tableaux et d'objets

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ANNR D'AnTRIClir; RT MAZARIN. 141

précieux, telle qu'une grande coupe de nacre enchâssée en or. Malgré l'exiguïté relative des locaux qu'il s'était appropriés, il y donnait des fêtes et des festins magnifiques auxquels il conviait le roi. Ainsi, le 23 janvier 1655, ii y fit représenter une pastorale en vers, de Bèys, accompagnée d'un concert d'instruments, « touchés, dit la Gazette, par onze des plus excellents maîtres ». Le 5 janvier 1656, le festin des Rois fut servi dans ses appartements avec une a magnificence extraor-

dinaire ji; Louis XIV, qui y assista, descendit ensuite chez la reine sa mère, devant laquelle il dansa un petit ballet improvisé.

Mazarin ne s'installe pas seul au Louvre; il y amène sa famille, n y loge sa sœur et son beau-frère Mancinl ; il y recueille et y marie ses nièces. Lorsque madame de Mancini meurt en décembre 1656, dans son appartement du château, des obsèques solennelles lui sont faites, et le roi va voir M. de Mancini, en signe de condoléance. En 1654, les fiançailles de sa nièce, Anne de Martïnozzi, avec le prince

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UZ LE LOlIVillî.

de Conti avaient été célébrées, dans la chambre du roi, par l'archevêque de Bourges. Un bal fut ensuite donné en leur honneur dans la môme chambre, extraordinairement parée des plus belles tapisseries de la couronne et brillamment illuminée par les bougies de cire blanche de vingt candélabres de cristal. La fiancée était vêtue de velours noir constellé de diamants; le lendemain, en robe de brocatelie enrichie de perles, elle recevait la bénédiction nuptiale dans la chapelle de la reine. La journée se terminait par une représentation du Cid. Plus brillantes furent encore en 1657 les noces d'Olympe Mancini et du comte de Soissons, qui comme le prince de Conti était uu prince du sang des Bourbons. La mariée resplendissait dans sa robe de toile d'argent, ruisselante de diamants, tandis que sur sa tète miroitait un bouquet de perles, estimé plus de 500,000 livres.

Une des sœurs d'Olympe, Marie, faillit faire un plus brillant mariage : en 1659, elle fut sur le point de devenir reine de France. On sait quel charme elle exerça sur le jeune Louis XIV; on sait comment Anne d'Autriche et même Mazarin, par ses conseils et dans des lettres admirables, résistèrent aux désirs du roi. C'est au Louvre que celui-ci renonça à un mariage qui était dans ses vœux les plus ardents. Il prit cette résolution à la suite d'un entretien avec la reine, sa mère, dans le cabinet des bains. Au bout d'une heure, ils en sortirent tous deux très émus. La reine dit à son entourage : — Le roi me fait pitié : il est tendre et raisonnable tout ensemble; mais je viens de lui dire que je suis assurée qu'il me remerciera un jour du mal que je lui fais. — Le lendemain , Mario Mancini quittait le Louvre, et au roi désolé qui prenait congé d'elle, elle disait : — Vous pleurez, et vous êtes le maître!

Outre Mazarin et sa famille, d'autres personnages avaient leur logement au Louvre. Tels étaient le frère du roi, la princesse Palatine, le maréchal de Villeroy, le duc d'Anville, qui en 1653, « traite magnifiquement le roi en son quartier du Louvre ». C'est du reste une des époques les plus brillantes do l'histoire du château que celle de la jeunesse de Louis XIV. Le jeune prince, passionné pour la danse, ou il excelle, pour les spectacles faits pour ravir les yeux et l'esprit,

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KNNV. IVAUTRICHE F.T MAZARIN. Ulî

semble susciter tout autour de lui les fêtes et les -divertissements. Il donne aux dames des bals qu'il ouvre avec les nièces du cardinal, tantôt dans sa chambre ou dans son antichambre, tantôt dans la jçraade salle des gardes, « éclairée par cinquante-deux chandeliers

des plus superbes ». La reine mère offre des collations de confitures et de fruits; après un souper auquel le roi prend part, elle fait danser dans son cabinet. En 1057, le frère du roi donne, dans sa chambre parfumée d'ambre, un souper, un bal «plein de beauté et d'éclat», et la comédie de Timomrde. Puis ce sont des ballets, parfois improvisés, plus souvent préparés à grands frais et qu'on répète plusieurs fois : en 1654, le superbe opéra des Noces de Thét'is, qui eut jusqu'à trois représentations par semaine eu lOôG et da«s lequel le roi juua

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cinq rôles; la même année, les ballets de Psyché et des Galanteries du temps; en 1657, Y Amour malade, donné cinq fois pendant le carnaval, notamment en présence du duc de Modène, du nonce du pape, d'Henriette d'Angleterre et de la princesse Palatine. Le roi y figurait en tête de la première des onze entrées dont il était composé. « II ne pouvait manquer de ravir les spectateurs, dit la Gazette, puisque le plus charmant de tous les monarques s'y fait voir avec la majesté et les grâces inséparables de sa personne. » Alcidiane, le ballet du roi en 1058, est accompagné de quatre-vingts instrumentistes et chanteurs, exécutant la musique de Lulli. En 1659, à l'occasion du ballet de la Raillerie, la même Gazette dira de Sa Majesté « qu'elle ne parait pas moins auguste dans ses divertissements que dans ses actions plus sérieuses ».

La foule affluait à ces spectacles recherchés. — Tout le monde y vient sans prier, dit mademoiselle deMontpensier — ; il y a toute sorte de gens; « les places en arrière » sontoccupées par ce qu'on appelle la canaille. Les étrangers trouvaient qu'il était long d'attendre le commencement du ballet pendant six heures, que la lecture des vers du ballet, distribués aux portes, ne suffisait pas à remplir. Ils admiraient la grande salle, éclairée comme en plein jour par les luslres de cristal, -r où tout ce qu'il y avait do plus beau à Paris était réuni; » mais la durée et la fréquence des intermèdes de musique leur paraissaient fastidieux. S'ils trouvaient quelques-unes des entrées vraiment merveilleuses, d'autres leur semblaient mauvaises et môme des plus sottes. Les deux gentilshommes hollandais, qui témoignaient ainsi leurs impressions, n'avaient pas pour les grotesques, pour les nains et les géants par exemple, l'admiration quelque peu enfantine que ceux-ci l'encon traient à la cour.

Les spectacles cependant devenaient plus raffinés et plus littéraires. La comédie italienne est peu à peu supplantée par la comédie française. Nous avons vu qu'on jouait le Cid au Louvre. Molière et sa troupe donnent en IG60, chez Mazarin, une représentation de l'Étourdi et des Précieuses ridicules, à la suite de laquelle le cardinal leur fait remettre une gratification de 1,000 éeus. En 1058, ils avaient

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joué la farce du Docteur amoureux et le Nicomède de Corneille sur un théâtre construit devant les cariatides de Jean Goujon.

Parfois, quand il n'y a ni bal, ni comédie, on se livre à de petits jeux auxquels le roi lui-mètne prend part. Tel est le jeu du conseil, où chacun dit à l'oreille de son voisin le conseil qu'il donne à une personne de la compag^nle. Un officier de la cour apprit ainsi sa dis-

grâce, qui avait été annoncée tout bas par le roi à son voisin. En carnaval, le Louvre est un rendez-vous pour les parties de masques : Monsieur y paraît costumé en femme avec de faux cheveux blonds; mademoiselle de Montpensier vient y cherclier le roi, et tous deux, accompagnés des filles de la reine, s'en vont en ville courir les bals masqués. L'année suivante, en 1659, elle se montre à la reine Anne, déguisée en paysanne de Bresse, mais couverte de perles et de diamants, avant d'aller avec une suite de bergers danser à l'Arsenal.

A la fête du roi, les feux d'artifices, en se reflétant sur la rivière,

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14« LE LOCVWEj

charmaient doublement les yeux de la cour, placée sur la plate-forme du petit jardin. Celui qui fut tiré en 1660, lors du mariage de Louis XIV, fut éblouissant. Sur un vaisseau apparaissait un héros grec portant la toison d'or, emblème de la conquôlo précieuse que lo roi venait de faire en épousant l'Infante d'Espagne; les génies de la P'rance et de l'Espagne soutenaient un globe, autour duquel étoiles et serpenteaux montaient et tournoyaient dans les airs.

Les ambassadeurs, reçus en audience solennelle par le roi, assistèrent à plus d'une de ces fêtes. Parmi ceux qui furent admis avec le plus d'éclat on peut citer le nonce, le colonel Lockard, ambassadeur de Cromwell, avec lequel Mazarin entretenait des relations cordiales, tout en traitant en princes les Stuarts exilés; l'ambassadeur de Savoie; les députés des cantons suisses, pour lesquels on renouvelait en 1663 le cérémonial pompeux dont Henri IV avait usé à leur égard. Ce sont aussi des princes étrangers qu'on accueille; tels le duc de Modène et Don Juan d'Autriche, qui traînait à sa suite une folle de cour, dont les saillies amusèrent d'abord, mais que Marie Mancini, alors toute puissante, fit chasser du château parce qu'elle s'était permise de contester sa beauté. La fantasque reine do Suède, Christine, descendit plusieurs fois au Louvre. En 1656, elle y entra, dans une « calèche découverte, en broderie d'or, et attelée de six chevaux Isabelle ». Le maréchal de L'Hôpital la reçut au bas de l'escalier et la conduisit dans l'appartement du roi, où l'on avait tendu pour elle la grande tapisserie de Scipion. Son lit, de satin blanc à broderie d'or, avait été légué par Richelieu à Louis XIII. Pendant les six jours qu'elle resta à Paris, elle visita les curiosités de la ville et n'eut garde d'oublier les riches appartements de la reine. Presque tous les soirs, la Comédie française vint lui donner des représentations Elle revint au Louvre en 1657; mais cette fois elle fut reléguée dans les appartements du cardinal Mazarin, qui se retira dans une chambre au bout de sa galerie.

Si les bals et les divertissements étaient multipliés pendant le carnaval, ils cessaient complètement pendant le carême. Anne d'Autriche, très pieuse, visitait fréquemment les églises et les couvents.

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ANNK D-AUTIÎICHR ET MAZARIN.

et s'enfermait parfois pour se recueillir au Val-de-Grâce, dont elle faisait construire le superbe dôme. Elle dut contribuer à faire disposer au Louvre, sous le dôme du pavillon de l'Horloge, une chapelle plus digne que la sienne de l'importance du palais. De forme carrée et d'une grande élévation, cette chapelle fut décorée sans

magnificence, sans doute dans la hâte où l'on était de l'inaugurer. Établie sous l'invocation de Notre-Dame de la Paix et de saint Louis, elle fut bénite en février 1G59 par l'évèque de Rodez, Hardouin do Péréflxe, l'historien de Henri iV, et desservie par un chapelain et deux clercs, qui ne relevèrent que de l'autorité du Saint-Siège. Jusqu'alors, Louis XIV, suivi de gardes et de Cent-Suisses, se rendait presque tous les matins à la chapelle du Petit-Bourbon, entre deux haies de gardes françaises et suisses. Désormais, le roi et sa mère assistèrent souvent à la messe dans la chapelle du Louvre, notamment la nuit de Noi-l. La musique

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