DE PHI1.IPPE-AUGCSTE A JEAN LE DON
La lille d'un comte de Flandre y séjourna même pendant dix ans. Pour empêcher le mariage de Philippine de Dampierre avec le roi d'Angleterre, Philippe le Bel la lit conduire, à l'âge de huit ans, au château du Louvre. Élevée avec les enfants de France, entourée do nombreux serviteurs qu'elle avait amenés de son pays, elle y mourut
en 1304, plutôt surveillée que captive, et non dans une rigoureuse réclusion, comme l'ont écrit la plupart des historiens.
D'autres grands feudataires furent incarcérés dans la grosse tour ; tel Enguerrand de Coucy, dont le donjon l'emportait en dimensions sur la tour du Louvre; saint Louis, pour abaisser son orgueil et le
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châtier de ses violences, le condamna à une prison, dont il ne se racheta qu'en payant une amende de 12,000 livres parisis; tel, au début de la guerre de Cent ans, Jean de Montfort, qui avait fait hommage de la Bretagne au roi d'Angleterre; mais celui-là parvint à s'évader.
Depuis Charles le Simple jusqu'à Louis XI, jusqu'à François I", que de princes ont été les hôtes des grands donjons! Si l'on ne cite pas dans notre pays, comme ailleurs, de rejetons du sang royal massacrés dans leurs prisons, plus d'une victime y vit terminer tragiquement ses jours. Ainsi le comte de Guines, soupçonné de connivence avec les Anglais, fut décapité secrètement au Louvre, en 1350. Longtemps après la démolition de la tour, des excavations se produisirent sur son emplacement, et l'opinion publique, dont Sauvai se faisait l'écho au dix-septième siècle, attribuait sans preuves ces dépressions du sol aux souterrains mal comblés dans lesquels les rois auraient fait disparaître les rebelles et les hommes dont ils voulaient se défaire sans bruit.
Des armes étaient gardées dans la grosse tour et dans le château : engins de guerre de tout genre, arbalètes, garrots, et plus tard des canons. A l'ouest des remparts, s'élevaient les bâtiments de l'artillerie, où l'on forgeait des haches et des épées, où l'on préparait les cottes do mailles, où des « empenneresses » garnissaient de plumes les flèches, « sagettes ou viretons » des archei's. Des cuirs, des nerfs de bœuf, des balistes étaient déposés dans ses magasins, sous la garde du maître de l'artillerie, qui avait près de là son logement, son jardin et son étuve.
On conçoit de quelle importance était le commandement du Louvre; aussi fut-il confié à un châtelain, puis à un capitaine qui était d'ordinaire un des premiers officiers du roi. L'un de ces capitaines fut Enguerrand de Marigny; par un singulier revirement de la fortune, il fut incarcéré dans la grosse tour dont il avait eu la garde, avant d'être envoyé au Temple, au donjon de Vincennes et finalement au gibet de Montfaucon.
En sa qualité do surintendant des finances, Marigny avait eu la
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DE PlilLIl'PK-AUGUSTl-: A JEAN LE liO.N. Il
haute maiu sur le trésor royal, qui fut à maintes reprises déposé dans la tour du Louvre. Sous Philippe le Bel et ses fils, le comptoir du trésor y était établi au-dessus des salles destinées aux prisonniers, au-dessous du haut étage, qui servait de caisse et de gardemeubles. Là étaient placés les bureaux des gens de finances, avec leurs larges tables couvertes de forte bure (d'où le nom de bureaux), leurs bancs, leurs coffres, leurs sacs et leurs balances; là se constituaient et se payaient chaque semestre les rentes sur l'État. L'administration des finances s'entourait alors de mystère; les trésoriers juraient de ne révéler qu'au roi l'étal de leurs receltes; ceux qui reliaient leurs livres de comptes ne devaient pas savoir lire. Sous Philippe le Bel, de riches financiers florentins, les frères Biccio et Muschiato Guidi, furent trésoriers du Louvre, et leur souvenir s'y perpétua par le nom de Bische-iMouche que l'on donna à l'une des tours du château, vraisemblablement à la grosse tour.
Celle-ci contenait également une partie des trésors et des meubles
que les rois gardaient dans les donjons de leurs châteaux les plus
forts. Ces richesses ne consistaient pas seulement en argent monnayé, en bijoux précieux, en argenterie de toute espèce; elles conipre-
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naient aussi de riches étoffes, qu'on faisait venir à grand frais de Lyon, d'Italie, même de Syrie et de Perse. L'argentier du roi était chargé de les acheter; il avait la clé des armoires qui les contenaient, et c'était lui qui les livrait aux tailleurs, aux couturières, aux tapissiers, quand il s'agissait de les mettre en œuvre. Si l'on avait pu pénétrer en 1310 au haut étage de la grosse tour, dans les pièces qu'on appelait les garnisons de l'argenterie, si l'argentier Geoffroy de Fleury avait fait déployer les pièces de drap d'or et de soie que contenaient les armoires nouvellement refaites et rapportées au Louvre, on eût été ébloui à la vue des velours ou « veluiaus » de toutes couleurs, verts, jaunes, rouges, noirs, tannés, écarlates, violets, outremer changeant, des draps de Lucques à fleurs de lis d'or ou noirs besantés d'or, des soies d'Orient appelées camocas, des étoffes superbes connues sous les noms de nachis et de racas, des draps « ardants gouttes d'or ». Dans ces coffres étaient amoncelées des fourrures de prix ou plus communes, préparées pour doubler les robes et les surcots, tandis que les dossiers de lit, les courtepointes brodées, les tapisseries, les tentures attendaient le moment où ils seraient employés à la décoration des appartements royaux.
Il y avait dans l'enceinte du Louvre, dans les tours extérieures et les constructions qui les reliaient, des salles destinées au logement des princes; mais elles paraissent n'avoir été habitées qu'accidentellement. Philippe-Auguste et saint Louis résident le plus souvent au Palais, quand ils sont à Paris; ils ne se rendent au Louvre que dans des circonstances exceptionnelles. Comme tous les châteaux, celui-ci a en dehors de son donjon sa grande salle, la salle du roi, où le souverain rend la justice, où l'on héberge les hôtes de distinction. Dans cette salle, dont on retrouve aujourd'hui l'emplacement et les dimensions dans la salle dite des Cariatides, saint Louis, sur un banc de bois surmonté d'un dais, prononça plus d'une sentence contre des vassaux coupables ; en 1303, Philippe le Bel y convoqua une assemblée de prélats, de barons et de légistes, qui peut être regardée, avec celle qui venait d'avoir lieu à Notre-Dame la même année, comme la première réunion des états généraux. Â ses autres titres de
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DE PlIILÎPr'H-AUGUSTt: A JEAN LE BON.
gloire, le Louvre, comme Notre-Dame, peut ajouter celui d'avoir élô le berceau du régime représentatif en France.
Dix ans après, en 1313, de superbes fêtes étaient données en l'hon-
neur « de la clievalerle » des trois fils do Philippe le Bel qui devaient régner successivement après lui. Edouard d'Angleterre et sa femme Isabelle, sœur des princes français, vinrent avec do nombreux chevaliers assister à ces nyouissances, notamment aux joutes et aux passes
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14 LE LOUVHE.
d'armes qui furent données aux < lices n du Louvre, situées vraisemblablement à l'ouest du château, et que l'on dominait des tours et des créneaux. Après le tournoi, un repas superbe, où, suivant une chronique du temps, « on mangeait à porte ouverte, » où e l'on servait à cheval, » fut offert par le roi aux dames et à la noblesse, tandis que le héraut Montjoie faisait largesse au peuple.
Qui aurait pu prévoir, au milieu de ces fêtes, que les trois futurs rois, en l'honneur desquels elles étaient données, seraient enlevés à la (leur de leur âge, et que le prince et les princesses qui naîtraient d'eux au Louvre n'hériteraient pas de leur couronne, destinée à passer dans une branche collatérale de la descendance de Hugues Capet?
Trois ans plus tard, en 1316, Louis le Hutin mourait à Vincennes. Sa veuve, Clémence de Hongrie, fut conduite au Louvre, sous la garde de son beau-frère, Philippe le Long. Son mariage avait été célébré quelques mois auparavant, sous d'assez sombres auspices. Appelée en France pour succéder à la première femme de Louis, Marguerite de Bourgogne, elle avait fait naufrage sur les côtes de la Méditerranée; sa dot, qu'elle apportait avec elle, avait disparu dans les flots, et comme elle était destinée en partie à payer les dépenses de son mariage et de son sacre, ceux-ci avaient eu lieu sans grande pompe. Quel serait l'enfant qu'elle mettrait au monde au Louvre? On l'attendait avec anxiété. Ce fut un fils, un roi, qu'on nomma Jean et qui ne vécut que huit jours. Royauté illusoire et éphémère, qui donna la couronne à Philippe V. Tandis que la reine Clémence se retirait au Temple, la femme du nouveau roi, Jeanne de Bourgogne, qui avait triomphé des accusations sous lesquelles sa cousine Marguerite avait succombé, venait s'installer au Louvre avec ses quatre filles.
Le sévère manoir s'éclaire de la présence de la reine, de ses filles etdesdamoiselles de leur suite. Que d'éclat dans leur costume, comme dans celui du roi! Quand celui-ci descend de son cheval caparaçonné de parements bleus, jaunes, écarlates, blancs, il apparaît en robeécarlate fourrée de menu vair, qui recouvre ses chausses fleur de pêcher. Ses chevaliers sont également revêtus de robes écarlate vermeil, dont il les a gratifiés lors de son sacre. C'est la coutume d'offrir, lors des grandes
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fêles, des vêtements de prix aux officiers de la cour, comme aux damoiselleset aux femmes de service. La reine leur donne, à roccasion de la Toussaint, du drap ou de l'étoffe plus commune « pour leurs livi-ées B ; la lavandière, la nourrice, la a vachière s même ne sont pas oubliées; on leur distribue des fourrures dont la valeur est appropriée à leur rang. A une époque où les vêtements atteignent des prix élevés par la richesse et le travail des «étoffes, on rémunère les courtisans et les serviteurs en nature de même qu'en argent.
Quand la cour est au Louvre, c'est une affluence, un encombrement, un fourmillement de chevaliers, de dames et de serviteurs. La maison du roi se compose de cent soixantequatre personnes;
celle de la reine de deux cent deux; celle des enfants de quarante-deux. Tous sont nourris par le roi, si tous ne peuvent loger dans le château et ses dépendances. Leur nombre atteste la puissance des princes et des princesses. Que de personnes attachées à la cour, depuis les aumôniers et les écuyers, jusqu'aux pages et aux valets, jusqu'au fol et au nain, à qui l'on donne une fourrure jaune pour garnir sa robe! Les appartements particuliers de la reine sont tendus d'étoffes précieuses; ses carreaux sont recouverts de « tartaire à poudre d'or » ou de couleur changeante, le lit d'étoffe verte € brodée de soucis et d'armoiries ». La reine mange sur une table d'ébène incrustée d'ivoire, ot ses bijoux
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sont renfermés dans un écrin garni de cuivres dorés et sur lequel sont peints < des oiselets à manteaux armoriés ».
Toute la magnificence royale éclate, lors du mariage de la fille aînée de Philippe V, Jeanne, avec le duc de Bourgogne. Elle n'avait pas dix ans. Elle et ses (rois sœurs, qu'on appelle révérencieusement « nos jeunes dames », étaient d'ordinaire vêtues de même, de robes de nachis fourrées de vair pour la Toussaint, de robe de « vert gai » pour la Noël. A l'occasion des noces de Jeanne, elles sont parées comme des châsses; toutes ces petites personnes portent des chapes de nachis d'or sur des robes de taffetas garnies d'un drap ardent à goutte d'or. On les transporte dans des litières couvertes de drap azuré à fleurs de lis. Quant à la reine, parée de sa couronne fleurdelisée , de ses joyaux et de sa ceinture d'or de Chypre à laquelle pend une bourse de même métal, elle resplendit dans sa robe do racas, sur laquelle sont tissés ou brodés des poissons et des oiseaux d'or.
Comme Jeanne de Bourgogne, Marie de Luxembourg et Jeanne d'Evreux, la seconde et la troisième femme de Charles IV, séjournèrent au Louvre. Jeanne d'Évreux y fut conduite après la mort de son mari; elle y donna le jour à une fille, seule héritière directe du roi son père, mais que la loi salique, interprétée en faveur de Philippe de Valois, devait exclure du trône.
Pendant le règne de Philippe VI, le Louvre parait avoir été délaissé par la cour; on n'en parle que comme d'une prison et d'une cour de justice. Jean le Bon y fait emprisonner son cousin Charles le Mauvais, roi de Navarre, qui ne sera libéré que trop tôt. Pour la première fois, le château sera violé par le peuple soulevé, qui s'en rendra maître pendant quelque temps.
Dans ses luttes avec les bourgeois de Paris, souvent soutenus par Charles le Mauvais, le dauphin Charles se crut obligé plus d'une fois de céder pour mieux résister. Après avoir longtemps négocié derrière les murs du Louvre, il jugea à propos de les abandonner, quitta Paris et donna l'ordre au, garde de l'artillerie, Jean des Lions, de lui amener à Meaux tout ce que contenait l'arsenal du château, La grosse tour renfermait des armes en réserve; plusieurs canons
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garnissaient ses remparts. S'emparer des armes fui toujours l'objectif des insurrections triomphantes. Le 18 avril 1358, Etienne Marcel fit assaillir le Louvre mal défendu, pénétra dans l'intérieur du château, et distribua aux bourgeois et au peuple les piques et les arbalètes que Jean des Lions se préparait à emporter. Non content d'y mettre garnison, il voulut couper ses communications directes avec le dehors, en fermant la porte qui s'ouvrait sur la Seine, en ouvrant une porte nouvelle du côté de Saint-Germain-l'Âuxerrois et surtout en enserrant le château dans l'enceinte de la ville.
Pendant un an, trois mille ouvriers travaillèrent aux fortifications de Paris. « Ce fut, dit Froissard, en parlant d'Etienne Marcel, le plus
grand bien qu'il fit de sa vie. b Le recul des remparts au delà du Louvre n'avait pas été déterminé seulement par des raisons stratégiques, mais aussi par l'extension des quartiers environnants. Lorsque la grosse tour avait été élevée par Philippe-Auguste sur des terrains dépendant de l'évêché de Paris et du prieuré de Saint-Denis do la
Chartre, des constructions existaient déjà à l'entour; la paroisse Saint-Germain-l'Auxerrois, réédifiée par le pieux Robert, n'en était pas éloignée; du côté opposé, à l'ouest, Louis le Jeune avait fondé une collégiale en l'honneur de saint Thomas Becket. Presque en même temps que le château, s'édifiait vers le nord la petite église de Saint-Honoré, qui devait donner son nom à l'une des rues les plus longues et les plus célèbres de Paris. Près de là, saint Louis créa et dota l'hospice des Quinze-Vingts. Autour du Louvre et de ses dépendances, des habitations avaient été bâties par des artisans ou des grands seigneurs, que le voisinage de la cour attirait. Tel l'hôtel d'Alençon, construit par le frère de saint Louis, Philippe de Poitiers, et agrandi par Enguerrand de Marigny; tel le vaste terrain à l'est, acquis par les sires de Bourbon, sur lequel s'élèvera plus tard leur superbe hôtel.
Aussi lorsqu'Étienne Marcel eut été tué par Maillard qui voulait l'empêcher de livrer Paris au roi de Navarre, le dauphin Charles, en recouvrant son autorité, se garda bien de toucher aux fortifications nouvelles. Elles étaient si bien dans la force des choses qu'il les fit achever et renforcer. Mais le Louvre n'était plus une sorte de citadelle, indépendante de la ville et communiquant avec le dehors, Pour suppléer au rôle militaire qu'il ne pouvait plus remplir, un nouveau fort devenait nécessaire. Sur les fondations d'un ouvrage avancé commencé par Philippe le Bel, Charles V construisit en 1370 la Bastille, qui devait conserver jusqu'à sa destruction sa destination primitive de forteresse et de prison, tandis que le Louvre se transfigurait de plus en plus en résidence royale.
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CHARLES V
Avec Charles V, le Louvre s'anime, s'embellit, s'agrandît. Les documents plus nombreux projettent sur le monument une vive lumière. Ils nous le montrent se transformant sous l'influence d'un roi savant, épris de belles constructions et de décorations artistiques. Le château gardera toujours son aspect militaire, ses fossés, où l'eau est retenue par des barrages, ses ponts-levis, ses tours, ses vastes salles et ses prisons; mais sur les sévères assises du temps des croisades s'élèvent des étages nouveaux, avec leurs fenêtres surmontées de frontons sculptés, leurs tourelles aériennes, aux toitures aiguës, recouvertes de tuiles vernissées et d'ardoises, hérissées d'épis et de girouettes, et sur quelques-unes desquelles flottent les bannières de France. Grâce à des corps de logis construits au nord et au levant, grâce aux appartements nouveaux superposés aux anciens, grâce à ses nombreuses dépendances qui s'accroissent vers l'ouest, le château est plus digne et plus capable que par le passé de recevoir le roi et sa cour.
Ce n'est pas que Charles V y réside d'une manière permanente; comme ses prédécesseurs et ses descendants, il est quelque peu nomade; à Paris même, il se partagera entre le Palais de la Cité, le Louvre et l'hôte] Saint-Pol, qu'il réunit en 1364 au domaine de la couronne, en lui faisant prendre rang immédiatement après le Palais,
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et en le qualifiant d' « hôtel solennel des grands esbatements » . L'éU'-, on le rencontre tour à tour dans ses châteaux de Vincennes, de Saint- Germain-en-Laye, de Montargis, de Creil, de Melun et de Beauté-sur- Marne. On le saluait chevauchant de l'un à l'autre, sur un palefroi, toujours vêtu de l'habit royal, suivi à une certaine distance d'une troupe brillante de gentilshommes, précédé d'écuyers portant l'épée et le manteau d'apparat, et d'une escorte de gens d'armes, la lance au poing et les écharpes de fleurs de lis au vent. !1 agissait ainsi, dit son biographe, Christine de Pisan, pour « tenir le très digne degré de la haute couronne de France à laquelle toute magnificence souveraine est due et pertinente ». C'est pour la même raison, non moins que pour satisfaire ses goûts particuliers, que ce roi « très artiste, soit es sept sciences libérales ou es causes morales », rehaussa l'éclat de ses diverses résidences, et particulièrement du Louvre, par les constructions et les ornements qu'il y prodigua.
Partout, au Louvre, des statues dans des niches ou sur des cuisde-lampes, des tourelles en encorbellements, des sculptures ingénieuses se projettent en saillie, festonnant et fleurissant pour ainsi dire la sévère nudité des murs. Au-dessus de la porte orientale, flanquée de deux tours rondes, ce sont les statues du roi et de la reine, Jeanne de Bourbon. La voûte du porche est semée de fleurs de lis. Dans la cour, que domine la grosse tour, se dresse entre elle et le bâtiment du Nord un escalier tournant, « la grande vis », comme on l'appelle, que le maçon ordinaire du roi, Raymond du Temple, a construit par son ordre, en 1365. Au sommet se dressent les statues de la Vierge et de saint Jean sculptées par Jean de Saint-Romain, tandis que le fronton de la plus haute fenêtre est lambrequiné des armes de France, supportées par deux anges. Au-dessus de la fenêtre de la chambre du roi, saint Michel et saint Georges semblent veiller, le glaive à la main. Vers l'ouest, s'ouvre le portail de la grande Chapelle, sur le tympan de laquelle la Vierge apparaît entre de petits anges, jouant des instruments, portant des encensoirs et des écussons. La religion met partout son empreinte dans ces siècles de foi.
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CHARLES V
Cette chapelle, dont le vaisseau est orné de treize statues de prophètes, est desservie depuis saint Louis par un chapelain et des chanoines. Ce n'est pas la seule qui soit dans le château; la reine a la sienne, avec un aulel somptueux et un jubé de bois « richement ouvré B ; le dau-
murs sont tendus de drap d'or très fin armorié, ou couverts de diptyques et de triptyques, rehaussés de dorures, de tableaux « de porcelaine » ou « de bois historiés. » Sur des piédestaux ou dans une armoire sont posés des « joyaux d'or à pied, » décorés de statues de saints, constellés de perles, de rubis, d'émeraudes et de saphirs. Là, saint Jean et sainte Catherine à genoux soutiennent une chaise
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OÙ sont assis la Vierge et l'Enfant; ici, c'est Notre-Dame entre les mêmes saints, ayant à leurs pieds quatre petits angelots. Un reliquaire contient des cheveux de la Vierge. Un autre reliquaire de cristal doré, soutenu par deux angelots, se dresse sur l'autel, surmonté d'une croix à quatre pommeaux émaillés.
C'est là que chaque matin le pieux roi Charles, après avoir récité ses heures canoniales dans son bréviaire, se rendait à la messe, qui était célébrée « à chant mélodieux et solennel. » Sa chapelle, placée dans la partie supérieure d'une tour, n'était pas éloignée de sa chambre et de 8 son estude », située au second étage. La chambre, éclairée par unegrande verrière, était garnie de deux grands lits, donton changeait les courtines à chaque saison. Le changement fréquent, dans la décoration des appartements comme dans les habitations, est un des caractères de la vie des grands à cette époque. Il semble qu'ils suivent ainsi des traditions de vie nomade très ancienne. Aux crochets, qui sont fixés dans les chambres à coucher du Louvre, sont suspendues aux grandes fêtes de l'année, à la Toussaint, à Noël, à Pâques, des tapisseries qu'on renouvelle à la fête suivante. Les garde-meubles contiennent des garnitures complètes de lits et de murailles, qu'on appelle des « chambres * et que transportent des chars à quatre chevaux, à la suite des rois, lorsque ceux-ci vont d'un château à l'autre. Leurs serviteurs en meublent les salles désertes, de même que les Orientaux garnissent de tapis les chambres nues des caravansérails. Les voyages des princes sont des sortes de déménagenjents partiels; ils ne se contentent pas d'emporter leurs vêtements et quelques objets précieux, dans des coffres de bois sculpté ou de cuir ferré, qui, pendant leurs séjours, restent en permanence dans leurs appartements et servent de sièges; ils font voiturer à leur suite leurs « chambres ». Celle de Pâques, du roi Jean, se compose de tapis verts brodés aux angles des armes de France, et d'un Ut, à dossier et à ciel de taffetas vert, à rideaux semés d'étoiles et brodés de velours, d'or et d'argent. Les rideaux des fenêtres sont de serge verte. Deux grands sièges à dossiers sculptés à jour, six carreaux de samit ou satin vert complètent l'ameublement. Sous Charles V, les chani-
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CHARLES V
bres sont plus riches ; tantôt de velours azuré à fleurs de lis, de drap d'or ou d'argent à croix de velours vermeil et à écussons brodés, tantôt de cuir brodé de velours bleu de ciel, tantôt de camocas (ou
damas) azuré à oiseaux et serpenteaux verts. Les dossiers de lits, en rapport avec ces étoffes superbes, sont tissés d'or et de soie. Plus austère est le cabinet du roi, qu'on appelle son étude, nom
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