‹ Le Louvre et son histoireChapitre 3 sur 67 · DE PHILIPPE-AUGUSTE A JEAN LE BON · texte numérisé non relu

DE PHILIPPE-AUGUSTE A JEAN LE BON

!S celliers remplis de provisions et les puits de ses souterrains. Aussi 1 seigneur y enfermera-t-il tout ce qu'il veut sauvegarder contre

flan du LouTic du moyen â^c, dressé par M. iiolTbaacr, d'après les Touilles cxéL-utâeB en l»» Depuis cclto Époquo, le contour des mura, des lours et des fosses a litù niatc]U(i sur 1 aspLalte et le sati de la cour en lignes de teinte apparente. Les traits en rouge sur la carte Indiquent lo périmètre des constructions actuelles.

toute atteinte : ses prisonniers de marque, ses armes, ses trésors, ses archives et ses objets de prix. C'est avec cette multiple destination que se présente de prime abord la tour du Louvre : une prison, un arsenal, un coffre-fort et un garde-meuble.

On peut dire que le Louvre fut inauguré par un emprisonnement;

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mais cet emprisonnement attestait le triomphe de la monarchie sur la féodalité, et le captif, qu'il attendait, fut accueilli à Paris par les acclamations qui saluaient la victoire de Bouvines. Le peuple et les écoliers étaient allés au-devant des triomphateurs, en dehors des remparts; la ville entière fut en fêtes pendant sept jours et sept nuits. Les rues étroites étaient remplies d'une foule agitée et gouailleuse, se pressant pour voir passer les prisonniers de marque, les cent chevaliers que le roi donnait aux milices pour qu'elles en tirassent rançon, et surtout le comte de Flandre, Ferrand, qu'on menait enchaîné sur une charrette. Le Parisien, déjà friand de jeux de mots, chansonnait ce « Ferrand, de fer ferré, i- que traînaient deux chevaux de poil ferrant, (gris de fer), pour être « tout enferré

Dans lii tour du Louvre enserré, »

Le moyen âge présente un singulier mélange de sentiments superbes et d'instincts pervers, de générosité et de barbarie. Un prisonnier de marque n'est pas seulement un otage, c'est un capital. La rançon sera le but de sa réclusion; et l'on n'épargnera rien pour qu'elle soit la plus élevée possible. Aussi, prendra-t-on autant de soins pour garder sa personne que pour conserver sa santé. On ne le descendra pas dans les profondeurs des donjons, dans ces cloches do pierre, véritables inpace, où l'on ne pénètre que par une ouverture ménagée au sommet de la voûte, où l'on manque à la fois d'air et de lumière. Dans la tour du Louvre, le comte de Flandre sera enchaîné; mais il verra le ciel à travers les barreaux de la fenêtre; il pourra sans doute, comme le roi Jean à la Tour de Londres, faire garnir de lambris, qui en atténueront le froid et la nudité, la salle où il restera pendant douze ans, jusqu'au jour où l'on tombera d'accord sur le prix de sa rançon.

Pendant près d'un siècle, on peut dire que la tour d-u Louvre fut l'hôtellerie forcée des comtes de Flandre. Guy de Dampierre y fut enfermé, à deux reprises différentes; son fils, Guy, y passa six mois en 1304; son petit-fils, Louis, y séjourna aussi malgré lui en 1310.

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